Interview de Frédéric Castaing, président du SLAM

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Tapis rouge (c’est un peu une reconnaissance), le Blog du Bibliophile vous propose ce soir une interview de Frédéric Castaing, le président du SLAM (Syndicat de la Librairie Ancienne et Moderne), qui est évidemment l’institution en France, et qui organise le Salon du Grand Palais.

Merci beaucoup à lui de d’être gentiment prêté à cette interview :

Vous êtes actuellement Président du SLAM, comment pouvez-vous résumer l’activité du seul syndicat professionnel des libraires de livres anciens, livres illustrés, autographes et gravures en France, et qui existe depuis 1914?

La vocation première du SLAM est de défendre les professionnels du livre ancien, évidemment ses adhérents mais plus généralement la profession toute entière.
Un exemple : le SLAM participe à la diffusion d’un questionnaire destiné aux amateurs de livres afin de mieux connaître leurs desiderata, de mieux nous adapter à leurs demandes. 20.000 questionnaires seront ainsi distribués au Grand Palais. L’opportunité nous sera ainsi donnée de cerner au plus près les attentes et les comportements d’un public renouvelé. Chacun comprend qu’il y aura là, après dépouillement un formidable outil pour les libraires.

Pour la deuxième année consécutive et pour le plus grand bonheur des bibliophiles que nous sommes, le Salon International du Livre Ancien organisé par le SLAM va se tenir au Grand Palais, à Paris, du 17 au 20 avril 2008.
Que pouvez-vous nous dire de cette nouvelle édition?

Cela fait des mois et des mois que les libraires sélectionnent le meilleur de leurs découvertes pour le salon du Grand Palais. Par ailleurs, vous le savez, l’invité de cette année sera la Bibliothèque nationale qui exposera des merveilles. Enfin les conférences déclineront à l’envie le thème du salon de cette année : le voyage, voyage dans l’espace, dans le temps, en nous-même, au coeur de la mémoire collective.
Comment situez-vous ce Salon sur le marché international du Livre Ancien, aussi bien au niveau de la comparaison avec d’autres salons à l’étranger, comme la Book Fair à New York, mais également au niveau de l’attractivité du Salon du Grand Palais auprès des professionnels et des bibliophiles étrangers?

Comme l’année dernière nous aurons environ 1/3 d’exposants étrangers, je pense même que ce pourcentage est en légère progression. Il est clair pour tout le monde aujourd’hui que le salon du Grand Palais à Paris avec ses 18.000 visiteurs en 2007 (nous en attendons plus de 20.000 en 2008) est devenu le premier salon du livre ancien au monde.

J’ai l’impression que ces grands événements jouent un rôle capital dans le petit monde de la bibliophilie, qu’en pensez-vous, et comment voyez-vous l’avenir de la bibliophilie en France? Le SLAM a-t-il observé des changements importants sur le marché ces dernières années?
Le monde du livre ancien » recèle des potentialités infinies, il souffre seulement d’un manque de visibilité. Le salon du Grand Palais est une des réponses.
Comment convaincre nos lecteurs de se rendre au Salon en quelques mots?

Dans un monde de plus en plus virtuel, le Salon du Livre Ancien c’est la possibilité de voir, toucher, sentir éventuellement acheter ce qui constitue une part des fondements de la mémoire collective, le patrimoine écrit.
Merci beaucoup M. Castaing, et rendez-vous au Salon du Grand Palais!H

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À lire ensuite

Un peu plus loin autour de la vente de l’atelier Simier – « Les relieurs des rois de France »

Un peu plus loin autour de la vente de l'atelier Simier – « Les relieurs des rois de France »

Amis Bibliophiles bonsoir,
Tenir un blog a parfois quelques menus avantages, puisque l’étude Lafon-Castandet a eu la gentillesse de m’adresser un catalogue de la vente qui sera consacrée à l’Atelier Simier. Cette superbe vente se tiendra le 2 juin prochain à Drouot. Tâchons d’y revenir aujourd’hui et d’aller un peu plus loin que ce qui a été dit ici ou là.Le catalogue de la vente Simier est vraiment superbe et ne se contente pas de présenter les lots qui seront mis en vente, mais propose également en préambule plusieurs articles et témoignages sur Simier et son atelier (Simier, un provincial à Paris, par M. Didier Travier – La Bibliothèque de la duchesse de Berry au chateau de Rosny, par M. Patrick Guibal – Blasonner pour mieux régner, par M. Mathieu Desachy – Les relieurs Simier et Louis Médard, par M. Jean-Bertold Orsini – Souvenirs de l’atelier Barbance par le comte Christian de Pange).Cet historique permet au passage de corriger les petites erreurs qui se sont glissées dans la présentation de la vente sur le site de l’étude et que peu de gens ont hélas relevées: s’il était relieur de l’Impératrice, puis du Roi, Simier n’a jamais été le relieur de l’Empereur… et il est assez douteux que Victor Hugo soit le dessinateur de la plaque de Notre Dame de Paris qui est proposée… entre autres. Merci à l’expert de la vente, M. Roch de Coligny, que les habitués de Drouot connaissent bien, pour ces précisions.
M. De Coligny propose d’ailleurs un site spécifique consacré à cette vente (www.atelier-simier.com), qui a le mérite de proposer une intéressante chronologie de l’Atelier Simer dont je reprends ici les dates clefs (pour plus de détails, n’hésitez pas à vous rendre sur le site où vous pourrez également télécharger le catalogue).L’atelier Simier en quelques dates :
1772 : Naissance de René Simier, fils de meunier, à Téloché, dans la Sarthe.1796 : Installation de son atelier, à Paris, rue Neuve des Bons-Enfants, après un passage dans l’imprimerie mancelle de Maudet, ainsi qu’une formation de relieur chez Bozerian.1801 : Participation à la prestigieuse Exposition des Industries Nationales, au Louvre.1810 : Remarqué pour son habileté technique et la qualité d’exécution de ses travaux, Simier est nommé relieur de l’Impératrice Marie-Louise. Il change d’adresse pour le 152, rue Saint-Honoré, adresse qui deviendra célèbre.1815 : Le roi Louis XVIII le prend sous sa protection, la signature devient alors « SIMIER, R. DU ROI ».1816 : Marie-Caroline de Bourbon-Siciles devient duchesse de Berry en épousant le second neveu du roi de France. Bibliophile, elle engage un mécénat prolifique avec Simier, qui exécutera pour elle les reliures les plus luxueuses.1819 : Le relieur décroche une Mention Honorable à l’Exposition de l’Industrie, la première sous les Bourbons. Les observateurs ne tariront plus d’éloges.1823 : René Simier livre ses derniers grands ouvrages pour l’Exposition de l’Industrie, où il reçoit une prestigieuse médaille d’argent. Il annonce ensuite qu’il laisse la direction de l’atelier à son fils Alphonse, digne héritier.1827 : Nouvelle médaille d’argent pour l’atelier, cette fois-ci dirigé par Alphonse, le fils. L’année suivante, la maison accueille une extraordinaire presse à balancier, cadeau du roi Charles X. Les années suivantes sont extrêmement fastes : toutes les Cours d’Europe passent commande auprès du roi des relieurs.1843 : Mort de René Simier.1848 : Mort d’Alphonse Simier, le relieur Charles Petit, compagnon de longue date de Simier père, reprend l’affaire. Vingt-cinq ans après, vient Thierry, qui dirigea seul l’atelier jusqu’en 1908, année où Louis Yseux, s’associa avec lui ; il reprit l’affaire en 1915.1951 : Jean-François Barbance se pose en digne successeur de cent-cinquante ans de savoir-faire. Il déménage l’atelier de Paris à Avallon, en 1970, où il s’éteint, en 1994. Ses deux fils, François & Jean-Louis, relieurs, héritent du fonds.


Et Simier en quelques mots:

René Simier père, relieur du roi dès 1818 est décédé (d’après Fléty) en 1837. Adolphe (Fléty), ou plutôt Alphonse (Paul Culot) son fils lui succède en 1824 également relieur du Roi, il cède son atelier en 1847 ou 1849. Son successeur est Charles Petit.
Jean Simier le neveu ou cousin de René s’établit en 1844 il n’a pas exercé avec les deux premiers, et il poursuit son activité jusqu’en 1864 son atelier fut repris par Petit fils. D’après Devauchelle il avait été condamné à faire figurer ses nom et prénom sur ses reliures.
Il existe un autre Simier : Germain Simier sans parenté avec les autres qui exerce jusqu’en 1855. 

…Mais revenons au catalogue. On dépasse d’ailleurs là le simple exercice habituel de présentation des lots et l’ouvrage est tout simplement luxueux. Tout au long des 263 pages, ce sont plusieurs centaines de fers qui nous présentés (349 lots exactement), regroupés en plusieurs parties, mais aussi les presses de l’atelier, dont la fameuse presse offerte par le Roi Charles X en 1828.
Les fers sont rassemblés selon les familles suivantes:
Monogrammes et CouronnesLes Rois et leur FamilleLa duchesse de BerryLes plaques romantiquesLes presses de l’AtelierL’empereur NapoléonLa NoblesseSouverains, familles régnantes, Etats étrangersLa famille d’OrléansLe Second EmpireAttributs et fers décoratifsIl faut reconnaître que l’accumulation de fer est très impressionnante et laisse une impression de foisonnement. Pour le bibliophile néanmoins, même si l’on est là face à un sujet connexe, il est intéressant de retrouver des armes souvent croisées et au fil du catalogue de retrouver des fers plus « classiques » qui ne sont pas « aux armes » et qui parlent peut-être un peu plus aux bibliophiles. Ainsi les grands fers destinés aux reliures à la cathédrale, ou des fers plus simples mais tout aussi attachants, destinés à orner les reliures.

Ce sont potentiellement vers ces lots que mes choix de bibliophile peu versé en héraldique pourraient se porter.
Enfin, la question s’est posée parfois de savoir si cette vente était une bonne chose et si nous n’assistions pas à la dispersion d’un patrimoine culturel qu’il aurait mieux valu conserver dans le giron de l’Etat. Je ne reviendrai pas sur ce débat vain et l’opposition déjà évoquée ici entre un bouclier fiscal à l’efficacité contestée et un bouclier culturel qui pourrait dans ce cas faire ses preuves… je tire simplement mon chapeau à l’expert et à l’étude pour avoir donné à cette vente le relief qu’elle mérite, notamment via ce catalogue, qui comme je l’ai dit plus haut, est bien plus qu’un catalogue à mes yeux. Si cette vente doit être faite, et elle le sera, autant qu’elle le soit bien, ce qui me semble être le cas ici. Certains me répondront que le montant alloué par l’Etat est sans doute mieux utilisé ailleurs… sans doute, mais j’aimerais en avoir la certitude.Charles Nodier, que l’on ne présente plus, était le contemporain de Simier et son ami. Il le gratifiait du titre de « restaurateur de la reliure en France ».
Pour le reste, retrouvons-nous dans la salle!
H
Si vous souhaitez aller plus loin, au delà du catalogue, vous pouvez également consulter les ouvrages de la bibliographie suivante:- Didier Travier « Les Simier, relieurs du roi et propriétaires sarthois », Revue historique et archéologique du Maine, 2003, p. 121-163.- Paul Culot et Denise Rouger, Louis Médard et les relieurs de son temps. Gustave Durville, Gout fils et François-Noël Jaujon de Montpellier et leurs confrères de Paris, Lunel, Bibliothèque municipale de Lunel, 2003.- Elizabeth Mismes « L’atelier Simier : un patrimoine unique », Arts & Métiers du Livre, 2007, n° 260, p. 48-55.- Jean-Bertold Orsini, « Louis Médard. Une vie au travers d’une collection », Arts & Métiers du Livre, 2010, n° 277, p. 60-73.

6 Commentaires

  1. Pardon Jean-Luc, j’ai cru que vous vouliez abolir toute sélection.
    Au passage, le modèle de sélection que vous proposez est assez proche de celui en place pour le recrutement des experts… Je sais qu’à la CNES, par exemple, le libraire postulant doit passer une épreuve écrite (qcm de culture en histoire du livre) et passer devant un jury. Il doit, s’il est reçu, être « stagiaire », c’est à dire qu’il doit rédiger un mémoire sur un sujet de son choix, qui sera sa spécialité en tant qu’expert. Il doit après soutenir son mémoire pour être accepté comm expert.

    Cela dit, ce système de sélection est assez lourd, je pense. Et je ne suis pas sûr que l’on puisse garantir la neutralité d’une commission de recrutement. Et l’actuel recrutement du SLAM a l’avantage d’être simple et rapide.

    Cela dit, vos arguments et ceux de Bertrand sont intéressant également… et je ne sais pas trop quoi penser!

  2. Intéressant, intéressant.

    Pour te répondre Gonzalo, voici quelques éléments. Deux libraires du SLAM sont passés me voir ces dernières années (j’ai ouvert en 2002), la librairie M. Le Prince (Pingel) et la librairie Georges de Lucenay. Chacun a bien discuté avec moi, nos échanges ont été très sympathiques, ils ont pu rapidement se rendre compte de ce que je proposais. Chacun m’a dit que je pouvais « prétendre » au SLAM et que le parrainage était assez simple et rapide (ils étaient d’accord à priori pour me parrainer). Et je les en remercie, quand on a débuté dans ce métier avec pour seule ambition celle de se faire plaisir… cela rassure sur ses capacités.

    Cependant, je ne suis pas fan non plus de ce système un peu dans le goût « bal de la rose » à Monaco… Mais par ailleurs je trouve que la procédure proposée par Jean-Luc me parait lourde et assez contraignante et un peu « spy ». Pourquoi le SLAM aurait-il un regard sur mon fichier client ? A moins que je puisse avoir accès au fichier client de la librairie Sourget (sourire) ??!!

    Non, je crois que tout simplement, je ne suis pas syndicaliste dans l’âme. L’expérience professionnelle précédente m’a appris (10 ans dans un autre métier plus tourné vers les Salmonella tifi et autre leptospiroses…) que le syndicalisme sert toujours plus les sydicalistes bien placés que la grande majorité des salariés. Comme certainement le SLAM sert plus une poignée de libraires (qui défendent une image de marque) que l’immense majorité des libraires d’ancien de France.

    Je préférèrais le terme « association » à la manière de ABAA américaine.

    Autre point qui me fait encore réticent pour devient SLAM c’est tout simplement mon humilité. A peine libraire je ne me sens guère grand libraire et encore moins prêt à affronter sur les mêmes bancs des Sourget, des Coulet ou autres Blaizot, que j’admire tous bien évidemment.

    Mais je me rassure car lorsque j’ai ouvert, d’autres ont été moins frileux et ont ouverts en même temps que moi et ont été SLAMés immédiatement dès l’ouverture ??? Comment est-ce possible alors que sur le site du SLAM il est réclamé une expérience, un savoire-faire sur la durée …? ? je ne sais pas mais je pense que l’on touche là au copinage dont parlait Jean-Luc, et c’est en ce cas très dommageable. Gageons que cela ne concerne que peu de libraires.

    PS : Gonzalo, rassures-toi ! ! Ne pas être membre du SLAM n’empêche pas de vendre de très beaux livres aux membres du SLAM. Heureusement !! (sourire).

    Amitiés, Bertrand.

  3. On doit tous avoir des anecdotes croustillantes au sujet de la cooptation : les cooptés par intérêt, les renvois d’ascenseur, etc.

    Car le problème demeure : soit vous connaissez très bien les deux libraires en question et donc c’est du copinage, soit vous ne les connaissez pas plus que ça et la cooptation, c’est vrai, prendrait un sens plus équitable. Mais dans la pratique, ces derniers vont être très très frileux à vous parrainer.

    La solution ? Tout libraire devrait pouvoir déposer candidature, celle-ci serait examinée par une commission. Cette dernière prendrait connaissance de votre fonds, vous observerait travailler, vous ferait passer un entretien technique, prendrait des noms au hasard dans votre fichier client pour les interroger et, pourquoi pas, interrogerait aussi vos confrères du Slam.

    Dans ces conditions n’importe quel libraire qui le mérite, trouverait sa place dans un syndicat pour lequel, au demeurant, je garde toute mon estime.

  4. > »quand est-ce que vous réformez vos statuts et que vous en terminez avec le système élitiste de cooptation… »

    Jean-Luc, le principe du SLAM c’est l’élitisme, et c’est tant mieux!

    La cooptation, c’est sans doute élitiste, mais c’est ce qui fait que les libraires du SLAM sont, dans leur ensemble, fiables.

    L’élitisme vous pose problème? A moi non, lorsqu’il est raisonné et efficace. Le Slam vire régulièrement des libraires qui sont flous avec les règles de l’honnêteté… à commencer par cette libraire poitevine que nous avions évoqué (et qui s’était faite virer avant son affaire d’enchères truquées je crois).
    Pour être très franc, une cooptation à deux voix (car il faut être coopté par deux libraires pour y entrer), ça n’est sans doute pas la mer à boire: il suffit d’en connaitre bien un, qui se charge de vous trouver l’autre. Après, il faut aussi avoir le profil en terme 1) de stock (des livres anciens de qualité), 2) de qualifications, et 3) d’esprit mondain.
    Mais je ne pense pas que les membres du slam aient l’esprit sectaire… Enfin, en fait, je n’en sais rien.

    Bertrand pourrait nous en dire plus sur son refus d’y entrer, non?

  5. Jean-Luc,

    Certains bibliophiles amateurs (je dois l’avouer, c’est à moi que je pensais en premier…) ne connaissent pas les arcanes du SLAM et du monde des professionnels du livre en particulier.

    Ils n’empêche que désirant m’instruire et sachant qu’il est peu vraisemblable que Monsieur Fredéric Castaing accepte un combat inégal (nous sommes seuls et il représente une corporation nombreuse), je souhaiterais que vous nous donniez la réponse à votre propre question.

    Je sais que vous serez impartial.
    Cordialement. Pierre

  6. ahhhahhahhllla… Moi j’aurai plein de questions à lui poser au président du Slam. Ne pourrait-on l’inviter à venir « chatter » sur le blog ?

    La première serait : quand est-ce que vous réformez vos statuts et que vous en terminez avec le système élitiste de cooptation…

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