Bibliophilie et Sciences: quatre ouvrages sur le galvanisme

Amis Bibliophiles bonjour,

En 1786, Luigi Galvani disséquait une grenouille pendant qu’un aide utilisait une machine électrique à proximité. A chaque fois qu’une étincelle jaillissait, les muscles, mis à nu, se contractaient, quand le scalpel touchait les nerfs. Le même effet se produisait sans machine électrique. Il suffisait de toucher le muscle avec un métal et le nerf qui y arrive avec un autre métal puis de mettre ces métaux en contact l’un avec l’autre. Cette simple observation fut le point de départ d’un très grand nombre de théories sur le « fluide vital », et sa nature électrique. Certains scientifiques croyaient qu’en injectant de l’électricité dans le cerveau, un cadavre reviendrait à la vie. Les recherches de Volta l’ont conduit à la première pile électrique. (le mot de pile vient de ce qu’elle était constituée d’un empilage de couples métalliques comme on le voit à la figure 4). De nombreux ouvrages ont paru. Je vous en présente quatre.

Expériences sur le galvanisme et en général sur l’irritation des fibres musculaires et nerveuses…Paris, J.F. Fuchs. An VII-1799. 1ère édition française.1 volume in-8 ; XLVI, 530, (2) pp, 8 pl.

Alexandre de Humboldt (1769-1859) est un naturaliste et explorateur allemand. Cet ouvrage est l’un des plus importants sur la neurophysiologie. La traduction est due à Gravel ; on y trouve des additions du médecin Jadelot. « Plusieurs membres de l’Académie des Sciences avaient commencé dès l’année 1792, des recherches galvaniques avec Valli et Lamétherie. Les travaux de ce genre semblent avoir été interrompus en France ; mais l’Institut national voulant constater l’état des connaissances acquises sur cette matière intéressante et neuve, nomma une commission pour examiner et vérifier les phénomènes du galvanisme ; elle était encore occupée de ses travaux, quand Humboldt, de Berlin… vint faire un séjour à Paris; il répéta quelques unes de ses principales expériences, en présence de la commission ». 
L’ouvrage  développe  ces expériences et expose les principales théories du moment. Contrairement à Galvani et Volta, Humboldt pense que les phénomènes galvaniques ne sont pas dus à l’électricité. Il les attribue à un fluide propre aux animaux vivants, mis en mouvement à l’occasion du contact de certains corps, ce qui peut irriter les organes, de manière à exciter des sensations ou des contractions musculaires, ou des changements dans les sécrétions. Ce fluide serait responsable de toutes les fonctions des corps vivants.
Histoire du galvanisme et analyse des différents ouvrages publiés sur cette découverte, depuis son origine jusqu’à ce jour.Paris, Bernard. An X-1802. EO. 1 volume in-8 ; XXIV, 335 pp. – (4), 492, (2) pp, 1 pl.

Pierre Sue (1739-1816), chirurgien et bibliothécaire de l’Ecole de Médecine, est le premier historien du galvanisme. Il détaille ici les travaux de Galvani, Valli, Desgenettes, Larrey, Vassalli-Eandi, Volta, Nicholson, Davy, Van Mons, Ritter, Fourcroy, Vauquelin, Thénard, Wollaston, Humbold… Les articles les plus importants de ces savants sur le galvanisme sont reproduits et commentés. En 1805, Sue ajoutera deux autres volumes pour compléter son historique. Ceux-ci ne se rencontrent qu’exceptionnellement.
Essai théorique et expérimental sur le galvanisme…  Paris, Fournier Fils. An XII (1804). EO. 2 volumes in-8 ; (6), XVI, 350 pp, 7 pl. – (4), XII, 330 pp, 3 pl.



Giovanni Aldini (1762-1834), neveu de Galvani, présente les effets de l’électricité galvanique sur le système nerveux de l’homme et des animaux. Aldini se sert d’une pile voltaïque formée d’une centaine de couples pour stimuler des cadavres d’animaux ou d’êtres humains.« Sur des têtes séparées du tronc, surtout quand les sujets étaient des chevaux, animaux qui se prêtent le plus facilement à ce genre d’expériences, on vit les lèvres remuer, les paupières se rouvrir, les yeux rouler dans leur orbite. Avec des cadavres humains, on vit le tronc, agité de mouvements violents, se soulever à moitié, comme si l’individu allait marcher ; les bras fléchir et s’étendre alternativement le long du corps, l’avant bras se lever, tenant à la main un poids de quelques livres, les poings se fermer et battre violemment la table supportant le cadavre. Les mouvements naturels de la respiration furent artificiellement rétablis, et par le rapprochement subit des côtes, une bougie placée devant la bouche fut éteinte à plusieurs reprises. Les recherches les plus importantes que fit Aldini sur les animaux eurent lieu à l’Ecole vétérinaire d’Alfort. Plusieurs expériences sur l’homme furent faites à la Salpetrière en présence de Pinel. » (Entretiens de Bichat de 1976)

L’auteur décrit également l’expérience de Joseph Mojon qui découvrit, dès 1804, la propriété du courant électrique d’aimanter les aiguilles d’acier. Cet essai est suivi de lettres adressées à l’auteur par divers savants suivies de quelques pièces sur le galvanisme.
Manuel du galvanisme, ou description et usage des divers appareils galvaniques employés jusqu’à ce jour, tant pour les recherches physiques et chimiques, que pour les applications médicales.Paris, J.F. Barrau et Dumotier. An XII, 1804. EO.1 volume in-8 ; (4), XXII, 304 pp, 6 pl.
Joseph Izarn (1766-1835), était professeur de physique de la Société Galvanique et au Lycée Bonaparte. Le manuel est partagé en six sections : Origine et progrès du Galvanisme jusqu’à la découverte de l’Electromoteur de Volta –  De l’Electromoteur de Volta – Des divers appareils employés jusqu’ici, tant pour étudier que pour varier les effets de l’Electromoteur de Volta – Des différentes constructions de l’Electromoteur – Des galvanomètres – Des appareils secondaires. On trouve dans cet ouvrage la découverte de Romagnési, publiée le 3 août 1802: « D’après les observations de Romagnési, physicien de Trente, l’aiguille aimantée, et que l’on soumet ainsi au courant galvanique, éprouve une déclinaison ; et, d’après celles de J. Monjon, savant chimiste de Gènes, les aiguilles non-aimantées acquièrent, par ce moyen, une sorte de polarité magnétique ».  On attribue aujourd’hui la première découverte à Oersted et la seconde à Arago.
Merci Bernard,H

La lettre du bibliophile

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Bibliophilie et Sciences: La Grange, un oratorien anticartésien

Bibliophilie et Sciences: La Grange, un oratorien anticartésien

Amis Bibliophiles bonsoir,

Dans mon dernier billet je vous ai dit quelques mots de Galilée et des réactions des scolastiques. Les idées de Descartes ont été également combattues par les divers ordres religieux.
Jean-Baptiste de La Grange (1641-16..?), est un Père Oratorien virulemment anticartésien. En 1675 et 1679, il publie en français deux ouvrages pour défendre la philosophie scolastique enseignée dans les Écoles contre les « nouveaux philosophes » dont les théories peuvent déstabiliser la religion chrétienne: Descartes, en premier lieu, et ses disciples Rohaut et Regius, Gassendi et Maignan. Cet ouvrage didactique réfute ces auteurs sur toutes les questions de philosophie naturelle. On y trouve tous les arguments avancés contre Descartes et Gassendi à la fin du 17è siècle. Plusieurs réimpressions (1681, 1682, 1684) en attestent le succès.


Les principes de la philosophie contre les nouveaux philosophes, Descartes, Rohault, Regius, Gassendi, le P. Maignan …Paris, J. Couterot. 1684.2 volumes in-16 ; (22), 611 pp. – (4), 653, (5) pp
Le premier tome est le Traité des Qualités ; le deuxième tome est le Traité des Elémens et des Météores.
De La Grange croit que Descartes est un penseur dangereux puisque sa doctrine est établie sur des principes non conformes à la théologie catholique. Il commence par le rejet de la pluralité des mondes. Il continue avec d’autres sujets tels que le raisonnement des bêtes, les accidents de l’Eucharistie, la nature du lieu et du vide, l’infinité du monde, et la possibilité du vide. Dans son deuxième volume, il consacre plus de cent pages pour « démontrer » l’immobilité de la terre.
La préface du premier volume débute par : « Quoy qu’on ait d’abord de l’inclination pour la philosophie de Descartes, à cause qu’elle paroist nouvelle et beaucoup plus facile que celle des Péripatéticiens ; neantmoins, pour peu que l’on sache ses principes, il est si facile de voir que cette doctrine a quelque chose de mauvais, qu’il y a sujet de s’étonner de ce qu’il y a tant de gens d’esprit qui en fassent profession. Car il n’est pas nécessaire d’entrer fort dans les détails des propositions qu’enseigne Descartes, pour connaître que c’est avec grande raison que sa Majesté, qui s’applique autant à maintenir la Paix dans l’Église, qu’à soutenir les intérêts de sa Couronne, a défendu depuis peu qu’on enseignât dans son Royaume les sentiments de cet auteur. 
Il suffit de scavoir que ses principes ruinent une bonne partie de la Théologie, en détruisant entièrement la Philosophie ordinaire, que les Théologiens Catholiques ont en quelque façon consacrée, par l’usage qu’ils en ont fait jusqu’à présent, tant pour expliquer plusieurs mystères de la foy, que pour répondre aux sophismes des hérétiques. Il ne faut qu’entendre Descartes expliquer les plus grands mystères de la Foy d’une manière toute nouvelle; et s’assurer que tous les Théologiens Catholiques se sont trompez jusqu’à présent, pour se persuader que si sa doctrine n’est pas erronée, du moins elle est dangereuse, et que les professeurs de philosophie ont tous les torts du monde de l’enseigner aux jeunes gens, à qui il est bon de ne point inspirer l’amour de la nouveauté, non plus que du mépris pour l’ancienne doctrine ».
Ces ouvrages sont rares et leur lecture permet de comprendre la lenteur de l’introduction du cartésianisme en france. Il est à peine admis que Newton arrive et provoque une nouvelle révolution scientifique.
Bernard

4 Commentaires

  1. Les constatations de Galvani auraient troublé tout scientifique pour qui les connexions entre l'esprit et la matière ont toujours été un sujet d'étonnement. De là, à imaginer un cerveau fait à la manière d'une pile voltaïque, le raisonnement se tient !

    Merci Bernard de nous rappeler cette fin du 18eme siècle que l'on peut vraiment appeler le siècle des lumières !

    PS : Ne dites pas à EDF que nous produisons de l'électricité animale ! Je n'ai pas envie de donner 2% de mon énergie au comité d'entreprise ;-)) Pierre

  2. Merci pour cet article très intéressant. Je ne connaissais pas ces travaux sur les corps humains, les illustrations sont saisissantes ! Impossible de ne pas penser au mythe de frankenstein.
    Mary Shelley a écrit son livre en 1816, Aldini devait encore expérimenter…

  3. Le froid nous tombe sur le paletot, nous allons avoir bien besoin de nous galvaniser !
    Merci Bernard pour la suite de l'Histoire de la Physique des XVIIIe et XIXe, toujours aussi passionnante.

    Je serais heureux d'acquérir pour ma collection une pile de Volta, je ne dirai pas d'époque, mais simplement ancienne (XIXe). Veuillez m'excuser de sortir de la bibliophilie … une bouteille à la mer.

    René de BlC

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