Fait divers: un relieur se guillotine avec un massicot

Amis Bibliophiles bonjour,
C’est une effroyable découverte que firent deux ouvriers relieurs en arrivant comme chaque matin à l’atelier de leur employeur. Ils parlaient du naufrage d’un navire ou encore de cette manifestation de croque-morts, mais ils étaient loin d’imaginer que l’horreur à laquelle ils allaient être confrontés… 

… mais laissons plutôt le Supplément Littéraire Illustré du Petit Parisien en date du dimanche 19 juin 1910 nous en dire plus sur cette triste affaire… 
« Tous nos lecteurs ne savent pas ce qu’est un massicot. Le « massicot » est une machine destinée à couper le  papier et dont la pièce principale est une longue et forte lame qui, actionnée par une force motrice, tranche des épaisseurs considérables de feuilles de papier avec autant d’aisance qu’un couteau entre dans une motte de beurre.C’est cet appareil qui servit, il y a quelques jours, à un malheureux désespéré pour se suicider. 
En pénétrant dans l’atelier de reliure où ils sont employés, 37 rue de l’Amiral-Roussin, deux ouvriers, Philippe Cordebaigt et Antoine Lassouche, reculèrent terrifiés. Au milieu de la pièce, leur patron, M. Stanilas Ruffin, célibataire, âgé de cinquante-trois ans, gisait sanglant. Le malheureux, affolé par le mauvais état de ses affaires, s’était tué en choisissant un horrible mode de suicide.
Le désespéré, en effet, avait passé le cou dans le talon du massicot et avait jouer le déclic. L’appareil avait rempli le rôle d’une véritable guillotine. La tête, horriblement grimaçante, et presque détachée du tronc, ne tenait plus que par quelques lambeaux de chair et restait suspendue au dessus d’une mare de sang noirâtre et coagulé.
Les ouvriers allèrent avertir M. Coueille, commissaire de police du quartier Necker, qui procéda aux constatations d’usage. »

Etait-ce pour la qualité de son travail ou pour ce trépas mystérieux…? Stanislas Ruffin n’eût pas droit aux égards du Fléty. La chose est désormais réparée. 

H

La lettre du bibliophile

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Les livres qui tuent ou rendent fous

Les livres qui tuent ou rendent fous

Nous avons récemment évoqué le Nom de la Rose, d’Umberto Eco, mais saviez que l’un des ressorts essentiels du livre (les pages empoisonnées), est en fait directement inspiré d’un fait réel? Ce même fait qui inspira également Alexandre Dumas puis Patrice Chéreau (au cinéma) pour la Reine Margot.


Il faut remonter au 14ème siècle, et au règne de Jean de Bavière (1375 – 1424) pour retrouver les faits. Prince-évêque de Liège, puis duc de Bavière, Jean était un souverain autoritaire qui se brouilla rapidement avec ses sujets. Chassé et déposé, il revint au pouvoir avec l’aide de son beau-frère Jean Sans Peur, le duc de Bourgogne. Son despotisme n’en fût que renforcé et il prît rapidement le nom de Jean Sans Pitié, décapitant les veuves de ses défunts adversaires.

Ce charmant personnage finît par avoir des vues sur les terres hollandaises de sa nièce Jacqueline, et mît la main sur celles-ci grâce à une alliance avec le propre mari de la nièce en question. Jacqueline quitta son mari et le continent, épousa le duc de Gloucester et revînt pour reconquérir ses terres à la tête d’une armée anglaise.

Parallèlement, elle mît au point l’empoisonnement de son rival : un noble hollandais, familier de Jean et apparenté aux deux rivaux, enduit le livre de prières personnel de Jean d’un poison lent… On ne sait si la mort fût causée par inhalation, ingestion ou par le toucher mais Jean mourût à Delft en 1424… Le complice mourût également.

L’assassinat ne fût naturellement pas revendiqué mais il est repris dans diverses chroniques de l’époque dont la Chronique des duchés de Lorraine et du Brabant, d’Edmond de Dynter.

Autre cas intéressant d’ingestion fatale… celui de Ménélik II (1844-1913), le Négus ou Roi des Rois d’Ethiopie, de 1889 à 1913. Cette fois-ci la victime est le Négus lui-même, qui fût pourtant un souverain progressiste : après avoir fondé Addis-Abeba, il repoussa l’armée italienne et la mît en déroute, puis il introduisit le télégraphe, l’automobile, le chemin de fer, et d’autres nouvelles techniques.
Hélas… Ménélik fût victime d’un infarctus en 1913… qui s’il ne lui fût pas fatal… lui mît de drôles d’idées en tête. En effet, celui-ci, très croyant et persuadé des vertus curatives de la Bible, entreprît d’ingérer patiemment mais goulûment le Livre des Rois (logique me direz-vous), en le déchiquetant de ses propres dents. Le résultat ne se fît guère attendre et Ménélik mourût dans de terribles souffrances, les intestins bouchés et collés…

Enfin, que dire de ce New-Yorkais, allez appelons le Thibault, qui manqua périr enseveli sous les centaines d’ouvrages de sa collection, qui s’étaient effondrés sur lui et empêchaient tout accès à son appartement.

Quand je pense que certains imaginent que la bibliophilie est une passion tranquille, qui se vît charentaises aux pieds, chat sur les genoux et thé dans la main… ils se trompent lourdement, nous vivons dangereusement!

Tiens, je connais un libraire, allez appelons le Bertarnd, qui est un fin connaisseur du Nom de la Rose… Imaginez que l’encre lui monte à la tête et qu’il se mette à recouvrir chacun des livres qu’il envoie à ses clients des quatre coins de la France, d’un poison aussi indétectable que fatal… Voilà un bon sujet pour un roman noir bibliophile…

Brrr… je retourne mettre mes gants!

H

15 Commentaires

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  4. Il ne s'agit pas d'un suicide mais d'un meurtre ! L'affaire était pourtant facile à élucider… (le bras n'est pas assez long pour atteindre la barre du massicot) Hercule Gandillet – le frère.

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