Portrait de Bibliophile: Wolfi ou la passion des grands classiques en reliure parfaite

Amis Bibliophiles bonjour,
Les portraits de bibliophiles sont parmi les sujets favoris des lecteurs du blog et je vous propose aujourd’hui un autoportrait de « Wolfi », qui va nous faire partager sa passion pour les grands classiques en reliure parfaite. Et il faut avouer que les livres présentés sont très désirables…
« Bonjour à tous!
A travers cet article rapide, je vais essayer de vous faire partager mon regard sur la collection que j’ai patiemment embellie au cours de ces 20 dernières années, et plus largement, sur les livres des 17e et 18e.
C’est en effet sur cette période que s’est porté mon intérêt : l’attrait des textes classiques, et la possibilité de trouver encore des beaux exemplaires (mêmes s’ils sont de plus en plus chers!) m’ont toujours conforté dans ce choix.C’est tout d’abord au marché Brassens que j’ai acquis à 21 ans un « Caractères » de La Bruyère en basane dans une édition 18e.Pour 200F à l’époque, j’avais en main un ouvrage  de 200 ans sur un texte majeur de la littérature classique française! Ca a été le déclic!Les études et les moyens financiers limités faisaient que pendant quelques années, j’achetais seulement cinq ou six exemplaires modestes de classiques (De Foe, Montaigne, Voltaire…).C’est à partir des années 1995, que je commençais à fréquenter Drouot et les salles de ventes. Très rapidement, je compris qu’il fallait acquérir des exemplaires sans défaut pour pouvoir faire ce que tout collectionneur avec des moyens limités est obligé de faire pour assouvir sa quête : acheter puis revendre un peu plus cher … pour acheter mieux!
L’époque du 17e et 18e se prête à cette recherche. On peut encore trouver des exemplaires qui satisfont mes cinq critères de bibliophile :- le texte : les classiques de l’antiquité, les  classiques français du 16e et 17e ou les textes du siècle des lumières, le choix est plutôt large dans les éditions 17e et 18e!- la reliure : en maroquin forcément, gage de solidité. Par Boyet, Derôme le jeune, Pasdeloup ou Bozérian, c’est encore mieux!- le papier : en grand papier s’il y a eu un tirage particulier- les gravures éventuellement en épreuves d’état ou encore mieux, les dessins originaux!- la provenance : aux armes, ou provenant de bibliothèques exceptionnelles : Rahir, Gougy, Béraldi, Mac Carthy Reagh, Duc de La Vallière, Renouard, Pixérécourt ou Yemeniz… Ah, les catalogues de ventes du 18e et 19e!!!!La notion d’édition originale est forcément importante, mais soyons raisonnable : « les Pensées » de Pascal en maroquin d’époque ne sont à ma portée!
J’ai sillonné la France (et quelques pays d’Europe) pendant des années pour assister aux ventes aux enchères. Puis Internet est arrivé, ce qui m’a pas mal facilité la tâche!
Quoi de plus simple maintenant de consulter un catalogue, demander des photos, à l’occasion d’une vente ou d’une sortie de catalogue de libraire?
Internet a facilité également les recherches : il y a beaucoup de catalogues anciens de vente numérisés sur Gallica ou Google. C’est vraiment un confort de pouvoir « feuilleter »  à l’écran chez soi ces ouvrages fort utiles!J’ai bien entendu beaucoup de catalogues « papier », mais je passe de plus en plus de temps à rêver en consultant les ventes Firmin Didot, Gaignat ou Radziwill devant l’ordinateur!
Béraldi disait : « Le nombre est peu, le choix est tout. » Je vous livre, bien modestement (car beaucoup ont sans doute beaucoup mieux sur leurs étagères!), quelques ouvrages que j’affectionne particulièrement, tirés de ma bibliothèque qui comporte un peu plus de 40 numéros à ce jour :
– Cervantes, « Les principales avantures (sic) de Don Quichotte » 1746 in-4, en maroquin rouge à petite dentelle droite sur les plats. Figures avant les numéros.
.- Laclos « Liaisons dangereuses » 1796, 2 vol in-8 en maroquin bleu par Bozérian, en grand papier vélin

– Molière « Oeuvres » 1734 6 vol in-4 en maroquin rouge d’une grandeur de marge remarquable (papier de 290 mm  de haut sans la reliure)

– Boccace  » décaméron » 1560 in-16 en maroquin 18e vert à dentelle. Exemplaire Mac Carthy Reagh, cité dans le Brunet.


– De Foe « Robinson Crusoe » 1770, 3 vol in-12 en maroquin vert signé de Derôme le jeune. Exemplaire de Rahir et Yemeniz. J’y ai inséré un dessin original de Gravelot qui n’a jamais été gravé.


– Voltaire « Oeuvres » : édition de Khel en 70 volumes in-8 en maroquin rouge à très grandes marges, avec les très rares épreuves avant la lettre (25 épreuves dit-on).

– La Fontaine « Fables » : 4 vol in-folio,  l’édition avec les gravures par Oudry sur très grand papier de Hollande (500mm) en maroquin rouge. Et là, on voit les yeux des bibliophiles s’ouvrir grand (NDLR, Hugues)

– Helvetius  » De l’esprit » 1758 grand in-4, rare tirage B de l’édition originale en maroquin rouge tiré sur grand papier.

– Swift « Les aventures de Gulliver » 1797, 4 vol in-12 en maroquin citron par Bozérian jeune, avec les figures avant la lettre 

– Gessner « Oeuvres » 1786 , 3 vol in-folio :  l’un des 12 exemplaires tiré sur grand papier en maroquin vert de Bozérian avec les figures avant les numéros. Exemplaire Radziwill.

Il reste encore sur les étagères des noms illustres : Sévigné, Homère, Montaigne, Lucrèce, Saurin, Horace, La Mettrie, Racine, Arioste, Fenelon, Rabelais, Rousseau, La Rochefoucauld, La Bruyère, Pascal, Berquin, Xenophon, Seneque, Boileau, Fontenelle …
Mais je ne peux pas tout mettre!
J’en profite de la tribune pour lancer un message : Il me manque deux livres que je recherche vainement depuis 20 ans  :  Voltaire « Romans et contes » 1778, et Montesquieu « Oeuvres » 3 vol in-4 1758 (il existe 2/3 éditions du 18e dans ce format).A bon entendeur…
Mon vrai malheur, c’est que je ne connais pas grand monde, quelques sympathiques libraires mis à part, pour échanger un peu sur le sujet.Si vous voulez parler un peu de beaux livres, faites le savoir à Hugues qui ne manquera pas de me transmettre votre mail.
Bonnes fêtes à tous.
Merci Wolfi.H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Un Bibliophile à bord du Titanic

Un Bibliophile à bord du Titanic

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Avant toute chose, je vous prie de m’excuser pour mon silence de ces derniers jours, mais comme je l’écrivais il y a une semaine, ma vie professionnelle est actuellement légèrement mouvementée, et je vais avoir des difficultés à poster des messages dans les 5 jours qui viennent (déplacement à l’étranger). Quelques paragraphes néanmoins…

Vous connaissez sans doute le libraire espagnol Don Vincente, qui assassina ses clients bibliophiles (http://bibliophilie.blogspot.com/2007/07/vicente-moine-libraire-et-assassin-une.html), mais connaissez-vous une autre tragédie qui touche à la bibliophilie: la mort d’un jeune et très prometteur bibliophile lors du naufrage du Titanic? C’est Jean-Paul qui m’a le premier parlé de cette anecdote, que je vous livre aujourd’hui.Harry Elkins Widener, 27 ans, a en effet sombré avec le navire de la White Star dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Harry Elkins Widener est né en 1885 et a développé très tôt un goût pour la bibliophilie, qu’il a cultivé après son passage à Harvard en 1907, et que l’immense fortune de ses parents lui a permis de développer. Ainsi, a seulement 27 ans, il possédait (presque)… une bible de Gutenberg.

Au printemps 1912, il a ainsi transversé l’Atlantique d’Ouest en Est pour rejoindre la vieille Europe et y acquérir de nombreux ouvrages, dont une seconde édition des Essais de Bacon (1598). Il voyageait avec ses parents et leurs domestiques. Après l’Angleterre, ils visitèrent la France avant d’embarquer pour le voyage de retour vers l’Amérique à Cherbourg, sur le Titanic.Le célèbre paquebot fit en effet escale à Cherbourg: parti de Southampton le mercredi 10 avril 1912 à midi, le nouveau palace de la White Star Line devait, quelques heures plus tard, toucher le port de Cherbourg et faire son entrée par la passe de l’ouest à 18h30. Cette escale était tout de même importante pour la compagnie, car elle permettait ce jour là d’embarquer 274 passagers supplémentaires.

Parmi ces passagers se trouvaient Harry Widener, ses parents et leurs deux domestiques, qui occupaient les cabines de première classe C-80-82 (numéro de billet 13503, prix 211 Livres Sterling). Le soir du drame la famille Widener participa d’ailleurs à un dîner donné par le capitaine en compagnie des passagers les plus riches.

Néanmoins, à 23h40 le Titanic percuta un iceberg sur le flanc tribord avant de sombrer à 2h20 au large de Terre-Neuve. Entre 1 491 et 1 513 personnes périrent.

Harry Widener aida sa mère à embarquer sur le canot n°4 avant de rebrousser chemin dans l’attente du départ du canot principal, ce qui décida malheureusement de son destin puisqu’il disparu avec le paquebot. L’épave fut localisée en 1985. Elle git à 3 843 mètres de profondeur à 650 km au sud-est de Terre-Neuve.Une anecdote que Madame Widener ne confirma jamais prétend que Harry rebroussa chemin pour aller récupérer son Bacon. Ce qui est certain en revanche, c’est que Madame Widener fît un don de 2 millions de dollars pour construire dans l’enceinte de Harvard une bibliothèque qui abriterait la collection de son fils et servirait de mémorial. Cette bibliothèque ouvrît ses portes en 1915 et existe toujours et fût conçue pour abriter 3 millions d’ouvrages sur plusieurs dizaines de kilomètres de rayonnages.

Quel bibliophile était Harry Elkins Widener? Ses goûts étaient assez larges, avec une prédilection pour les auteurs anglo-saxons du 19ème en édition originale (Dickens, Stevenson, Brontë, etc.) mais comme je l’ai écrit plus haut, il ne détestait pas les grands classiques, puisqu’il avait hérité d’une Bible de Gutenberg qui fait aujourd’hui la fierté de la Bibliothèque: c’est de plus un exemplaire bien connu, qui a successivement appartenu à Pierre Henri Larcher (Paris, 1814), Lord Ashburnham (1840), dont le fils le revendît à Bernard Quaritch (1896). Peu de temps c’est Robert Hoe qui en devînt l’heureux propriétaire (il la rangeait d’ailleurs juste à côté de mon exemplaire Hoe qui porte donc des poussières de Bible de Gutenberg, sourire), puis à nouveau Quaritch avant que le grand-père de Harry Elkins Widener ne l’achète. L’exemplaire fût remis à la bibliothèque en 1944.Je termine par un document attachant, une lettre adressée par le jeune bibliophile à son ami Luther Livingston, libraire à Philadelphie le 10 mars 1912 dans laquelle il lui écrit qu’il va effectuer un voyage rapide vers Angleterre, à bord du Mauretania, avant de revenir avec le voyage inaugural du Titanic. Il termine sa lettre par les mots suivants: « un secret,… grand-père a acheté l’exemplaire Hoe. N’est-ce pas merveilleux? J’espérais que ce soit pour moi, mais ce n’est pas le cas! ».

Qui sait quels livres dorment encore au fond de l’océan avec lui…

H

26 Commentaires

  1. Hi this is kinda of off topic but I was wanting to know if blogs use WYSIWYG editors or if you have to manually code with HTML. I’m starting a blog soon but have no coding experience so I wanted to get advice from someone with experience. Any help would be greatly appreciated!|

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  3. Deux ans plus tard, la boucle est (peut être) bouclée… Merci le net, et surtout merci le Blog ! Belle histoire si elle permet finalement à l'exigeant Wolfi de voir (ou mieux) ce merle blanc… ?

  4. Plaisir des yeux , suite , quelques détails : figures de Marillier,Martini Monet et Moreau le Jeune..Comment procéder avez vous une messsagerie privée ou un téléphone?

  5. bonjour,

    Quelle attente insoutenable!
    Des photos, un nom, un email peut-être?
    Merci par avance de bien vouloir transmettre des infos à Hugues, j'offre un gueuleton à qui me montrera un exemplaire en maroquin d'époque :))
    Et je me déplace dans toute l'Europe s'il le faut!

    Cordialement,

    Wolfi

  6. merci pour les photos de ce "romans et contes".
    j'en ai eu un, il y a quelques années, en veau porphyre, tranches dorées. Cet ouvrage n'est pas rare en veau à vrai dire, mais en maroquin, c'est vraiment difficile à trouver!
    Idem pour le Montesquieu : on en trouve à foison en veau ou basane. Deux ou trois fois je l'ai vu en veau blond dans un état irréprochable, mais en maroquin pour ainsi dire jamais!
    Quelqu'un aurait-il ces merles blancs?
    bonnes fetes à tous!
    Wolfi

  7. réponse à Benoit : ce n'est pas ce Voltaire. D'ailleurs, je n'ai jamais repéré de Voltaire en maroquin avec les avant lettres sur ebay … tout est possible bien entendu, mais cela m'étonne un peu!
    Autrement, personne n'a le "Romans et Contes" à me montrer? Juste pour le plaisir des yeux!
    cordialement,
    Wolfi

  8. Je faisait paraitre mon portrait de bibliophile il y a peu sur le blog,
    Je vois que nous sommes nombreux à chasser les m^me ouvrages
    Certains tout de m^me ayant une bonne longueur d'avance
    Superbes
    Yohann

  9. Le portrait est enviable et les ouvrages magnifiques ! Wolfi s'est fixé des objectifs de qualité qui nécessitent de l'obstination et une grande rigueur de bibliophile. Les notices de ses ouvrages doivent être à l'unisson. Félicitations. Pierre

  10. Ah… Que n'avez vous fait faire votre portrait plus tôt, le Voltaire tant désiré s'est vendu sur Ebay en novembre 2009, j'avais failli craquer, je l'ai loupé de peu. Enfin si nous parlons du même… Oui je sais, c'est un message idiot… Mais, comme je deviens un bon spécialiste de la veille sur le marché, je promets de vous le chercher…

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