Bibliophilie et Sciences: La Grange, un oratorien anticartésien

Amis Bibliophiles bonsoir,

Dans mon dernier billet je vous ai dit quelques mots de Galilée et des réactions des scolastiques. Les idées de Descartes ont été également combattues par les divers ordres religieux.
Jean-Baptiste de La Grange (1641-16..?), est un Père Oratorien virulemment anticartésien. En 1675 et 1679, il publie en français deux ouvrages pour défendre la philosophie scolastique enseignée dans les Écoles contre les « nouveaux philosophes » dont les théories peuvent déstabiliser la religion chrétienne: Descartes, en premier lieu, et ses disciples Rohaut et Regius, Gassendi et Maignan. Cet ouvrage didactique réfute ces auteurs sur toutes les questions de philosophie naturelle. On y trouve tous les arguments avancés contre Descartes et Gassendi à la fin du 17è siècle. Plusieurs réimpressions (1681, 1682, 1684) en attestent le succès.


Les principes de la philosophie contre les nouveaux philosophes, Descartes, Rohault, Regius, Gassendi, le P. Maignan …Paris, J. Couterot. 1684.2 volumes in-16 ; (22), 611 pp. – (4), 653, (5) pp
Le premier tome est le Traité des Qualités ; le deuxième tome est le Traité des Elémens et des Météores.
De La Grange croit que Descartes est un penseur dangereux puisque sa doctrine est établie sur des principes non conformes à la théologie catholique. Il commence par le rejet de la pluralité des mondes. Il continue avec d’autres sujets tels que le raisonnement des bêtes, les accidents de l’Eucharistie, la nature du lieu et du vide, l’infinité du monde, et la possibilité du vide. Dans son deuxième volume, il consacre plus de cent pages pour « démontrer » l’immobilité de la terre.
La préface du premier volume débute par : « Quoy qu’on ait d’abord de l’inclination pour la philosophie de Descartes, à cause qu’elle paroist nouvelle et beaucoup plus facile que celle des Péripatéticiens ; neantmoins, pour peu que l’on sache ses principes, il est si facile de voir que cette doctrine a quelque chose de mauvais, qu’il y a sujet de s’étonner de ce qu’il y a tant de gens d’esprit qui en fassent profession. Car il n’est pas nécessaire d’entrer fort dans les détails des propositions qu’enseigne Descartes, pour connaître que c’est avec grande raison que sa Majesté, qui s’applique autant à maintenir la Paix dans l’Église, qu’à soutenir les intérêts de sa Couronne, a défendu depuis peu qu’on enseignât dans son Royaume les sentiments de cet auteur. 
Il suffit de scavoir que ses principes ruinent une bonne partie de la Théologie, en détruisant entièrement la Philosophie ordinaire, que les Théologiens Catholiques ont en quelque façon consacrée, par l’usage qu’ils en ont fait jusqu’à présent, tant pour expliquer plusieurs mystères de la foy, que pour répondre aux sophismes des hérétiques. Il ne faut qu’entendre Descartes expliquer les plus grands mystères de la Foy d’une manière toute nouvelle; et s’assurer que tous les Théologiens Catholiques se sont trompez jusqu’à présent, pour se persuader que si sa doctrine n’est pas erronée, du moins elle est dangereuse, et que les professeurs de philosophie ont tous les torts du monde de l’enseigner aux jeunes gens, à qui il est bon de ne point inspirer l’amour de la nouveauté, non plus que du mépris pour l’ancienne doctrine ».
Ces ouvrages sont rares et leur lecture permet de comprendre la lenteur de l’introduction du cartésianisme en france. Il est à peine admis que Newton arrive et provoque une nouvelle révolution scientifique.
Bernard

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Miscellanées de Monsieur H.: une énigme, un écho scientifique…l’Accademia del Cimento

Miscellanées de Monsieur H.: une énigme, un écho scientifique…l'Accademia del Cimento

Amis Bibliophiles bonsoir,
1. Olivier vient d’acquérir un ouvrage. C’est un petit volume manuscrit dont le dos a été rafait et qui semble antérieur au 17ème siècle. Il est entièrement réglé, toutes tranches dorées. C’est un recueil de textes divers en latin majoritairement, mais aussi en grec et en français. Olivier a sa petite idée avec son « latin de cuisine », mais il continue de me poser trois questions toutes simples : 1) c’est quoi; 2) c’est de quand; 3) c’est à/de (la main de) qui?





Pensez-vous pouvoir l’aider?
2. René, inspiré par l’un des derniers articles de Bertand, vous propose une petite suite ou plutôt un « antécédent » consacré à une importante manifestation de l’esprit scientifique au XVIIe siècle…. je lui laisse la parole….

Après le temps des « ingénieurs » -mot signifiant dans son sens initial « inventeur de machines »-, on assiste à la  fin du XVIe et au XVIIe siècle, dans les domaines de la physique et en astronomie, au développement des « méthodes scientifiques » basées sur l’observation, l’expérience et le calcul.  
L’ACCADEMIA DEL CIMENTO (Accademia dell’esperimento), est la première société savante scientifique à mettre en pratique la méthode expérimentale galiléenne.Elle est fondée à  Florence en 1657 (cinq ans avant la Royal Society de Londres et neuf ans avant l’Académie des Sciences de Paris) à l’initiative des principaux disciples de Galilée, Evangelista Torricelli et Vincenzo Viviani, et sous le patronage de Ferdinand II de Médicis et de son frère le prince Léopold. Leur but était de compléter les travaux de Galilée par des expériences  mettant en évidence la supériorité des nouvelles théories. Cette société se devait d’observer les principes suivants :- L’expérimentation (examen des causes des phénomènes scientifiques) et la publication des résultats.- La réfutation des spéculations non fondées,- La création des instruments scientifiques de laboratoire,- Les définitions des unités de mesure,Les membres effectuent donc de nombreux expériences, principalement dans les domaines de la thermométrie, de la barométrie et de la pneumatique,  à l’aide d’instruments de leur invention et de nouvelles méthodes de recherche.
Les travaux de cette institution servirent de modèle aux laboratoires du XVIIIe siècle. Après une existence assez éphémère, les activités de l’Accademia s’arrêtèrent en 1667 sur la publication en 1666 par  le secrétaire Lorenzo Magalotti des résultats des travaux, texte rédigé en langue vulgaire (italien) sous le titre « Saggi di Natvrali Esperienze fatte nell’Accademia del Cimento sotto la protezione del Serenissimo Principe Leopoldo di Toscana e descritte dal Segretario di essa Accademia ». Une seconde édition paru en 1691.  Des éditions en langue anglaise et en langue latine furent publiées jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
C’est le compte-rendu des expériences menées par Torricelli et plusieurs autres savants, dans ce que nous appellerions aujourd’hui le premier laboratoire de recherche. On y trouve des chapitres sur la chaleur et le froid, l’humidité de l’air, la mesure du temps (pendule), la lumière et le son, l’aimant,   l’électrostaticité de l’ambre et le plus important sur la compressibilité de l’air. Les textes sont accompagnés de nombreuses planches gravées par Modiana, en autres, le tube barométrique de Torricelli, illustration que l’on trouve encore de nos jours dans les traités de physique élémentaire. Cet ouvrage, dans sa seconde édition de 1691,  est un volume in-folio relié plein vélin d’époque, comportant 1 f.bl., faux titre, titre, portrait de Cosme III Grand Duc de Toscane, 6 ff. dédicace et avis au lecteur, 269 pp. de texte, 9 ff. de tables , 75 planches gravées, à pleine page, la plupart répétées, bandeaux, lettrines et culs-de-lampe. Rappelons les noms des principaux savants de l’époque que nous venons d’évoquer :Copernic (1473 – 1543) –  Tycho-Brahé  (1546 – 1601) –  Galilée (1564 – 1642) -Kepler  (1571 – 1630) –  Descartes (1596 – 1650) –  Pascal  (1623 – 1662) –  Newton (1643 – 1727)

H

3 Commentaires

  1. Il est intéressant de noter que les jésuites ou les oratoriens ne disent pas que la théorie de Descartes est erronée mais qu'elle est mauvaise ! Mais elle est quand même erronée sur quelques points, qui ne sont pas des points de détails. Le principe de "l'animal-machine" n'est pas à mettre au crédit de Descartes et le raisonnement des bêtes est justement défendu par les préceptes de la religion comme vous le mentionnez dans les thèmes abordés. Je serais curieux de connaître le sujet sur les "accidents de l'eucharistie" car à part de glisser en descendant de l'autel si le philosophe vous fait un croche-pied, je ne vois pas en quoi Descartes est responsable de ça ;-))

  2. Je suis toujours un peu inquiet lorsqu'apparaît un texte intitulé "Bibliophilie et Sciences" car je sais que Bernard va de nouveau susciter mon envie ; c'est encore vrai dans le cas présent. Toutefois, comme d'habitude, l'article est fort intéressant et la phrase terminale "aux jeunes gens, il est bon de ne point inspirer l'amour de la nouveauté, non plus que le mépris des anciennes doctrines" n'est pas
    dépourvue de bon sens.

    René de BLC

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