La reliure: les petites annonces de nos amis relieurs; cocasses, parfois énigmatiques, toujours étonnantes

Amis Bibliophiles bonjour,
Nos amis relieurs (d’ailleurs question, qui est le meilleur ami du bibliophile, le relieur, le restaurateur ou le libraire?) passent des petites annonces, et leur lecture est passionnante.
En voici un florilège!

Une pleine page d’annonces, on y croise un jeune homme de bonne famille qui cherche une place tout en étant « peu exigeant », un papetier-relieur « connaissant un peu la dorure », un candidat « libéré du service militaire, ayant pour cause de santé cessé de travailler », et bilingue aussi bien en langues qu’en reliure… Une offre pour un bon relieur, sachant que la préférence sera accordée à un musicien… Ou, on aura décidément tout vu un relieur « très pressé » (jamais je n’aurais pensé voir ces mots accolés, sourire) de trouver un bon ouvrier relieur-doreur.

Engagez-vous! Ici c’est semble-t-il l’armée qui recrute un jeune ouvrier capable… à condition qu’il s’engage dans un régiment de Ligne en garnison à Paris. Après la reliure d’art, avant la reliure industrielle, voici la reliure militaire.
Et, deux lignes plus bas, un candidat potentiel, qui ne demande que le logement et la nourriture. Espérons qu’ils ont trouvé un accord. Avec un peu de chance, il aura le gîte et le couvert, et il verra du pays.

On recrute aussi à Lyon, il n’y a pas que l’atelier Moura – Vilaine – Goy pardi, allez faire un tour chez Magnin, 8 cours Lafayette (sonner longtemps). 

Enfin, ma préférée… En effet, on aimerait vraiment avoir des nouvelles du relieur qui a pris 200 livres chez M. de Girardière en mars 1929 et ne les a pas encore rendus!

Ces jolies annonces proviennent de La Reliure, l’organe de la Chambre Syndicale Patronale des Relieurs, Brocheurs, Cartonneurs, Doreurs sur cuir, Doreurs sur tranches et Marbreurs.
H

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Vol de livres: Raymond, William, Fidel, l’expert et la Durham ou les tragiques aventures biblio-kleptomanes de Raymond Scott

Vol de livres: Raymond, William, Fidel, l'expert et la Durham ou les tragiques aventures biblio-kleptomanes de Raymond Scott

Amis Bibliophiles bonjour,
Décidément, les escrocs qui gravitent dans le monde du livre ancien sont aussi fantasques et originaux que les bibliophiles: certains escaladent des falaises et découvrent des passages secrets, d’autres usurpent des identités, d’autres encore espèrent quitter une bibliothèque de renom avec deux in-folios dans chaque poche, etc. En voici un nouvel exemple, avec les aventures de Raymond Scott.
2008. Un anglais élégant se présente à la bibliothèque Folger (Etats-Unis) pour faire authentifier un exemplaire de l’EO in-folio des oeuvres de Shakespeare (1623). Cet ouvrage n’est pas rarissime (on en connaît environ 200 exemplaires… mais seulement 40 complets), mais il est très recherché et est évalué à  quelques millions d’euros. La page de titre et le frontispice de l’édition de 1623
La Folger est le bon endroit pour faire authentifier l’exemplaire puisqu’elle en possède 79 autres exemplaires, et on peut penser que l’idée de Scott était de proposer son exemplaire à l’institution.
Las, l’expert de la bibliothèque remarque vite quelques notes manuscrites dans les marges de l’exemplaire, caractéristique d’un exemplaire dérobé en 1998 à la bibliothèque anglais de Durham. L’élégant anglais est aussitôt arrêté et poursuivi.Raymond Scott prend des forces avant son procès
C’est à ce moment là que le monde va découvrir l’excentrique Raymond Scott, libraire, fils de libraire et personnage fantasque s’il en est. On découvre rapidement que s’il demeure dans une modeste maison à quelques kilomètres de la bibliothèque Durham, et vît d’une mince allocation sociale (100 euros par semaine), Raymond Scott roule en Aston Martin ou en Ferrari (Dino, l’homme a du goût), porte des costumes de luxe et voyage sans cesse à l’étranger, en particulier à Cuba.Raymond Scott en tenue de campagne
Sur cette île, il a en effet fait la connaissance d’une danseuse de 30 ans, Heidy, qui est de 23 ans sa cadette. On comprend rapidement que celle-ci préfère profiter des largesses de ce capitaliste en goguette que de consacrer leurs rencontres à lui vanter les vertus du communisme à la Fidel. Raymond Scott et Heidy, un amour au parfum de vélin
Cet amour au parfum de vélin coûte cher à Raymond, et l’oblige finalement à tenter de mettre en vente le Shakespeare pour subvenir aux besoins croissants de sa jeune capitaliste en herbe.Raymond Scott arrive au tribunal, avec son assistante
Devant le tribunal où Scott arrive tour en calèche précédé d’un Scotsman, dans une limousine ou déguisé en Che Guevara (pour mieux illustrer la piste cubaine), notre élégant anglais clame, malgré l’évidence, que l’ouvrage est en fait à Cuba depuis plus d’un siècle et que c’est le régime de Fidel qui a empêché son authentification et sa vente à l’étranger. Il a rendu service à la famille de sa fiancée en se dévouant pour faire sortir l’ouvrage de l’île, le faire authentifier et le vendre. Rapidement, les preuves liées aux notes manuscrites viennent confondre Scott qui opte pour une seconde version de la thèse cubaine.Raymond Scott ou Che Guevara dupé par les enfants de Fidel
Ce sont en fait les parents cubains de sa dulcinée qui ont dérobé le Shakespeare à la bibliothèque de Durham, au terme d’un voyage de milliers de kilomètres, avant de rejoindre leur île et, heureux hasard, que leur fille ne s’éprenne d’un anglais, libraire et habitant à proximité de la bibliothèque de Durham. Raymond Scott arrive au tribunal bis, en tête-à-tête avec son conseiller bénédictin
Bref, l’affaire semble mal engagée, d’autant plus que les preuves s’accumulent contre Scott, dont on sait désormais qu’il a été arrêté plusieurs fois pour vol, et notamment pour vol de livres juste avant son procès. Néanmoins, il n’y a aucune preuve du vol… Les employés de la bibliothèque n’ayant rien vu, rien entendu ou presque alors que le livre était présenté dans une vitrine de verre. Pour tout dire, ils ne se sont rendus compte de la disparition de l’ouvrage que quelques jours plus tard. En effet, le voleur avait pris soin de replacer le velours qui protégeait la vitrine des lumières du soleil entre deux expositions. La consigne c’est la consigne et ils n’étaient visiblement pas gênés d’avoir laissé le livre exposé sous le velours pendant quelque temps. C’est beau la conscience professionnelle.
Scott ne sera donc condamné que pour recel et dégradation d’une oeuvre d’art (il a gratté les cachets), à une peine de 8 ans de prison (énorme, non?).
Difficile de ne pas trouver le personnage sympathique en tout cas. Moi j’aime assez.
H

3 Commentaires

  1. pourquoi sonner longtemps ? l'atelier Magnin a fermé il n'y a pas si longtemps, c'est un modèle de longévité depuis sa création en 1871, par son père et son oncle, jusqu'à sa vente en 1961 par la fille de Marius Magnin.

  2. Un relieur très pressé : une espèce en voie d'extinction. Témoin celui qui n'a pas encore terminé les 200 livres, travail commencé en 1929 …
    Quant au doreur musicien il est encore plus rare, à moins de se contenter d'un musicien doreur.
    Décidément l'univers du livre est bien plaisant .

    René

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.