Les reliures irradiantes pourraient être à la reliure moderne ce que la reliure à l’éventail fût au 17ème siècle, on y retrouve un principe global similaire (un mouvement du centre du plat vers les bords), même si l’exécution est naturellement différente.
Ce sont Paul Bonet et Pierre-Lucien Martin qui en furent les spécialistes, et c’est Pierre Bonet lui-même qui s’est donné la peine de la définir pour nous, réglant définitivement tout débat: La reliure irradiante consiste en « … filets ondulés et très proches les uns des autres s’irradient d’un centre en rythmes concentriques, accrochant la lumière suivant la variation des courbes; ils donnent à l’ensemble un effet giratoire et scintillant qui semble créer relief et mouvement ». Amen donc.
Et on a même envie de dire « amène! », tant ces reliures sont désirables, et pourtant vous savez que je ne suis pas amateur de reliure moderne. La première reliure de ce type de Bonet date de la période 1934-1935, et elles sont évidemment extrêmement recherchées, à la fois pour la qualité de la reliure, bien sûr, mais aussi l’exploit technique que réalise le doreur.
H
P.S.: : je n’ai pas trouvé d’image pour illustrer parfaitement le propos. On peut qualifier la reliure présentée comme étant à la fois irradiante et mosaïquée je pense.
La lettre du bibliophile
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Amis Bibliophiles bonsoir,
On ne dira jamais assez l’importance de la documentation en matière de bibliophilie, absolument nécessaire à l’apprentissage et au rêve.
Ainsi, alors que je relisais hier soir les catalogues de la vente Wittock, mon regard s’est arrêté sur le numéro 181 de la 2ème vacation (Reliures à décor sous l’Ancien Régime, 8 novembre 2004). Un office de l’église et de la Vierge en latin et en français, à Paris, chez Pierre Le Petit, 1676. Cet ouvrage me disait définitivement quelque chose. Un aller-retour jusqu’à ma bibliothèque me confirmait immédiatement la chose: j’avais au milieu d’autres ouvrages, acheté dans un lot, le cousin de cet ouvrage ayant appartenu à Michel Wittock, un office de la Semaine Sainte, 1667, à la curieuse « Compagnie des Libraires associez au Livre de la Semaine Sainte ». Même sujet, même époque, mais surtout une reliure quasiment identique à celle du Wittock: maroquin rouge, roulette décorative en encadrement, armes couronnées de Marie-Thérèse d’Autriche (mais avec un fer « plus fin » que l’exemplaire Wittock) surmontant deux palmes nouées frappées au centre des plats, le champ est semé en alternance du chiffre couronné et de la fleur de lys, dos à nerfs orné du chiffre couronné, roulette intérieure et tranches dorées. Des reliures très comparables, même si les fers de mon exemplaire (in-12, contre in-8) sont beaucoup plus raffinés et à mon sens plus élégants.
Cela semble anodin, mais finalement cela l’est moins qu’il n’y paraît dans la mesure où les reliures aux armes et au chiffre de Marie-Thérèse d’Autriche sont rares. La reine n’était en effet pas bibliophile et on connaît peu d’ouvrages reliés à ses armes. Les deux ouvrages, bien que non répertoriés, s’inscrivent bien dans la lignée des 18 volumes cités par Quantin-Bauchart.
Ce qui est curieux, c’est leur air de famille: si proches quand on les envisage globalement, si éloignés quand on s’en approche. Mon exemplaire dont la reliure me semble supérieure pourrait être attribué à Antoine Ruette (actif entre 1640 et 1669), dont on sait que relieur ordinaire du roi à la mort de son père Macé, il édita et relia des livres à caractères religieux dont un certain nombre d’entre eux aux armes de Marie-Thérèse d’Autriche. L’exemplaire Wittock, postérieur à la fin d’activité d’Antoine Ruette serait alors l’oeuvre d’un atelier moins important. Raisonnement que je vous soumets mais qui me semble cohérent.
Exemplaire « Hugues » Exemplaire Wittock
Cela semble d’ailleurs encore plus évident quand on compare les fers de mon exemplaire à ceux identifiés sur http://www.cyclopaedia.org/1659/ruette3.html, en particulier les roulettes II et IV.
Alors exemplaire Ruette ou pas? Qu’en pensez-vous?
Quelques mots sur Marie-Thérèse d’Autriche à laquelle on doit finalement ces deux livres:
Marie-Thérèse d’Autriche (Madrid, 10 septembre 1638 – Versailles, 30 juillet 1683), fut l’épouse de Louis XIV, infante d’Espagne et reine de France.
Fille du roi d’Espagne Philippe IV et d’Élisabeth de France, à 8 ans, Marie-Thérèse était le seul enfant survivant de Philippe IV et l’héritière des immenses possessions espagnoles sur lesquelles « le soleil ne se couchait jamais ».
Son éducation a été étroite, rigide, et profondément catholique. Depuis son plus jeune âge, il était question qu’elle épouse, pour des raisons dynastiques son cousin, chef de la branche autrichienne et impériale des Habsbourg, d’abord l’archiduc Ferdinand qui mourut en 1654 puis le frère de celui-ci qui devint l’empereur Léopold Ier en 1658.
Marie-Thérèse vécut cependant dans l’intime conviction qu’elle épouserait le roi de France Louis XIV, son cousin doublement germain mais ennemi de sa maison.
À son mariage, elle ne parlait toutefois pas un mot de français mais elle apportait le chocolat et la première orange. Elle épousa le 9 juin 1660, en l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz, conformément au traité des Pyrénées, Louis XIV. Œuvre du cardinal de Mazarin, premier ministre français, ce mariage n’était pour le roi que raison d’État. Il avait jusqu’au dernier moment espéré épouser la nièce du cardinal Marie Mancini, mais le ministre et la reine-mère, Anne d’Autriche, s’opposèrent à cette mésalliance.
Marie-Thérèse resta toute sa vie très pieuse. Elle invitait les « courtisanes » de son mari à venir faire des prières avec elle. Marie-Thérèse finit par se replier sur elle-même, vivant au sein d’une petite cour, isolée au milieu de la Cour, recréant l’atmosphère de Madrid, entourée « de ses femmes de chambre espagnoles, de moines et de nains », mangeant de l’ail et buvant du chocolat, chaussant des talons très hauts qui la faisaient souvent tomber.
Marie-Thérèse souffrit beaucoup de certains adultères du roi qui faisait de ses favorites des dames de compagnie de son épouse et voyageait ouvertement avec sa femme et ses deux maîtresses. Confronté à ce spectacle immoral, on prétend que le peuple murmurait, goguenard ou affligé, « Le roi promène les trois reines ». Elle souffrit également à partir de 1667 des légitimations successives des enfants naturels de son mari. Ces derniers faisaient de l’ombre au dauphin.
À partir de l’été 1680, sous l’influence de Madame de Maintenon, Louis XIV se rapprocha de son épouse, qu’il avait publiquement délaissée. « La reine est fort bien à la cour », remarquera, toujours moqueuse, Madame de Sévigné. Marie-Thérèse, émue par les attentions inattendues de son volage époux dira : « Dieu a suscité Madame de Maintenon pour me rendre le cœur du roi ! Jamais il ne m’a traitée avec autant de tendresse que depuis qu’il l’écoute ! »Mais Marie-Thérèse ne profita guère de ce regain de faveur. Elle mourut brusquement, le 30 juillet 1683, à Versailles, des suites d’une tumeur bénigne sous le bras gauche mais mal soignée.
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Amis Bibliophiles Bonsoir, J’ai reçu un email me demandant ce qu’était une reliure « allusive », mot que j’ai employé sur le blog. Une reliure allusive sur Carmen de Prosper Mérimée. C’est tout simple : un reliure […]
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8 Commentaires
Ne t’inquiète pas Jean-Paul, je disais ça pour rire! Personnellement, je n’arrive pas à accrocher aux reliures irradiantes, tout comme aux autres reliures modernes. Surement mon côté traditionnaliste, mais il est vrai que je préfère une belle reliure de Gruel ou Du Seuil, ou même une belle couverture industrielle illustrée fin XIXe-début XXe.
Soyez un peu réalistes. Pour ce qui nous concerne tous, y compris les plus jeunes, nous ne serons plus là dans moins d’un siècle. Croyez-vous vraiment que le paysage du LIVRE ANCIEN sera changé à ce point ? A part les prix, qui ne pourront qu’augmenter (loi de l’offre et de la demande), je ne crois pas à vos prédictions. Le LIVRE restera le LIVRE. Le reste ne sera que création technologique qui ne s’approchera de NOS LIVRES que par l’aspect relatif à la lecture, c’est tout.
Pour ma part, je suis assez pessimiste sur l’avenir de la reliure. Toutefois, en admettant qu’elle se perpétue, je pense qu’elle restera assez classique, les « brillantes avant-gardes » de l’avenir ayant définitivement délaissé le livre, qui ne sera plus aimé que par des nostalgiques du passé; ceux-ci, en bons nostalgiques, se tourneront vers des modèles éprouvés… Cela impliquerait peut-être une forme de déconnexion de la reliure d’avec les autres domaines artistiques, mais cela ne me paraît pas inenvisageable. Cela étant, encore une fois, les prophéties des bibliophiles de toutes époques, toujours démenties, invitent à la plus grande réserve: peut-être le déclin de la lecture « sur papier » aura-t-il pour conséquence le développement de ces « livres-objets » qui, pour moi, sont à peine assimilables à des reliures…: un objet de pure décoration, les livres à lire étant stockés sur un engin électronique quelconque. Guillaumus
Comme tu le dis Pilou, on en a déjà débattu: le livre papier ne disparaitra jamais. Le livre électronique va se développer. LEs deux vont cohabiter! Mais ne relançons pas le débat. Je parie simplement que le reliure a un grand avenir: les matières vont changer, les gouts aussi, les livres aussi. Tant mieux! J’aime beaucoup les reliures contemporaines quand elle respectent la forme « codex » du livre, forme à laquelle je suis très attaché. Les peu de reliures irradiantes que j’ai pu voir « en vrai » sont parmi les plus belles qu’il m’ait été donné de voir dans ma vie. Elles sont généralement superbes. Malheureusement, pas dans mes prix…
De toutes façons, on en a déjà débatu ici… Au XXIIème siècle, il n’y aura plus de livres papier, donc plus de reliure… Dans cette époque lointaine (et pourtant tellement proche), on demandera aux relieurs de nous faire de beaux petits cuirs de protection pour nos chers ebook…
Parions que, hélas, les « bibliophiles » du 22ème siècle s’arracheront les reliures charcutières de Jean de Bonnot. Qui sait peut-être même que dans 5 siècles, ils se demanderont si Bonet et Bonnot ne sont la même et unique personne… Pas joli joli… Etienne
Cet article m’inspire deux remarques, la première étant que bien que n’appréciant pas toujours la reliure d’art contemporaine, je trouve que certaines productions voire toutes sont tout de même très belles et très agréables à l’oeil, la deuxième ouvre une piste de réflexion que je vous laisse suivre ou non, elle est la suivante : La reliure a essuyé les modes, les techniques, les artistes des siècles passés, du veau brun estampé à froid sur ais de bois des XVè et XVIè siècle en passant par les reliures d’orfévrerie recouvertes de pierres précieuses enchassées dans des plaques décorées d’or ou d’argent des siècles du moyen-âge, an allant vers les maroquins mosaïqués du XVIè au XVIIIè s, les décors dorés roccocos ou rocailles des romantiques, la reliure parlante ou allusive si l’on préfère de la fin du XIXè et du XXè en finissant par les compositions déstructurées ou au contraire structurées mêlant plexiglas, cuir, plastique et coutures apparentes, les dorues irradiantes ou bien totalement absentes, le tout dans un décor « abstrait » la plupart du temps se voulant « interprétation de l’oeuvre », alors ma question est simple : Peut-on imaginer le futur ? Quelles pistes la reliure d’art n’a-t-elle pas encore exploré ? Que seront les modes « bibliophiliques » de demain en termes de reliures ? A llons nous revenir à un classissisme outré (pourquoi pas ! il faut bien revenir à une « politique de civilisation », comme si nous en étions jamais sorti…), ou bien irons nous inéluctablement vers un futurisme que je n’ai pas la capacité d’imaginer ?
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Ne t’inquiète pas Jean-Paul, je disais ça pour rire!
Personnellement, je n’arrive pas à accrocher aux reliures irradiantes, tout comme aux autres reliures modernes. Surement mon côté traditionnaliste, mais il est vrai que je préfère une belle reliure de Gruel ou Du Seuil, ou même une belle couverture industrielle illustrée fin XIXe-début XXe.
STOP LES PESSIMISTES !
Soyez un peu réalistes. Pour ce qui nous concerne tous, y compris les plus jeunes, nous ne serons plus là dans moins d’un siècle. Croyez-vous vraiment que le paysage du LIVRE ANCIEN sera changé à ce point ? A part les prix, qui ne pourront qu’augmenter (loi de l’offre et de la demande), je ne crois pas à vos prédictions. Le LIVRE restera le LIVRE. Le reste ne sera que création technologique qui ne s’approchera de NOS LIVRES que par l’aspect relatif à la lecture, c’est tout.
Longue vie à tous !
Jean-Paul
Pour ma part, je suis assez pessimiste sur l’avenir de la reliure.
Toutefois, en admettant qu’elle se perpétue, je pense qu’elle restera assez classique, les « brillantes avant-gardes » de l’avenir ayant définitivement délaissé le livre, qui ne sera plus aimé que par des nostalgiques du passé; ceux-ci, en bons nostalgiques, se tourneront vers des modèles éprouvés…
Cela impliquerait peut-être une forme de déconnexion de la reliure d’avec les autres domaines artistiques, mais cela ne me paraît pas inenvisageable.
Cela étant, encore une fois, les prophéties des bibliophiles de toutes époques, toujours démenties, invitent à la plus grande réserve: peut-être le déclin de la lecture « sur papier » aura-t-il pour conséquence le développement de ces « livres-objets » qui, pour moi, sont à peine assimilables à des reliures…: un objet de pure décoration, les livres à lire étant stockés sur un engin électronique quelconque.
Guillaumus
Comme tu le dis Pilou, on en a déjà débattu: le livre papier ne disparaitra jamais. Le livre électronique va se développer. LEs deux vont cohabiter! Mais ne relançons pas le débat. Je parie simplement que le reliure a un grand avenir: les matières vont changer, les gouts aussi, les livres aussi. Tant mieux! J’aime beaucoup les reliures contemporaines quand elle respectent la forme « codex » du livre, forme à laquelle je suis très attaché. Les peu de reliures irradiantes que j’ai pu voir « en vrai » sont parmi les plus belles qu’il m’ait été donné de voir dans ma vie. Elles sont généralement superbes. Malheureusement, pas dans mes prix…
De toutes façons, on en a déjà débatu ici… Au XXIIème siècle, il n’y aura plus de livres papier, donc plus de reliure… Dans cette époque lointaine (et pourtant tellement proche), on demandera aux relieurs de nous faire de beaux petits cuirs de protection pour nos chers ebook…
Je pense que vous plaisantez Etienne … ??
Confondre Bonnot et Bonet, pour un vrai bibliophile j’entends, reviendrait à confondre une Logan avec une Maserati, non ?
Enfin, j’ose espérer que les bibliophiles du futur auront l’intelligence du « beau ».
Amitiés, Bertrand
Parions que, hélas, les « bibliophiles » du 22ème siècle s’arracheront les reliures charcutières de Jean de Bonnot. Qui sait peut-être même que dans 5 siècles, ils se demanderont si Bonet et Bonnot ne sont la même et unique personne…
Pas joli joli…
Etienne
Cet article m’inspire deux remarques, la première étant que bien que n’appréciant pas toujours la reliure d’art contemporaine, je trouve que certaines productions voire toutes sont tout de même très belles et très agréables à l’oeil, la deuxième ouvre une piste de réflexion que je vous laisse suivre ou non, elle est la suivante : La reliure a essuyé les modes, les techniques, les artistes des siècles passés, du veau brun estampé à froid sur ais de bois des XVè et XVIè siècle en passant par les reliures d’orfévrerie recouvertes de pierres précieuses enchassées dans des plaques décorées d’or ou d’argent des siècles du moyen-âge, an allant vers les maroquins mosaïqués du XVIè au XVIIIè s, les décors dorés roccocos ou rocailles des romantiques, la reliure parlante ou allusive si l’on préfère de la fin du XIXè et du XXè en finissant par les compositions déstructurées ou au contraire structurées mêlant plexiglas, cuir, plastique et coutures apparentes, les dorues irradiantes ou bien totalement absentes, le tout dans un décor « abstrait » la plupart du temps se voulant « interprétation de l’oeuvre », alors ma question est simple : Peut-on imaginer le futur ? Quelles pistes la reliure d’art n’a-t-elle pas encore exploré ? Que seront les modes « bibliophiliques » de demain en termes de reliures ? A llons nous revenir à un classissisme outré (pourquoi pas ! il faut bien revenir à une « politique de civilisation », comme si nous en étions jamais sorti…), ou bien irons nous inéluctablement vers un futurisme que je n’ai pas la capacité d’imaginer ?
Avez-vous votre avis là dessus ?
Amitiés, Bertrand