Autour de la bibliophilie: les lutrins

Amis Bibliophiles bonjour,

L’une des vertus du blog, c’est qu’il m’a permis de rencontrer de nombreux bibliophiles et, souvent, de visiter leurs bibliothèques.

Dans ces bibliothèques, il n’est pas rare de voir de nombreux petits objets trôner sur les rayonnages ou de découvrir un lutrin. C’est d’ailleurs assez étrange parce que je ne crois pas qu’il soit très bon de poser un livre rare ou précieux sur un lutrin, sans l’abîmer.

David m’a adressé quelques photos d’un lutrin qu’il a acquis et aimerait savoir si l’un d’entre vous peut l’aider à en savoir un peu plus.

Je connais les lutrins d’église, voire de cathédrale, comme celui ci-dessous par exemple.


Mais que diriez-vous du lutrin de David, qui est en étain?








En possédez-vous également?

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La lettre du bibliophile

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Un classique de la bibliophilie, les Chroniques: l’Histoire de saint Louis par Joinville

Un classique de la bibliophilie, les Chroniques: l’Histoire de saint Louis par Joinville

Amis Bibliophiles bonsoir,
Jean de Joinville, sénéchal de Champagne, familier du roi saint Louis est né en 1225. À compter de 1244, Louis IX, roi de France,  prépare le voyage en terre Sainte pour soutenir les royaumes d’Orient. Les chevaliers du royaume suivirent le roi par fidélité, ainsi fit Jean de Joinville : « je ne voullu onque retourner mes yeux vers Joinville pour ce que le cuer ne me attendrisist du biau chastel que je lessoie et de mes deux enfans ». Aussi cette septième croisade n’enthousiasma guère le reste de l’Europe. La flotte quitta Aigues-Mortes le 25 août 1248. Elle gagna Chypre et y passa l’hiver. Enfin elle appareilla de  Chypre en mai 1249 et se présenta devant Damiette quelques jours plus tard. L’armée réduite par les fortunes de mer, débarqua de vive force le lendemain. Sur mer, sur le Nil et tout le long de la côte, les français repoussèrent les sarrasins qui fuirent Damiette après pillage des maisons chrétiennes et incendie. La  ville ouverte fut occupée le lendemain. 
Edition princepsEdition princeps, le roi se croise
L’armée campa devant Damiette sur les deux rives du Nil et une île du delta.  Joinville déplore qu’elle se conduisit mal, pillant, violant, volant. Les chevaliers y donnèrent des fêtes et beaucoup s’endettèrent. L’armée dans l’attente des renforts  perdit un temps précieux dans cette nouvelle Capoue, harcelée par les Sarrasins. Quand elle se remit en marche, les armées du sultan d’Egypte étaient prêtes et les batailles devant Mansourah se soldèrent par une retraite catastrophique. Joinville fut fait prisonnier comme le Roi. Les principaux croisés furent libérés contre rançon et reddition de Damiette. Joinville et le roi se rapprochèrent.  Louis IX séjourna ensuite dans les royaumes d’Orient puis regagna  la France en 1254.  Joinville l’accompagna. Plus tard, en revanche, il refusa de participer  à l’expédition de Tunis.
La reine Jeanne Ière de Navarre épouse de Philippe Le Bel, lui commanda cette Histoire du Roi Louis IX. Joinville en termina l’écriture en 1309 au mois d’octobre et présenta son travail à Louis alors roi de Navarre, futur Louis X le Hutin. L’essentiel de son récit concerne les six années de la septième croisade. Ce livre nourrit l’iconographie historique de la nation avec des scènes aussi célèbres que celles de saint Louis rendant la justice sous un chêne ou lavant les pieds des pauvres. Témoin heureux à l’enquête en canonisation de saint Louis en 1282, Joinville mourut en 1317.
Joinville  est reconnu pour la simplicité et la spontanéité de son style. Il se met beaucoup en scène mais n’oublie pas qu’il n’est pas le héros. Il produit un « récit dicté par un homme candide et intelligent qui voit bien et sait raconter avec grâce »  dit Hauser. Par exemple, il avoue ingénument la joie et le désespoir de Blanche de Castille à la double nouvelle de la guérison de son fils et de son départ en croisade « Lors la Royne sa mère oy dire que la parole li estoit revenue, et elle en fist si grant joie comme elle pot plus. Et quant elle sot que il fu croisé, … elle mena aussi grant deu(i)l comme se elle le veist mort ».
Joinville Manuscrit Source gallica.bnf.fr  Bibliothèque nationale de FranceIl déclare ne pas vouloir mettre dans son livre ce qu’il n’a pas vu.  Ainssi le récit de Joinville est précieux pour son témoignage historique. Mais il se remarque également par sa précocité à utiliser le français pour cet usage. Il fait partie des grands précurseurs de la littérature française avant Froissart  (qui naît en 1337) mais  après Villehardouin.  Cependant si Villehardouin  sort l’histoire française des sagas légendaires écrites en latin, il demeura longtemps ignoré et n’atteignit aux honneurs de l’imprimerie que beaucoup plus tard.
Le manuscrit de la librairie de Charles V avait disparu au XVe  siècle. L’édition princeps de « L’histoire et chronique du très chrétien Roy S. Loys, IX du nom, et XLIIII. Roy de France. Escripte par feu messire Jehan, sire, seigneur de Ionville et seneschal de Champaigne…Et maintenant mise en lumière par Anthoine Pierre de Rieux » paraît chez Jehan et Enguilbert  de Marnef, à Poitiers en 1547. L’achevé d’imprimé date de1546, le privilège, du 20 janvier 1545. Le toulousain Guillaume La Perrière signe la préface  et  la publication est dédiée au Roi François Ier. Un manuscrit avait été retrouvé deux ans plus tôt par Antoine Pierre (selon la signature de la dédicace) à Beaufort-en-Vallée, au pays d’Anjou, parmi de vieux registres du roi René de Sicile. L’ordre du texte de cette édition princeps a été modifié par rapport au manuscrit et la langue actualisée. En 1561, le seul Enguilbert  de Marnef, donne une seconde édition, toujours à Poitiers.
Prise de Damiette, Source gallica.bnf.fr  Bibliothèque nationale de FranceEn 1617, Claude Mesnard livre, à Paris, en la boutique de Nivelle Sebastien Cramoisy, une nouvelle édition établie à partir d’un manuscrit tardif mais dépourvue des modifications de langage appliquées à l’édition princeps. Cependant, en 1666, Jacques Cottin publie à Paris « les mémoires de messire Jean, sire de Jonville », in-12 qui reprend, encore, le texte de 1547. 
Joinville 1761,Source gallica.bnf.fr  Bibliothèque nationale de FranceLe texte le plus proche de l’original fut publié en 1761 à partir du plus ancien manuscrit conservé. La miniature de la première page représente Joinville faisant hommage de son livre à Louis X, elle aurait été peinte vers 1330-1340. Le manuscrit entre dès avant 1373 dans la bibliothèque de Charles V. Il compte 392 pages de parchemin format in-4° en lettre de forme à deux colonnes. Vendu au duc de Bedford il entre ensuite dans la bibliothèque des ducs de Bourgogne. Abandonné, il est redécouvert dans les sous-sols de la chapelle royale de Bruxelles après la prise de la ville par les troupes du maréchal de Saxe  en 1746. Il gagne la Bibliothèque du Roi. Anicet Melot puis l’abbé Claude Sallier puis Jean Capperonnier, qui remplace ses deux collègues décédés prématurément,  s’attachent à la publication de ce manuscrit et à la réalisation du glossaire. Le livre est publié à Paris par l’imprimerie royale au format in-folio.
Aujourd’hui le manuscrit est conservé à la Bnf sous le numéro FR 13568. Le site gallica le propose en ligne ce qui permet à chacun de comparer le texte de son édition.
Lauverjat
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8447868p.r=Joinville+Saint+Louis.langFR

11 Commentaires

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    Merci Hugues, pour cet article. Merci aussi pour vos commentaires qui m'en apprennent déjà beaucoup.
    En complément, je peux ajouter que je viens de le tourner dans tous les sens, éclairé sous toutes les coutures et je n'ai pas vu de poinçon ou marque d’artisan.

    Amicalement,

    David

  4. C'est un classique lutrin d'autel qui permet au prêtre d'officier, contrairement au grand lutrin classique pour les lectures des Evangiles. Il semble bien 18eme d'après les défauts de fonte que n'ont pas les reproductions.

  5. Ce n'est pas le même cher Calamar… Mais effectivement il n'est a priori pas aussi vieux que la date le laisse entendre… Mais tant qu'on n'a pas en main un objet…

    B.

  6. pour les gros volumes, c'est peut-être pas mal, surtout les modèles qui permettent de ne pas l'ouvrir en plein ; il y avait un stand qui en vendait, au dernier Grand Palais ; mais ma curiosité n'est pas allée jusqu'à me renseigner sur les prix pratiqués.
    Pour celui-ci, je n'ai pas l'impression qu'il soit aussi vieux que la date ne le laisserait entendre..

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