La Reliure, métier dangereux, surtout pendant la guerre.

Amis Bibliophiles bonjour,
Après les petites annonces, continuons l’exploration de La Reliure, l’organe de la Chambre Syndicale Patronale des Relieurs, Brocheurs, Cartonneurs, Doreurs sur cuir, Doreurs sur tranches et Marbreurs.
Le syndicat s’active pour ses membres, ainsi avant la Grande Guerre (1914-1918, pour les lecteurs du blog nés au XXie siècle – et oui, il y en a) permet aux jeunes gens qui désiraient se faire inscrire pour le concours d’ouvriers d’art de n’effectuer qu’une année de service militaire.


Hélas, ce sont des colonnes entières de noms d’artisans et d’ouvrier du livre morts pendant la guerre qui seront publiées après 1918. On connaît l’histoire du fils de Vermorel, dont la mort fît mourir le père de chagrin, mais connaissiez-vous cette de Lucien Albinhac? Souvent, La Reliure donne en effet les conditions dans lesquelles le jeune homme fût tué.


On frissonne en imaginant la génération entière qui fût sacrifiée à l’époque, et en songeant que le jeune relieur qui a rejoint le régiment de Ligne en garnison à Paris (voir les annonces dans mon message d’hier) est peut-être mort à Verdun, du fait de son engagement.
H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

La Reliure Janséniste

La Reliure Janséniste

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je ne vais pas revenir sur le Jansénisme, trop long…, mais simplement évoquer aujourd’hui la reliure de type janséniste.

Naturellement, la dénomination vient du Jansénisme, et l’on appelle reliure janséniste une reliure qui est à dessein (et il très important de le souligner) sans décoration, la plus sobre possible, certains diront la plus austère, en ne dorant généralement que le titre au dos, seule marque extérieure présente sur le livre.

La Reliure JansénisteLa tradition veut que ce soit Luc Antoine Boyet (actif entre 1680 et 1720) qui le premier exécuta ce type de reliure, peut-être en réaction « janséniste » par rapport aux exubérances de certaines reliures de l’époque, mais peut-être aussi et surtout (ma propre analyse), parce que l’homme avait caractère individualiste et une situation particulière, puisqu’il n’était que relieur, et non pas doreur ou employant un doreur dans son atelier, comme la plupart de ses confrères. Finalement, quand on n’est pas doreur, autant inventer la reliure janséniste. Mais c’est ma propre analyse, elle n’engage que moi.

Il est important de comprendre que si vous avez une reliure de cette époque en basane, très simple, avec simplement le titre du livre au dos, ce n’est pas ce qu’on appelle une reliure janséniste, c’est simplement une reliure très modeste.
La Reliure Janséniste (2)La reliure janséniste est une reliure de luxe, employant les techniques et les matériaux de la reliure de luxe, d’une qualité remarquable, mais sans marque ostentatoire.

Une reliure janséniste typique pourrait être décrite ainsi : des plats vierges de tout ornement, du maroquin, éventuellement des doublures de maroquin ou des gardes de soie, un dos généralement à nerfs, une dentelle intérieure.
Comme il s’agît d’une reliure de luxe, elle ne souffre d’aucune imperfection, imperfection qui serait d’autant plus visible que la reliure janséniste se doit d’être extrêmement sobre. Après Boyet, la reliure janséniste deviendra un style particulier qui existera aussi bien au 18ème (moins), qu’au 19ème (retour en grâce important avec les commandes des grands bibliophiles aux relieurs) et au 20ème siècle.
La Reliure Janséniste (3) Son succès au fil du temps s’explique sans doute par le fait que ce type de reliure est moins daté que d’autres (fanfares, plaque, etc.) et qu’elle constitue finalement l’écrin minimal et de bon goût qu’un bibliophile peut avoir envie de donner à un livre précieux. Dès lors, on n’est plus dans le pastiche… ce qui est bien souvent très heureux (mais c’est encore un avis très personnel).

Que je sache, Boyet ne signait pas ses reliures et il donc très difficile d’identifier ses reliures jansénistes, voici néanmoins des images de l’une de ses reliures ci-dessous, reste que la plupart des grands relieurs du 19ème s’y sont essayés, et que vous pourrez donc en croiser régulièrement.
La Reliure Janséniste (4)La Reliure Janséniste (5)H

Foire aux questions sur la reliure janséniste

Pourquoi appelle-t-on cette reliure « janséniste » ?

Le nom vient du jansénisme, mouvement religieux du XVIIe siècle prônant l’austérité et la sobriété. La reliure janséniste reflète ces valeurs : aucun décor extérieur, élégance par la matière (cuir noble) et la coupe.

Quelle est la spécificité de la reliure janséniste ?

Plats entièrement nus, sans dorure ni filets. Toute la richesse est intérieure : gardes en papier décoré ou peigné, tranches dorées, dentelle intérieure (la « dentelle intérieure jansén » est une signature).

La reliure janséniste convient-elle à tous les livres ?

Elle est traditionnellement réservée aux ouvrages religieux ou de grande sobriété. Les bibliophiles modernes l’utilisent aussi pour des éditions originales littéraires précieuses qu’ils veulent mettre en valeur sans ostentation.

Pour aller plus loin

3 Commentaires

  1. pendant la guerre, il ne devait pas y avoir beaucoup de métiers peu dangereux. Même Général ne garantit pas contre les balles.
    Et comme de nombreux écrivains y sont morts, il est logique que le nombre de relieurs diminue en conséquence…

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