Connaissance de la Reliure: la reliure en/au « pointillé »

Amis Bibliophiles Bonjour,

J’ai déjà évoqué les reliures dites « à la fanfare », même si le nom lui-même est apparu au début du 19ème siècle, lué à un travail de Thouvenin pour Nodier.

A côté de ces reliures à la fanfare et des reliures ordinaires, un autre grand style de décoration est apparu au 17ème siècle, la reliure « en pointillé », qui comme son nom l’indique, utilise des petits fers pointillés.

Le procédé, attribué à Le Gascon mais qui fut probablement utilisé en premier par l’atelier Macé Ruette à partir de 1620 consiste à garnir les compartiments avec ces petits fers pointillés, qui sont ensuite rehaussés à l’or, mais aussi à créer grâce à ces minuscules fers, des gerbes, des entrelacs et des bouquets.

Ces reliures sont très délicates mais il est excessivement difficile d’identifier le relieur, puisque ceux-ci ne signaient pas encore leurs oeuvres, à l’exception rarissime de Florimond Badier, plus facile à identifier, et ce pour deux raisons : il utilisât un fer pointillé très particulier en forme de tête humaine, tout en signant, fait exceptionnel, au moins trois de ses reliures au bas de la garde du 1er plat (« Florimond Badier fecit inv. »).

Ce sont ces trois ateliers (Macé Ruette, Le Gascon, Badier) qui furent les fers de lance de la reliure en pointillé au 17ème, mais attention, si vous possédez une telle relire, rien ne garanti qu’elle provient de l’un de ces ateliers, qui furent également imité, notamment par la famille Magnus, qui était très liée aux Elzevir et produisit des reliures pour leurs ouvrages. On croise de temps en temps des Elzevir dans des reliures en pointillé… Magnus, Le Gascon, un autre?
Pointillé, Fanfare, premières signatures de relieurs, le 17ème apportera également d’autres choses à la reliure. Ainsi, c’est aussi l’époque de l’apparition des gardes de maroquin, sans doute grâce à Le Gascon, ou des gardes de papier marbré grâce à Macé Ruette.
H
Images : reliure pointillé, la « tête » de Badier.

La lettre du bibliophile

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Miscellanées de Monsieur H.: curieuse Curiosa, de l’encre qui disparaît et des prix qui vont et qui viennent

Miscellanées de Monsieur H.: curieuse Curiosa, de l'encre qui disparaît et des prix qui vont et qui viennent

Amis Bibliophiles bonjour,
I. O tempora, o mores, ou de l’encre complètement dé(lé)bile…
Après les bibliophiles qui disparaissent, après les libraires qui disparaissent, après les livres qui disparaissent, voici maintenant l’encre qui disparaît, avec cette invention d’un éditeur argentin: l’encre qui disparaît en deux mois.

L’objectif de l’éditeur (dans une logique qui m’échappe totalement, je dois l’avouer) est de favoriser la découverte des auteurs moins connus: le procédé attire l’intérêt des médias et donc des lecteurs sur les ouvrages concernés et encourage leur lecture, et une lecture rapide.  On retrouve des ressorts assez proches (mais tellement éloignés dans le même temps) de la bibliophilie: le procédé fait des livres concernés des objets rares, spéciaux. Donc recherchés? 
Je ne suis pas certain que l’encre disparaisse si on laisse le livre dans son enveloppe scellée. En tout cas, le livre devient ainsi quasiment un flux de média social: il naît, il est lu puis il disparaît dans l’oubli, comme un post sur facebook. (mais d’ailleurs, cet oubli rapide n’est-il pas contradictoire?).
II. Une curieuse image curiosa, ou la probable rencontre:
Petite trouvaille récente, qui mettra au défi les amateurs de curiosa. Si vous en êtes, vous saurez sans doute reconnaître cette gravure, mais croyez-vous pouvoir identifier le livre dans lequel elle se trouve. Je parie que non.

III. Du prix des livres rares, ou si j’avais un ami bibliophile et banquier, Calamar…
Voici une fiche de libraire récente:

Elle présente un exemplaire unique (comme il en existe tant) : le Myosotis, d’Hégésippe Moreau, illustré par Robaudi, publié par Conquet en 1893. Il s’agit d’un des 150 exemplaires sur grand papier, celui-ci sur japon.
Cet exemplaire est unique car il est orné de quatre aquarelles originales de Robaudi, sur la reliure en vélin et sur le faux-titre, et enrichi d’un envoi de Robaudi au relieur Carayon (la reliure étant signée de Carayon).
Fixer le prix de ce genre d’exemplaire n’est pas pas chose aisée… heureusement que les libraires sont bien obligés de se mouiller ! mais le prix affiché n’est pas forcément une bonne information pour fixer une cote, comme on va le voir ici.L’an dernier (mai 2011) ce libraire parisien proposait cet exemplaire à 1350 euros.
En ce moment, un autre libraire parisien affiche ceci :

Il s’agit évidemment du même exemplaire. Le prix proposé (4000 euros) signifie-t-il que la cote de Robaudi connaît une ascension proche de la bulle spéculative ? hum… il doit y avoir une autre explication. Ici, sans doute, l’explication la plus simple est peut-être la bonne : faute de pouvoir fixer un prix de marché sur des exemplaires de ce genre, la méthode commerciale la plus élémentaire s’applique : partir du prix d’achat et fixer un taux de marge permettant de faire vivre le marchand. Ce qui explique le passage de 1350 euros à 4000 euros. C’est logique, bien sûr, mais ça ne facilite pas le travail des pauvres bibliophiles !

H

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