Un nouvel ouvrage de référence: Les Caractères de civilité, Typographie et calligraphie sous L’Ancien Régime, par Rémi Jimenes

Amis Bibliophiles bonjour,
C’est un réel plaisir de vous présenter l’ouvrage fraîchement paru de l’un des premiers lecteurs du blog, Rémi Jimenes. Son ouvrage Les Caractères de civilité, Typographie et calligraphie sous L’Ancien Régime, vient effectivement de paraître à éditions Atelier Perrousseaux Editeur (29,50€), et il est superbe. 

J’ai déjà eu l’occasion de le feuilleter pendant toute une soirée et j’attends avec impatience d’avoir un peu de temps pour me plonger dans ce qui me semble déjà être un nouvel ouvrage de référence sur le sujet. Mais pour vous donner une première impression, c’est vraiment très très intéressant même pour le non spécialiste que je suis. C’est très bien écrit, et on se laisse porter par l’histoire dans l’Histoire. J’aime beaucoup.
Rémi étant un fidèle du blog, il a accepté de se prêter au petit jeu de l’entretien pour les lecteurs du blog, afin de nous en dire plus sur lui, ses recherches et son ouvrage.
Rémi, quel a été ton parcours jusqu’à la parution de l’ouvrage?
Après deux années de khâgne à Orléans et une licence d’histoire, je me suis orienté vers un master en histoire du livre à Tours, au Centre d’études supérieures de la Renaissance. J’y ai consacré mon mémoire à la carrière de Charlotte Guillard, veuve des imprimeurs Berthold Rembolt et Claude Chevallon. Je poursuis aujourd’hui cette recherche en doctorat. Parallèlement je collabore au projet de numérisation des Bibliothèques Virtuelles Humanistes.
Comment l’idée de cet ouvrage a-t-elle germé?
À la fin de l’année 2009, j’ai été mis en contact avec Yves Perrousseaux, qui recherchait des photographies pour illustrer son Histoire de l’écriture typographique. Comme je m’intéressais à l’histoire de la calligraphie, il m’a demandé quelques renseignements sur le sujet, avant de me proposer la rédaction d’un livre consacré aux rapports entre typographie et calligraphie. Ce vaste sujet dépassait de loin mes modestes compétences. Cependant, depuis plusieurs années je rassemblais de la documentation sur les caractères de civilité. J’ai donc proposé à Yves d’aborder les rapports entre typographie et calligraphie à travers l’histoire de la lettre de civilité.
Mais que sont les caractères de civilité ?
Gravés par Robert Granjon en 1557, les caractères de civilité imitent la gothique cursive des secrétaires français de la Renaissance. Cette typographie est surtout connue pour l’utilisation qu’en ont faite les imprimeurs aux XVIIIe et XIXe siècles : le caractère ne servait plus alors qu’à imprimer des manuels de savoir-vivre et de bienséance, qui ont donné leur nom à cette typographie. Mon livre rejoint ceux d’Yves Perrousseaux dans la collection « Histoire de l’écriture typographique ». Cette collection, bien connue des amateurs comme des professionnels, rassemble des ouvrages de référence copieusement illustrés. Les derniers volumes sont tous imprimés en quadrichromie.
L’ouvrage est en effet magnifique, qu’apporte-t-il à l’histoire des caractères de civilité?
Plusieurs auteurs s’étaient auparavant intéressés à l’histoire des caractères de civilité. En 1966, Harry Carter et Hendrik Vervliet ont publié en anglais un livre entièrement consacré au sujet. Leur livre, qui recense les polices gravées à la Renaissance et étudie leurs origines, demeure une référence incontournable. Il n’était bien sûr pas question pour moi de « refaire » le Carter-Vervliet, mais d’adopter une approche différente du sujet : d’une part, en ne m’intéressant pas exclusivement au graphisme des caractères mais à leur utilisation par les imprimeurs (pour quels textes?) et à leur réception par le public (avaient-il du succès?) ; et d’autre part, en élargissant le cadre chronologique de cette enquête.
On connaît bien l’histoire de l’invention de cette typographie, mais on n’avait pas encore regardé précisément ce qu’elle devenait aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Cet élargissement du cadre chronologique m’a permit de montrer que les caractères de civilité disparaissent totalement des presses françaises dans la seconde moitié du XVIIe siècle, pour ne réapparaître qu’en 1703 avec la publication des Règles de la Bienséance et de la Civilité chrétienne de Jean-Baptiste de La Salle. 

Il m’a alors paru intéressant d’interroger les causes de cette disparition et les raisons de la «résurrection» de cette typographie en 1703. Malgré leur apparent archaïsme, les caractères de civilité étaient employés pour des motifs pédagogiques clairement définis.
Un autre volet important de mon travail est sans doute la mise en relation de la typographie avec l’histoire de la calligraphie. La variation des modes calligraphiques en France du XVIe au XIXe siècle, le passage de l’écriture gothique à la ronde, puis de la ronde à la coulée et enfin à l’anglaise, a naturellement affecté l’utilisation des caractères de civilité qui servaient non seulement pour l’apprentissage de la lecture, mais également pour l’apprentissage de la calligraphie. J’ai ainsi volontairement profité de l’occasion pour donner quelques précisions sur l’histoire, finalement mal connue, de la calligraphie française sous l’Ancien Régime. 

Je présente également quelques modèles d’écriture tirés non pas des grands manuels d’Alais de Beaulieu, Saintomer ou Royllet, ces rolls-royce de la calligraphie, mais tirés de petites brochures rares et peu connues, celles qu’avaient précisément dans les mains les enfants des classes populaires.

Mot de la fin?
Je tiens à exprimer ma gratitude à Hendrik Vervliet, grand spécialiste de la typographie de la Renaissance et co-auteur de l’ouvrage publié en 1966, qui a jugé mon travail intéressant et y a adjoint une préface. 

Je remercie également pour leur confiance Yves Perrousseaux, David Rault et Michel Mirale, qui m’ont donné la possibilité de publier mon premier travail d’importance. Enfin, merci au Blog du Bibliophile pour le soutien qu’il apporte à ce livre.
Merci pour toutes ces informations Rémi et encore bravo pour cette superbe réalisation.
H
N.B. : j’indique à tous les lecteurs qu’ils ont la possibilité de télécharger gratuitement l’index, les addenda et errata de mon livre à l’URL suivante : http://www.adverbum.fr/telechargements-gratuits-perrousseaux.html

La lettre du bibliophile

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Un ouvrage d’Octave Uzanne sur les relieurs français du 18ème siècle: The French Bookbinders of the eightenth century, publié par le Caxton Club

Un ouvrage d'Octave Uzanne sur les relieurs français du 18ème siècle: The French Bookbinders of the eightenth century, publié par le Caxton Club

Amis Bibliophiles bonjour,
Le Club Caxton a été fondé le 26 janvier 1895 à Chicago par 15 bibliophiles désirant favoriser la publication de beaux livres. Le nom de Caxton fût choisi en référence au premier imprimeur anglais William Caxton. Né en 1422 en Angleterre, celui était présent en 1471 à Cologne, là où l’avenir de l’imprimerie se jouait. Quelques années plus tard, il collabora à l’impression du premier ouvrage imprimé en langue anglaise, The Recuyell of the Historyes of Troye. Il quitta finalement les Pays-Bas avec une presse et installa son imprimerie à côté de l’abbaye de Westminster. En 1477, c’est lui qui proposait le premier livre imprimé en Angleterre, The Dictes or Sayings of the Philosophers. Un an plus tard, il imprimait les célèbres Canterbury Tales de Chaucer.

Les 15 fondateurs du Caxton Club étaient bibliophiles, éditeurs, artistes et libraires. En créant ce club, ils suivaient l’exemple d’autres associations de bibliophiles récemment crées: Le Club Grolier à New York (1884), le Club of Odd Volumes à Boston (1886), le Rowfant Club à Cleveland (1892), et le Philobiblon Club à Philadelphie (1893). Ne nous y trompons pas, si leur objectif avoué était la re-publication de beaux livres, ils souhaitaient aussi simplement se retrouver à l’abri de la folie du monde pour deviser autour de leur passion, et petit à petit organiser des expositions ou favoriser la recherche en constituant une bibliothèque documentaire. De 1899 à 1918, le Caxton Club organisa des expositions, développa sa bibliothèque et publia de très beaux ouvrages. Si le club souffrît pendant la 1ère Guerre Mondiale, au point de devoir réduire considérablement ses activités, il su ensuite renaître et existe toujours aujourd’hui (vous pouvez visiter le site http://www.caxtonclub.org). 
On le sait, les relations entre les grands bibliophiles français et nord américains étaient étroites, Robert Hoe par exemple était le correspondant et membre honoraire de plusieurs sociétés de bibliophiles français. Il était donc légitime que le Caxton Club propose à Uzanne de publier un ouvrage sur les relieurs et les doreurs français du 18ème siècle. 

L’ouvrage dût traduit par Mlle Mabel McIlvaine, et parut aux éditions du Caxton Club en 1904 sous le titre The French Bookbinders of the eightenth century.
C’est un magnifique ouvrage de 3 – (133) pages, à très grandes marges, tiré à 252 exemplaires seulement, dont 243 seulement furent proposés à la vente et 3 imprimés sur vélin du Japon. 

Il propose une très riche illustration : 5 vignettes inspirées d’aquarelles de Paul Avril, 14 étiquettes de relieur à l’encre rouge, et 20 planches hors-texte assez curieuses qui représentent des reliures de l’époque.



Il se décompose en 5 chapitres, des Notes, une Bibliographie et un Index:
Chapitre 1: l’origine et les traditions des relieurs du 18ème siècleChapitre 2: les premières tentatives de décor Renaissance dans la communauté des relieur-doreurs du 18ème siècleChapitre 3: les maîtres relieurs et doreurs de l’époqueChapitre 4: le travail sur le corps du livre. La pratique, les outils, les matériaux bruts, les prixChapitre 5: soie, broderies, etc. comme décoration pour les reliures.

Ce qui séduit avant tout, avec la qualité d’exécution de l’ouvrage, c’est la mine d’informations disponibles pour qui s’intéresse au sujet, et que je n’ai pas croisées ailleurs: biographies des relieurs bien sûr, et pas uniquement des plus connus, prix pratiqués… et même les chansons imaginées par les apprentis des ateliers pour brocarder tel ou tel maître. 

Les illustrations en couleurs sont admirablement choisies et permettent de comprendre le propos d’Uzanne. En ce qui concerne les étiquettes de relieurs, c’est tout simplement incroyable et je vous proposerai prochainement un article entièrement consacré au sujet.

Mon exemplaire, en état quasi parfait est en cartonnage de l’époque… occasion unique de le confier à un relieur, non? Qu’en pensez-vous?
H

5 Commentaires

  1. Le facteur m'a enfin apporté ce matin l'ouvrage que j'attendais tant. Superbe ! Inutile de me téléphoner ce week end, je serais plongé dans le Jimenez!
    Je croyais que l'initiateur des lettres françaises d'art de main était Robert Granjon, et voilà que j'apprends que c'est le fameux Pierre Habert, dont je traquais déjà les éditions anciennes, pour d'autres raisons…

    Textor

  2. Le livre de Rémi fait partie de ma bibliothèque depuis déjà quelques semaines. C'est un ouvrage magnifique, vraiment intéressant, riche en images : superbe. Et, je crois qu'on peut le dire, incontournable.

  3. Le livre de Rémi a l'air effectivement particulièrement alléchant. Mais si je ne méfiais pas tant des mots à la mode, j'emploierais volontiers celui d'incontournable pour qualifier ceux édités par Perrousseaux.

    p.m

  4. Ce bel ouvrage était également sur mon bureau à mon retour de la pêche. Merci Rémi ! Quel beau et bon livre ! Je reste épaté par le prix très abordable (29,50 euros) d'un livre aussi bien fait. Et après on nous dit qu'on ne peut pas faire des livres de documentation pour les bibliophiles à moins de 200 euros ! Je n'y crois pas.

    B.

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