Une certaine forme de bibliophilie, ou quelques repères sur les livres minuscules…

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ce soir Jean-Paul partage avec vous quelques repères sur les livres minuscules… (je n’ai pour ma part qu’un seul minuscule, en voici quelques images. Si vous en avez de votre côté, n’hésitez pas à m’en envoyer. Sa taille: 50 mm x 40 mm.).À la BnF, les « nains », comme ils disent, sont rangés dans des boîtes ou des enveloppes, pour ne pas les perdre, dans la « Réserve des livres rares et précieux » : on en compte environ 1 200. Le plus ancien date de 1538 et s’intitule Les espèces de pièces d’or et d’argent qui ont cours. Certains sont d’une très grande rareté.L’âge d’or des minuscules fut le xviiie siècle. Les almanachs breloques ou portatifs datent de 1760-1770 : Le Réveil-matin, almanach pour 1766, et le Bijou mignon des dames, almanach pour 1769, sont parmi les plus rares. D’autres furent édités par les relieurs-doreurs de la rue Saint-Jacques, à Paris :
Jubert et Janet, son successeur, réalisèrent des minuscules reliés en maroquin rouge, vert ou citron, dont le Télescope des clairvoyants (1791). Jubert, spécialiste des dorures aux petits fers, a édité son premier almanach minuscule en 1789 : Les Passe-temps des paresseux ou la morale analysée.Marcilly fut l’éditeur le plus prolifique de 1798 à 1849. Ses almanachs étaient reliés en maroquin rouge et vert. Il fut l’éditeur en 1799 des Jeux de l’enfance, entièrement imprimé en sanguine.
Les almanachs minuscules de Le Fuel, entre 1817 et 1830, contiennent des figures, des chansons et des petites pièces de poésie.
En 1827, Didot « le jeune », qui avait fabriqué des caractères pour les minuscules, édita les Maximes de La Rochefoucauld, chef-d’œuvre de typographie.
A la fin du XIXe siècle, on édita des classiques (Fables de La Fontaine, Contes de Perrault, etc.).
Tous les relieurs, gens minutieux, ont réalisé des minuscules : Paul Bonet, Rose Adler, Pierre-Lucien Martin, Alain Devauchelle, Colette et Jean-Paul Miguet, Georges Leroux, etc. dont la plupart ont travaillé pour l’éditeur Pierre-André Benoît, alias « PAB », Daniel Knœderer, etc.On peut ajouter à la bibliographie déjà donnée sur le blog :Les almanachs minuscules français. In Bulletin du bibliophile, 1959, n° 1.Tissandier (Gaston). Livres minuscules : la plus grande bibliothèque des plus petits livres du monde. Collection de Georges Salomon. Paris : Masson, 1894.Catalogue d’une jolie collection d’almanachs illustrés des xviiie et xixe siècles, provenant du cabinet de feu M. Félix Meunié. Paris, Leclerc, 1920.Quatre siècles de livres minuscules. Collection Hubert Silvain. Québec : Bibliothèque nationale, 2005.
Merci Jean-Paul,
Hugues

La lettre du bibliophile

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La Pragmatique Sanction de Bourges, ou l’affirmation du pouvoir royal sur l’Eglise de France… à travers les livres

La Pragmatique Sanction de Bourges, ou l'affirmation du pouvoir royal sur l'Eglise de France… à travers les livres

Amis Bibliophiles bonjour,
En 1438, Charles VII, assemble les principaux ecclésiastiques de France, des docteurs en droit, ses grands conseillers et familiers dans le palais du duc Jean de Berry à Bourges. À l’issue de cette réunion le roi édicte le 7 juillet “La Pragmatique Sanction de Bourges” qui repose sur des principes gallicans. 

En effet cette ordonnance reprenait les idées des canonistes français, affirmait le pouvoir royal sur l’Eglise de France et son indépendance vis à vis de la papauté. Elle donnait au roi la possibilité de nommer les évêques et les abbés, elle supprimait les appels en cours de Rome et certains droits fiscaux pontificaux (annates).
Bien sûr Rome condamna ces décrets. Louis XI,  en 1461,  abrogea la Pragmatique Sanction mais pas son usage. Le concordat de Bologne, en 1516, entre le roi François Ier et le pape Léon X, la remplaça définitivement, mais retint le principe d’une église gallicane.
Dans ce contexte d’affirmation de l’entité française, les éditions de la Pragmatique Sanction sont nombreuses. 
L’édition princeps in-4°, sans lieu ni date, de 35 feuillets de 27 lignes en caractères romains est attribuée par Brunet à Ulric Gering et datée de 1472 environ. Elle est décrite d’après l’exemplaire du libraire Potier en 1856. Cette édition n’apparaît pas, en tant que telle du moins, au C.C.Fr. Ceci dit, elle semble logique; Guillaume Fichet, le recteur de l’Université de Paris avait tout à la fois favorisé l’installation des proto-typographes parisiens (dont Ulric Gering) et pris parti pour la Pragmatique Sanction de Bourges aux côtés du Parlement de Paris contre le projet de suppression de Louis XI. Il reste à en localiser des exemplaires.
Une autre édition incunable parut en 1476 environ, à Toulouse, avec les caractères gothiques utilisés cette même année par l’imprimerie locale sans qu’on identifie l’imprimeur. Ensuite, les impressions se succèdent, à Paris en 1481 chez Jean Bonhomme, puis en 1484 et 1486 et à Lyon en 1488, Chez Guillaume Balsarin,  etc.  
Jean Bonhomme à Paris publie en 1486 la première édition commentée par Côme Guymier. Au début du XVIe siècle, Philippe Pigouchet fait fonds de ce titre dans son catalogue, en 1502 et 1503 avec le commentaire de Côme Guymier et le réimprime en 1510 pour Jehan Petit sous la forme d’un gothique latin avec les deux marques de Jehan Petit et de Philippe Pigouchet. 
Une édition post incunable 1503
PRAGMATICA SANCTIO, Philippe Pigouchet, Jean Parvi, Paris, 1503 ;
 in-8 gothique deux colonnes, 205 ff, 1 f blc, 31 ff.  Marque de Jean Alexandre sur le titre et celle de Philippe Pigouchet au verso du dernier feuillet.Les éditions en gothique français sont peu nombreuses. Bechtel en récence deux seulement. Celle de 1508 imprimée par Gaspard Philippe à Paris pour Martin Alexandre dont on ne connaît pas le traducteur est la première en français. La seconde est donnée en 1513 par Michel Le Noir.
Comme on voit, de nombreuses éditions sont enrichies du commentaire de Côme Guymier, chanoine, licencié en droit, président aux enquêtes de Paris, qui meurt en 1503. Sa glose, véritablement expansive, encadre alors tout le texte de la Pragmatique Sanction, faisant d’un petit opuscule un gros ouvrage.
Commentaire de Cöme GuymierLes éditions du XVIe siècle sont souvent accompagnées du texte du Concordat de 1516. À Lyon, les libraires Vincent, (Simon en 1532 et Antoine en 1538) et à Paris, Galiot du Pré (en 1546 et 1554) comptent parmi les plus prolixes de la Pragmatique.
Une édition lyonnaise assez courante avec le  commentaire de Cosme Guymier :PRAGMATICA SANCTIO studiosis utilissima cum Concordatis. Lyon, Antoine Vincent pour Mathieu Bonhomme 1538 (1539 nx st.) Petit in-8, 267 ff. 54 ff. n. ch., XXI ff,  7 ff. n.ch. Une édition en français :La Pragmatique Sanction contenant les décrets du concile national de l’Eglise gallicane assemblée en la ville de Bourges, au règne du Roy Charles septième avec le concordat d’icelle avec le Très chrétien roy François Premier de ce nom, et le Pape Léon Dixième, Paris, Vincent Sertenas, 1561, in-12°, 58 ff. 1f. Après le XVIe siècle les éditions se firent plus rares, l’indépendance vis à vis du Souverain Pontife était acquise. Peut-être faut-il noter, comme derniers feux d’un patriotisme de province, l’édition augmentée des commentaires du jurisconsulte natif de Bourges, François Pinsson des Riolles, en 1666 à Paris.
Lauverjat