Bibliophilie et Sciences: Histoires d’Eaux, un inventeur méconnu traite l’eau au XVIIIe siècle.

Amis Bibliophiles bonjour, 
Le traitement des eaux pour les rendre propres à la consommation n’est pas un problème nouveau. Dès le XVIe siècle on utilisait à Paris des filtres à sable pour purifier l’eau de la Seine. On faisait également usage de « fontaines » domestiques en cuivre ou en bois contenant des éponges filtrantes, avec des résultats fort aléatoires et souvent condamnables.
Planche IX. Fontaine publique pour les villes d’eau et de garnisons. Joseph Amy, Avocat à Aix-en-Provence,  physicien, et inventeur désintéressé avait conçu des machines élevant et purifiant l’eau. Il était passionné par le problème de l’eau potable et celui de la préparation des aliments. C’est en 1745  qu’il présenta une fontaine dont la matière filtrante était composée d’un lit d’éponges et d’un lit de sable. Réaumur, directeur de l’Académie, établit le certificat le désignant comme l’inventeur des fontaines filtrantes domestiques.
Il expérimentait les effets sur la santé des divers matériaux utilisés pour les ustensiles et récipients de cuisine. En 1752 il publia un ouvrage intitulé « Nouvelles Fontaines Filtrantes » auquel il ajouta une suite en 1754, un  volume fort rare, illustré de 9 planches. On y voit des instruments de filtrage, des fontaines publiques, des ustensiles de cuisine et de pharmacie, une « machine à élèver les eaux ».
Les plus curieuses de ces planches représentent des scènes allégoriques, symbolisant les dangers de l’utilisation des récipients de cuivre et destinées, selon l’auteur, à marquer les esprits plus que la lecture des textes. Joseph Amy combattait en effet, avec virulence, l’utilisation du cuivre lors du traitement et du stockage de l’eau potable ainsi que pour les usages culinaires et prônait l’utilisation du fer, de l’étain et … du plomb.
Auteur de ce texte de référence essentiel pour l’histoire de l’hygiène urbaine dans le domaine du traitement de l’eau, Amy se place dans la continuité de ses prédécesseurs : les seuls traitements disponibles  – jusqu’à l’apparition des techniques de désinfection chimique de l’eau  – s’appuyaient sur des principes physiques de filtration, connus depuis l’Antiquité. Cependant, la tentative de commercialisation domestique tourna court, et il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que des filtres efficaces éliminent les microbes, grâce aux travaux de l’Institut Pasteur dans ce domaine.
La désinfection de l’eau par la chloration pour limiter le risque de maladies diffusées par le réseau de distribution est assez récent. Il semble qu’en France, ce soit Guyton de Morveau qui fut le premier à suggérer – vers 1800 –  la désinfection de l’eau au moyen du chlore. Mais c’est aux Etats-Unis, au début du XXe siècle, que le procédé commença à être appliqué sur une grande échelle et largement mis en œuvre durant la Seconde Guerre mondiale. Cependant lors du siège de Verdun (1916) le procédé fut utilisé aussi, sous le nom de verdunisation, dans une zone particulièrement exposée aux épidémies.

SUITE DU LIVRE INTITULÉ NOUVELLES FONTAINES FILTRANTES, APPROUVÉES PAR L’ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, dédié à M. de Senac, Conseiller d’Etat, premier Médecin du Roi ; Ornée de nouvelles figures expliquées par lettres indicatives, avec trois dissertations : 1. Sur les méchanismes de la nature, dans la corruption, la puanteur, la fadeur & le mauvais goût de l’eau dormante, & de tous les filtres, & dans les blessures souvent mortelles, faites intérieurement dans le corps humain par le verd-de-gris des Fontaines & tous ustenciles de cuivre, dans les Pharmacies, les Cuisines, les Offices, & chez tous ceux qui vendent en détail des alimens, des boissons & des drogues. 2. Sur la nécessité & la salubrité des vaisseaux de fer, pour la préparation des alimens. 3. Sur la nécessité & la neutralité, ou l’impuissance des Fontaines d’étaim pur, ou de plomb affiné, sur le corps humain.Par M. AMY, Avocat au Parlement de Provence.A Paris chez Antoine Boudet, Imprimeur du Roy, MDCCLIV. In-8°, lxxxii, 32 pp. , 9 planches rehaussées en couleur
Etat des fontaines de cuivre à Paris, les produits de corrosion indiqués en vert.
Etat des principaux ustensiles dans les cuisines, les offices, les pharmaciesEmpire du cuivre – allégorie.  Ignorance de l’empire du cuivre – allégorieLaissons le mot de la fin à Amy: « Il faut donc des images pour faire naître plus de réflexions dans l’esprit de ceux qui donnent mauvais exemple, pour inspirer à ce peuple une frayeur salutaire , & entretenir cette frayeur par une mémoire, fondée sur des objets qui frappent les yeux, & qui rappellent la lecture. Je veux même que ces objets excitent les railleries ; tant mieux : la mémoire s’affermit, on raisonne d’abord fort mal, on badine ; les réflexions viennent après, les railleries cessent peu a peu ; enfin la réforme survient chez un nombre d’honnétes gens, & ce que l’exemple a fait peu à peu dans l’introduction d’un usage funeste, le même exemple le détruit aussi peu a peu.
Souvent même dans la fuite des tems, quand le préjuge est invincible, & le mal reconnu trop grand, les Souverains, instruits par là des abus ou des dangers de leurs sujets les font cesser dans l’instant , & par une seule parole : voilà quel peut être le fruit des images que je mets ici sous les yeux du public aveuglé. »
René.

La lettre du bibliophile

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Bibliophilie et Sciences: Fresnel, théoricien et expérimentateur..

Bibliophilie et Sciences: Fresnel, théoricien et expérimentateur..

Amis Bibliophiles bonjour,

Augustin-Jean Fresnel (1788-1827), polytechnicien, ingénieur des Ponts et chaussées, est bien connu pour l’invention des lentilles à échelons qui équipent les phares. Il est très tôt convaincu de la nature ondulatoire de la lumière. Pour participer à un concours sur ce sujet ouvert en 1817 par l’Académie des Sciences, il rédige un mémoire  très critiqué par les mathématiciens de l’Académie, fidèles à la conception corpusculaire de Newton. Mais Fresnel répond aux critiques et son mémoire est couronné en 1819. A la suite de quoi il entreprend ses recherches sur la polarisation en collaboration avec Arago. Tous ses travaux sur la lumière sont exécutés en huit ans. Il est élu membre de l’Académie des Sciences en 1823.


MÉMOIRE SUR LA DIFFRACTION DE LA LUMIÈRE.[Paris, 1816.]1 volume in-8 ; 43 pp, 1 pl.
Fresnel décrit ici, pour la première fois, ses célèbres expériences de diffraction de la lumière par un trou ou un fil. Ce premier Mémoire, déposé à l’Institut le 23 octobre 1815, parait initialement en 1816, dans le troisième cahier du premier tome des  Annales de Chimie et de Physique (pages 239 à 281). Ce volume en est un tiré à part. On y trouve des  corrections autographes, pages 7 et 8.Le rapport de Poinsot et Arago, présenté le 27 mars 1816, conclut, de l’accord du calcul avec l’expérience, que l’hypothèse ondulatoire présentée par Fresnel « sans être complètement garantie, mérite d’être étudiée ». Dans une lettre écrite le 4 mars 1816 à son frère Léonor, Augustin Fresnel écrit, en parlant d’Arago : « il a dit à l’Institut que mon mémoire est de nature à faire une révolution dans la science ». Cette opinion est combattue par Biot et Laplace.



MÉMOIRE SUR LA DIFFRACTION DE LA LUMIÈRE.Paris. Juillet-août 1819.1 volume in-8 ; (3), pp 4 à 94, 1 pl.
Le Grand Prix de l’Académie des Sciences de 1819 portant sur la diffraction, Fresnel y voit une chance unique d’exposer ses idées et méthodes novatrices. En poussant les calculs de Fresnel, Poisson, qui est un des membres du jury, parvient à la conclusion suivante, en apparence contradictoire: si on émet de la lumière perpendiculairement à un disque sombre, alors le centre de la zone d’ombre produite par ce disque est un point lumineux. Arago, président du jury, ordonne la vérification expérimentale de cette prédiction, qui est avérée. Fresnel est le lauréat du Grand Prix.
Le mémoire parait dans les cahiers de juillet et août 1819 du tome XI des Annales de Chimie et de Physique (pages 246 à 295 et 337 à 378). Ce volume en est un tiré à part.
Cet exemplaire contient un envoi de l’auteur à Monsieur Louis Bruyère (1758-1831), et deux pages manuscrites, version abrégée de l’introduction de l’édition de 1826 qu’on trouve dans le tome V des Mémoires de l’Académie des Sciences.

MÉMOIRE SUR LA DIFFRACTION DE LA LUMIÈRE – MÉMOIRE SUR LA DOUBLE RÉFRACTION.Extraits des tomes V et VII des Mémoires de l’Académie des sciences.Paris, F. Didot – Imprimerie Royale. 1826 pour les  années 1821-1822 et  1827 pour l’année 1824.1 volume in-4 ; pp (339) à 475, 1 pl – pp (45) à 176, 1 pl.
Fresnel indique au sujet du premier mémoire: « En publiant ce mémoire qui a été couronné par l’Académie en 1819, on a fait quelques changements à la rédaction du manuscrit déposé à l’Institut le 29 juillet 1818, mais sans apporter aucune modification à la théorie et aux expériences qu’il contient. Désirant y ajouter quelques expériences nouvelles et quelques développements théoriques, on les a placés dans des notes à la suite du Mémoire. »
Au sujet du second mémoire, Fresnel indique: « Les trois mémoires dont celui-ci est la réunion ont été successivement présentés à l’Institut le 26 novembre 1821, le 22 janvier 1822 et le 22 avril de la même année. En les réunissant on a changé l’ordre des matières et fait des suppressions assez considérables; mais on n’a rien ajouté d’essentiel aux faits nouveaux et aux vues théoriques qu’ils contenaient: l’on a seulement donné à celles ci quelques développements nécessaires à leur intelligence, et l’on a cru utile d’insérer dans ce mémoire une démonstration complète de la direction transversale des vibrations lumineuses car c’est sur ce principe que repose la théorie de la polarisation et de la double réfraction: cette démonstration a déjà été publiée dans le Bulletin de la société philomathique, mois d’octobre 1824.»
Les travaux de Fresnel sont résumés en 1822 dans un supplément à la traduction française, par Riffault, de la cinquième édition du système de chimie de Th. Thomson.

 DE LA LUMIÈRE.Paris, Méquignon Marvis. 1822. 1ère édition.1 volume in-8 ; pages 1 à 137.
Dans une note page 41, il se montre précurseur : « Les corps absorbent une portion notable de la lumière incidente ; mais il n’en faut pas conclure que le principe de la conservation des forces vives n’est plus applicable à ces phénomènes ; il en résulte au contraire, de l’idée la plus probable qu’on puisse se faire sur la constitution mécanique des corps, que la somme des forces vives doit toujours restée la même et que la quantité de force vive qui disparaît comme lumière est reproduite en chaleur ».
Enfin, l’oeuvre complète de Fresnel est publiée de 1866 à 1870.

 ŒUVRES COMPLÈTES PUBLIÉES PAR MM. H. DE SENARMONT, E. VERDET, ET L. FRESNEL.Paris, Imprimerie Impériale. 1866-1868-1870.3 volumes in-4 ; portrait, (4), XCIX, 804, (2) pp, 1 tableau – (4), 864, (2) pp, 1 pl. – (4), LXXV, 751 pp, 19 pl.
La majeure partie des travaux de Fresnel n’était connue que par des extraits ou des résumés; ces œuvres ainsi réunies et publiées dans leur intégralité ont fait connaître le grand génie, qui en quelques années, a révolutionné la haute optique et assis sur des bases inébranlables la doctrine des ondulations.
Bernard

11 Commentaires

  1. Merçi à Rhemus mais il ne faut pas trop chercher. J'imagine que cette plaquette doit être pratiquement introuvable.

    @ Pierre. Le cuivre est en effet utilisé couramment aujourd'hui pour les canalisations d'eaux, contrairement au plomb qui est interdit mais subsiste encore dans quantité d'habitations. Je pense que les supposés méfaits du cuivre devaient être plutôt dûs aux impuretés présentes dans le métal, notamment l'arsenic.

    A-t-on jamais cessé de boire l'eau de la Seine – après épuration évidemment ?

    A quand de l'eau BIO !

    René

  2. Un bon sujet de réflexion et un bel article, René ! Pourquoi cette peur du cuivre au XVIIIeme siècle ? Si les intoxications aigües sont connues, les risques à long terme sont peu évocateurs d'un point de vue symptomatique. Quant à boire l'eau de la seine, je me demande à quelle époque cela a cessé. Pierre

  3. Merci de l'information Rhemus.

    Cette "Dissertation" existerait-elle sous forme numérisée quelque part ?
    Je serai heureux de pouvoir la consulter.
    Je trouve de nombreuses références sur Google Books mais pas le texte lui-même.

    René de BLC

  4. Les travaux pour donner des fontaines à la ville de Reims, grâce à l'influence du chanoine Jean Godinot (1661-1749) et à l'ingéniosité du Père Féry,sont peut-être antérieurs : j'ai en effet devant moi une "Dissertation sur le projet qu'on forme de donner des eaux à la ville de Reims" (Reims, B. Multeau, 1747, in-4, 24 p.,avec une planche dépliante qui manque souvent).

  5. Un ouvrage que ne connaissais pas. J'aime ces gravures et leurs couleurs pastel. Le problème de l'eau potable est loin d'être résolu avec les quantités de molécules non détectées (résidus de médicaments par exemple). Quant au vin il vaut mieux ne pas en faire l'analyse chimique quant on connait la quantité de produits phytosanitaire utilisés dans les vignes.

  6. C'est très bon l'eau, mais c'est jamais que de l'eau !

    Amy se préoccupe d'ailleurs beaucoup de la fabrication de la bière pour laquelle il rejette tout aussi vivement l'utilisation du cuivre.

    René

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