Le nettoyage par le vide, ou comment prendre soin efficacement de sa bibliothèque

Amis Bibliophiles bonjour,

Il y a ceux qui ne font rien, il y a ceux qui passent un petit pinceau sur les tranches pour chasser la poussière (qui retombe très vite), il y a ceux qui craignent les vers et les poissons d’argent, alors qu’il n’y a plus de vers et de poissons d’argent ou presque… Il y a ceux qui couvrent leurs livres avec d’exécrables couvertures en plastique. Il y a ceux qui les cirent, trop, à mon sens on cire toujours trop.

Et puis il y a ceux qui font appel à la société Vacuum Cleaner, comme la Bibliothèque d’Alençon, pour prendre soin de leurs livres et les dépoussiérer un à un. Un travail de titan auquel se sont attelés quatre spécialistes habillés de combinaisons blanches, gantés et masqués depuis quelques mois, traitant chacun des 16 000 livres l’un après l’autre:  incunables, manuscrits médiévaux et enluminés, périodiques anciens et même un évangéliaire du IXe siècle.


La technique est éprouvée (« mais fais attention petit bibliophile, ne fais pas ceci à la maison »): une brosse aspirante est passée sur les six faces de chaque livre, ainsi qu’à l’intérieur de la couverture, avec une force adaptée à la fragilité de l’ouvrage. Après l’aspiration vient le nettoyage avec un chiffon à microfibres. Si une couverture vient à manquer, elle est remplacée par une couverture en papier bleu, au pH neutre, recommandé par la Bibliothèque nationale.

Ce processus permet aussi de repérer les livres attaqué par des champignons et de le marquer par une pastille verte, pour pouvoir ensuite le suivre spécifiquement.

Au delà des livres, c’es toute la bibliothèque qui est dépoussiérée: sols, murs, plafonds, les étagères sont démontées et remontées, puis couvertes d’un film translucide.

Plafonds, sol et murs sont, eux aussi, dépoussiérés à fond. Comme les étagères, démontées et remontées pour un nettoyage plus efficace. Propres et en ordre, les rayons sont ensuite couverts d’une bâche translucide.

H

La lettre du bibliophile

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L’Affaire du Comte Libri… Le Biblio kleptomane

L'Affaire du Comte Libri… Le Biblio kleptomane

Amis Bibliophiles bonjour,
D’origine Italienne, et naturalisé français en 1833, le comte Libri (1803-1869) a laissé un bien mauvais souvenir aux bibliothèques françaises.

Diplômé de droit mais aussi très doué pour les sciences et les mathématiques, (il publie un recueil sur la théorie des nombres en 1820, soit à l’âge de 17 ans). Il effectue son premier voyage à Paris en 1824, où ce jeune prodige est fort bien accueilli par la communauté scientifique.

C’est d’ailleurs Paris qu’il choisira quand il devra quitter précipitamment l’Italie. Il s’installe en 1830, obtient ses « lettres de déclaration de naturalité » en 1833 et devient la même année, professeur à la faculté des sciences et au Collège de France. Il a 30 ans.

Il mène alors pendant une quinzaine d’années une carrière de sommité scientifique, accumulant les honneurs divers (Légion d’honneur en 1837), les publications, qu’elles soient scientifiques ou consacrées à son autre passion, la bibliophilie.

En 1841, il est nommé inspecteur général des bibliothèques, ce qui va revenir, on le verra, à demander à un renard d’inspecter une basse-cour…. En effet, à ce titre, Libri est chargé de rédiger un catalogue général des manuscrits conservés dans les bibliothèques publiques. Aussi, très rapidement il profite de l’état peu avancé des inventaires pour voler des livres et des documents précieux dans les plus grandes bibliothèques du pays : il détourne, il maquille (notamment avec l’aide de Duru), dé-relie, re-relie, ajoute des provenances… bref il endosse la panoplie du parfait faussaire.

Mais le bibliophile est parfois prétentieux, et le besoin de reconnaissance de Libri le poussera à publier un catalogue de cette bibliothèque frauduleusement constituée en 1845, avant d’essayer d’en mettre en vente une partie, en 1846 et 1847.

Malgré une dénonciation par lettre anonyme, dès 1846, il parvient à vendre près de 2000 manuscrits à un bibliophile anglais, le comte d’Ashburnham (pour la somme de 200 000 francs de l’époque, ce qui est considérable), puis un autre lot lors d’une vacation parisienne (pour 116 000 francs).

Ces ventes et les dénonciations (une autre survient en 1847) provoquent une enquête mais Libri a déjà fuit à Londres avec une partie de « ses » ouvrages, d’où il clame son innocence. Rien n’y fait, et il est condamné par contumace à 10 ans de réclusion en 1850.

Le plus étonnant peut-être, est que Libri continuera à écouler sa collection à Londres, et qu’il obtiendra de nombreux soutiens en France, dont Mérimée, qui décidera de prendre sa défense, et contestera la décision judiciaire de façon si véhémente qu’il est finalement lui-même poursuivi pour outrage public et condamné à son tour à quinze jours de prison.
Ces soutiens lui resteront fidèles, et lorsque Mme Libri dépose une pétition en faveur de son mari au Sénat, en 1861, Mérimée reprend la défense de l’escroc. Le procès ne sera pas révisé.

Quelques uns des ouvrages achetés par Ashburnham revinrent en France après diverses péripéties, mais cet épisode restera malgré tout douloureux pour nos institutions et nos bibliothèques.

Qu’en retenir? Libri le mal nommé reçût sa charge d’inpecteur général des bibliothèques grâce à un appui politique…

H

2 Commentaires

  1. C'est très bon la poussière. Elle est le velours fluide des choses, la pluie fine qui anémie les teintes escessives et les tons bruts [J.K. Huysmans].
    Espérons que nos livres durent jusqu'à ce que nous retournions nous-mêmes en poussière.
    Haro sur l'aspirateur, un très léger coup de plumeau une fois par an, pas plus.
    René

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