Les cuirs incisés de Paul-Emile Colin

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Grande première ce soir, puisque le blog accueille l’article d’une autre blogueuse de chox, bien connu de vous: Bergamote. Elle vous propose un article sur Les cuirs incisés de Paul-Emile Colin. Je ne connaissais pas cette technique. Et vous?

« En décembre 2007, j’ai eu la chance de pouvoir admirer une magnifique exposition intitulée « À Livres Couverts » dans la non moins magnifique ville de Nancy (que j’aime à un point tel que je lui dois mon pseudonyme). Plus de cinq siècles de reliure retracés par un peu moins de 250 livres tous plus beaux les uns que les autres. Les reliures du XVème siècle m’ont comme à chaque fois laissée béate d’admiration. Mais les reliures qui m’ont vraiment touchée, dont je suis littéralement tombée amoureuse, sont celles de Paul-Émile Colin, plus précisément ses cuirs incisés.
Paul-Émile Colin naît à Lunéville en 1867. Après des études de médecine, il exerce cette profession durant quelques années à Lagny-sur-Marne mais abandonne définitivement la médecine en 1901, pour se consacrer à la gravure sur bois. Il illustre, malgré une myopie très importante, plus d’une vingtaine de livres, au canif et au burin sur bois.
Amoureux de la nature et de la vie rurale, plus particulièrement de la campagne lorraine (je le comprends), Colin adapte les techniques de xylographie au travail de la peau, en imaginant des reliures pour les livres qui semblent l’avoir particulièrement marqué, pour ses exemplaires personnels ou ceux offerts à ses proches.
Il réalise des cuirs incisés incrustés dans le plat supérieur de reliures exécutées par de grands noms : Emile Carayon, Marie Brisson, Georges Canape, René Kieffer ou Georges Cretté.
Il suit de près la confection des reliures. Il peint même, à la gouache, les gardes de certains ouvrages. Une quinzaine de décors a pu être répertoriée.
Un peu plus tard, il rehausse de peinture dorée les plaques de veau blond teintées de camaïeux havane et marron et incrustées dans des maroquins bruns ou noirs.
Après une interruption de quelques années, il revient aux cuirs incisés, avec cette fois des inspirations italiennes (pays qu’il a plusieurs fois visité dans les années 20), des formes plus géométriques, ou dans un style Art Déco. Paul-Émile Colin décède en 1949 à Bourg-la-Reine.
Le Musée de l’École de Nancy (à visiter absolument, un petit bijou) conserve plusieurs livres dont les reliures ont été décorées par Colin.

Sources :
– catalogue de l’exposition « A livres couverts », Bibliothèque Municipale de Nancy, octobre 2007, ISBN 978-2-9515634-5-2
– clichés Damien Boyer, Musée de l’École de Nancy. »

Merci,
H

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La Reliure: l’écureuil de Nicolas Fouquet, les armes « animalières » parlantes des bibliophiles II

La Reliure: l'écureuil de Nicolas Fouquet, les armes « animalières » parlantes des bibliophiles II

Amis Bibliophiles bonjour,
Poursuivons, si vous le voulez bien, notre petite découverte des armes utilisant les animaux symboles de leurs propriétaires, et que ces derniers employèrent sur leurs reliures.
Après le porc-épic du Chancelier Maupéou, remontons le temps pour retrouver l’une des grandes figures du siècle de Louis XIV, le très distingué Nicolas Fouquet, vicomte de Melun et de Vaux, marquis de Belle-Isle… et son écureuil.Armes des Fouquet – Ex-libris de Fouquet
Nicolas Fouquet, né à Paris, baptisé le 27 janvier 1615, mort à Pignerol le 3 avril 1680, était un homme d’État français. Il est le second fils de François IV Fouquet, conseiller au parlement de Paris, maître des requêtes de l’hôtel du roi puis conseiller d’État, et associé de la Compagnie des îles d’Amérique, et de Marie de Maupéou…. aïeule du chancelier. Procureur général du parlement de Paris, surintendant des finances de Louis XIV pendant la minorité de ce dernier, il devient fabuleusement riche et protège de nombreux écrivains, artistes et courtisans. Le soupçonnant de malversations, le jeune roi, conseillé par Colbert, donne ordre de l’arrêter en 1661 (c’est D’Artagnan qui s’en charge). Au terme d’un procès qui dura trois ans devant une cour spéciale composées de membres des parlements, il est condamné à la confiscation de ses biens et au bannissement du royaume. Sa peine sera commuée par le roi en prison à perpétuité, dans la sinistre forteresse de Pignerol.
Eminent bibliophile et protecteur des lettres, Nicolas Fouquet avait réuni l’une des plus belles bibliothèques de l’époque, et finançait également par ailleurs la bibliothèque du collège des Jésuites de Paris. A ma connaissance, on peut croiser plusieurs types de reliures portant les marques de Fouquet: les livres de sa bibliothèque personnelle d’une part et les livres dont il fît don aux Jésuites. Dans les deux cas, on retrouvait le plus souvent son animal symbole, l’écureuil (rampant à senestre) sur les plats et sur le dos alternant avec son chiffre de bibliophile, la lettre grecque Phi, doublée. Les ouvrages des jésuites, quant à eux, portaient également les initiales de l’ordre, IHS.Les armes des Fouquet sont D’argent à l’écureuil rampant de gueules. Les ouvrages de cette provenance sont évidemment très recherchés. Pourquoi l’écureuil? Et bien parce qu’en breton semble-t-il fouquet signifie écureuil.
H

5 Commentaires

  1. Bonjour,
    J'ai un livre illustré par Paul Emile Colin dont la couverture est ciselée et porte la signature CP je pense.C'est un livre de Rudyard Kipling.La ciselure représente un éléphant dans un environement de savane.Cela peu compléter vos recherche et je peux vous fournir des photos.Je ne sais pas si ce livre représente une originalité.
    Cordialement.

  2. Oui, Pierre, (après vérification dans mon catalogue) ces reliures étaient doublement signées : la reliure par le relieur, et la plaque incrustée, par Colin.
    Il est d’ailleurs amusant de voir l’évolution de sa signature, qui varie d’une plaque à l’autre : Paul Colin, Paul-Emile Colin, PEC…
    Le paysan (Philippe, de Jules Renard) et les scènes rurales me rappellent les tableaux de Millet. Et la ferme vosgienne de mes grands-parents.

  3. Bonsoir,
    Ces reliures incisées de Paul-Emile Colin sont à la fois remarquables par la qualité du travail présenté et désuètes en ce qu’elles abordent un thème pastoral bien éloigné des canons de la reliure de luxe citadine. Ces reliures étaient-elle doublement signées (relieur et graveur)?
    Merci pour cette découverte.
    Cordialement. Pierre

  4. Merci pour cette très belle découverte.

    Les cuirs incisés ou modelés au tournant 19e-20e étaient mal vus des doreurs et Devauchelle n’est pas tendre avec eux car il en jugeait l’exécution trop facile.

    Ces reliures sont souvent produites par des individualités attachantes dotées d’une sensibilité originale.

    Sous le charme, aussi.

    Raphael

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