Labarraque, Maxime du Camp, un chameau, un empereur, un roi et l’eau de Javel

Amis Bibliophiles bonjour,
Chameau, dromadaire, chameau, dromadaire… La question s’était posée sur le blog suite à l’article de Bernard sur Charles Perrault, mais elle avait également suscité la curiosité de René qui voudrait vous présenter un tout petit opuscule, mince par la taille mais d’une importance capitale par son contenu.Le 15 septembre 1915, La Chronique Médicale publiait cette lettre inédite de Maxime Du Camp, qui se piquait de quelques notions médicales.
« Louis 18 était si gâté et dégageait une telle infection que nul n’osait approcher du cadavre ; on fit venir Labarraque, pharmacien célèbre de ce temps, membre du conseil de salubrité, etc., et inventeur du fameux chlorure désinfectant qui porte son nom. Il trempa un drap dans le susdit chlorure, et le tendant devant lui comme une sorte d’écran, il marcha jusqu’au cadavre et le couvrit tout entier. Pendant près d’une heure, il l’aspergea de chlorure; puis, requis par le grand maitre des cérémonies de procéder à l’embaumement, et voyant le grand maitre s’éloigner, il lui fit observer que sa charge le forçait à recevoir les entrailles du roi sur un plat d’or ou d’argent (?). Le grand maitre n’y consentit pas et l’autopsie fut plus que rapide.
J’ignore le nom du grand maitre. Voilà, cher ami, ce que ma mémoire me rappelle et encore je n’affirme pas pour le dernier fait relatif aux entrailles de ne pas faire confusion, car voilà que j’ai souvenir d’avoir lu quelque chose d’approchant touchant la mort de Louis 15. Vous pourrez facilement vérifier le fait et voir si je fais erreur.
Quant au chlorure et à Labarraque, j’affirme : c’est ce dernier qui m’a conté l’anecdote.
Max. »
L’article de la Chronique était intitulé : Vieux-Neuf médical. La liqueur de Labarraque.Voilà qu’il se relève d’un discrédit, d’ailleurs injustifié, ce vieux médicament de nos pères, qui rend actuellement tant de services dans le traitement des blessures, Il n’est, à vrai dire, de meilleur désinfectant des plaies et l’on ne s’explique guère pourquoi on a été si longtemps à l’oublier.
L’inventeur de la recette n’était pas le premier venu : Antoine Germain Labarraque était un chimiste de renom, pharmacien de l’Empereur, puis de Louis XVIII avant de procéder, comme nous l’avons lu, à la désinfection de son cadavre.
Né en 1777, arraché à ses études par la guerre, il s’engage a 18 ans dans les armées de la République où il fut distingué en raison de ses connaissances chimiques. Les pharmaciens militaires étant rares et les autorités militaires n’étant pas trop regardantes, le sergent Labarraque fut nommé pharmacien, puis pharmacien en chef de l’hôpital espagnol de Barra. Il avait vingt ans.
Licencié après une longue maladie, il suivit à Montpellier les cours de Chaptal et à Paris ceux de Vauquelin. Il fut reçu officiellement pharmacien en 1805 et sur les conseils de Cadet de Cassicourt étudia le chlore et ses applications.
Ses recherches conduisirent Labarraque à employer le « chlorure d’oxyde de soude et de chaux », obtenu par l’action du chlorure de chaux sur le carbonate de soude, pour traiter dans les boyauderies les intestins animaux, matériaux éminemment sujets à la pourriture. L’un des produits de la réaction faisait cesser toute putréfaction.
Les expériences du pharmacien firent sensation. On le sollicita pour le nettoyage des écuries de l’armée, on brûlait jusqu’alors tout le matériel contaminé. On appliqua ses chlorures à l’assainissement des Halles, des abattoirs, des hôpitaux, des amphithéâtres. On en fit usage dans les étables et les égouts.
Il publia donc, en 1825, le petit ouvrage intitulé De l’Emploi des Chlorures d’Oxide de Sodium et de Chaux. Plaquette de 48 pages, imprimée à Paris par Madame Huzard. Petit ouvrage fort rare et dont la couverture est presque toujours absente.
Le présent exemplaire comporte un envoi au Dr Récamier.
Durant l’épidémie de choléra de 1832, de nombreux Parisiens durent leur salut à l’usage de ce premier et précieux désinfectant. L’année suivante ce fut encore Labarraque qui participa à l’exhumation des combattants de Juillet, ensevelis à la hâte sous les plates-bandes du Louvre.
Le chlorure d’oxyde de sodium fut livré en flacons avec le mode d’emploi :  » Soit pour panser les plaies de mauvaise nature, soit comme moyen d’assainissement des lieux insalubres… « 
Labarraque mourut, riche et décoré en 1850, des suites d’une attaque d’apoplexie. Cette précieuse « liqueur », qui n’est autre qu’une solution d’hypochlorite de sodium, fut d’abord tout naturellement connue sous le nom « Eau de Labarraque » puis sous celui d’ « Eau de Javel ».
En effet, avant Labarraque, un autre chimiste français célèbre, Claude Berthollet avait étudié les propriétés oxydantes du chlore et des hypochlorites pour un tout autre usage, celui du blanchîment des toiles textiles. Sa manufacture de produits chimiques se trouvait à Paris dans le quartier de Javel.
Si le pauvre Claude Perrault, hélas trop tôt disparu, avait connu l’Eau de Labarraque quand il a procédé à la dissection de son chamadaire septique, il eut conservé la santé, pour la plus grande gloire de la Science.
Merci René,H

La lettre du bibliophile

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Dante et Gustave Doré

Dante et Gustave Doré

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Après le bois originale de Bertrand, je vous propose de découvrir une gouache que possède un fidèle lecteur du blog. Celui-ci aimerait la livrer à votre sagacité. Et c’est un vrai scoop, parce qu’à part vous quand vous aurez fini de lire ce message, seul le musée d’art moderne de Strasbourg sait que cette gouache existe.

Une gouache? Mais quelle gouache? En fait, Fabrice possède une gouache non signée qui serait l’original de la première gravure de Gustave Doré (chant N°1) de La divine Comédie « l’ Enfer de DANTE » de 1861, chez Hachette.
Voici l’histoire de cette gouache : elle est intitulée « Dante Astray in the Dusky Wood » (Dante égaré dans la forêt sombre). Elle est dans son cadre d’origine qui porte l’étiquette d’une galerie d’art Canadienne ouverte en 1860 (From Thompson’s Art Store 68 & 70 King Street East HAMILTON).
Fabrice l’a d’ailleurs acquise au Canada à Ottawa en 2008. Le vendeur n’a pas fait le rapprochement avec Gustave Doré, et Fabrice non plus au moment de l’acquisition, même s’il a perçu le symbolisme de l’oeuvre. La technique employée est gouache, encre à la plume, lavis.

Elle est non signée, comme la gravure du livre me semble-t-il. Ce qui pourrait expliquée le fait qu’elle ait été perdue de vue et non identifiée.
Elle fait 19 Cm par 24 Cm (image seule).

La comparaison fait apparaitre des différences entre la gravure du livre et le dessin, mais nous savons que Gustave Doré donnait des fils conducteurs aux équipes de graveurs leurs laissant loisir d’exprimer leur art de graveurs.
Bref, Fabrice aimerait avoir votre avis, sans compter que cela l’amuse de la soustraire du circuit des experts pour la soumettre à votre appréciation (« de rigolos »).

Le sujet m’a semblé intéressant. Qu’en pensez-vous?

H

7 Commentaires

  1. Merci. Tout es intéressant, aussi bien la note que les commentaires. C'est très enrichissant et reposant d'en lire des articles de cette qualités. Bravo à tous.

    Chantal

  2. Pour exaucer le souhait de Montag, voici quelques notes sur le Dr Récamier, vulgarisateur de l'instrument de torture appelé Speculum.
    Merci pour votre intérêt et mes amitiés à tous les lecteurs.

    René

    RECAMIER (Joseph-Claude-Anthelme), médecin français, né à Rochefort (Ain) en 1774, mort à Paris en 1853. Il étudia la médecine avec Bichat à l'hôpital de Bourg. Atteint par la réquisition, il dut servir la République au service de santé des armées françaises. Inscrit après son retour à l'Ecole de santé de Paris, il fut reçu docteur en 1799, et nommé à l'Hôtel-Dieu en 1806.
    Outre quelques articles dans la Gazette médicale et quelques autres recueils, on lui doit : Essai sur les hémorroïdes ; des Recherches sur le traitement du cancer par la compression méthodique ; des notes sur les forces et la dynamétrie vitales ; Recherches sur le choléra morbus et son traitement.
    Il a vulgarisé l'usage du spéculum.
    Comme praticien, il eut une grande réputation, il ne se trouvait jamais désarmé face à la maladie, il savait oser, et ses audaces étaient quelquefois couronnées de succès.
    Il était l'ami le plus cher de Laënnec.

  3. La French connection, c'est fini, maintenant c'est René le Chimiste et la Belge collection.

    Quelques mots peut-être sur le Dr. Récamier ?

    Montag

  4. Je me sens moins seul. Merci René pour cet article, et merci à Hugues pour son hospitalité.
    J'aime trouver ces petites plaquettes, avec leur fragile couverture d'origine et leur contenu fondamental.

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