Bibliophilie et Sciences: Scipion Dupleix, avocat, historien, physicien et philosophe

Amis Bibliophiles bonsoir,
Métro Dupleix, OK. Scipion l’Africain (Ok, même si j’en vois déjà qui ne suivent plus au fond de la classe)… Mais Scipion Dupleix, avocat, historien, physicien et philosophe du début du XVIIème, dont la philosophie est celle d’Aristote revue par Saint Thomas? Bernard est là, heureusement.
Je vous présente aujourd’hui deux livres qui donnent une bonne idée de l’état des connaissances dans un milieu « scientifico-métaphisico-philosophique » français au début du XVIIème.
Scipion Dupleix (1569-1661), avocat et maître des requêtes de la Reine Marguerite de Navarre, fut professeur de philosophie d’Antoine de Bourbon, fils naturel d’Henri IV. Il est l’auteur d’un Corps de philosophie en langue française qui connut un franc succès dans la première moitié du XVIIème. Parmi ses ouvrages, deux concernent plus ou moins la physique.
La curiosité naturelle rédigée en questions selon l’ordre alphabétique.Paris, Veuve Dominique Salis. 1606. 1 volume in-12 ; (36) ff, 312 ff.
Dans ce rare et curieux ouvrage, après l’épître à la Reine Marguerite, sa bienfaitrice, il nous livre une étonnante liste de sujets, sous forme alphabétique, sur lesquels sont proposées des questions et des réponses. Plus de 300 thèmes abordés concernant le corps humain, l’amour, les femmes, la médecine, les sciences, le nombre des cieux, la sorcellerie…
« Pourquoy porter un anneau au quatrième doigt de la main gauche? Parce qu’un petit nerf aboutit au cœur.
Pourquoy est ce que les femmes parlent plus que les hommes ? C’est une remarque de la foiblesse de leur nature. Car ne pouvant faire que peu il faut qu’elles parlent beaucoup : comme c’est la coustume de toutes personnes foibles, et mesme des enfants et des vieillards…
Pourquoy est-ce que les boiteux sont plus salaces et luxurieux que ceux qui ont les jambes égales ? D’autant que l’aliment qui se devait employer à l’accroissement des cuisses ou des jambes n’y entre pas tout, l’une estant plus courte que l’autre, ou toutes deux imparfaites : qui est cause que ce qui reste de l’aliment remonte en haut et se tourne en semence, la superfluidité de laquelle provoque la luxure.
Pourquoy est-ce que la mer recevant tous les fleuves de la terre jamais pourtant ne grossit et n’engorge ? C’est d’autant qu’elle renvoye les mesmes eaux par des canaux sousterrains pour couler derechef et arrouser la terre.
D’ou vient qu’un corps mort pèse plus que lors qu’il est vivant ? C’est que les esprits vitaux ou animaux qui le soustenoient estans esteints avec la chaleur naturelle, le corps devient semblable à une lourde masse de terre et s’appesantit et aggrave.
Pourqoy est-ce que le mouvement naturel est plus vif à la fin qu’au commencement, et le mouvement violent ou artificiel au contraire l’est plus au commencement qu’à la fin ?
Pourquoy les filles naissent-elles les pieds les premiers et les garçons la tête la première?
Pourquoy les femmes sont-elles plus adonnées à Vénus en été qu’en hiver, et les hommes velus et boiteux plus luxurieux que les autres?
D’où vient qu’il semble à ceux qui naviguent que le rivage s’éloigne du vaisseau dans lequel ils sont, non pas le vaisseau du rivage ? … ». La physique ou science des choses naturelles.Paris, Gueffier. 1611. 1 volume in-12 ; (48) ff, 415 ff.
Cet ouvrage, dont la première édition date de 1603, est divisé en huit livres : L’ordre et sommaire de ce qui est contenu les huit livres de cette œuvre – Les diverses opinions des anciens philosophes touchant les principes des choses naturelles – Que toutes les choses naturelles sont en perpétuel mouvement – La liaison du sujet de ce livre avec les précédents – Choses célestes – Du nom d’élément, et qu’est-ce qu’élément ? – Que signifie ce mot météore, et quelle est la matière et la cause efficiente des météores – Si l’âme est de la considération et objet de la physique.
A partir du feuillet 302 on trouve , avec page de titre séparée, La Suite de la physique ou science naturelle contenant la cognoissance de l’Ame constituant le huitième livre de la physique et concernant l’âme.
Une dernière édition revue et corrigée par l’auteur a paru à Rouen chez Louys du Mesnil en 1640. Heureusement, Descartes est venu mettre un peu de raisonnement dans ces idées dues pour la plupart à Aristote.
Merci Bernard,
H

La lettre du bibliophile

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Bibliophilie et sciences: l’abbé René-Just Haüy, professeur et savant, protégé de Bonaparte

Bibliophilie et sciences: l'abbé René-Just Haüy, professeur et savant, protégé de Bonaparte

Amis Bibliophiles bonjour,

L’abbé René-Just Haüy (1743-1822), né dans une famille modeste, frère de Valentin qui consacra sa vie aux aveugles, étudie les lettres classiques qu’il enseigne de 1760 à 1784. Passionné par les Sciences de la Nature, la botanique, la physique, il découvre la minéralogie à 35 ans, comme auditeur des cours de Daubenton, au Muséum. Partant de l’hypothèse que le clivage fournit la forme géométrique d’un noyau ou « molécule intégrante » pour tous les cristaux, il formule une théorie descriptive de la structure des cristaux dès 1781. Pendant 40 ans, il ne cessera d’approfondir cette théorie, en y introduisant les concepts fondamentaux de maille élémentaire, de réseau périodique, de symétrie. Hauy est considéré comme le véritable fondateur de la cristallographie et de la minéralogie modernes. Il est élu membre de l’Académie des Sciences en 1784.


 « Quand Haüy entre comme élève au collège de Navarre, vers 1755, c’est Nollet qui détient la chaire de physique expérimentale récemment créée pour lui. Celui-ci n’y sera remplacé par Brisson qu’en 1768, deux ans avant le départ de Haüy devenu entre-temps professeur de latin et de grammaire au même collège. Pendant une douzaine d’années, Haüy put donc écouter Nollet comme professeur puis comme collègue. »
Aepinus fit paraître en 1759 son traité d’électricité : Tentamem Theoriae Electricitatis et Magnetismi. L’Abbé Haüy met cet ouvrage à la portée des non-mathématiciens. Il introduit la loi de Coulomb ignorée d’Aepinus et les observations de Lavoisier, Laplace, de Saussure, etc.

 Exposition raisonnée de la théorie de l’électricité et du magnétisme, d’après les principes de M. Aepinus.Paris, Veuve Desaint. 1787. EO.1 volume in-8 ; XXVII, (5), 238 pp, 4 pl.Exemplaire provenant de la bibliothèque de Huzard (1755-1838), directeur de l’École vétérinaire d’Alfort et membre de l’Académie des sciences.

« Laplace signe en préambule à l’ouvrage de Haüy, un vibrant hommage à l’auteur pour avoir diffusé les nouveaux fondements de l’électricité et pour avoir introduit ordre et précision dans l’ouvrage d’Aepinus , un peu diffus et peu méthodique. Le soutien apporté par Laplace à Haüy se manifestera encore lors du choix des professeurs de l’École normale de l’an III ou lors de la désignation d’un auteur pour le traité de physique destiné aux lycées français. » (Haüy et l’électricité : De la démonstration-spectacle à la diffusion d’une science newtonienne par Christine Blondel.). 
Hauy a également participé  à l’élaboration du nouveau système métrique.
 Instruction sur les mesures déduites de la grandeur de la terre, uniformes pour toute la république.Paris, Imprimerie nationale exécutive du Louvre. An II de la République une et indivisible.1 volume in-8 ; XXXII, 224, (27) pp, 1 pl.
Cet ouvrage est la première description du système métrique que nous utilisons aujourd’hui. Après avoir adopté le système décimal, le 8 mai 1790, l’Académie des Sciences chargea une  commission  composée de Borda, Lagrange, Laplace, Monge et Condorcet de fixer la base des unités de mesure. La commission décida de prendre pour unité de longueur le dix millionième du  quart du méridien terrestre ; cette valeur, que Borda appela le mètre, est indépendante du lieu géographique et peut donc prétendre à l’« universalité ». Hauy, secrétaire de la commission des poids et mesures,   rédigea les instructions.  L’établissement du système métrique exigea un temps considérable et la réforme ne deviendra effectivement obligatoire sur tout le territoire qu’en 1837.Cette édition est la véritable édition originale, comportant la mention « édition originale » sur le titre et l’errata au verso de celui-ci. La même année a paru une autre édition : Paris, Imprimerie Nationale Exécutive du Louvre, an IIe (1794) : XIV, 147, (28) pp, 3 pl. De nombreuses éditions provinciales ont été publiées la même année.
Hauy a rédigé le premier traité de physique destiné aux lycées créés par Bonaparte.
 Traité élémentaire de physique.Paris, Imprimerie de Delance et Lesueur. An XII-1803. EO.2 volumes in-8 ; (6), XXXIV, 426 pp, 8 pl. – (4), IV, 447 pp, 16 pl.
L’abbé René-Just Haüy fut distingué par Napoléon Bonaparte parmi les savants que celui-ci a le plus protégés. Haüy fut ainsi nommé chanoine honoraire de Notre-Dame de Paris, puis membre de la Légion d’honneur à la création de cet ordre. C’est à la demande de Bonaparte que l’abbé Haüy rédigea en 1803 son Traité élémentaire de physique, destiné aux lycées nationaux. Napoléon, ayant eu l’occasion de relire ce traité pendant sa captivité à l’île d’Elbe, en complimenta Haüy, à son retour, et lui remit lui-même la rosette d’officier de la Légion d’honneur.Dans cet ouvrage clair et concis Hauy adopte la théorie corpusculaire de la lumière et la notion de calorique pour la chaleur.La seconde édition date de 1806, mais la troisième est plus interessante car elle inclut les découvertes d’Ampère.
 Traité élémentaire de physique.Paris, Vve courcier. 1821. 3ème édition.2 volumes in-8 ; (2), LXII, 510, (2) pp, 7 pl. – (2), 452, (2) pp, 12 pl.
Cette édition est publiée seulement quelques mois après qu’Arago ait répété, devant l’Académie des Sciences, l’expérience d’ Œrsted. Haüy écrit :« Ce n’était pas encore la dernière des surprises dont l’électricité galvanique devait fournir le sujet, et elle en réservait d’autres non moins propres à en faire naître de nouvelles pour le moment où M. Œrsted, l’un des hommes dont s’honore le Danemark, deviendrait à la fois l’inventeur et le premier témoin de l’expérience si remarquable où le fluide électrique semble se transformer dans la pile en fluide magnétique, pour rompre l’équilibre entre les forces qui maintiennent l’aiguille aimantée dans sa position naturelle […]. Et l’on jugera combien elle a gagné depuis qu’elle est connue en France, par l’extension que lui ont donné deux physiciens très distingués, MM Ampère et Arago, en variant et en multipliant les effets de l’appareil qui avait servi aux expériences du savant Danois. » (tome 1, p. 392-393).
Bernard

2 Commentaires

  1. Je trouve que Scipion Dupleix n'a rien à envier à Honoré d'Autun, et pourtant il s'est déjà écoulé près de 400 ans depuis les élucubrations du premier, les sciences auraient pu progresser un peu !
    Merci Bernard
    T

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