Bibliophilie et Sciences: Polinière, un professeur précurseur

Amis Bibliophiles bonsoir,
C’est la fin du trimestre, les vacances sont là ou presque, c’est donc le moment idéal pour un article de Bernard sur Polinière, physicien, et professeur précurseur.
« Je pense qu’il vous est déjà arrivé d’acheter un ouvrage, d’en avoir ensuite trouvé la première édition puis ne pas avoir résisté à la troisième. Et de garder les trois…Il s’agit d’un ouvrage de Pierre Polinière (1671-1734), médecin, mathématicien et physicien, considéré comme le fondateur de la physique expérimentale en France. A Paris, il est l’élève de Pierre Varignon (1654 – 1722) , qui enseigne les mathématiques au collège Mazarin. Précurseur de Nollet, Polinière ouvre un cours de physique au collège d’Harcourt, l’un des premiers cours publics donnés à Paris, bien avant ceux de l’abbé Nollet. Ses expériences sont très populaires et, parmi les spectateurs, on trouve les « gens du monde », le Régent et le Roi lui-même. Ce cours est publié en 1709.

Expériences de physique. Paris, J. de Laulne, C. Jombert, J. Quillau. 1709.1 volume in-12 ; VIII, 508 pp, 10 pl coloriées d’époque.

Cette première édition décrit 100 expériences : Expériences de méchanique sur l’équilibre des liqueurs – Expériences sur la pesanteur de l’air seulement – Expériences sur le ressort de l’air seulement – Expériences sur le ressort et sur la pesanteur de l’air en même temps – Continuation des expériences sur le ressort et sur la pesanteur de l’air – Expérienes sur l’acoustique – Expériences de l’aiman – Expériences de chymie – Expériences anatomiques – Expériences sur les couleurs et sur la lumière. L’auteur observe, dans certains liquides biologiques, des « petits animaux qu’on ne voit qu’au microscope …qu’il y en a de mal-faisans d’où viennent les maladies … ».

Une seconde édition paraît en 1718.

Expériences de physique. Paris, J. de Laulne, C. Jombert. 1718.1 volume in-12 ; (8), 553, 23 pp, 17 pl.
Cette édition décrit 107 expériences. La planche 16 est doublée avec quelques différences. Ex-libris de Bouillet de l’Académie de Bordeaux.

Une troisième édition paraît en 1728.

Expériences de physique. Paris, C. Moette, C. Prudhomme, G. Clavelier. 1728.1 volume in-12 ; (14), 606, (32) pp, 17 pl.Cette édition décrit 114 expériences.

Une 4ème édition, augmentée d’un abrégé de la vie de Polinière, a paru en 1734 et une 5ème a paru en 1741.
Addenda qui n’a rien à voir : Parmi les lecteurs du blog, qui peut me renseigner sur cette étonnante gravure, « EL AMORE CHIMICO » ? En bas : B.L.D. et N° 1152.

Merci Bernard,H

La lettre du bibliophile

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Gaultier Garguille, approuvé par Turlupin et Gros Guillaume

Gaultier Garguille, approuvé par Turlupin et Gros Guillaume

Amis Bibliophiles Bonsoir,
Il me semble bien rare qu’un livre de bibliophilie n’ait qu’une vertu… On l’appréciera pour son texte (avant tout), sa reliure, l’édition, la typographie, son originalité et en le découvrant, à chaque fois ou presque, on pourra lui découvrir un autre charme.
Dans ce cas précis, celui des Chansons de Gaultier Garguille, une fois passés les charmes de l’originalité de l’ouvrage, le texte léger et amusant, la coquille sur la page de titre, une reliure bien exécutée… c’est en tournant la dernière page que j’ai découvert un autre charme à cet ouvrage: son approbation.L’ouvrage, signé Hugues Guéru, est paru à Londres (?) en 1658, suivant la copie imprimée à Paris en 1631 (et non 1731 comme on peut le lire sur la page de titre). C’est un petit volume in-12, avec un frontispice gravé, dans reliure de maroquin vert signée Petit (succ. de Simier). Il porte l’ex-libris de Jules Lemaitre.
Voici ce que nous propose Wikipedia sur Guéru:
Hugues Guéru, surnommé Fléchelles ou Gaultier-Garguille, comédien et poète, né à Sées vers 1581 et mort à Paris le 10 décembre 1633. Dans les farces qu’il représentait, il introduisait souvent des couplets grivois de sa composition. « […] à lui les rôles de vieillards ou de cocus. Sa calotte noire, son masque chevelu avec la barbe pointue et l’habit noir soulignaient un corps maigre, aux longues jambes, dont les contemporains admiraient la souplesse de marionnette. » (Mazouer, 2006, p. 36)
Les foires à l’époque étaient, par la difficulté de communication, des lieux privilégiés d’échanges et de rencontres. Les ouvertures de foire correspondaient en général à quelque grande fête de l’Église et se faisaient avec des cérémonies spectaculaires. L’ouverture de la foire du Pré à Rouen est le « théâtre » choisi par notre auteur pour sa facétie qui contient des détails de mœurs, des descriptions de coutumes et de personnages connus.
Le 5 septembre 1620, il épouse Aléonor Salomon, belle-fille de l’acteur Tabarin. L’acte de mariage précise que Hugues Guéru est « aagé de trente-huict ans ou environ », ce qui le fait naître vers 1581 ou 1582, et non en 1573 ni en 1593, comme le répètent ses biographes.
Il se spécialisa dans les rôles de vieillards d’abord au Théâtre du Marais, puis à l’Hôtel de Bourgogne. Il était maigre, avec de longues jambes fines et un gros visage, aussi ne jouait-il jamais sans son masque à grande barbe pointue ; il portait une calotte noire et plate, des escarpins noirs et des manches de frise rouge, un pourpoint et des chausses de frise noire. Surtout réputé sous le nom de Gaultier-Garguille dans un répertoire de farces, il jouait quelques fois aussi les rois dans des pièces sérieuses sous le pseudonyme de Fléchelles.
Il a également écrit un recueil de chansons et quelques prologues imprimés en 1631. »Ce recueil en voici une réimpression. Sur la gravure en frontispice, on découvre Guéru, puis à la suite 64 chansons légères. Un exemple?
« Elle m’a prefté fa cagePour mettre mon perroquetLa cage eftoit trop petite;Il n’entra que le bec ».
Le blog n’étant pas destiné à diffuser des messages érotiques (il y a d’autres endroits pour cela, même sous des prétextes bibliophiliques ou artistiques quelconques d’ailleurs… 🙂 ), le blog étant ouvert à tous, et sans contrôle d’accès parental, je m’arrête ici.
Et je reprends mon propos: texte amusant et qui se lit avec le sourire, beau témoignage d’un certain art de l’époque, coquille sur la page de titre, joli frontispice, belle reliure… et puis, quand on tourne la dernière page, on arrive à l’approbation et on découvre que la farce a été poussée jusqu’au bout puisque cesont Turlupin et Gros Guillaume qui la signent.« Nous soussignez maîtes ès Arts comiques recreatifs, certifions avoir lu curieusement le recueil des Chansons plaisantes du facétieux Gaultier Garguille, auquel nous n’avons rien trouvé qui ne soit capable non-seulement de désopiler la rate, mais de purger entierement l’humeur mélancolique. En foi de quoi nous avons figné la présente approbation. A Paris, en l’Hôtel où l’on se fournit de Ris pour le Caresme, le dernier de Décembre mil six cent trente-un ». Turlupin. Gros-Guillaume.
Sur ce dernier sourire, on referme l’ouvrage et on se dit que décidément, c’était un beau moment. Vive la bibliophilie qui chaque jour nous ouvre des horizons nouveaux, nous rends curieux, nous oblige doucement à apprendre, nous accompagne.
H
Pour compléter, Gros-Guillaume ou Robert Guérin, dit La Fleur, et plus connu sous le nom de Gros-Guillaume, est l’un des acteurs français les plus célèbres du xviie siècle. Il serait né vers 1554 et est mort à Paris en 1634.
Entré à l’Hôtel de Bourgogne en 1598, il y prend la direction d’une troupe deux ans plus tard et y constitue la sienne en 1612. À partir de 1622, il est le chef incontesté des « comédiens du Roi » et le restera jusqu’à sa mort.
Selon Maupoint (Bibliothèque des théâtres, 1733), il aurait été boulanger avant de devenir «farceur». C’était, dit-il « un franc yvrogne, gros, gras & ventru, qui ne paroissoit sur le Théatre que garotté de deux ceintures, l’une au-dessous du nombril, & l’autre près des tétons, qui le mettoient en tel état qu’on l’eût pris pour un tonneau. Il ne portoit point de masque ; mais se couvroit le visage de farine, ensorte qu’en remuant un peu les lèvres, il blanchissoit tout d’un coup ceux qui lui parloient ».
Atteint de gravelle, ses grimaces de douleur feront partie de son jeu et ne l’empêcheront pas de vivre 80 ans. Il sera enterré à la paroisse Saint-Sauveur. Gros-Guillaume, tu me fais tout l’effet d’être un mec sympa. (Hugues)

11 Commentaires

  1. Bonsoir,

    A tout hasard, l'heureux propriétaire de la première édition des Experiences de physique de Polinière (exemplaire colorié à l'époque !!!!), serait-il, aujourd'hui (2 ans après la rédaction de cet article), vendeur ?

    Alexandre

  2. Gonzalo,

    Je viens d'aller revoir l'annonce… qui a disparu ! Vraiment, je ne comprends plus rien aux enchères sur Ebay( mais, à vrai dire, ce n'est pas grave)

    Soit le manuscrit existait et le vendeur a été contacté par un acheteur qui a fait une offre suffisante pour que celui-ci enlève l'annonce.

    Soit la provenance de l'ouvrage était douteuse et Ebay y a mis fin.

    Le vendeur était "99" je crois, donc pas d'arnaque j'imagine ? C'est vrai que la présentation était light mais si les bibles médiévales n'étaient pas la tasse de thé du vendeur… Pierre

  3. Dans l'hypothèse où ce livre existe, deux choses:

    – si le vendeur n'est pas compétent, comme est-il parvenu à dater son manuscrit et à en vérifier la complétude? (d'où un gros doute sur la fiabilité de la description).

    – Pourquoi n'avoir mis que deux photographies? Un manuscrit du XIIe siècle, à moins d'être un peu farfelu, on a plutôt envie que ca se vende un peu cher? enfin… si c'est une bible complète du XIIe siècle, ca vaut un petit peu de sous quand même…

  4. Même incomplet et sans description (le vendeur s'avoue non compétent, ce qui n'est peut-être pas plus mal), cet achat s'apparente à une chasse au trésor avec, à la clef, une opportunité rare…

    L'état de conservation me semble correct. Je ne suis pas joueur mais … Pierre

  5. Incroyable, le mot est faible… 152 Euros d'enchères à l'heure où j'écris…. Dément… Et moi, j'ai une édition originale de Don Quichotte, avec une lettre autographe de Cervantes à Baudelaire, montée sur onglets ; et, in-fine, une très rare mine de plomb de Marillier, initialement destiné à l'illustration, qui a été réhaussée à l'aquarelle par Granville. Relié par Frère Edgar Claes en fibre de carbone mosaïquée de titane, à l'époque, avec un lavis d'Oudry curieusement complété par Manet. L'ensemble est crédibilisé par une L.A.S. d'Ambroise Vollard, qui en a signé l'édition avec Tériade et Jambonneau.

  6. De l'intérêt de chercher des éditions proches de l'original. Les gravures sont plus nombreuses et semblent de plus belle qualité.

    Des cours comme ça, avant les vacances, c'est déjà les vacances. Pierre

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