Promenade de bibliophile: Impression de Bohèmes, exposition au Grand Palais, vue par un bibliophile…

Amis Bibliophiles bonjour,
Vous pouvez vous demander ce que vient faire une exposition consacrée principalement à la peinture sur le blog du bibliophile ?…
Les musées nationaux ont voulu proposer le thème de la bohème vu dans son ensemble, avec bien sûr un grand nombre des plus grands peintres qui ont travaillés le sujet, mais cette exposition évoque également longuement les artistes du XIXe qui ont choisi l’indépendance et la liberté, dont les poètes.
J’ai été invité à visiter l’expo quelques heures avant l’ouverture mardi après-midi en quasi solitaire ce qui était fabuleux.
Après un film sur la bohème, la première partie de l’exposition est consacrée principalement à la peinture. La scénographie de Robert Carsen est sobre et soignée dans des sortes de longs couloirs, évocation du long chemin des bohèmes et classé par ordre chronologique de 1493 a 1910.
Après avoir admiré un dessin de Vinci et plongé le regard dans celui de la petite bohémienne de Boccaccio Boccaccino(vers 1505 Uffizzi Firenze)

Dès la première travée je suis attiré par un petit ouvrage du XVIe siècle avec de belle gravures sur bois de costumes, l’Egyptienne et l’Egyptien. Figures sur bois de François Deserps In8 1567 (Bibliothèque Mazarine).


L’écrit est également présent musicalement avec le manuscrit de la Bohême Giacomo Puccini. (Acte Iv La Mort de mimi 1895 Milan Archivo storici Ricordi)


Mais c’est au deuxième étage que le bibliophile va être sollicité de toutes parts ; non par des livres aux somptueuses reliures, totalement absents, mais par des manuscrits, des gravures, des photos, autant d’évocations de poètes et illustrateurs de nos livres chéris et d’évocations de ces artistes qui ont choisis de vivre loin des codes moraux des bourgeois. Tout cela entre en magique résonance.

Henry Murger n’a pas été oublié,


Ni Daumier


Ni Steinlein


Ni les poètes maudits
Rimbaud, Le manuscrit de Ma Bohème (fantaisie) (Collection Stefan Swieg British librairie)


Verlaine
Des portraits de Cazals, (vers 1895 Musée Carnavalet)


Et, moment d’émotion mélangé d’un peu de fierté 😉 je découvre la mise en scène dans une petite vitrine bien douillette du livre de Verlaine avec autographes et envoi dont j’ai fait le prêt.
Dédicace de Paul Verlaine


Un dernier coup d’œil à cette œuvre de Van Gogh Chaussures 1886 (Amsterdam muséum), qui a inspiré la bande annonce de l’exposition.


Lien vers bande annonce
Bohèmes : la bande annonce « Grand Format

Mais déjà la foule arrive, et je dois repartir à Lyon. Je ne sais si cette exposition aura un grand succès, mais cela s’annonce bien.


Resteront des intenses souvenirs…je n’ai pas parlé du Lapin Agile, des dizaines de tableaux et des dessins des plus grands maîtres de Léonard de Vinci à Picasso,( ce n’est pas le blog des beaux arts) , mais c’est à en pleurer de beauté et d’émotion, d’avoir une telle proximité avec ces chefs d’œuvres.

Et pour ceux qui ne pourront pas aller sur place, un magnifique catalogue, un vrai beau livre de 384 pages sur papier glacé que vous pourrez acheter 45 euros dans les boutiques des musées nationaux.


Exposition Bohèmes
Exposition présentée du 26 septembre au 14 janvier 2013 tous les jours sauf le mardi. Au Grand Palais à Paris

(Veuillez excuser la qualité des photos téléphonisées.)

Daniel B.

La lettre du bibliophile

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Un canulard bibliophilique: Borgnefesse

Un canulard bibliophilique: Borgnefesse

En 1952, paraissent Les Cahiers de Louis-Adhémar-Timothée Le Golif, dit Borgnefesse, capitaine de la flibuste… et cette parution fait grand bruit. En effet, elle a pour origine la découverte d’un manuscrit du 17ème siècle retrouvé quasiment intact dans une malle de fer, après le bombardement de Saint-Malo en 1944.

Dès le début, l’histoire est (trop) belle : c’est en effet Allaux, grand spécialiste de la flibuste qui met à jour la malle, qui était cachée dans le « caveau muré d’une maison démolie, à Saint-Malo, par un bombardement en 1944″. D’après la préface, le manuscrit découvert par hasard est de la main d’un contemporain de Louis XIV, né peut-être vers 1640, passé aux Iles vers 1660 et mort sans doute à Saint-Malo, et peut-être même dans la légendaire maison de Duguay-Trouin aux environs de 1710.

Hélas, le manuscrit est très important (on parle de l’épaisseur d’un bottin), et souvent un peu rébarbatif tant il fait la part belle aux manoeuvres purement nautiques. Qu’à cela ne tienne, Allaux le purge de certains passages avant de le confier à T’Serstevens, un spécialiste du roman d’aventure et même du roman flibustier, pour que celui-ci l’adapte.

La sortie se fait en grande pompe en 1952 et impose Borgnefesse comme l’un des plus fameux flibustiers, égratignant au passage Oexmelin, qui est accusé d’être un flibustier de salon par le hardi capitaine. Ainsi écrit-il dans ses cahiers « Ce n’est que quelques années plus tard que le flamand Oexmelin vint aux Iles. Etant retourné ensuite chez lui, il y a écrit l’ Histoire des Aventuriers de l’Amérique, ouvrage qui fut mis en français par le Sieur de Fontignères. Quoique n’écrivant que de ouï-dire et se faisant l’écho de maintes bourdes et balivernes que j’ai relevées en son livre, il a conté, mieux que je ne pourrais faire, les exploits de plusieurs vaillants et renommés Capitaines que j’ai, ce pourtant, moi, mieux connus que lui et de plus près, mais il en a passé des meilleurs, tels que Julien, Fulbert, Cameyrelongue, Vincent, et quelques autres, sans oublier votre serviteur. » Tout est dit ou presque et les références à Oexmelin se multiplieront ensuite dans l’ouvrage.

Oui mais voilà, nous sommes dimanche, et les habitués savent que le dimanche est (en tout cas tant que j’aurais de la matière) consacré aux filous en tout genres qui gravitent autour du livre et de la bibliophilie… notre ami Borgnefesse, est en fait un imposteur et son manuscrit ne sera d’ailleurs jamais présenté par ses découvreurs.

Même si la maison d’édition Grasset, qui a publié le texte en 1952, dit maintenant ne disposer « d’aucun élément susceptible d’établir qu’il s’agit d’une supercherie littéraire et bien que T’Serstevens n’ait jamais avoué avant son décès en 1974, il semble désormais établi que cette oeuvre est un canular, une supercherie.

Les « preuves » sont assez nombreuses, si l’on écarte que T’Serstevens écrivit quelques années auparavant un texte comparable et qu’il était considéré comme un érudit en matière de flibuste, il reste en effet qu’aucune trace d’un Borgnefesse ou d’un le Golif n’a jamais été retrouvée dans les archives malouines et françaises, et qu’il en fût de même pour tous les noms cités par Borgnefesse et qui ne figuraient pas dans l’Oexmelin… Borgnefesse est d’ailleurs inconnu d’Oexmelin ou de Dampier, ce qui est assez étonnant : si l’on devait accorder du crédit à son témoignage, il est évident qu’Oexmelin n’aurait pu oublier un si illustre personnage.

Enfin, il y a les petites erreurs qui finirent par trahir l’ouvrage : ainsi Borgnefesse évoque-t-il le « lagon » de Maracaïbo, au lieu de « lagune », alors que le terme « lagon » n’existait pas au 17ème siècle et qu’il fût par la suite surtout utilisé en Polynésie… qui était comme par hasard le lieu de résidence de T’Serstevens!

Aujourd’hui le canular est avéré… il n’en reste pas moins que Borgnefesse s’est malgré tout imposé aux côtés des autres grands flibustiers! Il fît même l’objet d’une chanson d’un groupe breton appelé Soldat Louis, mais le bon goût m’empêche de la diffuser sur le blog! 🙂

HImages : la cité malouine, et l’ouvrage en question.

6 Commentaires

  1. @Calamar,
    Les musées nationaux vous laisse le choix lors des formalités de prêt. Anonyme ou pas, ce qui permet à tous les prêteurs non privés comme galeries, librairies, bibliothèque de faire connaitre leur prêt…je précise que ce n'est pas une location, mais bien un prêt sans aucune contrepartie financière.

    Daniel B.

  2. ce livre de Verlaine avec autographes et envoi dans une vitrine du Grand Palais, c'est comme si votre passion était récompensée. Bravo ! Belle exposition qu'on ne verra malheureusement qu'à Paris… Pierre

  3. Des emails probables qu'ils vont s'échanger pour se bousculer à cette exposition, préférant s'entasser dans les grandes messes ponctuelles, que d'être seul en semaine dans un musée déserte pour s'imprégner d'un seul tableau, ces mails ne seront pas exposés, mais il faudrait effectivement les conserver pour la prochaine 😉

    Les évènements, les bobos aiment, c'est comme ça.

    Daniel B.

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