Les grands livres de la bibliophilie: la bible polyglotte de Plantin

Amis Bibliophiles bonsoir,
C’est un relieur qui donnera naissance à l’un des livres les plus célèbres de l’histoire, un relieur français, Christophe Plantin. 
Christophe Plantin est né vers 1520 à Saint-Avertin, près de Tours. C’est à Paris et à Caen qu’il apprend et exerce le métier de relieur – il travaillera notamment pour Gabriel de Zayas, secrétaire de Philippe II -, puis découvre l’art typographique. Christophe Plantin, par RubensIl s’installe à Anvers en 1549 où il devient imprimeur en 1555. La situation politique et religieuse dans ce qui était alors les Pays-Bas espagnols fait de l’édition un métier périlleux. Les imprimeurs peuvent être emprisonnés ou condamnés à mort et Plantin fera toute sa vie preuve d’un grand pragmatisme religieux: il est un moment associé à des calvinistes, son atelier est fouillé par les catholiques à la recherche d’hérétiques protestants en 1561, il est ensuite protégé par un roi catholique (Philippe II d’Espagne), avant de se tourner vers le protestantisme quand les troupes de Guillaume le Taciturne reprirent Anvers.
Il imprima ainsi pour les catholiques, pour et avec les protestants, publiant des ouvrages sur la Réforme et sur la Contre-Réforme tout en continuant de produire également des écrits à caractère humaniste.
Le Compas d’or, la marque la plus célèbre de PlantinChristophe avait une approche quasi industrielle de son métier, qu’illustre son emblème, le fameux compas d’or. En 6 ans, il tripla le nombre de ses presses, passant de 5 à 16 et en 1575 il était à la tête de l’un des plus importants ateliers de l’époque, si ce n’est le plus important, où s’affairaient 70 employés, qu’il rassembla dans une forme de syndicat, la « chapelle ». Ce syndicat produisait un livre de revendications très utile pour comprendre le travail de l’époque.
En avance sur son temps sur le plan social, Christophe Plantin l’était également à titre privé et il accueillait chez lui les grands penseurs de l’époque tel Juste Lipse, Ortelius ou Vésale, dont il imprima les oeuvres. Sa production couvrait ainsi des domaines très vastes allant de l’anatomie (le fameux De Humani Corporis Fabrica) à la géographie (le Theatrum Orbis Terrarum) en passant par les mathématiques, les oeuvres de Cicéron en petit format ou les fables d’Esope.
La page de titre de la Bible polyglotte de Plantin.
Les animaux symbolisait probablement l’unité de la Chrétienté
Mais la grande oeuvre de sa vie se jouera sur un autre front, la religion, avec sa fameuse bible polyglotte produite pour Philippe II, imprimée entre juillet 1568 et le 31 mai 1572, et proposée en 8 volumes in-folio. Le projet, qui sera examiné  par l’Inquisition consiste à imprimer le texte en 5 langues, le latin, l’hébreu, le syriaque, le grec et l’araméen, ce qui nécessite notamment des caractères d’imprimerie dans chacune de ces langues, les poinçons nécessaire aux matrices lui seront fournis par l’imprimeur français Garamond.
Le travail pris plusieurs années et occupa jusqu’à 13 presse et 60 ouvriers. La relecture fût confiée à plusieurs linguistes, sous la supervision d’Arias Montanus, et l’histoire veut que la fille adolescente de Plantin elle-même relisait les textes, sans toutefois en comprendre un seul mot. Compte-tenu du format, on ne pouvait imprimer que deux pages à la fois, mais finalement le résultat fût superbe et Plantin se vît récompenser par le titre de proto-typographe, charge lucrative, puisqu’elle était assortie d’un monopole de l’édition d’ouvrages liturgiques. 

La bible elle même fût tirée à près de 1000 exemplaires qui devinrent vite rares et recherchéss… et ce d’autant plus qu’un grand nombre d’entre eux furent perdus en mer lors d’un voyage en Espagne.
Christophe Plantin a utilisé trois marques distinctes. La troisième et la plus célèbre, qu’il utilise à partir de 1564, fait référence au nom de son imprimerie Au Compas d’Or. 
 
Il utilise cette marque avec des encadrements différents pour différencier ces différentes collections. Cette marque est toujours accompagnée de sa devise : Labore et Constantia (« Par le travail et par la Persévérance »).

Plantin, à l’instar de Robert Estienne, exposait devant sa porte ses épreuves en promettant une récompense à ceux qui y découvriraient quelque fautes.
H

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L’index Librorum Prohibitorum…

L'index Librorum Prohibitorum…

De temps en temps, on croise chez les libraires, sur ebay ou dans une salle des ventes une des éditions de l’Index Librobrum Prohibitorum, soit l’index des livres interdits.

Mais de quoi s’agît il exactement? C’est malheureusement tout simple, il s’agît de la liste des ouvrages pernicieux que les catholiques romains n’étaient pas autorisés à lire, car ils représentaient un danger pour leur foi (en en détournant leurs lecteurs), et pour l’Eglise. Dans les nombreuses éditions, cette triste liste était souvent accompagnée des règles de L’Eglise concernant la lecture, la vente et la censure des livres.

L’objectif de cette liste était bien sûr d’interdire et d’empêcher la lecture de livres pouvant contredire les dogmes de l’Eglise, ou ceux critiquant l’Eglise. Finalement, au cours des siècles, comme on a pu le voir dans d’autres messages, l’index s’abattait également sur des livres dont la remise en question des dogmes n’était que très indirecte. Dès ses origines d’ailleurs, l’un des objectifs principaux de l’index était de contrecarrer les avancées du protestantisme.

Pour un livre, dans une Europe très catholique, la mise à l’index signifiait souvent un « arrêt de mort » puisqu’il pouvait par exemple être mis au bûcher.

C’est au 16ème siècle que le pape Paul IV publia le premier index. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que ce fût à la demande de l’Inquisition. Cette liste fût ensuite confirmée en 1564 au Concile de Trente aboutissant peu après à la création d’une Congrégation de l’Index (1571), chargée de remettre à jour la fameuse liste, d’elle même ou sur l’ordre du pape.

Ce que vous savez peut-être moins, c’est que l’Index fût régulièrement complété et mis à jour jusqu’en 1948, et la 32ème édition, qui contenait alors 4000 livres prohibés pour des raisons diverses (« hérésie », ce qui ouvre des possibilités assez larges, mais aussi immoralité, licence sexuelle, etc.). Des suppléments furent ajoutés jusqu’en 1961, avant la suppression de l’index par Vatican II en 1966.

En 1948, on y trouvait d’ailleurs encore des ouvrages de Sartre (son oeuvre intégrale, ce qui laisse rêveur) et Honoré de Balzac, aux côtés de Renan, Condorcet, Lamartine, Diderot, Rousseau, Descartes, De Foe, Copernic, Voltaire ou Freud…

Comme nous l’avons vu dans le message sur « De L’Esprit », d’Helvétius, la mise à l’index n’était pas une simple réaction, et il était recommandé aux auteurs de corriger et modifier leurs textes, une forme d’autocensure avant publication, pour éviter l’interdiction, ce qui n’est pas moins pernicieux.
Les divers textes sur l’index sont intéressants, on y apprend que la Congrégation de l’Index n’était qu’une administration comme une autre, avec ses nombreux dysfonctionnements. Finalement, on ne peut guère que contester ces listes dans la mesure par exemple, où l’on y trouve Rousseau et Sartre, mais pas Hitler ou Staline, ainsi que Edgar Bauer, désormais oublié, mais pas Bruno Bauer, qui contestait l’existence de Jésus Christ… Erreur de bureaucrate, ou pire? Ça fait presque penser aux critiques littéraires qui ne prennent pas soin de lire les livres qu’ils commentent… A noter qu’en plus de l’index publié par le Vatican, il n’était pas rare que des autorités catholiques locales mettent elles aussi des livres à l’index : ainsi dès 1544 la faculté de théologie de Paris publia chez Jean André, une liste de livres interdits, qui contenait 232 titres, dont Pantagruel et Gargantua de François Rabelais.
On retiendra enfin qu’il existe deux types d’index :
– L’index librorum expurgatorum (Index purgatoire): catalogue des livres dont la lecture est interdite;
– et l’index librorum expurgatorum (index expurgatoire): catalogue des livres dont la publication et la vente ne sera autorisée qu’après correction ou épuration.

Vous pouvez trouver une liste des livres mis à l’index de l’édition de 1948 en cliquant sur ce lien : http://www.cvm.qc.ca/gconti/905/BABEL/Index%20Librorum%20Prohibitorum-1948.htm

H

Images : Des pages de titre d’index, et le livre reprenant la liste des livres interdits par la Faculté de Théologie de Paris en 1544 (BNF).

16 Commentaires

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  3. Ok, pas 5, 4 + 1 donc… Tu as raison Jean-Paul, tout le monde en parle, mais personne ne l'a lue.

    Je vais me caler sur le discours du Musée Plantin, ce qui me semble être légitime.

    Hugues

  4. Quatre langues, plus pour le Nouveau Testament la version en syriaque (dixit Dom Calmet, Dictionnaire Historique… de la Bible, article "Polyglotte"). Dryocolaptès

  5. Cher Jean-Paul,

    Vous devriez contacter le Musée Plantin, qui signale que la Bible (de Plantin) est en 5 langues, à plusieurs endroits, et les mettre à l'amende.

    On peut douter qu'ils l'aient lue (on se parle de la Bible, tout le monde connaît la fin), mais moins qu'ils l'aient vue, ou regardée. Pour eux donc, 5 langues.

    Benoît

  6. Plantin est un grand imprimeur, certes. S’il passait ses commandes de poinçons à Garamond, l’histoire ne dit pas d’où venaient ses papiers qui sont presque toujours détestables. Si je n’ai pas rassemblé plus d’impressions de Plantin, c’est à cause de cette mauvaise qualité du papier qui n’a pas résisté au temps: 9 fois sur 10 les pages sont uniformément brunies, ce qui ne permet plus d’apprécier la netteté des types ou des gravures.

    T

  7. L'inscription sur le monument funèbre de Plantin, composée par son contemporain Juste Lipse indique qu'il naquit en Touraine.
    Les registres paroissiaux du début du XVIe siècle n'existent plus.
    Jean de La Caille le fait naître, sans apporter de preuve, à Montlouis-sur-Loire.
    D'autres le font naître à Saint-Avertin.
    Le petit-fils de Plantin indique, sans preuve, Chitré, sur la Vienne (nous ne sommes plus en Touraine, mais en Poitou).
    L'épitaphe de Juste Lipse indique que Plantin naquit en 1514.C'est aussi la date fournie par son portrait gravé en 1588 par Jean Wiericx.
    La conviction sans preuve du petit-fils de Plantin qui pense que son grand-père est né en mai 1520 nous laisse songeur.Peut-être plus convaincante serait l'inscription sur un portrait de Plantin : "Anno 1584 aetatis 64".
    Ses deux premières marques d'imprimeur, gravées sur bois par Arnaud Nicolai, évoquent le souvenir de son enfance tourangelle en présentant une vigne enlaçant un orme.

  8. Tout le monde en parle,mais personne ne l'a lue : la "Bible polyglotte" de Plantin fut imprimée en 4 langues et non 5 : hébreu, chaldéen, latin et grec.Elle fut tirée à 1200 exemplaires pour le commerce et 12 exemplaires sur vélin pour le roi d'Espagne. A l'issue de cette realisation, il fut honoré du titre d'architypographe du roi et obtint le monopole très lucratif de la vente de livres liturgiques en Espagne et dans ses colonies.
    Précision plus qu'anecdotique :il abandonna la reliure pour la typographie en 1555, après avoir reçu un coup d'épée dans l'épaule.

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