Reliures incroyables, « bibliophiles » irresponsables…

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J’ai reçu aujourd’hui un catalogue dont les images m’ont littéralement sidéré… et je ne résiste pas à la tentation de partager avec vous ces étonnantes images: s’agît-il ici de bibliophilie, de bibliopégimanie, ou de simple folie? Je vous laisse juge. Il s’agît de lots d’ouvrages vendus en lots par une maison prestigieuse, et qui sont tous reliés dans des peaux d’animaux plus originaux que le veau ou la chèvre. Voici les images:
Lapin et faon
divers quadrupèdes: éléphant, antilope, zèbre, girafe.Reptiles divers, évidemment…
Vous allez me répondre qu’il s’agît là des preuves du délire d’un bibliophile, d’un chasseur blanc au coeur noir sorti tout droit du Coeur des Ténèbres de Conrad qui a fait relier de livres de chasse du19ème et du 20ème. Peut-être, mais attendez, puisque le délire va plus loin… Voici en effet un échantillon des livres qui sont ainsi reliés:
– Ad Henricum Regem, Germani Valentis Guellij PP. Prosphonematicon Carmen. Paris: FedericusMorellus, 1574. 4to (210 x 160 mm). 15pp. Binding of quarter python over cloth by J. Frankin Mowery.

– Le Dejeuné de la Rapée, ou Discours des Halles et des Ports. Nouvelle édition. [Paris:] A la Grenouillere, n.d. 8vo (160 x 100 mm). Half rattlesnake.

– Epistole d’Ovido. Florence: Carlo Figiouanni, 1532. 8vo (145 x 90 mm). Bound in full python. 
– Les Delices du Sentiment; or the Passionate Lovers. London: 1781. 4to (200 x 120 mm.)Moyens. Pour la Restauration des Piliers de Dome du Pantheon Francois. Paris: 1792. 4to (305 x 230 mm). 

– Il Miracolo della Sacra Imagine di Maria detta della Rondini Successo il di 10 Ottobre 1501. Bologna: Giacomo Monti, n.d. 4to (215 x 150 mm). 
Girolamo Accoramboni. Tractatus utilissimus de natura & lactis. N.p.: 1538. Half rattlesnake over cloth.

Mieux encore, si j’ose dire:
– Moliere. La Critique de l’escole des femmes. Paris: 1674. 12mo (130 x 80 mm). [Bound with:] Le Festin de Pierre and L’Escole des Maris, 1679. Full python.Condition: second work inlaid with large losses. 
– Petite Traite de l’Amour des Femmes pour les Sots. [Bound with:] Petit Commentaire sur le titre de la petite brochure; Petite Traite de l’Amour des Femmes pour les Sots.Bagatelle: 1788. 8vo (200 x 120 mm). Half rattlesnake over cloth. 

Voici qui relativise nos débats sur la bibliophilie, vous ne trouvez pas? Sourire. Sa-cri-lè-ges!
Je sais, je ne devrais pas, mais voici le nom des deux imbéciles qui ont fait relier ainsi les ouvrages: Harry & Virginia Walton (on les applaudit bien fort)
H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Portrait d’une Bibliophile, Valérie

Portrait d'une Bibliophile, Valérie

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose ce soir le portrait d’une bibliophile, Valérie, plus connue sous le nom de Bergamote. En plus d’avoir la qualité inégalable d’être Lorraine, Valérie est à mes yeux un « spécimen » particulier de bibliophile, dans la mesure où elle fait plus que rassembler et lire des livres anciens : elle les utilise (recréant des recettes du 18ème) et elle pratique également la reliure.

Voici donc son portrait.

Pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?
J’enseigne les mathématiques (j’entends déjà les réflexions désobligeantes 😉 dans un collège de banlieue et je suis amoureuse des desserts. J’aime tant les sucreries que je leur consacre un blog : Sucrissime.com. J’ai 31 ans et j’habite non loin de Paris. Ma bibliothèque n’est pas énorme, je possède en réalité peu de livres. Mais je chéris ceux que j’ai, et ne m’en séparerais pour rien au monde.
Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?
Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Enormément, même. Je dévorais un livre par jour. Après avoir lu toute la (petite) bibliothèque de mes parents, je me suis attaquée à la bibliothèque municipale. A cette époque, les « grands classiques » avaient ma préférence. Je m’étais en quelque sorte lancé le défi d’avoir lu tous les livres dont le professeur de français parlerait dans ses cours. J’ai toujours aimé les livres, au début pour leur contenu seul, ensuite pour l’objet et son contenu. On peut dire que ma passion pour la bibliophilie proprement dite date du moment où mon bibliophile de mari (« z1k ») s’est replongé dans ses livres anciens, il y a un peu plus de deux ans. Le Coffret de Santal, reliure en peau d’autruche pistache, tranchefiles « peau », papier marbré « ethnique » assorti C’est à cette date que j’ai commencé à prendre des cours de reliure. La reliure est une activité passionnante, j’aime particulièrement choisir les peaux, les textures, les couleurs, le papier marbré… Je pourrais en parler pendant des heures. C’est un travail que l’on n’imagine pas avoir de s’y être essayé. Des heures et des heures passées sur un seul ouvrage, mais quel plaisir lorsqu’il est achevé !

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de cœur ?
Mes choix sont complètement éclectiques : je possède (dans une édition tout-à-fait quelconque) tous les Arsène Lupin de Maurice Leblanc, je craque pour des livres de cuisine, qu’ils soient anciens ou neufs, j’aime les livres très très vieux, le parchemin, le vélin, les reliures avec ais de bois… Je fonctionne complètement au coup de cœur : je pourrais acheter un livre uniquement pour sa reliure, ou pour la peau dont il est paré, à cause de son format (minuscule ou énorme), ou encore parce qu’il contient une recette ou un poème que j’apprécie. Je suis très attachée au livre en tant qu’objet. Je me l’approprie, il est à moi.
Où achetez-vous vos livres? Internet, salons, libraires?
J’achète peu de livres, habituée que j’étais à les emprunter à la bibliothèque. Je dirais majoritairement en librairie, et en second lieu sur internet.

La Bible de Gutenberg d’AustinQuel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?
La Bible de Gutenberg exposée à Austin (Texas) m’émerveille. Je rêve de réaliser la même reliure. J’aime les livres d’artistes, mais n’en possède malheureusement aucun…
Les livres qui me sont particulièrement chers ? Entre autres, ceux que j’ai moi-même reliés : Le Coffret de Santal, de Charles Cros, en peau d’autruche pistache. L’intégrale de « Chocolat Magazine », reliée et dorée par mes petites mains. Un dictionnaire de patois lorrain de 1842 (ma région natale) en veau velours ocre. Livres sans grande valeur pécuniaire, mais leur valeur sentimentale est infinie.
Chocolat Magazine, toile noire, pièce de titre dorée à la main, signet (pour mieux retrouver les recettes, bien sûr !)Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie ? Pas vraiment une anecdote, juste une petite histoire : le grand-père de mon mari, auguste médiéviste aujourd’hui décédé, me faisant un jour visiter sa bibliothèque absolument énorme, j’eus l’imprudence (ou l’impudence…) de lui demander s’il avait lu tous ses livres. Il me regarda, interloqué, se demandant sérieusement si je ne me moquais pas de lui, et me répondit (usant d’une concordance des temps que je ne saurais reproduire, pardonnez-moi) : « Comment, Mademoiselle, pouvez-vous imaginer un instant que je n’aie lu chacun de ces livres ?!? ». (NDLR : amusant, j’ai déjà lu une anecdote en tout point identique dans un ouvrage sur les bibliophiles)/

Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous ?
Qu’il continue à me faire découvrir de nouveaux auteurs, types de reliure, à m’instruire… Qu’il m’oblige à me creuser la tête (j’adore l’énigme du vendredi soir). Qu’il reste un lieu d’échanges convivial et enrichissant (sans aspect mercantile :).

Je dois dire que je suis souvent intimidée par la culture des visiteurs qui laissent des commentaires sur ce blog, commentaires très intéressants mais si érudits que la simple prof de maths que je suis hésite souvent à écrire un message par peur du ridicule. Merci Hugues, et longue vie à ton blog !

(NDLR : c’est déjà ça, petite vengeance, j’en ai tant bavé cours de maths en prépa… bien fait!).

Merci Bergamote/Valérie.

H

88 Commentaires

  1. Autant l’utilisation de peaux de reptiles (ou de poissons) pour relier des livres me plaît (serpent, croco, galuchat… j’adore) autant l’espèce de moumoute qui recouvre les livres des premières photos me met mal à l’aise : avec ces livres (je ne parle que de leur reliure) dans ma bibliothèque, j’aurais l’impression d’avoir comme des cerfs empaillés et glauques au-dessus de ma cheminée…

  2. Personnellement, cela ne me choquerait pas du tout si ces livres étaient modernes.
    Un livre ancien mérite une reliure dans le style ou neutre, un livre moderne peut laisser entièrement place aux délires les plus fous.

    Et puis après tout, à chacun sa notion de la bibliophilie, l’essentiel étant la conservation de ces livres. Peu m’importe comment les gens vivent leur bibliophilie, même si certaines conceptions me dérangent, comme ceux qui font relier des chine ou des japon non coupés. Ils ont l’amour des livres et je n’irai jamais dire qu’ils ne sont pas bibliophiles parce qu’ils n’ont pas la même conception que moi.

    Wall

  3. Je ne vais pas me lancer dans un débat sur le sacré, chacun voit midi à sa porte, mais sincèrement je ne comprends pas la motivation qui pousse quelqu’un à lire un Molière de 1674 dans une peau de python. Le manque de goût?
    J’aime à penser qu’il n’est pas idiot d’imaginer qu’une reliure ait un rapport, ne serait-ce que minime avec le texte, l’époque ou autre chose…
    H

  4. « Walton », ce n’était pas le nom du type qui avait demandé par testament à ce qu’un de ses livres soit relié avec sa propre peau à sa mort? Sans doute un homonyme.

    Pour ce qui est du « sacrilège » que tu dénonces, et du qualificatif que tu donnes à ces collectionneurs, je t’en laisse juge.
    Si la reliure est correctement faite et qu’elle ne détériore pas l’ouvrage, si cela a été fait uniquement sur des livres déreliés, ou dont la reliure était une épave, aucun problème: je ne trouve pas ça plus ridicule qu’une reliure pastiche mal faite. Au pire, un amateur éclairé les fera à nouveau relier…

    Il n’y a de « sacrilège » qu’avce le sacré, et pour moi le livre n’entre pas dans cette catégorie (ce qui ne justifie aucun comportement irresponsable!)

  5. Sans rapport aux reliures, une estimation imbécile: N° 185: … Lacks the first plate, but a scarce book with the last copy appearing at auction in 1981 (also incomplete). $700 – $1000

    Je n’ai pas les résultats actuels, mais: 1990 – DM 170,- / 1989 – DM 380,- / 1988 – DM 180,- / 1987 – DM 220,- / 1985 – DM 200,-
    Tous complets.

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