La lecture du très beau catalogue de la vente Tissot-Dupont chez Piasa était riche en émotions: ouvrages magnifiques, reliures parfaites, envois de choix… mais ce n’est pas l’un de ces lots qui a retenu mon attention.
Non, c’est le lot 442 (PFINTZING, Melchior [Theuerdank]. Die Geuerlicheiten und Einsteils der Geschichten des loblichen streyt paren und hochberumbten helds und Rit) que j’ai gardé en mémoire pour en faire un petit billet sur le blog.
En effet, à la lecture de la description de ce très bel ouvrage, on découvrait des informations intéressantes concernant la reliure: « RELIURE ANGLAISE DE LA FIN DU XVIIIe SIÈCLE RÉALISÉE PAR ROGER PAYNE. Cuir de Russie, filets dorés en encadrement, dos à nerfs orné, tranches dorées, entièrement réglé à l’encre rouge : “washing, ruling and binding by Roger Payne” (note de Michael Wodhull sur la garde) ».
La reliure avait donc été réalisée par Roger Payne, relieur anglais, qui en avait d’ailleurs profité pour laver et régler l’ouvrage (…).
Le bibliophile qui fit l’acquisition de l’ouvrage à l’époque, ajouta une illustration, un portrait gravé de Robert Payne par S. Harding, daté de 1797 (soit un an après l’acquisition de l’exemplaire par Michael Wodhull), contrecollé sur la dernière garde (270 x 197mm). C’est ce portrait (que m’a également signalé mon ami Patrice Goy, relieur de l’atelier Moura de Lyon) qui est je trouve intéressant.
Il est rare de voir un relieur de l’époque au travail, sur une gravure contemporaine.
J’aime beaucoup cette gravure, elle est très expressive. On y entrevoit à peine l’atelier, mais c’est l’expression du relieur qui interpelle. Il semble presque avoir été frappé d’une malédiction, est-ce de toujours devoir courber le dos, ou est-ce la fatigue liée aux discussions avec ses clients bibliophiles!? On ne le saura jamais.
On remarquera aussi les bords élimées du pantalon et de la veste de Payne, signe que le métier ne rendait déjà pas riche au XVIIIe, même pour l’un des meilleurs relieurs anglais de son époque.
Le regard… Ce regard!
Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.
Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.
Joseph Thouvenin le jeune, naquit en 1796. Il est le frère cadet du célèbre Thouvenin de 5 ans son aîné, dont il porte le même prénom. Comme lui il devient relieur, comme aussi leur autre frère François, le puîné. La roulette dorée entre les nerfs est utilisée par Thouvenin aîné (cf : Devauchelle page 187, et Paul Culot n°13), ainsi que la palette en queue (par exemple Culot n°76, Devauchelle page 186). Thouvenin le jeune est installé à Paris au 2, rue de la Parcheminerie en 1823 puis sur la rive droite au 36, de la galerie Choiseuil. On sait que son frère aîné avait lui adopté pour son atelier modèle la rive gauche au 34, rue Mazarine, donnant sur le passage Dauphine.La plupart des reliures rencontrées portent en queue la signature dorée “THOUVENIN-JEUNE”, le “jeune” étant en fonction de l’épaisseur du dos amputé d’un plus ou moins grand nombre de lettres. On trouve aussi rarement “R.P.THOUVENINJEUNE” (relié par…) Au total, la signature de Thouvenin le jeune est assez peu fréquente. A titre d’exemple elle ne figure que sur un seul livre des 574 que comporte la vente Descamps-Scive deuxième partie, livres romantiques . Dans cette même vente on retrouve 32 fois la signature de Vogel, 35 fois celle (du grand) Thouvenin et 37 fois celle de Simier. Certes la valeur indicative de ce décompte reste modeste, l’atelier de Thouvenin le jeune ne pouvant pas rivaliser en production avec celui de son frère qui employait seize ouvriers, ni avec sa réputation qui attirait à lui les plus grand bibliophiles.Le style de Thouvenin le jeune est typiquement romantique et d’une grande qualité d’exécution sans paraître original. A l’exposition des produits de l’industrie du département de la Seine de 1823, il expose “diverses reliures à l’instar de celles de son frère” mais “le soin particulier qu’il met à l’exécution de ses ouvrages a fixé l’attention du jury”! Ce qui lui vaut une mention honorable (quand son frère obtient une médaille d’argent). Parmi les trois reliures que je vous présente on reconnaît deux types de roulettes présents sur les reliures du grand Thouvenin. L’aîné prêtait-il son matériel ou le jeune confiait-il l’exécution de la dorure à l’atelier de son frère? Son activité de reliure semble maximale au début des années 1820. En 1832 il dépose un brevet d’invention pour l’application des procédés de reliure à l’encadrement et la fabrication des cadres. Joseph Thouvenin le jeune décéda en 1844 à l’âge de 48 ans, 10 ans après son frère, mais je n’ai pas rencontré de reliures signées de lui dans cette décennie et vous? Lauverjat
Il est clair, d'après le lien fourni par Calamar que c'était un grand alcoolique, ce qui peut expliquer la négligence de son atelier, et une certaine folie du regard. Il se querellait avec son associé et finit dans la misère. Néanmoins un génial artisan.
Avec un étau aussi bas, il avait sans doute un lumbago, qui lui rendait le regard noir 😉 ou alors effectivement le graveur a voulu signifier une certaine déchéance, en appui titubant sur son étau, avec des chausses pas fermées ; quel relieur digne de ce nom laisserait des ouvrages au sol, et un certain désordre ambiant ?
La notice dit plus exactement : "On y découvre qu’à la fin du XVIIIe siècle, en Angleterre, le prix du livre équivalait celui de sa reliure par un grand maître"…
Payne était-il considéré comme un grand maître ? J'avoue mon ignorance en matière de reliure anglaise…
Cela dit, dans la notice du catalogue, il est spécifié que le prix de la reliure équivalait au prix du livre, donc la facture de Payne ne devait pas être totalement indolore.
Trois chroniques par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d’archives, quelques milliers de lecteurs.
Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.
Cookie Consent
Nous utilisons des cookies pour mesurer l'audience du site et améliorer votre expérience de lecture. En continuant à naviguer, vous acceptez ces cookies. Vous pouvez à tout moment ajuster vos préférences.
ID used to identify users for 24 hours after last activity
24 hours
_gat
Used to monitor number of Google Analytics server requests when using Google Tag Manager
1 minute
_gac_
Contains information related to marketing campaigns of the user. These are shared with Google AdWords / Google Ads when the Google Ads and Google Analytics accounts are linked together.
90 days
__utma
ID used to identify users and sessions
2 years after last activity
__utmt
Used to monitor number of Google Analytics server requests
10 minutes
__utmb
Used to distinguish new sessions and visits. This cookie is set when the GA.js javascript library is loaded and there is no existing __utmb cookie. The cookie is updated every time data is sent to the Google Analytics server.
30 minutes after last activity
__utmc
Used only with old Urchin versions of Google Analytics and not with GA.js. Was used to distinguish between new sessions and visits at the end of a session.
End of session (browser)
__utmz
Contains information about the traffic source or campaign that directed user to the website. The cookie is set when the GA.js javascript is loaded and updated when data is sent to the Google Anaytics server
6 months after last activity
__utmv
Contains custom information set by the web developer via the _setCustomVar method in Google Analytics. This cookie is updated every time new data is sent to the Google Analytics server.
2 years after last activity
__utmx
Used to determine whether a user is included in an A / B or Multivariate test.
18 months
_ga
ID used to identify users
2 years
_gali
Used by Google Analytics to determine which links on a page are being clicked
Il est clair, d'après le lien fourni par Calamar que c'était un grand alcoolique, ce qui peut expliquer la négligence de son atelier, et une certaine folie du regard. Il se querellait avec son associé et finit dans la misère. Néanmoins un génial artisan.
Avec un étau aussi bas, il avait sans doute un lumbago, qui lui rendait le regard noir 😉 ou alors effectivement le graveur a voulu signifier une certaine déchéance, en appui titubant sur son étau, avec des chausses pas fermées ; quel relieur digne de ce nom laisserait des ouvrages au sol, et un certain désordre ambiant ?
Daniel B.
oui, Payne était considéré comme l'un des meilleurs, sinon le meilleur relieur. A noter que ce portrait est peut-être posthume, ce qui pourrait expliquer son étrange regard ; en effet Payne est mort le 20 novembre 1797. Il est dit de lui "qu'il préférait le boire au manger", et qu'il ne vécut que de la charité publique ses huit dernières années…
Voir https://books.google.fr/books?id=ojp-CgAAQBAJ&pg=PT119&lpg=PT119&dq=bonders+kalthoeber+payne&source=bl&ots=6mHitHs1rO&sig=PUn5GzO3u83k19ftAW_Fxj-4aBI&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi3s_eSgozQAhVCqxoKHcD8A0YQ6AEIHTAA#v=onepage&q=payne&f=false
La notice dit plus exactement : "On y découvre qu’à la fin du XVIIIe siècle,
en Angleterre, le prix du livre équivalait celui de sa reliure par un grand maître"…
Payne était-il considéré comme un grand maître ? J'avoue mon ignorance en matière de reliure anglaise…
Cela dit, dans la notice du catalogue, il est spécifié que le prix de la reliure équivalait au prix du livre, donc la facture de Payne ne devait pas être totalement indolore.
Effectivement, la gravure est belle mais le regard vraiment terrible … Cela ne donne guère envie d'avoir été relieur au XVIIIe s…