Le Cochon Mitré, satire contre les hauts membres du clergé

Amis Bibliophiles Bonjour,

Mais qui est donc le Cochon Mitré?
Ce texte est une violente satire contre les hauts membres du clergé, en particulier l’archevêque de Reims Charles-Maurice Le Tellier (contant notamment ses fredaines avec la duchesse d »Aumont), François de Harlay, archevêque de Rouen puis de Paris (« un Bouc n’a pas plus de poils, que ce Prélat a de Maîtresses« ), mais aussi Mme de Maintenon, Louvois, l’Académie française et même le roi Louis XIV.

Il est écrit sous la forme d’un dialogue entre Scarron et Furetière, mais c’est en vérité François Chavigny de La Bretonnière qui l’a écrit. Celui-ci, moine défroqué réfugié en Hollande sous le nom de Lafond, fût finalement arrêté dans des conditions rocambolesques et condamné à finir ses jours dans « une cage de fer de 4 pieds sur 8 au Mont-Saint-Michel »
Furetière conclue le dialogue par « on pourra nommer l »histoire des évêques l’histoire cochonne, comme on dit l’Histoire auguste en parlant de celle des empereurs ».

C’est un texte interdit et l’édition de 1684 a été entièrement détruite. Ceci explique sûrement la raison pour laquelle les deux exemplaires que j’ai eu entre les mains étaient manuscrits. Voici le mien, une copie manuscrite de l’époque, admirable composée : une reliure en plein veau glacé, un texte est proposé dans différentes couleurs, dans un encadrement, entièrement réglé, et avec un joli frontispice : un cochon, debout sur les pattes arrière avec une mitre sur la tête et une crosse d »archevêque, se dirigeant vers une tour une dame l »attend les bras ouverts…

H

La lettre du bibliophile

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Echecs en pleine Terreur / Echec à la Terreur

Echecs en pleine Terreur / Echec à la Terreur

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J’avoue. J’avoue qu’il m’est déjà arrivé d’acheter un livre ancien, de soupirer d’aise en le regardant, avant de le ranger dans ma bibliothèque sans l’avoir ouvert ou presque. Ce n’est pas arrivé souvent, mais c’est arrivé : période d’achats compulsifs, manque de temps, etc. En tout cas de mauvaises raisons. C’est tellement évident que je ne devrais même pas l’évoquer, et cela parle sans doute au bibliomane qui sommeille au plus profond de nous : il faut ouvrir ses livres, les feuilleter au moins, à défaut de les lire complètement (je vous rassure, cela reste ma règle).

Ainsi, sans avoir ouvert et feuilleté le livre dont je vais vous parler, je n’aurais jamais découvert ce qu’il cachait.
Le livre est assez rare, même s’il est incomplet (je n’ai que le 1er tome, ce que je ne savais pas en l’achetant, puisque je n’en avais jamais entendu parler avant…), il s’agît de « La Supériorité aux Echecs, mise à la portée de tout le monde, et particulièrement des Dames qui aiment ces amusement, ou méthode nouvelle, etc. », à Campen, chez Chalmot, 1792, par Philipp Julius de Zuylen de Nyevelt. Nous sommes donc en pleine Terreur (La Terreur est le nom par lequel on désigne deux périodes de la Révolution Française au cours desquelles la France est gouvernée par un pouvoir d’exception reposant sur la force, l’illégalité et la répression…).

En plus d’être rare, l’ouvrage, ou en tout cas mon exemplaire, a deux particularités : il contient deux planches dépliantes des pièces, l’une imprimée en rouge, l’autre imprimée en vert.
Et, surtout, il contient un texte caché sur lequel j’aurais aimé avoir votre avis.
Ce sont les errata qui m’ont mis sur la piste : sous les corrections de l’imprimeur, quelques lignes manuscrites ont été ajoutées : « le lecteur rayera ou sautera s’il veut ce qui en 1792 s’est glissé dans cet ouvrage p. 107-158 ».
J’ai donc suivi la piste et effectivement au milieu de la page 107 le texte s’arrête brutalement et un long passage de 51 pages s’ouvre. Il débute par ces mots « Trois grands maux curables par trois grains de bon sens ». Le premier des maux concerne les gens qui sont pris de « maux de nerfs », et recommande malicieusement aux esprits agités de faire de l’exercice afin de se laisser déborder par leurs passions (en 1792… l’année où Rouget de L’Isle compose la Marseillaise, mais aussi où la Partie est déclarée en danger, où la famille royale est emprisonnée, des temps de grandes passions donc.).

Le deuxième des maux est la Guerre, ce qui prend tout son sens au moment des guerres révolutionnaires (victoire de Valmy par exemple). L’auteur y présente un très long plaidoyer pacifiste, qui débute d’ailleurs curieusement par une théorie sur les moyens de tuer le plus de gens à la Guerre… Une fois ces moyens présentés, l’auteur se demande si tout ceci est bien nécessaire et défend ardemment la paix. Il célèbre au passage l’Angleterre…
Enfin, le troisième mal est la Théologie : l’auteur y fait une assez fine distinction entre la religion, qu’il loue, et la Théologie, qu’il rejette.

Ce qui est certain, c’est que ce long triple plaidoyer de 51 pages commence au milieu d’une page, au beau milieu d’un mot, et reprend au milieu d’une autre. Aucune différence de typographie. Le texte a donc sciemment été inséré.

Je me demande si l’auteur de l’essai sur les échecs (Zuylen de Nievelt) est à l’origine du texte, ce dont je doute, car clairement le pamphlétaire y risquait sa tête en ces temps très troublés (certes il n’est pas mentionné sur la page de titre). Je me demande également si Zuylen de Nievelt était au courant que son livre a été ainsi truffé. Je me demande enfin si tous les exemplaires sont ainsi modifiés à l’imprimerie (les 51 pages ne sont pas signalées dans le sommaire). Qu’en pensez-vous?

En tout cas, cette singularité n’est signalée nulle part, ou alors je ne l’ai pas trouvée. Mais, le répétera-t-on jamais assez, les bibliographes ouvrent assez rarement les livres dont ils parlent (je parle des généralistes).

Que pensez-vous de tout ceci?

H

95 Commentaires

  1. Quant à Clara…

    J’y avais bien songé pour faire plaisir au Maître…

    Mais la correction m’a freiné là où vous avez osez !

    Je pense que tous les efforts pour un référencement optimal auront été faits cette semaine !

    Amitiés démitrées, Bertrand

  2. Entre le débat ou ébats ? du cochon, mitré les références répétées aux icônes de la luxure ( rajoutons Clara Morgane pour faire bonne figure ) le bandeau du blog qui nous représente tel un croisement contre nature entre les Pieds Nickelés et la famille Adams, je constate que l’image du bibliophile n’est pas trop valorisée en ce moment sur ces pages à l’exception de l’article de Isa sur le Roman de la Rose.
    J’espère Huges que vous allez vous ressaisir et nous présenter à l’avenir quelques ouvrages de stoïciens, de docteurs de la foi, et de morale (A quand un article sur la vie de Le Boutillé de Rancé réformateur de la Trappe ?) 😉

    Votre dévoué Dédé.

  3. Vous n’êtes que des amateurs:

    bibliophilie + Britney Spears + sex tape

    Avec ces mots clefs, d’ici 2 jours, la bibliophilie sera une nouvelle position du Kama Sutra….

  4. J’ai bien peur Jean-Paul qu’il n’y ai rien à suivre…

    allez j’en rajoute un p’tit qui va faire exploser le compteur Google :

    Karen Victoria Silvstedt (mais uniquement pour les connaisseurs et bibliophiles de haut vol bien évidemment…)

    Oh la ! Je crois que le cochon mitré a agi sur nous de bien vilaine façon.

    Amitiés, Bertrand

  5. Et voilà,
    Un jour de dialogue et ce blog est déja la troisième entrée de Google lorsuq’on y tape « cochon mitré ». Nul doute que si quelqu’un glissait et, par là-même, associait au quadrupède quelque chose comme « Britney Spears » (comme je viens de le faire) ou « Paris Hilton » (je récidive), que le blog sera premier ce soir et aura fait découvrir la bibliophilie à de nombreux curieux.
    Dire qu’Hugues se demandait comment augmenter le trafic sur son blog… De l’imagination que diable! 😉
    Bien à vous tous,
    Olivier

  6. mais arrêtez avec vos histoires de fin XVIIIè !! Vous allez finir par me l’énerver mon Hugues !

    Déjà que je viens de lui dire que son manuscrit n’était pas strictement d’époque, mais plutôt comme le dit Pilou vers 1770…

    Enfin, c’est tout de même une belle pièce.

    Courage, Hugues, on te soutient !

    Amitiés pre-somnambilesques, Bertrand

  7. Très jolie cette page de titre en couleur. Est-ce que les gravures sont également présentes dans le manuscrit?
    Par contre, je dirais que l’écriture date du milieu ou plus sûrement même de la fin du XVIIIème siècle. Peut-être que je me trompe, mais ça ne ressemble pas à de l’écriture fin XVIIème. Ce qui n’enlève d’ailleurs rien au livre! 🙂

  8. Jean-Paul : ce sont les mêmes je pense.

    Je suis allé sur Gallica pour consulter le Ravaisson. Il est catégorique, Chavigny de la Bretonnière est bien une seule et même personne.

    Après qu’on l’ait appelé parfois Chavigny, parfois Chavigny de la Bretonnière(ou comme d’autres parfois Sarkozy, Sarközy ou Sarközy de Nagy-Bocsa) est autre chose.

    Ravaisson cite d’ailleurs un courrier de Louvois à Desgrez « Je vous adresse des ordres du Roi pour aller prendre à la bastulle la Bretonnière, dit Chavigny, etc ».

    La quantité de précisions qu’il donne sur le sujet semble donner foi à ses informations. Donc, a priori, sur ce point nous pouvons être plutôt formels :Chavigny, et La Bretonnière sont bien la même personne.

    En ce qui concerne les éditions, de mon côté, j’ai eu deux copies manuscrites anciennes, indubitablement antérieures à la réédition.

    H

  9. Hugues,

    Le site « livres interdits » dit bien que l’auteur peut être La Bretonnière, Chavigny de La Bretonnière ou Chavigny. Seul Cioranescu (souvent pris en défaut) donne l’édition de 1684, d’Amsterdam, entièrement détruite, sans donner sa source. Brunet prétend que l’édition datée 1689 serait l’édition princeps. Mais Edouard Fournier pense que l’édition sans date serait de 1688, d’après la préface…(?)D’après l’exemplaire de la BM de Reims que j’ai aussi vu, l’impression de 1850 est due à Jules Chenu, bibliophile parisien.

    Amitiés du soir

    Jean-Paul

  10. Pardon, j’avais en effet mal lu (la fatigue, etc.).

    Mon exemplaire précise dans une notice écrite de la même main que le texte, et à la suite de celui-ci que l’auteur est Chavigny, ainsi que les circonstances étonnantes de son arrestation (il fût convaincu par un joailler, qui était en fait au service de Louvois) de se présenter à la frontière avec la France où il fût arrêté… il est mort après avoir passé de très nombreuses années au Mont-Saint-Michel.

    Il semble bien que Chavigny et La Bretonnière ne font qu’un : ainsi, si l’on s’en réfère au site livresinterdits.org, la note d’Edouard Fournier le précise au tome VI de ses Variétés historiques et littéraires, en avant-propos de son édition du Cochon mitré, pp. 209-244.

    Sur Chavigny lui-même, son arrestation sur dénonciation d’un joailler nommé Alvarès et son enfermement dans une cage de bois au Mont St-Michel, voir Ravaisson, Archives de la Bastille, tome 8, pp. 336-341.

    Mon édition est manuscrite, et indique « A Paris, chez le Cochon, 1689 ».

    Si vous n’avez jamais vu de version manuscrite, c’est plutôt encourageant en ce qui concerne sa rareté. Elle est exquise en tout cas.
    Hugues.
    (qui doit changer de lunettes)

  11. Hugues,

    Je me suis absenté une heure, excusez mon retard à répondre.
    Vous confondez auteur et éditeur : l’auteur est d’ailleurs soit La Bretonnière, qu’on connaît un peu, ou un nommé Chavigny (d’après notamment Lalanne) qu’on ne connaît pas du tout. L’éditeur, celui qui a financé l’impression et la distribution, serait Godard, bien connu des historiens du livre prohibé au XVIIe s.
    L’édition de 1684 est totalement inconnue ou perdue. Je vous ai donné les deux éditions de 1689, imprimées. Je ne connaissais pas l’existence d’exemplaires manuscrits comme le vôtre.

    Amitiés

    J Paul

  12. Jean-Paul,
    Parlez-vous des copies manuscrites ou des impression réelles (dont celle de 1684)?
    De plus, partout on cite François Chavigny de La Bretonnière comme auteur et nons votre rémois…
    H

  13. On connaît deux éditions du Cochon mitré :
    – l’une sous la rubrique « Paris, chez le Cochon » (Hollande), sans date, petit in-8° de 32 pages, titre et gravure du cochon compris.
    – l’autre, sans lieu d’impression, 1689, in-12 de 28 pages avec la figure.
    Le célèbre libraire rémois et janséniste François Godard est soupçonné d’en être l’éditeur.
    Ce pamphlet fut réimprimé à 110 exemplaires en 1850 (Paris, Panckoucke, rue des Poitevins : in-12 de vi-24pp.).

    Jean-Paul

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