Amis Bibliophiles bonjour,
D’origine Italienne, et naturalisé français en 1833, le comte Libri (1803-1869) a laissé un bien mauvais souvenir aux bibliothèques françaises.
Diplômé de droit mais aussi très doué pour les sciences et les mathématiques, (il publie un recueil sur la théorie des nombres en 1820, soit à l’âge de 17 ans). Il effectue son premier voyage à Paris en 1824, où ce jeune prodige est fort bien accueilli par la communauté scientifique.
C’est d’ailleurs Paris qu’il choisira quand il devra quitter précipitamment l’Italie. Il s’installe en 1830, obtient ses « lettres de déclaration de naturalité » en 1833 et devient la même année, professeur à la faculté des sciences et au Collège de France. Il a 30 ans.
Il mène alors pendant une quinzaine d’années une carrière de sommité scientifique, accumulant les honneurs divers (Légion d’honneur en 1837), les publications, qu’elles soient scientifiques ou consacrées à son autre passion, la bibliophilie.
En 1841, il est nommé inspecteur général des bibliothèques, ce qui va revenir, on le verra, à demander à un renard d’inspecter une basse-cour…. En effet, à ce titre, Libri est chargé de rédiger un catalogue général des manuscrits conservés dans les bibliothèques publiques. Aussi, très rapidement il profite de l’état peu avancé des inventaires pour voler des livres et des documents précieux dans les plus grandes bibliothèques du pays : il détourne, il maquille (notamment avec l’aide de Duru), dé-relie, re-relie, ajoute des provenances… bref il endosse la panoplie du parfait faussaire.
Mais le bibliophile est parfois prétentieux, et le besoin de reconnaissance de Libri le poussera à publier un catalogue de cette bibliothèque frauduleusement constituée en 1845, avant d’essayer d’en mettre en vente une partie, en 1846 et 1847.
Malgré une dénonciation par lettre anonyme, dès 1846, il parvient à vendre près de 2000 manuscrits à un bibliophile anglais, le comte d’Ashburnham (pour la somme de 200 000 francs de l’époque, ce qui est considérable), puis un autre lot lors d’une vacation parisienne (pour 116 000 francs).
Ces ventes et les dénonciations (une autre survient en 1847) provoquent une enquête mais Libri a déjà fuit à Londres avec une partie de « ses » ouvrages, d’où il clame son innocence. Rien n’y fait, et il est condamné par contumace à 10 ans de réclusion en 1850.
Le plus étonnant peut-être, est que Libri continuera à écouler sa collection à Londres, et qu’il obtiendra de nombreux soutiens en France, dont Mérimée, qui décidera de prendre sa défense, et contestera la décision judiciaire de façon si véhémente qu’il est finalement lui-même poursuivi pour outrage public et condamné à son tour à quinze jours de prison.
Ces soutiens lui resteront fidèles, et lorsque Mme Libri dépose une pétition en faveur de son mari au Sénat, en 1861, Mérimée reprend la défense de l’escroc. Le procès ne sera pas révisé.
Quelques uns des ouvrages achetés par Ashburnham revinrent en France après diverses péripéties, mais cet épisode restera malgré tout douloureux pour nos institutions et nos bibliothèques.
Qu’en retenir? Libri le mal nommé reçût sa charge d’inpecteur général des bibliothèques grâce à un appui politique…
H
La lettre du bibliophile
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Amis Bibliophiles bonjour, Cette escroquerie montée par le libraire anglais Harry Buxton Forman et le bibliophile Thomas James Wise nous conduit à Londres à la fin du XIXe siècle.Thomas James WiseHarry Buxton FormanHarry Buxton Forman était un érudit respecté, spécialiste de Shelley et Keats, et libraire. Thomas James Wise, lui, était bibliophile, connu pour sa bibliothèque d’éditions originales et faisait également un peu de courtage. Profitant de l’engouement des bibliophiles de l’époque pour les éditions originales, les deux associés proposèrent pendant près de 15 ans des faux qui devinrent rapidement très recherchés. L’astuce était elle-même relativement élaborée: bibliophile et libraire, Wise et Buxton Forman ne pouvaient ignorer combien il est difficile de produire un faux en bibliophilie (encore que, nous l’avons déjà vu…), en particulier pour des éditions originales qui venaient de paraître. Leur idée fût donc de proposer, d’inventer des pré-originales ou des tirages inconnus, ou privés des mêmes textes, le plus souvent sous forme de plaquettes. De fait ces textes, antérieurs aux éditions originales, devenaient encore plus rares et étaient destinées à connaître un grand succès auprès des amateurs. Ils bénéficiaient en outre de la double caution d’un grand bibliophile de l’époque, Wise, et d’un libraire et érudit réputé, Buxton Forman, connu pour ses bibliographies sur Shelley et Keats. Aussi, c’est en toute logique qu’ils débutèrent leur carrière de faussaire avec Shelley. En novembre 1886, Edward Dowden publia une biographie de Shelley, qui contenait un nombre importants de poèmes inédits. Ce fût le déclic pour Buxton Forman et Wise qui décidèrent alors de créer une une société écran, la Philadelphia Historical Society et de publier séparément les poèmes sous le titre Poems and Sonnets, avec une date antérieure à 1886. Les ouvrages étaient imprimés à l’aide d’un complice imprimeur, Richard Clay & Sons, et réunissaient toutes les conditions pour être crédibles, se permettant même le luxe de proposer des éditions privées, antérieures aux éditions originales, d’auteurs encore vivants. Buxton Forman et Wise créèrent ainsi des faux d’ouvarges d’Elizabeth Barrett Browning, George Elliot, John Ruskin, Matthew Arnold, Alfred Tennyson, George Meredith, William Thackeray et de beaucoup d’autres. Les deux escrocs les commercialisaient ensuite et ceci durant plusieurs décennies, à une échelle relativement vaste, puisqu’à la vente Brayton Ives à New-York en 1915, 24 faux étaient proposés aux amateurs.
Buxton Forman décéda en 1917 sans avoir été découvert, mais Wise était encore vivant lorsque deux experts et libraires, Pollard et Carter, démontrèrent en 1934 dans leur ouvrage (An Enquiry into the Nature of Certain Nineteenth Century Pamphlets) que de nombreux ouvrages étaient faux, en utilisant notamment des analyses scientifiques mettant en évidence que les matériaux utilisés, notamment de la pulpe de bois, étaient postérieurs aux dates affichées sur les ouvrages… avant de découvrir l’imprimeur complice et de le confondre.
Naturellement, les bibliophiles étant ce qu’ils sont, les faux de Buxton Forman et Wise sont aujourd’hui très recherchés, parfois plus que les éditions originales qu’ils étaient supposés supplanter. Mission accomplie donc!
Pour l’anecdote et plus près de nous, la librairie américain Oak Knoll proposait dans son catalogue 273 quelques ouvrages autour de cette fraude à grande échelle: un pamphlet (lot 718) daté de 1875 dans lequel un propriétaire précédent, John Spoor avait ajouté que « moins de 6 copies étaient connues », que l’édition avait ensuite été détruites et qu’aucune copie n’avait été connue avant 1897. Et pour cause Buxton Forman et Wise publièrent le pamphlet daté de 1875 en… 1896. Spoor acheta en tout 50 contrefaçons des faussaires.
Autre curiosité, dans le même catalogue (lot 887), une annotation du libraire Rosenbach, qui affirme qu’il savait que Wise était un faussaire 15 ans avait que cela ne soit démontré, mais qu’il n’avait rien fait pour ne pas entacher la réputation d’un ami…
Une petite histoire pour aujourd’hui… On craque parfois sur un livre sans trop savoir pourquoi. J’essaie de ne jamais acheter de livre incomplet, ou dépareillé, mais cette fois là, il y a déjà quelques années […]
Passages secrets, échelles de corde, documents oubliés, incunables et monastère situé sur un piton rocheux… tous les ingrédients étaient réunis pour un excellent scénario, à ceci près qu’ils furent les éléments d’une véritable histoire judiciaire […]
En 1952, paraissent Les Cahiers de Louis-Adhémar-Timothée Le Golif, dit Borgnefesse, capitaine de la flibuste… et cette parution fait grand bruit. En effet, elle a pour origine la découverte d’un manuscrit du 17ème siècle retrouvé […]
En complément, à propos de Libri et de la riche bibliothèque de la ville de Carpentras.
La ville de Carpentras peut s’enorgueillir de posséder une bibliothèque municipale (Bibliothèque Inguimbertine) dont les origines historiques et la richesse patrimoniale (en particulier sa collection Peiresc) lui assurent une renommée internationale.
« De puissantes relations, sans doute mal informées, avaient permis au comte Guglielmo Libri-Carucci de la Sommia (1809-1869), florentin récemment naturalisé, d’être nommé en 1841 secrétaire de la Commission du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Abusant de ses fonctions, il parcourt le pays se constituant à peu de frais, une belle collection de livres rares et d’autographes. Grâce à la confiance aveugle du chanoine Olivier-Vitalis, il s’empare ici de nombreux documents-telles les Œuvres de Théocrite et d’Hésiode (Venise, Alde, 1495), et surtout mutile des manuscrits : le fonds Peiresc porte encore la marque de ses larcins : cinq volumes et au moins deux mille feuillets ont ainsi disparus. Les dénonciations venues du Comtat dès 1842 ne sont pas écoutées et il faut le rapport Boucly publié dans Le Moniteur du 19 mars 1848 pour que le scandale éclate enfin. A la veille d’être inculpé, Libri s’enfuit en Angleterre ; on retrouvera dans son logement à la Sorbonne quelques liasses restituées ensuite à l’Inguimbertine. Dès 1847, Libri avait vendu une partie de sa collection à Lord Ashburnham, sans en justifier la provenance : il faudra toute la ténacité de Léopold Delisle (1826-1910), administrateur de la Bibliothèque nationale, pour obtenir en 1888 des héritiers de Lord Ashburnham la restitution onéreuse d’une partie des documents volés. Et depuis, au hasard des ventes publiques, on s’efforce de reconstituer la collection. »
Effectivement, une affaire a touché la Bibliothèque Nationale, avec la vente de manuscrits médiévaux « à la pièce », par folio. Il y a eu d’autres problèmes, notamment aux Archives Nationales ou autres. C’est à creuser, mais c’est un de mes professeurs qui m’en avait parlé.
Bonsoir, très bon article, très intéressant, par ailleurs, m’intéressant de près aux relieurs du XIXè siècle, si vous avez plus infos sur les relations troubles qui ont unis Duru et Libri, je suis preneur.
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Merci beaucoup pour ces précisions!
H
En complément, à propos de Libri et de la riche bibliothèque de la ville de Carpentras.
La ville de Carpentras peut s’enorgueillir de posséder une bibliothèque municipale (Bibliothèque Inguimbertine) dont les origines historiques et la richesse patrimoniale (en particulier sa collection Peiresc) lui assurent une renommée internationale.
« De puissantes relations, sans doute mal informées, avaient permis au comte Guglielmo Libri-Carucci de la Sommia (1809-1869), florentin récemment naturalisé, d’être nommé en 1841 secrétaire de la Commission du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Abusant de ses fonctions, il parcourt le pays se constituant à peu de frais, une belle collection de livres rares et d’autographes. Grâce à la confiance aveugle du chanoine Olivier-Vitalis, il s’empare ici de nombreux documents-telles les Œuvres de Théocrite et d’Hésiode (Venise, Alde, 1495), et surtout mutile des manuscrits : le fonds Peiresc porte encore la marque de ses larcins : cinq volumes et au moins deux mille feuillets ont ainsi disparus. Les dénonciations venues du Comtat dès 1842 ne sont pas écoutées et il faut le rapport Boucly publié dans Le Moniteur du 19 mars 1848 pour que le scandale éclate enfin. A la veille d’être inculpé, Libri s’enfuit en Angleterre ; on retrouvera dans son logement à la Sorbonne quelques liasses restituées ensuite à l’Inguimbertine. Dès 1847, Libri avait vendu une partie de sa collection à Lord Ashburnham, sans en justifier la provenance : il faudra toute la ténacité de Léopold Delisle (1826-1910), administrateur de la Bibliothèque nationale, pour obtenir en 1888 des héritiers de Lord Ashburnham la restitution onéreuse d’une partie des documents volés. Et depuis, au hasard des ventes publiques, on s’efforce de reconstituer la collection. »
Extrait de http://www.ville-carpentras.fr/culture/bibliotheque_page.htm
Effectivement, une affaire a touché la Bibliothèque Nationale, avec la vente de manuscrits médiévaux « à la pièce », par folio. Il y a eu d’autres problèmes, notamment aux Archives Nationales ou autres. C’est à creuser, mais c’est un de mes professeurs qui m’en avait parlé.
Bonsoir,
très bon article, très intéressant,
par ailleurs, m’intéressant de près aux relieurs du XIXè siècle, si vous avez plus infos sur les relations troubles qui ont unis Duru et Libri, je suis preneur.
Amicalement,
A. de Melk