Le format d’un livre ancien dit comment on a plié sa feuille : 2 feuillets en in-folio, 4 en in-quarto, 8 en in-octavo, 12 en in-12. La hauteur du livre ne le dit pas. Les libraires s’en servent pourtant depuis le XIXe siècle : plus de 40 cm pour le grand in-folio, moins de 10 pour l’in-32.
Amis bibliophiles, bonjour.
Par Barthélémy d’Arcole, Inspecteur des esthétiques bibliophiliques et des hérésies modernes auprès de la Guilde des Bibliopolicés.
Dans une notice de libraire, on lit parfois « petit in-12 » ou « grand in-8 ». Le « petit » et le « grand » sont là pour corriger le format, ce qui prouve que le format n’est pas une taille. L’acheteur est prié de rectifier de lui-même.
Le format dit comment l’imprimeur a plié la feuille qui sortait de sa presse. Pliée une fois, elle donne 2 feuillets, soit 4 pages : c’est l’in-folio. Pliée une seconde fois, elle donne 4 feuillets et 8 pages : c’est l’in-quarto. Pliée une troisième fois, elle donne 8 feuillets et 16 pages : c’est l’in-octavo. L’in-12 compte 12 feuillets, donc 24 pages. La feuille qu’on ne plie pas s’appelle in-plano. On écrit aussi in-2, in-4 et in-8, ou 2°, 4° et 8° : c’est la même chose, et l’exposant est la notation que préfère le Guichet du Savoir.

La hauteur, elle, dépend du papier de départ, et le papier n’avait pas partout la même taille. Le Guichet du Savoir recense 18 formats de papier, du plus petit, le pot, au plus grand, le grand-monde, de 31 sur 40 cm à 90 sur 120 cm. Deux in-octavo n’ont donc pas forcément la même hauteur.
Alors les libraires ont trouvé un raccourci, qu’ils emploient depuis le XIXe siècle : ils classent le livre relié par sa hauteur. Voici leur table.
| Format | Feuillets par feuille | Pages | Hauteur du relié | Usages courants |
|---|---|---|---|---|
| Grand in-folio | 2 | 4 | plus de 40 cm | Bibles, atlas, ouvrages d’apparat |
| In-folio (2°) | 2 | 4 | moins de 40 cm | Ouvrages savants, théologie, droit |
| In-quarto (4°) | 4 | 8 | moins de 30 cm | Érudition, livres illustrés |
| In-octavo (8°) | 8 | 16 | moins de 25 cm | Littérature courante |
| In-12 | 12 | 24 | moins de 20 cm | Romans, dévotion (XVIIIe siècle) |
| In-16 | 16 | 32 | moins de 16 cm | Petits classiques |
| In-18 | — | — | moins de 14 cm | Éditions Charpentier (XIXe siècle) |
| In-32 | 32 | 64 | moins de 10 cm | Almanachs, très petits livres |
Pour l’employer, posez le livre debout et mesurez le dos, du haut au bas du plat. Ces seuils sont des plafonds : un livre relié de 27 cm est un in-quarto, parce qu’il dépasse 25 cm sans atteindre 30. C’est un repère, pas une preuve. La reliure a rogné les marges, et la taille des feuilles varie. Pour être sûr, il faut regarder le pliage lui-même.
Cela se fait sans démonter le livre. Regardez le bas de la première page de chaque cahier : l’imprimeur y a mis une lettre ou un chiffre, la signature, qui sert au relieur à ranger les cahiers dans l’ordre. Souvent, seule la première moitié du cahier la porte. Comptez les feuillets jusqu’à la signature suivante. Un cahier a toujours un nombre pair de feuillets, et il vaut mieux en compter 2 de suite, parce qu’ils ne se ressemblent pas toujours. Comptez dans le texte, jamais dans les gardes ni dans les pages du début, qui trompent.
Ce nombre, avec le sens des lignes du papier, donne le format. Tenez une page à contre-jour : le papier verge montre des lignes, qu’on appelle lignes de chaîne. Elles sont verticales en in-folio et en in-octavo, horizontales en principe en in-quarto. C’est la méthode que décrit l’Enssib, l’école des bibliothécaires.
Sous l’in-octavo, l’Ancien Régime a ses petits formats : l’in-12, l’in-16 et l’in-24. L’in-12 se plie de 2 façons, ce qui donne soit un seul cahier de 12 feuillets, à la française, soit 2 cahiers, de 8 et de 4 feuillets, à la hollandaise. L’in-32 reste rare. Quant au livre oblong, plus large que haut, on le dit « à l’italienne ».
Méfiez-vous des noms. L’in-six et l’in-vingt n’existent pas. Et certains formats ne sont pas ce que leur nom annonce : l’in-18 jésus de Charpentier, au XIXe siècle, a la taille d’un ancien in-octavo, parce que les feuilles de papier mécanique étaient devenues plus grandes. Le nom d’un format peut donc mentir sur la taille, et parfois sur le pliage.
Le format a surtout une histoire. Aux débuts de l’imprimerie, l’in-folio domine, et les petits formats vont aux livres d’heures, aux ouvrages de dévotion, aux pamphlets. Ils existaient avant l’imprimerie : on connaît des Bibles parisiennes du XIIIe siècle. À la charnière des XVe et XVIe siècles, Alde Manuce publie à Venise des classiques grecs et latins en volumes portatifs. Le XVIe siècle garde l’in-folio pour le travail et l’étude.
Au XVIIe siècle, l’in-quarto devient le format de la littérature : Ronsard, Voiture et Malherbe y sont imprimés, vivants ou récemment morts. Il est solennel sans ostentation. À la fin du siècle, il cède du terrain à l’in-12, que les Elzevier emploient pour des pièces de théâtre, dans leurs contrefaçons hollandaises. La petite taille servait aussi à cacher les ballots des contrefacteurs. Un in-folio du XVIIe ou du XVIIIe siècle pèse environ 10 kg par tome et approche notre A3. L’in-quarto de la même époque approche l’A4.
Les dictionnaires restent en in-folio. Le Bayle de 1697 compte 2 volumes, l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert 35 volumes, rédigés entre 1751 et 1772. L’édition de Genève, chez Pellet, en 1777-1779, la republie en in-quarto, avec des pages 2 fois plus petites, et à meilleur prix. Au XVIIIe siècle, l’in-12 imprime la plupart des textes littéraires, les genres les moins nobles compris. Un ouvrage d’abord donné en in-quarto avec de belles illustrations a pu être réédité en in-12 en 18 volumes.
Le XIXe siècle a son hérétique. Dans les années 1840, Charpentier vend à 3,50 francs le volume des livres au format « in-18 grand jésus ». C’est à peu près la hauteur du livre de poche d’aujourd’hui, 18 cm. Les éditeurs, d’ailleurs, ne sont plus tenus à aucune norme de format. Ils connaissent le A4 de la norme ISO 216, 21 sur 29,7 cm, mais rien ne fait correspondre un format à une taille.
Reste une dernière précaution, pour la notice. Quand le libraire écrit « in-8 ? », il hésite, et il justifie sa mesure en millimètres. Quand il écrit « petit in-12 » ou « grand in-8 », c’est à vous de rectifier. Dans les deux cas, ne le croyez pas sur parole : comptez les feuillets.
Quelle est la différence entre in-4 et in-quarto ?
Aucune. In-quarto est la forme latine, in-4 l’abréviation usuelle, que l’on note aussi 4°. Dans les deux cas, la feuille d’impression a été pliée 2 fois et donne 4 feuillets.
Comment mesurer le format d’un livre ancien ?
On mesure la hauteur du dos, du haut au bas du plat, et on la reporte dans la table. C’est le repère des libraires depuis le XIXe siècle, mais il ne prouve rien : seul le pliage dit le format.
Pourquoi parle-t-on parfois d’in-folio « raisin » ou « jésus » ?
Ce sont des noms de papier, tirés du filigrane que portait la feuille. Un in-octavo jésus est donc un in-octavo plié dans une feuille de papier jésus. Le nom du papier précise la taille de départ, que le seul mot in-octavo ne donne pas.
Existe-t-il des formats plus grands que l’in-folio ?
Oui : l’in-plano, la feuille qu’on ne plie pas. Pour les très grands livres d’images, les bibliothèques anglo-saxonnes parlent de « double elephant folio », la plus grande feuille disponible, d’environ 96 × 66 cm selon l’université Yale. Les Birds of America d’Audubon en sont le cas le plus connu.
Je mesure d’abord à la règle, ensuite à la signature.
GUILDE · BdA/FORMATS
Sources : Guichet du Savoir (Bibliothèque municipale de Lyon), réponses du 18/09/2023 et du 14/06/2024 ; Enssib, « Déterminer le format » (bibliographie matérielle) et Questions-réponses, « Nomenclature taille de livres éditeurs » ; BnF, glossaire du livre ancien ; Biblissima, Le livre ancien ; blog Le bibliophile Heurtebise (10 décembre 2015) ; blog BiblioMab (9 mai 2009) ; Roger Chartier, compte rendu d’Isabelle Olivero, Les Trois Révolutions du livre de poche (Sorbonne Université Presses, 2022), La Vie des idées ; Wikipédia, « In-folio » et « In-quarto ».
Les dossiers de l’in-six et de l’in-vingt ont été classés sans suite, faute de sujet.
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Reliure, Bergeron, Sickles, un véritable livre de bibliophile

L’ouvrage est le suivant : Jules LAFORGUE, Les Complaintes, avec le Lithographies originales de Gabriel Dauchot. Edité par la Société Normande des Amis du Livre, en 1957. Format très grand in-4.
La reliure est une reliure de maroquin rouge, qu’on pourrait qualifier d’irradiante, avec des jeux de filets concentriques (centrifuges pour être exact) dorés et à froid sur les plats. A l’intérieur on trouve un large encadrement intérieur du même maroquin, les gardes et les contregardes sont en daim gris. Elle est signée Bergeron.
Il s’agît en fait d’un ouvrage qui me semble assez typique des ouvrages réalisés par/pour les Sociétés de Bibliophiles. Celui-ci est un tirage unique à 130 exemplaires sur Rives. Il est enrichi de l’aquarelle originale signée ayant servi au frontispice, de deux suites, l’une sur Chine, l’autre sur Auvergne, et du menu du repas de la Société Normande des Amis du Livre du 2 février 1957. C’est l’exemplaire n°60, imprimé pour Emmanuel Costil.
Autre point intéressant, c’est le colonel Daniel Sickles, l’un des plus grands bibliophiles du 20ème siècle, qui était je l’imagine membre de cette société, qui fût le commissaire du Livre. Né en 1900 d’un père américain et d’une mère française, Daniel Sickles fût élu en 1956 à la Société des Bibliophiles Français. Il demeurait dans un hôtel particulier bordant le Champ de Mars. Il était connu pour avoir bâti une bibliothèque avec le Clouzot en mains, mais pour être assez pingre dans tous les autres aspects de sa vie, en dehors des livres… Dans son Manuel de Bibliophilie, Christian Galantaris raconte qu’il a vu Sickles « se bourrer de bonbons pour se couper l’appétit et sauter un repas, …, et se laisser couper l’électricité pour avoir tarder à payer les factures ». Mais je reparlerai de Sickles plus en détails prochainement.
Bergeron, le relieur, est pour ce que j’en sais l’un des grands relieurs québécois, mais il a également vécu en France. Je n’en sais pas beaucoup plus. Pour le clin d’oeil, je viens de découvrir que l’un des autres grands relieurs québécois portait le patronyme de votre serviteur.
Enfin, voici ce livre… Il est là, mais pourquoi? Sourire.






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