Lauverjatiana VI: au fil des catalogues de libraires

Amis Bibliophiles Bonjour,

Après une courte absence, voici le retour de notre rubrique Lauverjatiana, ou la lecture attentive et sélective des plus beaux catalogues de nos amis libraires par Gilles.

« Tiens? Mais où est donc passé le Lauverjatiana V? Nous avons publié deux numéros IV, il n’y a pas, il n’y aura donc pas de numéro V!

Aujourd’hui quatre superbes catalogues et pour nous faire plaisir, et parce que les exemplaires ci-dessous sont exceptionnels, soyons fous, ne regardons pas à la dépense (rassurez vous tous les livres ne sont pas aussi chers):

La librairie Laurent Coulet (166, boulevard Haussmann à Paris) titre son catalogue 41 divisé en deux parties “Livres anciens, littérature XIXe-XXe. Révolution française-Empire”. Il s’agit d’un beau catalogue illustré en couleur de 133 numéros agrémenté d’une table alphabétique des auteurs. 

Le numéro 1, un coffret de messager de la fin du XVe, ne concerne pas à proprement parler les bibliophiles, mais l’intérêt pour ces objet a été relancé voici quelques temps par diverses ventes dont celle de la collection du libraire André Jammes le 7 novembre 2007 (une vingtaine!). Le coffret de 190 x 290 x 122 mm à âme de bois est recouvert de cuir et armé de fer, attaches latérales, serrure à moraillon et un petit couvercle supérieur pour y cacher un pli. Comme tous il présente à l’intérieur du couvercle une image xylographique coloriée de la fin du XVe. La destination de coffret de messager ou de conservation d’objets précieux, ou de missel, est sujet à débat. Mais tous sont rares et coûteux (35 000 euros). 
Un rare livre de fêtes “Discours de la magnifique réception & triomphante entrée, de la grande duchesse de Toscane en la ville de Florence” imprimé à Lyon chez Benoist Rigaud en 1589, un livre au format in-12 relié en maroquin citron par Masson-Debonnelle aux plats ornés d’une fanfare historiciste très pure (4500 euros). “La Géomance” du seigneur Cristofe de Cat(t)an… à Paris, Gilles Gilles , édition originale de 1558, un volume in-4 relié veau au XVIIIe siècle (6500 euros).Le catalogue n° 32 d’avril-mai de La nef des fous, (7, rue Condé à Paris) illustre presque chacune de ses 88 références soigneusement décrites.Ma préférence va aux “Commentaires de Jules César…translatez par noble Etienne de Laigue dict Beauvois” donné à Paris en 1537 par le libraire Jean André. Ce livre in-folio de 167 ff., en veau brun de l’époque orné de filets à froid sur les plats et les nerfs est imprimé en gothique. Il compte 11 gravures sur bois réemployées de diverses éditions (11 000 euros). De Jean Bouchet “Les triu(m)phes de la Noble et amoureuse Dame…” en un in-8 gothique parisien de 1537 “au clos Bruneau” [le Bret] enrichi sur le titre d’un envoi aux Célestins de Sens et d’un quatrain manuscrits. Le livre est cité par Brunet et couvert d’une reliure romantique richement ornée signée de Purgold Hering, (donc vers 1825 dit mon Fléty) en plein cuir de Russie brique (4500 euros). 
Une édition incunable vénitienne, complète, de 1490 chez Batiste de Tortis, de Suétone, “De vita XII Caesarum, cum Commentario Ant. Sabellici” in folio relié par Chambolle Duru en plein maroquin framboise les plats ornés à froid d’encadrements de dentelles et de filets (9000 euros). Les “Mémoires … de Sully” remaniées par l’abbé de L’Ecluse, dans l’édition en 3 volumes in-4 de 1745 à Londres, sont heureusement enrichies de la fameuse suite des 56 portraits d’Odieuvre. Le livre qui fait la couverture du catalogue est relié aux armes de Léopold Charles de Choiseul, frère du ministre, en maroquin rouge (7000 euros).La librairie Gabriel Rossignol a changé d’adresse au 2, rue Casimir Delavigne à Paris. Son catalogue d’avril 2009 présente 50 ouvrages. “Le roma(n)t de la roze..” de Guillaume de Lorris et Jehan de Meung, révisé par Clément Marot dans l’édition donnée par Galliot du Pré et Jehan Petit en 1526 est un petit in folio gothique illustré de 94 gravures sur bois. Il est recouvert d’une reliure en veau blond du XVIIIe au dos ornée de roses (20 000 euros). “Cronique et Histoire composée par Philippe de Commines…” en édition in-12 donnée à Paris chez Jehan Ruelle est couvert d’une reliure caractéristique des Confréries de Pénitents qu’Henri III créa de 1583 (à la suite de la mort de sa femme) à 1589. Cette reliure est ornée d’une crucifixion sur le plat, d’une tête de mort, des armes royales et de la devise Spes mea deus sur le dos. Le fait que ce décor ne soit pas apposé sur un livre religieux rend ce livre exceptionnel (20 000 euros). Un “Office de la Semaine Sainte…” sans lieu ni date (vers 1660) aux armes et au chiffre de Marie-Thérèse d’Autriche reine de France, cette reliure en plein maroquin rouge est frappée des grandes armes dorées sur les plats et d’un semé alterné du chiffre couronné et de la fleur de lys dans un encadrement de filets et de dentelle dorés (6000 euros).La librairie d’Apre-Vent de Monsieur Mathieu Charleux, impasse Auguste Prunai à Toulon, édite un élégant catalogue in-quarto carré de 187 numéros. La moitié d’entre eux concerne la “bibliothèque occulte”. Disons encore que ce catalogue abondamment illustré de planches en couleur offre des index thématique, des auteurs, des illustrateurs, des relieurs et des bibliographies consultées.L”Historiale description de l’Afrique tierce partie du monde…” de Jean Léon l’africain, un fort in-8 sorti de l’imprimerie de Christophe Plantin à Anvers en 1556, orné de 20 bois gravés dans une reliure pastiche en veau glacé (4000 euros).De Anatole France, “la Rôtisserie de la reine Pédauque”, aux éditions d’Art Edouard Pelletan, en 1911, in-4, est illustré de 176 compositions de Auguste Leroux. L’exemplaire est un des 47 sur chine enrichi des illustrations en tiré à part sur japon et d’une aquarelle originale. La reliure en maroquin bleu doublée est signée Canape et datée de 1914 (5000 euros).

Le rare traité sur les sorcières et les devineresses, de Ulrich Molitor, “Tractatus de lamiis et pythonicis..” imprimé à Paris en 1561 chez Gilles Corrozet, en plein veau du XVIIe (2200 euros). Les “Oeuvres” du marquis de Villette, imprimés à Londres (en fait Montargis par Léorier de Lisle) en 1786. Ce volume in-16 présente in-fine 20 spécimens de papiers imprimés fabriqués pour la première fois à partir de végétaux courants (roseau, bois de fusain, écorse de peuplier, chardon etc..) par de Léorier de Lisle papetier (2200 euros).

Voilà pour vous attirer, il ne vous reste qu’à découvrir tous les autres livres proposés…Bonne lecture! »

Merci Gilles.
H
Je ne peux m’empêcher d’ajouter une image provenant de ma bibliothèque: chose très curieuse, je possède le même ouvrage que celui proposé par la librairie Rossignol, un “Office de la Semaine Sainte…”, slnd, aux armes et au chiffre de Marie-Thérèse d’Autriche reine de France, en plein maroquin rouge, frappé des grandes armes dorées sur les plats et d’un semé alterné du chiffre couronné et de la fleur de lys dans un encadrement de filets et de dentelle dorés. Totalement identique… elles étaient donc produites en petite série…:

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Héraldique et bibliophilie – Chapitre IV: figures et pièces

Héraldique et bibliophilie – Chapitre IV: figures et pièces

Amis Bibliophiles bonjour,
La composition des armoiries ne se limite pas à l’évidence au choix des émaux. Pour agrémenter et diversifier les possibilités on pose sur le blason des figures géométriques appelées partitions et pièces d’une part  et des figures symboliques appelées meubles. Un écu sans division géométrique et sans meuble est « plain ».Reliure maroquin aux armes marquise de Montespan
« fascé nébulé d’argent et de gueules de six pièces » qui est de Rochechouart. [catalogue Sourget N°17)Comme il a été précisé, on ne peut pas poser une couleur sur une autre couleur ni un métal sur un autre, sauf rares exceptions. Cependant, les petits détails des armoiries comme bec, langues ou griffes d’animaux, ou brisures n’observent pas cette règle non plus.
Louis d’Ars, « d’azur à la bande de gueules » armes dites « à enquerre »,
c’est à dire contraires aux règles héraldiques habituelles et
donc suceptibles de justifier d’un motif à cette dérogation.Deux émaux peuvent être associés sur l’écu et se le partager. Soit en hauteur un à droite un à gauche (en héraldique on dit à dextre et à senestre mais on inverse comme si on portait soi-même l’écu), cette partition est justement appelée “parti” (d’or et d’azur par exemple). Soit en haut et en bas, l’écu est alors “coupé”. L’association de ces deux partitions (mi en haut mi en bas) donne un écu “écartelé” (un damier si on veut). Une partition de l’écu en diagonale de haut en bas et de gauche à droite (donc du chef à dextre au canton senestre de la pointe) est dite “tranchée”. Elle est “taillée” dans l’autre sens.  La combinaison  de ces deux partitions, c’est à dire, une répartition en croix de Saint-André est  dite écartelée en sautoir. L’association d’un écartelé et d’un écartelé en sautoir est un gironné.
Armes peintes des Bouteiller de Senlis,
« écartélé d’or et de gueules » et Moucy « gironné d’or et de gueules de dix piècesIl existe des figures plus complexes comme l’échiqueté qui réalise un damier horizontal et vertical sur le champ de l’écu, ou le losangé qui réalise un damier fait de traits de tranchés et de taillés (damier vu depuis un angle).
Les pièces sont des figures géométriques simples posées sur le champ de l’écu. On distingue la fasce (une bande horizontale), le pal (une bande verticale), la barre (bande qui coupe l’écu en diagonale de bas en haut et de gauche à droite), la bande qui coupe l’écu de haut en bas de gauche à droite, le chevron qui associe une bande et une barre réunies au milieu de l’écu, la croix qui combine un pal et une fasce…..
Le chef qui est la région haute de l’écu est aussi une pièce.Gravure sur cuivre;  famille d’Escoubleau  marquis de Sourdis,
« parti d’azur et de gueules, à la bande d’or brochant sur le tout »La description des partitions ou des pièces ci-dessus n’utilise que des lignes droites. Celles-ci peuvent cependant être courbes c’est à dire ondées (en forme de vague) ou engrêlées (comme les bords d’un petit beurre LU). Les lignes fortement ondées sont dites « nébulées » ou « entées ».
Reliure aux armes collège d’Harcourt « de gueules à deux fasces d’or »Les lignes peuvent encore être brisées en forme de petites dents “dentelées” ou de grandes dents “denchées” ou en forme de créneaux (crénelées). Un créneau d’une ligne inférieure est dit “bastillé” et la figure à la fois crénelée et bastillée est dite bretessée. Si les lignes bretessées et crénelées ne se font pas symétrie la figure est dite contre bretessée. Ouvrons ici une parenthèse pour préciser que l’adjectif contre est couramment utilisé quand il s’agit de décrire un décalage de symétrie géométrique.
Lauverjat

6 Commentaires

  1. Pour le Choisel à 7.000 euros ce n’est pas du tout démesuré vu la qualité de l’exemplaire proposé.

    Et puis 3.100 hors frais ça fait 3.700 avec les frais, plus sans doute quelques minimes restaurations et/ou un nettoyage. Donc 4.000 à minima, et à la vente au moins 10% de remise…6.300…

    Une bonne marge certes, à la condition de le vendre de suite…

    Cordialement,
    Vincent P.

  2. Format de l’exemplaire Rossignol, dixit le catalogue: « in-8 », pas de collation.
    Quant aux petites séries faites par les relieurs c’est courant et à toutes époques, le signalement de celles qu’on rencontre est toujours intéressant.
    Lauverjat

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.