Les Histoires prodigieuses de Boaistuau

Amis Bibliophiles bonjour,

L’auteur, Boaistuau, n’est pas parmi les auteurs les plus connus du 16ème, et en vérité on connaît assez mal sa vie. Il était a priori breton d’origine et suivît des études de droit à Poitiers vers 1543, puis à Valence. Il voyagera beaucoup, assistera à des dissections à Rome puis à Paris, résidera au Levant puis se partira pour l’Angleterre où déjà prodiges et monstres divers l’attirent… Il y rencontre la Reine Elisabeth 1ère (vers 1559-60) et on pense que c’est lui qui fît connaître Roméo et Juliette sur le continent.
De retour à Paris en 1560, il publie son 7ème ouvrage qui est précisément celui qui nous concerne, les Histoires prodigieuses les plus mémorables qui aient été observées depuis la nativité de Jésus Christ jusques à notre siècle, extraictes de plusieurs fameux auteurs, grecs et latins, sacrés et profanes, mises en notre langue par P. Boaistuau, surnommé Launay, natif de Bretagne, avec les pourtraicts et figures.

Le livre inspirera d’ailleurs les écrits d’Ambroise Paré sur les monstres, dont nous avons déjà parlé dans ce blog.
On retiendra de Boaistuau, qui s’éteindra à Paris vers 1560, deux choses principales :

1. Il fût le premier éditeur des nouvelles de Marguerite de Navarre, un ouvrage controversé à sa parution.

2. Il est considéré comme le créateur des deux genres les plus caractéristiques de la seconde partie du 16ème siècle : l’  » histoire tragique  » et l' » histoire prodigieuse « .

Vous savez que j’ai un faible pour les ouvrages curieux, notamment ceux qui traitent de tératologie (« science des monstres »), et c’est pour cela que le Boaistuau est un livre que j’aime particulièrement. De plus, il est servi par une illustration absolument unique, et contient une petite centaine de bois illustrant monstres et prodiges divers.
Si Boaistuau a inspiré Liceti ou Paré, et d’autres encore, il est très probable que lui même trouva son inspiration dans le fameux ouvrage de Lycosthène (1518 – 1561), le Prodigiorum ac ostentorum chronicon, sans pour autant d’ailleurs être aussi complet que ce dernier.

Le Boaistuau évoque toutes sortes de prodiges : les prodiges de Satan, évidemment et avant toute chose, mais aussi les prodiges naturels (catastrophes, comètes, etc.) et la « génération des monstres », qui sont autant de prodiges et dont les causes peuvent être diverses : parmi lesquelles causes morales, causes  » physiques « , causes astrologiques… étant bien entendu qu’elles sont toutes subordonnées à la malédiction divine.

De nombreux « monstres » sont ainsi présentés, que l’on retrouvera dans le Liceti: « céphalopages », ou « métopages », monstre masculin avec le haut du corps dédoublé et les quatre bras, animaux mythiques, siamois, etc.

Boaistuau nous conte ainsi l’histoire de ce monstre féminin au corps double dans la partie supérieure, « étrange spectacle en nature », et constate que « toutes leurs actions étaient le plus souvent diverses, car quelquefois que l’une pleurait, l’autre riait, l’une parlait, l’autre se taisait, l’une mangeait, l’autre buvait, et (elles) vécurent ainsi longuement jusqu’à ce que l’une mourut; et l’autre fut contrainte de traîner ce corps mort après elle » quelques années, puis,  » par la puanteur et corruption de l’autre, elle mourut infectée!!!!
On croisera ensuite l’homme à deux têtes, la femme a deux têtes, qui survécu plusieurs années, sirènes, tritons, néréides, poissons volants, quadrupède à tête humaine, homme mi-homme, mi-chien, homme qui vivait avec les intestions à nu… et cet inventaire à la Prévert se poursuit sur des centaines de pages.
En homme de son temps, notre Breton ira même plus loin et nous présente « l’histoire prodigieuse d’un chien monstrueux, engendré d’un ours et d’une dogue d’Angleterre « . Lors de son voyage en Angleterre, et grâce à la reine Elizabeth, il voulut personnellement vérifier, à la Tour de Londres, la copulation entre un ours et une dogue…
De nombreux illustrations proviennent de la Cosmographia de Münster et du Lycosthène…Un grand nombre d’entre elles seront reprises dans le Paré, le Licetus et l’Aldrovandi…
C’est au final un très bel ouvrage par un véritable homme de la Renaissance..

H

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Portrait : Nollet, un abbé physicien

Portrait : Nollet, un abbé physicien

Amis Bibliophiles Bonsoir,

C’est Bernard qui vous propose ce soir un portrait de l’abbé Nollet. Un grand merci à lui.

Portrait de Nollet : Portrait XVIIIeme gravé par Jacques Firmin Beauvarlet d’après le pastel de La Tour.

Œuvres de Nollet

Enfant d’une famille pauvre, Jean Antoine Nollet (1700-1770), choisit la carrière ecclésiastique. Il obtient en 1724 le titre de bachelier de la Faculté de théologie de l’Université de Paris et est consacré diacre en 1727. Dès 1728, il travaille avec René-Antoine Ferchault de Réaumur et Louis XV le nomme maître de physique et d’histoire naturelle des enfants de France (enfants du roi). Très bon orateur, il donne la première de ses « causeries expérimentales » en 1735. Le succès est immédiat et Nollet est connu à travers l’Europe savante. En 1736, il part en Hollande où il rencontre Petrus van Musschenbroek, le plus célèbre des physiciens newtoniens du moment. Il entre en relation avec les savants de son temps, en particulier Benjamin Franklin. En 1738, il publie son premier ouvrage :

Programme ou idée générale d’un cours de physique expérimentale.
En 1739, Nollet passe six mois à Turin auprès de Charles-Emmanuel III, roi de Sardaigne et duc de Savoie pour lui enseigner la physique expérimentale. La même année, il est élu membre de l’Académie des Sciences. En 1746, Musschenbroek rend compte d’une découverte fondamentale , l’effet de la décharge électrique à travers le corps humain. Cette effet spectaculaire relance les recherches sur l’électricité. Nollet s’y consacre alors presque exclusivement ; il devient « l’électricien de France ». En 1746 il publie son premier ouvrage sur le sujet :

Essai sur l’électricité des corps.
Nollet y expose sa théorie de l’électricité : Pour lui, la cause générale des phénomènes électriques est « l’effluence et l’affluence simultanées d’une matière très subtile, présente partout et capable de s’enflammer par le choc de ses propres rayons ». En 1749, il répond aux attaques de ses adversaires en publiant ses

Recherches sur les causes particulières des phénomènes électriques.
Le système de Nollet jouira en Europe d’un large consensus jusqu’en 1752, date à laquelle paraît en France l’ouvrage de Franklin :

Expériences et observations sur l’électricité faites à Philadelphie en Amérique.

La théorie qui y est développée s’oppose à celle de Nollet. Franklin pense que tous les corps possèdent un fluide particulier, le fluide électrique ; ceux qui en ont en plus (trop), sont dits chargés positivement ; ceux qui en ont en moins (pas assez), sont dits chargés négativement. Il s’en suit une longue controverse que Nollet rend publique en 1753 dans ses

Lettres sur l’électricité.
Deux autres volumes paraîtront en 1760 et 1767.

Entre 1743 et 1764, Nollet rédige et publie ses Leçons de physique expérimentale en six volumes.

Edition Amsterdam

Les planches de l’édition hollandaise ont été regravées et diffèrent légèrement de celles de l’édition parisienne.

Planche de l’édition parisienne
Planche de l’édition d’Amsterdam.
Ces leçons ont eu une dizaine d’éditions et ont servi à l’enseignement jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Enfin, en 1770 paraît, en trois volumes, le dernier ouvrage de Nollet :

L’art des expériences, ou avis aux amateurs de la physique.

Nollet a été non seulement un génial expérimentateur, mais également un excellent artisan ; il est l’inventeur de nombreux appareils qu’il vendait aux amateurs. Par exemple, en 1739, Nollet a vendu à Voltaire un cabinet de physique pour la somme colossale de 10 000 livres. Voltaire, en payant la note, ne pouvait que s’exclamer: « L’abbé Nollet me ruine ». Mais il ajoute : « il est beaucoup plus aisé de trouver de l’argent qu’un homme comme luy.».
C’est dans ce dernier ouvrage que Nollet décrit avec minutie la fabrication et le mode d’emploi de tous ses appareils. Ceux-ci sont de véritables objets d’art dont quelques spécimens sont conservés dans certains musées. Si vous voulez en avoir une idée, je vous conseille de consulter le superbe ouvrage « L’art d’enseigner la physique », paru chez Septentrion en 2002. Cet ouvrage contient de magnifiques photos et une bibliographie exhaustive de Nollet réalisée par Jean-François Gauvin et Anthony Turner, libraire aimable et érudit que vous avez peut-être déjà rencontré dans certains salons.A l’âge de 56 ans Nollet obtient la chaire de physique expérimentale du collège de Navarre, puis un poste à l’école du génie de Mézières. En 1762, il est élevé au rang de Directeur de l’Académie des Sciences.

Merci beaucoup Bernard,H

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