Caché, volé, racheté : l’histoire folle d’un manuscrit de Sade, (les derniers développements)

Amis Bibliophiles bonjour,

Je vous invite aujourd’hui à découvrir le très intéressant article de Nathaniel Herzberg (http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/10/01/cache-vole-rachete-l-histoire-folle-du-manuscrit-de-sade_1767353_3260.html) sur la belle histoire d’un manuscrit de Sade.


« Donatien de Sade ne rejetait ni la violence ni la perversité. Nul doute qu’il aurait apprécié la sourde bataille qui fait aujourd’hui rage autour du manuscrit des Cent Vingt Journées de Sodome. Une histoire de vol, de passion, d’argent bien sûr. Une lutte qui, n’en déplaise au Divin Marquis, pourrait trouver une issue heureuse. Deux familles de collectionneurs et la Bibliothèque nationale de France (BNF) tentent de trouver un terrain d’entente afin de mettre fin à vingt-cinq ans de conflit, en France et en Suisse, et de faire entrer le document dans les collections nationales. Une négociation à gros budget – plusieurs millions d’euros – et à haut risque – d’autres prédateurs rôdent – que l’institution parisienne estime pourtant « bien engagée ».
L’histoire du manuscrit est à la hauteur de ce texte, le premier mais aussi le plus extrême rédigé par Sade. Incarcéré en 1777 à Vincennes puis à la Bastille pour les traitements infligés à plusieurs jeunes filles, le marquis croupit en cellule depuis huit ans quand il se décide à faire œuvre littéraire. Seul et privé de ses fantasmes, ou plutôt de leur satisfaction, il se rattrape à travers ses héros : quatre hommes de 45 à 60 ans, « dont la fortune immense est le produit du meurtre et de la concussion ».
Enfermés en plein hiver dans un château de la Forêt-Noire, avec quarante-deux filles et garçons livrés à leur pouvoir absolu, ils font subir pendant quatre mois, aux jeunes oies blanches, une succession de six cents perversions. Insoutenable pour la plupart (même Georges Bataille jugeait sa lecture pénible), génial pour quelques-uns, le texte a de quoi choquer. Meurtres, tortures, humiliations : le texte n’épargne ni Dieu, ni les hommes, ni même les bêtes. Pour ne citer qu’un extrait, choisi par l’écrivain Chantal Thomas en exergue du chapitre consacré aux Cent Vingt Journées dans son livre Sade (Le Seuil, 1994) : « Il encule un cygne en lui mettant une hostie dans le cul, et il étrangle lui-même l’animal en déchargeant. » Une douceur, faut-il préciser, par rapport à d’autres « perversions » décrites dans le texte. De quoi susciter, aujourd’hui encore, de vives réprobations. Il y a quelques jours, la Corée du Sud a ainsi ordonné son interdiction en raison de son « extrême obscénité » et ordonné la mise au pilon de tous les exemplaires du livre nouvellement traduit.
En 1785, le détenu Sade ne risque qu’une chose : la confiscation. Les feuilles de brouillon prennent trop de place. Du 22 octobre au 28 novembre, à raison de trois heures par jour, il couvre donc, d’une écriture minuscule, les deux côtés de petits feuillets de 12 centimètres de largeur. Il assemble ensuite les folios en un rouleau de 12,10 mètres de long, qu’il dissimule entre les pierres de sa cellule. Le document y restera plus de trois ans. Jusqu’aux fameuses journées de juillet 1789.
L’épisode est resté célèbre : dès le 2 du mois, Sade est à la fenêtre. De derrière les barreaux, il harangue la foule, lui intime de brûler la prison. L’administration royale le déplace à l’asile de Charenton. La légende le décrit nu au cours du transfert. Il laisse en tout cas derrière lui ses effets, dont le précieux manuscrit. Lorsque la Bastille est détruite, le rouleau et ses brouillons partent en fumée. Du moins, c’est ce dont le marquis est convaincu. Jusqu’à sa mort, en 1814, il regrettera la perte de son chef-d’oeuvre, affirmant avoir versé « des larmes de sang ».
Il ignore que, lors de l’assaut, le frêle objet a été récupéré par le citoyen Arnoux de Saint-Maximin, qui l’a vendu au marquis de Villeneuve-Trans. Resté dans cette famille pendant trois générations, le manuscrit est cédé en 1900 à Iwan Bloch. Dermatologue et psychiatre, inventeur de la sexologie, le médecin allemand fait éditer le texte en 1904, sous le pseudonyme d’Eugen Dühren. Mais la publication est truffée de milliers d’erreurs.
En 1929, le vicomte Charles de Noailles mandate Maurice Heine afin qu’il rachète le rouleau. A l’éditeur et écrivain incombe la charge de négocier, analyser, puis publier le document. L’ancien journaliste s’en acquitte avec un soin exemplaire, qui fait de cette publication, conduite entre 1931 et 1935 et réservée aux « bibliophiles souscripteurs » pour éviter la censure, la version de référence.
Les Noailles, de leur côté, financent l’opération et entrent en possession du trésor. Mécènes, Charles et Marie-Laure n’ont peur ni du risque ni du scandale. En 1930, n’ont-ils pas produit L’Age d’or, de Luis Buñuel et Salvador Dali, déclenchant l’une des plus formidables polémiques de l’histoire du cinéma ? Qui plus est, Marie-Laure, née Bischoffsheim, se trouve apparentée au Divin Marquis. A défaut de nouvelle famille, le précieux manuscrit a trouvé un nouveau refuge.
A la mort des époux, c’est leur seconde fille, Nathalie, qui en hérite. En 1982, elle confie le texte à un ami, l’éditeur Jean Grouet, qui souhaite l’étudier, de même que la partition originale des Noces de Stravinsky. Quelques mois plus tard, et à sa demande, il lui restitue le coffret. La légende – encore une – évoque un écrin de forme phallique. Il n’en est rien. L’étui en cuir présente la forme banale d’un parallélépipède. Surtout, il est vide. Jean Grouet a vendu le rouleau le 17 décembre, pour 300 000 francs, au Suisse Gérard Nordmann.
Encore un personnage hors norme. Héritier d’une grande chaîne de supermarchés, en Suisse mais aussi en France (il possède alors le Printemps), Gérard Nordmann est un collectionneur multicarte. Avec, par-dessus tout, une passion : les curiosa, autrement dit les objets, représentations ou manuscrits érotiques. Dans cette catégorie, il est inégalé.
En 2004, après sa mort, l’exposition de sa collection à la Fondation Bodmer constituera un événement mondial.
A la suite de la découverte du vol, le fils de Nathalie de Noailles, Carlo Perrone, contacte le passionné suisse. « Je lui ai proposé de le dédommager intégralement, raconte-t-il. Il m’a répondu que c’était la plus belle pièce de sa collection, qu’il l’avait acquise légalement et qu’il n’était pas question qu’il s’en sépare. »
Légalement… Pendant quinze ans, de part et d’autre des Alpes, les tribunaux vont examiner le sujet. Pour la France, la Cour de cassation tranche en juin 1990 : l’œuvre a bel et bien été volée, écrit-elle, et doit être restituée à ses propriétaires légitimes, la famille de Noailles. En Suisse, le tribunal fédéral, qui clôt la procédure en mai 1998, est d’un tout autre avis : pour la haute juridiction helvétique, Gérard Nordmann a acquis le document auprès d’un proche de Mme de Noailles, contacté par l’intermédiaire d’un libraire parisien irréprochable, au prix du marché et en payant par chèque. Sa « bonne foi » est donc constituée.
Depuis lors, la situation était gelée. En Suisse, le rouleau pouvait circuler librement, d’où sa présentation à Coligny, sur les bords du Léman, lors de l’exposition de 2004. Mais qu’il passât la frontière et la pièce aurait été saisie et restituée à Carlo Perrone.
Situation insupportable pour le fils de Nathalie de Noailles, patron de presse en Italie, mais aussi pour les héritiers de Gérard Nordmann, qui, ne partageant pas la passion paternelle, souhaitaient vendre. Ils disposaient même d’un acheteur. Gérard Lhéritier, collectionneur et créateur du Musée des lettres et manuscrits, à Paris, avait offert 4 millions d’euros pour le joyau. Avant de conclure la vente, au début de l’année, son avocat a toutefois contacté Carlo Perrone, pour connaître ses intentions. « Il m’a dit qu’il le ferait saisir, j’ai donc renoncé », regrette le collectionneur, qui ne « désespère pas » de l’exposer un jour dans son musée.
C’est pourtant une autre solution qui se dessine. Et une autre destination : la BNF. Début juillet, son président, Bruno Racine, a fait adopter, par la Commission des trésors nationaux, le « vœu » d’un « retour en France du manuscrit en vue de son entrée future dans le patrimoine national ». Manière d’annoncer que le document pourrait être classé trésor national et bénéficier des avantages fiscaux offerts aux mécènes qui soutiendraient son acquisition.
Car c’est une négociation financière qui s’ouvre à présent. Combien la BNF est-elle prête à donner ? Comment se répartiraient les bénéfices entre les héritiers Nordmann et Carlo Perrone ? Contactés par Le Monde, les premiers ont jugé « prématurée toute déclaration ».
Carlo Perrone ne souhaite pas davantage se prononcer sur la « clé de répartition » d’une somme globale qu’il évalue « entre 4 et 5 millions d’euros ». Il se dit prêt à « faire des concessions, si c’est pour la BNF. Ma famille a toujours entretenu de bons rapports avec les musées nationaux français. Le manuscrit des Noces, après sa restitution, est allé à la Bibliothèque nationale. » Mais il refuse de voir les Nordmann tirer seuls les profits de ce « vol ». Pour « bien engagée » qu’elle soit, la négociation promet d’être ardue.
Nathaniel Herzberg »

La lettre du bibliophile

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D’actualité: la bibliodépression ou la quasi fin du monde pour le Bibliophile

D'actualité: la bibliodépression ou la quasi fin du monde pour le Bibliophile

Chers lecteurs du blog du Bibliophile,

L’histoire que je vais vous conter est en un sens banale, mais non moins importante. Il y a quelques mois j’ai décelé chez le créateur du blog du Bibliophile, Hugues pour le nommer, les symptômes inquiétants d’un mal qui peut ici tous nous ronger un jour : La terrible, l’affreuse, la redoutée bibliodépression. Je sais que le sujet est tabou, que beaucoup préfèrent ignorer la maladie et la cacher sous une douce garde moirée comme on enfouit un secret honteux sous le tapis moelleux du salon et croyez bien que j’ai peine à l’aborder; mais il m’a semblé judicieux d’enfin crever cet abcès qui a mis au tapis des bibliothèques entières et ruiné des réputations jusqu’alors sans tâche.
Le statut d’amateur dont je m’honore ne m’empêchant pas de dévoiler des secrets que les professionnels s’interdisent de divulguer, je vais parler. Pour les jeunes générations bien sûr, mais aussi pour les plus âgés, car, quand le mal frappe tardivement, il se révèle souvent des plus insidieux et il est parfois trop tard pour y remédier.
L’auteur au chevet du rédacteur du Blog du BibliophileHugues me pardonnera, je le souhaite, de dévoiler son intimité dans ce qui va suivre. Il est, je le sais, mal avisé de tirer des conclusions générales d’un cas particulier, aussi ne voyez en Hugues qu’une froide et clinique illustration du grand mal. La seule limite que je ne franchirai pas sera celle de la bibliothèque à coucher, car le sujet n’est pas ici de dévoiler les maroquineries orgiaques dans lesquelles notre bon ami se livre à corps perdu et dont on ne saurait finalement lui tenir rigueur. C’est là une bien maigre perversion. 
J’ai commencé à m’inquiéter à son sujet il y a plusieurs mois de cela. Rien de bien grave, juste quelques signaux étranges au détour de quelques conversations. Aussi l’ai-je entendu prononcer quelques bizarreries telles que « Capé finalement, c’est pas si mal… », « Elle claque cette reliure en veau non ? », ou encore un « Ah non je ne suis pas au courant de cette vente ». Bien bon me disais-je, rater une vente prestigieuse, cela arrive, Capé, passe encore, et même si le veau m’avait davantage inquiété, je ne voyais là qu’une de ces normales interrogations pouvant saisir n’importe quel bibliophile au sujet de l’orientation de sa bibliothèque, bref, une tocade, une simple fièvre passagère dont on se remet vite.
Hélas, je crois que déjà à ce moment, la bête immonde et impie s’était emparée de lui, et ce que je prenais pour de pardonnables faux-pas (bien que je fusse parfois choqué, pensez, du veau !) étaient en fait les prémices de ce mal sournois, la bibliodépression. Elle répandait déjà ses miasmes dans l’intellect de mon délicat ami et je ne fus pas long à établir un indiscutable diagnostic. Ah ! Je me souviens de ce samedi comme d’hier, nous écoutions un enregistrement pirate d’un concert de Nirvana, que j’avais fait, jadis, lors d’un périple intellectuel aux USA, la divine patrie des reliures abimées et chères. Accompagnés par cette douce mélopée, tout absorbés moi par une bière fraîche, lui par une austère tisane – mais ensemble par un beau catalogue – j’entendis sortir de sa bouche une phrase qui me fit comme un électrochoc, jugez plutôt : « Et si je m’étais trompé ? Si les reliures d’époque étaient en fait le seul choix qui s’impose ? Lortic et Marius Michel ne sont que des erreurs temporelles sur des ouvrages du XVIIIe ! »    
Cette réflexion parfaitement incongrue de sa part, lui qui avait construit sa bibliothèque précisément sur cette -contestable même si je n’ai jamais rien dit – faille spatio-temporelle, fut le point de départ de semaines et de mois hallucinés. Tout y passa, un engouement subit pour les incunables « Les plus beaux livres du monde, mais rends toi compte un peu ce livre a plus de 500 ans ! », suivi d’un brusque rejet des reliures signées jugées trop snob, puis une passion dévorante pour la basane accompagnée de cris lugubres qui résonnent encore en moi : »La basane ! La reliure du peuple ! ». Des théories loufoques : Un rejet du marché traditionnel du livre -il ne faisait plus que les petits vides greniers de campagne, persuadé d’y trouver la perle de sa collection-, et puis soudain une brusque ruade, prêt à dépenser la fortune de son foyer dans une vente pour un Pompadour ! (Dont je le dissuadais finalement sur le fil du rasoir). 
L’abattement aussi, souvent, rejetant pratiquement tous les exemplaires qui jadis pouvaient le faire rêver, ne faisant plus aucune acquisition, levant à peine le sourcil sur un mirifique La Fontaine relié en maroquin par Lortic et jamais passé sur le marché. Il envisagea un temps de passer sa bibliothèque au fil pour recommencer à zéro une collection d’Elzevier, « la noblesse de nos ancêtres bibliophiles, le retour aux sources ! » disait-il. Un soir qu’il était au plus mal, terrassé par cette obscure gangrène, je l’entendis déblatérer à moitié conscient sur la possibilité théorique d’une collection en peau de Martiens d’ici l’horizon 2060…

Egaré, pour ne dire perdu, laissant stagner sa bibliothèque dans un demi coma, vendant parfois sur un coup de tête, n’achetant plus rien… Tel était-il devenu. Horrifié, oui, je l’étais, peiné surtout. La passion des livres le quittait petit à petit. Ne sachant plus pourquoi il possédait des livres, il était devenu incapable d’en avoir de nouveaux, et encore moins de choisir lesquels. La frontière entre le tout et le rien est frêle, une peau fragile prompte à se rompre. Il est facile de se perdre dans les livres, sous les livres, de ne plus voir en eux qu’un vain parcours vers ce qu’on sait ne jamais pouvoir atteindre, sentiment douloureux, qui fait de nos livres jadis aimés des ennemis qui nous tourmentent. Leur attribuer une signification plus grande que leur simple existence physique et matérielle ne leur donne pas… en faire autre chose que des objets, les transcender, tout cela est aussi noble et passionnant que risqué.
Il était en proie à ces affres qu’aucun d’entre nous ne peut avoir la certitude de ne pas éprouver un jour, et c’est tant mieux, la perspective inverse serait moins dangereuse mais bien fade. Cependant, il faut savoir s’en prévenir je crois, sous peine d’irrémédiable catastrophe.
Si il n’avait plus le goût des livres, il fallait lui redonner le goût d’un livre. Une bibliothèque, du moins est-ce mon idée, ne peut être que l’addition d’un exemplaire, d’un autre exemplaire et encore d’un autre. Ce ne sont pas des livres, jamais, ce sont un livre à chaque fois. Et une bibliothèque composée d’un seul exemplaire ne me paraîtrait pas farfelue, pourquoi pas ? Juste un.
L’appétit venant en mangeant, je décidai alors de procurer à mon bon ami un objet illustrant au propre comme au figuré cet adage plein de bon sens. 

Tout doucement, il recouvrit son appétit. J’avais pris soin d’ouvrir sur le lutrin quelques exemplaires qu’il affectionnait, accompagnés de quelques tartines sur lesquelles il n’est jamais présomptueux d’étaler sa confiture. Il pouvait ainsi s’adonner à son vice pour les boissons non alcoolisés tout en caressant d’élégantes peaux, passant délicatement ses doigts sur le creux des fers en fermant les yeux – cette joie de pouvoir identifier un fer à l’aveugle, tel un joueur d’échec maîtrisant à la perfection son échiquier mental – n’ayant sous les yeux qu’un livre, un seul à la fois. Libre était-il d’en tourner les pages.
Et il finit par tourner la page, la noire. Je m’en rendis compte lorsqu’il fit l’acquisition d’un joli petit maroquin comme il en existe tant, mais qui ne sont pourtant qu’un. Il le rangea dans sa bibliothèque avec une certaine nonchalance et il est vrai peu d’entrain. Le lendemain il le reprit en main, le soupesant, le faisait tourner entre ses doigts. Ce petit manège dura une semaine; il le feuilletait au passage, repérant quelques petits défauts et des qualités, la première étant probablement qu’il avait la conviction que ce serait un livre qu’il n’oublierait pas.
Je cessais alors de m’inquiéter.
Nicolas.

21 Commentaires

  1. Je suis surpris par ce débat. Que Sade ne soit pas un grand écrivain, soit, mais cela ne signifie pas pour autant qu'il ne doive pas être publié? Qui êtes-vous, qui sommes-nous pour en juger?

    S'il ne fallait retenir que les grands textes, les bibliothèques des bibliophiles seraient vides.

    Au risque de blasphémer… Uzanne par exemple, dont une grande partie des écrits est tout simplement illisible, quand il ne s'agît pas comme vient semble-t-il de le découvrir Bertrand, d'un texte antisémite (dans cas, je préfère encore les fautes de goût de Justine….)… franchement, la moitié de ses écrits sont sans talent et sans intérêt. Choux à la crème indigestes, précieux, etc.

    En revanche, certains de ses textes sont très bons. Il est publié, on se rengorge. Sade est publié, tant mieux. Ca permet de le lire et de former son goût, dans le pire des cas.

    Messieurs les censeurs, bonjour.

    Hugues

  2. @ Olivier : une " cote " pas une "côte" de boeuf ou maritime.
    2 points de moins
    et un bon point au bibliophile rhemus qui ose aller à rebours de la pensée unique sur les ouvrages de ce sinistre personnage.
    patrick C.

  3. Bah par déranger je ne voulais pas dire que ça me dérange.
    Ça interpelle, ça bouscule un peu les représentations du 18ème siècle, non? Cette volonté d'être lu quand ce qu'on a à dire ne peut pas être entendu, moi ça me questionne.

    Mais si ça vous rassure de penser que la côte, et je ne parle pas de sa côte financière(exponentielle),de Sade n'est due qu'à une épidémie de priapisme…

  4. Tant qu'on ne dit pas de mal d'Anatole France et de Jules Renard… 😉
    Ceci dit, j'ai (essayé de) lire quelques ouvrages de Sade, et certains se lisent effectivement bien, et sont agréables à lire, mais les 120 journées, franchement je n'ai pas pu.

  5. Réponse intéressante, Olivier, mais en quoi est-ce "dérangeant" (qui est dérangé ?) ?
    En tout cas, ce n'est pas inhabituels: les fous littéraires veulent tous être publiés, c'est une de leurs particularités. Le thème de Sade lui a assuré plus de succès que des délires mystiques ou des théories scientifiques révolutionnaires, mais vaut-il vraiment mieux sur le fond ? Au risque de commencer à devenir de mauvaise foi, je persiste à penser que c'est la pornographie et la violence qui lui ont assuré son succès actuel.
    Parmi les auteurs de l'époque poursuivis par les bibliophiles, Rétif, au moins, est plus avenant.

    Quoi qu'il en soit, j'ai écorché le titre de l'ouvrage de Dantzig: lire Dictionnaire "égoïste" (ce qui revient un peu au même). Entre autres éreintements revigorants (quoique, ou parce qu'injustes): Aragon, Claudel et Yourcenar (mais là, je suis moins d'accord).
    Guillaumus

  6. On est bien d'accord Guillaumus, ce n'est pas un honnête littérateur.
    C'est effectivement répétitif (mathématique, quantophrénique), absurde souvent (essayez de représenter sur le papier les scènes de sexe qu'il décrit).
    Par ailleurs, mais qu'alliez-vous l'y chercher il n'a rien à faire dans un dictionnaire amoureux (même de la littérature).
    La seule chose (vraiment) dérangeante chez Sade c'est qu'il est absolument voulu être publié. Ça c'est dérangeant.

    Olivier

  7. Je pense au contraire que Jean-Paul, lui, a lu Sade. Charles DANTZIG lui consacre une notice très juste dans son Dictionnaire amoureux. C'est répétitif (sur le fond et sur la fore), et l'on périrait d'ennui sans quelques remontées de dégoût… 
    Il y a tellement mieux à la fin du xviiie, dont le talent est éclipsé par cette fausse gloire (Chênier, Sénac de Meilhan, Florian, à redécouvrir – dans d'autres genres bien sûr). Sade a un intérêt pathologique et historique, mais certainement pas littéraire. Ce qui explique la différence de cote avec d'honnêtes littérateurs.
    Guillaumus

  8. Bravo olivier, Sade est comparable par certains points à Rabelais, il a poussé à l'excès ses textes, mais ce pour mieux atteindre son but et démontrer sa philosophie.Ne le repoussons pas dans le boudoir des curiosités littéraires.

    Daniel B.

  9. C'est ça… Mettons aussi Bataille, l'Arétin et Apollinaire au pilon! Ah non, pour Apollinaire, on garde l'intéressant (donnez-moi les critères de choix siouplait!) et on jette l'obscène, pour Musset on verra… Le reste, je suggère un grand autodafé, de nuit de préférence, avec musique militaire et défilé!

  10. Que voilà un jugement mesuré et étayé Jean-Paul.
    Sade était malade c'est certain (mais il n'y avait aucun secours pour lui à l'époque), le condamner au rebut de l'histoire littéraire…
    Comment le bibliographe que vous êtes explique la survie de ses textes? Assurément pas par leur caractère pornographique, ce qu'ils ne sont pas. Ou alors vous ne les avez pas lu.

    Olivier

  11. Petit calcul amusant suivant les données de l'insee 1 franc 1982 = 0,31727 euros de 2011 Le manuscrit a donc été vendu en 1982 94581 euros de 2011. Il est aujourd'hui estimé 4 a 5 millions d'euros soit 40 a 50 fois + , à moins que ce ne soit des francs Suisses mais l'article ne le dit pas, ce serait encore un différentiel d'au moins 10 x …on comprend mieux pourquoi il y a bataille. Cherchez l'erreur.;-)

    Daniel B.

  12. Vraiment étrange cette histoire de vol, quand l'on voit ce qui se passe lors des successions de bibliothèques bien plus petites, où cela se déchire, où des livres sont vendus séparément par différents membre de la famille…Enfin on ne va pas commenter une décision de justice, quoi qu'ici les verdicts soit différents suivant les pays qui aimeraient bien tous deux conserver le manuscrit… je comprend la difficulté des juges, car de prime abord et sans connaître le dossier, cela sent étrangement la vente par courtage regrettée par la suite, car peut être sous évalué ?.

    Daniel B.

  13. Seul un génie (affligé de pas mal de pathologies j'en conviens) a pu se tirer de telles contrariétés éditoriales.
    Je remercie ma professeure de philosophie de terminale de nous avoir tous fait plancher sur la "philosophie dans le boudoir" en vue de préparer l'oral pour les plus malchanceux d'entre-nous (je parle bien du baccalauréat ici…).

    Français encore un effort si vous voulez être républicains [que diable!] 😉
    Olivier

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