La découverte de la typographie en Europe occidentale

Amis Bibliophiles bonjour,
Une fois n’est pas coutume, je cède la plume à Jean-Paul…. qui vient utilement compléter nos connaissances en matière de typographie.
Pour faire écho à l’article de Textor sur le blog de Bertrand, rappelons qu’il fut naturel que des esprits ingénieux aient eu l’idée de graver dans le bois ou bien dans une autre matière non plus des textes entiers, dits « xylographiques », mais des lettres séparées permettant de constituer tous les mots et phrases qu’on voudrait. De nombreux chercheurs se mirent à la besogne et, l’invention une fois réalisée, plusieurs villes se sont disputé l’honneur d’en avoir été le berceau ; seules méritent encore l’attention aujourd’hui : Haarlem, Mayence, Strasbourg et Avignon.
Des essais de typographie furent tentés effectivement à Avignon dès 1444. C’est ce que révèlent 23 actes notariés, rédigés en latin entre le 4 juillet 1444 et le 4 août 1446, passés devant maître Antoine Agulhacii, puis maître Jacques de Brieude (A.D. Vaucluse). Depuis l’incendie de Strasbourg en 1870, au cours duquel furent détruites les pièces du procès Gutenberg de 1439, ces actes sont les plus anciens documents qui existent concernant l’histoire de l’imprimerie occidentale.
Un orfèvre originaire de Prague, Procope Waldfoghel, dit « de Bragansis », installé à Avignon en 1444, possédait le matériel permettant d’enseigner à plusieurs associés successifs l’art d’écrire artificiellement (« ars scribendi artificialiter »). Il leur demandait de ne pas révéler le procédé et leur emprunta, ainsi qu’à d’autres créanciers, des sommes apparemment insuffisantes pour mener à bien ses recherches et obtenir des résultats pratiques commercialisables.
A la date du 4 juillet 1444, Waldfoghel possédait deux alphabets en acier, deux formes en fer, un instrument en acier appelé vis et 48 formes en étain : il possédait donc des poinçons, des matrices, une presse et des caractères.
Le 10 mars 1446, Waldfoghel s’engagea à fabriquer 27 lettres hébraïques toutes tracées, bien et justement taillées en fer, selon la science et la pratique de l’écriture mécanique qu’il a enseignées.Il s’engagea également à livrer les lettres avec les engins nécessaires de bois, d’étain et de fer.
Le 5 avril 1446, Waldfoghel possédait certains instruments ou appareils pour écrire artificiellement, tant en fer qu’en acier, en cuivre, en laiton, en plomb, en étain et en bois. A la fin de l’acte, un ancien associé jura sur les saints Evangiles que l’art d’écrire artificiellement est vrai et très vrai, facile, possible et utile à celui qui veut s’y appliquer.
A la date du 26 avril 1446, Waldfoghel possédait 408 lettres gravées en fer (« quadraginta octo litteris gravatis in ferro ») : des matrices ou des poinçons dont le nombre lui permettait de fondre toutes les lettres d’étain nécessaires pour imprimer des livres.
Pourtant, aucune allusion au papier, à l’encre, au livre, à sa commercialisation. On a l’impression qu’il s’agit d’un système mécanique léger. 
Waldfoghel disparut d’Avignon au début de l’été 1446 et ne reparut nulle part. Bien qu’on ne connaisse pas de production typographique attribuable à Waldfoghel, Avigon serait donc la première ville de France qui reçut « l’art nouveau ».
J.-P. Fontaine
Merci Jean-Paul.Hugues

La lettre du bibliophile

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Nathan d’Aubigné, le fils palindrome et La Bibliotheca chemica contracta

Nathan d'Aubigné, le fils palindrome et La Bibliotheca chemica contracta

Amis Bibliophiles bonsoir,
Jean, qui vous avait déjà proposé un texte sur le blog vous propose de découvrir aujourd’hui Nathan d’Aubigné et sa Bibliotheca chemica contracta, ainsi que les textes qui la composent. Cela nous change de la physique! Sourire.
Inutile de vous présenter Théodore Agrippa d’Aubigné, le Lagarde et Michard s’en est déjà chargé; rappelons simplement le jugement d’Anatole France qui le résume avec pertinence : « Bonne lame, bonne plume, mauvais compagnon, sans peur, sans scrupules, poète et brigand, honneur des lettres, peste publique, avec des poussées de rude honnêteté qui lui donnent une mine d’homme antique, de héros de Plutarque. »
C’est son fils Nathan d’Aubigné Sieur de la Fosse qui nous intéresse ici :
Nathan D’aubigne, dit de La Fosse, fils naturel de Théodore-Agrippa d’Aubigné et de Jacqueline Chayer serait né en 1601 à Nancray, dans le Gâtinais.
Le fils palindrome :
Agrippa lui donna pour prénom Nathan, le nom du prophète, et pour surnom Engibaud.Il s’en explique dans son testament : »Je le fis nommer Nathan, & lui donnai pour surnom Engibaud, premièrement montrant par le nom qui retourné se trouve de même à retourner le surnom aussi, & trouver celui du père. En second lieu, j’ai voulu que ce nom me fut un Nathan, qui signifie donné, & que le nom du censeur de David representât mon ord peché aux yeux et aux oreilles incessamment.
J’avoue donc Nathan pour mien et fils naturel ; il s’est marié, je l’ai partagé selon sa condition. Au même temps que mon aîné s’est rendu ennemi de Dieu et de son père, a renoncé et trahi l’un et l’autre et a produit infinis exemples d’horreur : l’autre Nathan s’est rendu recommandable par probité de vie, doctrine non commune, m’a accompagné en mes périls contre l’autre. Je lui ai permis de porter lui et les siens le nom d’Aubigné. »
Nathan accompagna son père dans son exil. Le 15 juillet 1621, il épousa Claire Pélissari. C’est seulement après son mariage qu’il se décida à embrasser une profession libérale :Il fut reçu docteur en médecine à l’université de Fribourg en Brisgau. Dès lors, il exerça la médecine dans sa patrie d’adoption qui l’honora, le 20 mars 1627, des droits de bourgeoisie. Sa femme étant morte le 11 sept. 1631, il épousa en secondes noces, le 23 mai 1632, Anne Crespin, fille du conseiller Samuel Crespin. Il décéda en 1669._____________________
La Bibliotheca chemica contracta.1653 Genevae
L’ouvrage publié par Nathan d’Aubigné est un recueil de différents traités d’alchimie. La publication de ces compilations débute au milieu du XVIe siècle s’intensifie par la suite avec en point d’orgue l’édition du Theatrum Chemicum en 1602 par Lazare Zetzner.Son Carmen Aureum sera à son tour repris par Manget dans sa Bibliotheca Chemica Curiosa. (1702 T 2 p.387-388 )Bibliotheca chemica, contracta ex delectu et emendatione Nalhanis Albinei, D.M, in gratiam et commodum artis chemica studiosorum, Genevae, 1653 in-8°.
— Cette bibliothèque contient : 1° Une préface ; 2° L’Enigma Hexastichum ; 3° La table d’émeraude ; 4° Joannis Aurelii Augurelli Chrysopieia et vellus aureum, poème auquel l’éditeur en a ajouté un de sa composition : Carmen aureum ad Janum Cnlinam; 5° Cosmopolites novum lumen chymicum et de mercurio et sulphure, Annoncé mais absent de mon exemplaire ; 5° Anonymi (M. d’Espagnet) Enchyridion physicœ restitutœ et arcanum philosophice hermeticœ opus.
Les quelques informations concernant ses relations avec un cénacle de philosophes Hermétique, nous sont fournies par Kan en identifiant le destinataire de la dédicace du Carmen Aureum [Carmen aureum Ad Janum Cusinun ]
C’est certainement Jean Mutilliet de Genève dit Cousin Cusinus( 1585.1643), qui semble avoir connu le poète et alchimiste de Bohème Daniel Stolcius, et qui aurait recherché la pierre philosophale avec Nathan d’Aubigné ; différents échanges épistolaires permettent de l’accréditer (1)iAurelii Augurelli Chrysopoeia & Vellus Aureum.
AUGURELLO (jean-aurèle), naquit à Rimini, dans la Romagne, en 1454 suivant Mazzuchelli, ou vers 1441 selon l’assertion beaucoup plus probable de Rambaldo degli Azzoni Avogaro.
Dès l’âge de dix-sept ans, il se rendit à Padoue, où, après avoir étudié la langue grecque, l’histoire, les antiquités et la philosophie, il tint vraisemblablement une école d’éloquence pendant quelque temps, car le Trissino lui prodigue de grands éloges pour avoir, le premier, observé les règles tracées par Pétrarque au langage italien.
Ayant acquis l’estime et l’amitié de Nicolas Franco, évêque de Trévise, il suivit ce prélat dans cette ville, où il ne tarda pas a obtenir le droit de bourgeoisie. A la mort de Franco , arrivée en 1499, il alla passer quelque temps à Feltre, puis à Venise, et se mit sur les rangs pour la chaire d’éloquence vacante par la mort de Georges Valla : ses vœux ne furent point exaucés. En 1503 , on le rappela à Trévise pour y professer les belles-lettres, qu’il enseigna effectivement jusqu’en 1509, époque où la guerre excitée par la fameuse ligue de Cambrai lui fit prendre la résolution de se retirer à Venise. A la fin de la guerre, il revint a Trévise, où il obtint un canonicat, et mourut, le 14 octobre 1524 « Mazzuchelli le fait vivre jusqu’en 1537.
Augurello ne fut pas médecin. C’était un poète, dont les vers ont été censurés avec aigreur par Balzac et par Jules-César Scaliger, mais n’en ont pas moins un mérite au-dessus du commun. L’auteur tient une place honorable parmi les meilleurs poètes latins du siècle, et il a surtout réussi de la manière la plus heureuse à imiter les anciens. On l’a accusé de s’être adonné à l’alchimie, et Rambaldo degli Azzoni n’a pas réussi à le disculper. On raconte, à ce sujet, un trait malin de Léon x, qui, ayant reçu la dédicace de la Chrysopée d’Augurello , lui envoya, dit-on, une grande bourse vide, en disant que celui qui savait faire de l’or n’avait besoin que d’une bourse pour le mettre.
« Quand on a le don de la poésie, dit Lenglet du Fresnoy, il est aisé de versifier sur une matière aussi mystique que la science hermétique : plus on donne dans l’énigme, plus on se fait admirer. Comme on n’est point obligé d’expliquer clairement, on ne saurait s’imaginer que l’on puisse écrire aussi élégamment qu’Augurello a fait sur un sujet qu’il n’entendait pas. » Quelque sévère que soit ce jugement, il n’a rien d’exagéré ni d’injuste. La Chrysopée est un ouvrage partout obscur, et souvent inintelligible. On y chercherait d’ailleurs en vain quelque idée qui ne se trouvât pas dans les livres des autres alchimistes. C’est dans l’or lui même, dit Augurello, qu’il faut chercher la pierre philosophale. Voilà sans doute pourquoi il offrit son travail a Léon X, dans l’espoir que la munificence papale le mettrait à même de faire ses recherches ; mais le spirituel pontife ne fut pas dupe de l’artifice, comme l’avaient été tant de princes moins éclairés que lui. (2)ii____________________
Enchyridion physicae restitutae & Arcanum hermeticae philosophiae opus.
Les deux ouvrages de Despagnet réunis dans la bibliothéca chemica ont une page de titre propre, et une pagination séparée ; la première édition qui est une réunion des deux textes est donnée pour 1623 à Paris chez Nicolas Buon.Les notices biographiques sur d’Espagnet sont nombreuses ; voir a ce sujet l’introduction de la nouvelle traduction de ses œuvres dans la collection Bibliotheca Hermetica – Denoel éditeur._________________________
La Bibliotheca Chemica présentée ici est l’édition originale 1653 ; l’édition de 1654 est parfaitement identique à la virgule prés ( Le livre est visible pour l’édition de 1654 sur Google Books en fichier image).Une 3e édition sera publiée en 1673.L’ouvrage est référencé chez Caillet N°147 ; Fergusson page 17 ; Lenglet du Fresnoy Histoire de la Philosophie Hermétique T3; Un exemplaire était présent à la vente René Alleau : N° 145. »
Merci Jean!
H

10 Commentaires

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    H. J Martin est mort en 2007.

    L'apparition du livre est un vrai chef d'oeuvre. On y découvre des choses à chaque fois que l'on y revient.

  5. Pour ceux qui s'intéressent à ces prémices du livre tel que nous le connaissons, je vous conseille vivement de lire -si ce n'est pas déjà fait- L'apparition du livre chez Albin Michel.
    Une étude historique très bien écrite par le grand Lucien Febvre notamment.
    Un incontournable de l'histoire du livre.

    Je vous joins le mot de l'éditeur:

    En 1958 était publié, sous la signature conjointe de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, L'apparition du livre. Ecrit par Henri-Jean Martin sous l'inspiration de Lucien Febvre, cet ouvrage va devenir très vite un classique et provoquer une véritable révolution. Pour la première fois, la naissance et la diffusion du livre étaient analysées dans toutes leurs dimensions : Intellectuelle, culturelle, économique, sociale, esthétique. Les hommes, les ateliers typographiques, l'invention des caractères, l'édition des textes, la mise en pages, tous ces points se voyaient éclairés à travers une grande histoire sociale. Ce fut l'acte de naissance d'un nouveau regard historique sur le livre qui n'a cessé depuis de se renouveler.
    Frédéric Barbier, directeur d'études à l'E.P.H.E., assure la postface de cette réédition qui vise à comprendre le travail commun de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin et à montrer l'extraordinaire fécondité de leur ouvrage.

    Morgane.

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