Petites variations autour de la reliure: le meilleur comme le pire, de Levitzky à l’Ecosse.

Amis bibliophiles bonjour,

Il faudrait consacrer un blog entier à la reliure! Même si je recherche avant tout des textes, je ne suis jamais insensible aux reliures, surtout quand elles sont surprenantes, belles, créatives… ou moins réussies.

La reliure est probablement le principal (le seul?) territoire d’expression et de créativité des bibliophiles, en dehors de la constitution de la bibliothèque à proprement dit… et c’est souvent pour le meilleur comme pour le pire.

J’ai croisé trois exemples de la diversité de la reliure ces derniers jours en feuilletant des catalogues de ventes aux enchères.

Chez Brissonneau, le 15 novembre, vous pourrez enchérir sur cette spectaculaire reliure de Levitzky sur le livre de la jungle de Kipling. Il est singulier que cette édition est très souvent l’objet de reliures précieuses exécutées par les grands relieurs de l’époque.



LOT n°104[Becque (Maurice de)]. KIPLING (Rudyard)Le Livre et le Second livre de la Jungle. Traduction de Louis Fabulet et Robert d’Humières avec des eaux-fortes de Maurice de Becque.Paris, Simon Kra, Byblis, 1924-1925; deux forts volumes in-4, maroquin couleur chocolat orné de motifs animaliers mosaïqués de cuirs polychromes sur les plats et dos à nerfs. Serpent sur premier plat, vautour au dos et autre serpent sur second plat pour le livre de la jungle. Eléphant sur premier plat, singe au dos et panthère sur deuxième plat, pour le second livre. Tous les contres plats richement ornés de grandes frises d’encadrement mosaïqués de cuirs polychromes, gardes de soie imprimée en couleurs reprenant des motifs de l’illustration. Tranches dorées sur témoins, fers dorés sur coupe. Chemise demi-maroquin à coins en long, étui bordé. Magnifique reliure de Levitzky. Un des 15 exemplaires sur papier impérial du Japon contenant trois suites des eaux-fortes numérotés, trois aquarelles originales ajoutées à l’exemplaire (non signalées dans le justificatif ).Est. 2 000 – 3 000 €
Plus curieux, plus étonnant, moins réussi… le 17 novembre, chez Fraysse, les amateurs de reliure étrangère seront peut-être interloqués par la réalisation suivante, que le relieur ne semble pas avoir osé signer!
LOT 220RELIURE laquée “ à l’écossaise ” sur : Scott (Walter). The Lady of The Lake. Edinburgh, R. Cadell, 1851 ; in-12, plats de laque écossaise, avec fleurons d’angle dor., dos de mar. rouge, avec fleurons dor., pet. dent. int. dor., tr. dor. (Rel. de l’époque).Très rare exemplaire de reliure écossaise laquée du XIXe siècle ; en haut du premier plat, elle porte en petites lettres “ Caledonian ”.

Bref, c’est assez laid, on sent que les plats ont été enlevés, ou alors le dos ajouté… Ni fait, ni à faire, mais là c’est trop tard.Est. 200 – 400 € quand même!
Changeons d’époque, tout en restant chez Fraysse, avec cette petite curiosité, qui n’est, elle, pas vilaine du tout.

LOT 155BOÎTE-COFFRET – pour livres – du début du XVIIe siècle ; in-8 mar. fauve, triple encadrement de dent. dor. sur les plats, grand motif “ à l’éventail ” de fleurons dor., mosaïqué aux centres d’une rosace de mar. vert, côtés ornés, serrure de cuivre d’or. Très rare spécimen de ces boîtes destinées à contenir des livres précieux : heures… Peu d’exemplaires en sont connus surtout avec décor mosaïqué ; manque de cuir sur le fond.Est. 1200 – 1800€
H

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Miscellanées de Monsieur H.: chassé-croisé entre Cazin, little dark knights watching, de la reliure et du poireau…

Miscellanées de Monsieur H.: chassé-croisé entre Cazin, little dark knights watching, de la reliure et du poireau…

Amis Bibliophiles bonjour,
Ah les premiers catalogues commencent à retrouver le chemin de ma boîte à lettres. Enfin! C’est l’ouverture de la chasse (bon, j’avoue j’ai un peu braconné la semaine dernière, juste pour me faire la main). 
On connaît les déboires de la bibliothèque de Naples. Deux des plus anciennes bibliothèques portugaises, celle de l’université de Coimbra et celle du palais de Mafra, se protègent elles d’une bien curieuse façon. Ce sont en effet des centaines de chauves-souris qui veillent sur les livres depuis plus de 200 ans et écartent tout risque lié aux insectes. 


Pas d’insecte donc, mais une conséquence qui n’en est pas moins ennuyeuse: des centaines de petits mammifères qui mangent, cela génère également une quantité significative d’excréments, qui contraignent d’ailleurs la bibliothèque de Coimbra – des documents anciens en témoignent – à protéger ses tables d’études des fientes avec des peaux spécialement dédiées. On ne peut pas tout avoir!
J’aime aller chez mon relieur. Il a toujours de petites histoires à me raconter, des anecdotes sur les bibliophiles, sur les libraires, mais il a aussi une belle collection d’objets autour de la reliure: outils bien sûr, livres, affiches, dont cette jolie affiche (malheureusement peu servie par la qualité des photos): elle figure une jeune femme à côté d’une presse, sur laquelle souffle Eole je pense, et a été produite pour le « Cercle Grolier de Paris – SOCIETE DE PROPAGATION DU LIVRE D’ART MODERNE  FRANCAIS – « Fondation Charles Meunier » – Exemplaire imprimé pour Monsieur Georges Dubuffet, membre fondateur. 




Elle est signée de Carlos Schwabe et datée de 1902. Très belle, mais aussi très mystérieuse et nous comptons sur vous pour répondre à une question: pourquoi la jeune femme tient-elle un poireau dans sa main? 
Toujours chez mon relieur, chez lequel je dois l’avouer j’ai la vilaine habitude de tout regarder (sans toucher), de contempler les ouvrages que d’autres, bibliophiles et libraires ont confiés à ses mains expertes, m’attendais un spectacle cocasse: deux Cazin prêts à être reliés! Le Corroene, pour un libraire-expert bien connu, et le Cazin de Jean-Paul Fontaine, relié pour un amateur de bon goût. Coïncidence, étonnant et amusant raccourci de l’histoire… qui permet aussi de constater que les amateurs ont toujours un coup d’avance sur les libraires! 😉 


On frémit en imaginant les catalogues qui vont être rédigés sur la base du Corroene, et on ne saurait trop conseiller à cet expert d’acquérir d’urgence l’ouvrage de Jean-Paul.
Et l’amateur me direz-vous? Et bien à la reliure se présentait tout simplement l’exemplaire numéro 6. De toute beauté!

Bon et ce poireau?
H

8 Commentaires

  1. You are so awesome! I don’t think I’ve read through anything like this before. So wonderful to discover another person with a few original thoughts on this subject. Really.. many thanks for starting this up. This site is one thing that is required on the web, someone with a little originality!|

  2. Dans la prochaine vente Romantic Agony à Bruxelles (25 novembre), on trouve sous le n° 590 un exemplaire (sur hollande) de la même édition de Kipling dans une reliure de De Samblanx.

    René de BLC

  3. Waouh la reliure au tartan, ça c'est du jamais vu ! Ca pique les yeux, j'avoue…

    Le "Caledonian" doré en tête du premier plat ferait-il référence à "The Caledonian Press, 31 South Hanover street", éditeur ou imprimeur d'Edinburgh ?

    Pas eu le temps de faire des recherches précises, drôle d'objet en tout cas, en plus en laque… Curieux… !

    B.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.