Un Livre à l’honneur : Le Cousin de Mahomet, de Nicolas Fromaget

Amis Bibliophiles Bonsoir,

L’ouvrage que je vais évoquer ce soir est un de ces ouvrages que l’on croise régulièrement, sans vraiment savoir en quoi il consiste, mais que le titre, forcément, interpelle : il y a l’Alcoran des Cordeliers, et il y a le Cousin de Mahomet.
Le Cousin de Mahomet, de Nicolas Fromaget, est paru en 1742. En quelque sorte en plein milieu du 18ème siècle français, puisqu’on pratiquement changera d’époque 11 ans avant le tournant du siècle. C’est le moment des Lettres Persanes, mais aussi des voyages de Thévenot ou de Tavernier, autant de titres, relations de voyages ou essais/fictions qui nous emmènent vers la Grande Porte, aux portes de l’Orient, à Istanbul.

De Fromaget on sait encore aujourd’hui peu de choses : il est mort jeune en 1759 et il fût l’ami, peut-être même le nègre du célèbre Alain-René Lesage auquel on doit par exemple Les Aventures de Gil Blas de Santillane. Fromaget signa plusieurs ouvrages, mais seul Le Cousin de Mahomet est passé à la postérité, puisqu’il fût immédiatement interdit par la censure.
Cela tient probablement au fait que comme pour les Lettres Persanes, il est plus simple (et plus prudent) de critiquer les moeurs de son époque en transposant l’action en Orient, plutôt que dans une cour où des susceptibilités puissantes peuvent rapidement nuire à un auteur.

La curiosité de cet ouvrage tient à d’ailleurs au fait qu’il tient à la fois de la satyre et de la relation de voyages (certains de ses contemporains le tinrent pour véridique). En réalité on suit les aventures philosophiques et libertines d’un adolescent espiègle, qui a déserté Paris, abandonnant étude et héritage bourgeois pour rejoindre Constantinople sous la protection d’un convoi de bagnards. Sur place, devenu esclave, il sera rebaptisé « Parisien L’Ecolier » et pénétrera l’intimité des harems de ses maîtres et même du sérail.
Là, la hardiesse d’un jeune parisien fera le reste et « ses yeux me parlaient, mais je n’entendais pas encore si bien ce langage que l’idiome turc… je me hazardai pourtant à porter une main tremblante sur sa gorge… » On devinera que les ennuis ne faisaient que commencer. Aah, que d’incompréhensions auront fait naître les langues étrangères… heureusement, Parisien L’Ecolier sera utilement secondé par son fidèle ami, Mustapha, qui aura la tâche difficile, car comme à la cour du Roi de France, les femmes sont libertines et insaisissables, quand elles ne sont pas comme l’aimée de notre héros, proche un puissant entre les puissants, ici la soeur du sultan, le Cousin de Mahomet, justement.
C’est un admirable roman initiatique, plus léger que les autres oeuvres philosophico-littéraire du siècle, et qui se parcoure comme un véritable roman. Le turc, la femme, l’ami, le chrétien peuvent y être cruels, généreux ou fidèles, amis ou ennemis, et on est loin des schémas classiques. C’est une vraie fiction, qui se lît comme telle. Elle prône en tout cas une grande tolérance qui mériterait d’être remise à la mode.
J’ai souvent croisé cet ouvrage et j’ai finalement craqué hier pour cette originale édition, datée de 1757, avec 5 gravures hors-texte, 2 volumes in-12 en plein veau glacé de l’époque, originale notamment pour cette étonnante dorure, bien labyrinthique. 100 euros à Brassens. Lu dans la journée.

H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Le manuscrit de Voynich, un mystère de la Bibliophilie

Le manuscrit de Voynich, un mystère de la Bibliophilie

Amis Bibliophiles bonjour,
Terminons cette belle année par un message quelque peu différent. Après le message sur la carte du Vinland (http://bibliophilie.blogspot.com/2009/01/la-carte-du-vinland-un-oopart.html), je vous propose de découvrir aujourd’hui un nouveau mystère bibliophilique, le manuscrit Voynich. Même si le manuscrit de Voynich n’est pas réellement un OOPArt, comme l’est la Carte du Vinland.
Pour mémoire, voici la « définition » de l’OOPArt que j’avais donnée ici même il y a quelques mois (années?): OOPArt est le terme créé par le zoologiste américain Ivan T. Sanderson pour désigner un artéfact archéologique ou historique dont les caractéristiques diffèrent de celles attendues d’un objet appartenant à la zone géographique ou temporelle du site où il a été découvert, au point qu’il est impossible au monde scientifique de le reconnaître comme appartenant réellement à la culture de ce site. Les crânes de cristal par exemple, qupar exemple être des faux, des canulars, liés à des erreurs d’interprétation, ou des objets mis en avant pour défendre des thèses contestables, telles que le créationisme ou l’ufologie.Le manuscrit de Voynich, pour étrange et mystérieux qu’il puisse être et malgré quelques hypothèses qui ont a un moment voulu faire de lui un canular du début du 20ème siècle, n’est pas un OOPArt, dans un le sens où il n’est ni anachronique, ni un « non-sens » culturel. Au contraire même.
En préambule, je vous prie de m’excuser si certaines informations sont déjà connues de vous, ou si certaines sont déjà dépassées, mais il y a des centaines de milliers de pages d’étude sur le manuscrit de Voynich et en faire la synthèse est illusoire, en tout cas à l’échelle d’un message sur le blog du Bibliophile. Aussi, en 2009, le mystère demeure entier quant à la nature exacte de ce manuscrit puisque les thèses les plus diverses s’affrontent, même s’il une vérité semble se dessiner peu à peu.
Le manuscrit de Voynich donc. De quoi parlons-nous? Le manuscrit de Voynich est un manuscrit ancien de 235 pages écrit à l’aide d’un alphabet inconnu. Selon les estimations les plus couramment admises, il aurait été écrit entre 1450 et 1520. (Le livre est constitué de 235 pages de 15 cm de large et 23 cm de haut. Le manuscrit est en vélin et 42 pages sont manquantes d’après la pagination.)Ce manuscrit tire son nom d’un de ses anciens propriétaires, Wilfrid M. Voynich, qui l’acquit en 1912 avec une trentaine d’autres manuscrits auprès des Jésuites de Frascati, aux environs de Rome. A la mort de Voynich en 1930, sa veuve Ethel Lilian Voynich hérita du manuscrit. Elle mourut en 1960 et laissa le manuscrit à son amie proche, Mlle Anne Nill. En 1961, Anne Nill vendit le livre au marchand de livres anciens Hans P. Kraus. Incapable de trouver un acheteur, Kraus en fit finalement, don à l’université Yale en 1969 (Hans P. Kraus ou HPK pour le petit monde de la librairie ancienne du 20ème siècle ouvrît sa librairie à Vienne en 1932, avant de l’installer à New York en 1939. Elle semble avoir fermé en 2003).Le propriétaire officiel le plus ancien de ce manuscrit était un certain Georg Baresch, un alchimiste qui vivait à Prague au XVIIème siècle. Apparemment Baresch était lui aussi perplexe à propos de ce « Sphinx » qui a « pris de la place inutilement dans sa bibliothèque » pendant des années. Baresch écrivit au réputé jésuite bien connu des bibliophiles Athanasius Kircher pour l’informer qu’il détenait un livre mystérieux qui était écrit dans une écriture inconnue et abondamment illustré avec des dessins de plantes, d’étoiles, de secrets alchimiques. On imagine que Baresch espérait que Kircher pourrait déchiffrer ce manuscrit grâce à son expérience reconnue de « briseur de codes ».
Il lui envoya une copie d’une partie du manuscrit à Rome par deux fois, demandant des indices. Sa lettre destinée à Kircher datant de 1639, qui a été retrouvée récemment par René Zandbergen, est la première allusion au manuscrit trouvée jusqu’alors.On ne sait si Kircher a répondu mais il semblerait qu’il s’intéressa assez au sujet pour tenter d’acquérir le livre, que Baresch refusa apparemment de montrer.
A la mort de Baresch, le manuscrit passa à son ami Jan Marek Marci (Johannes Marcus Marci), alors proviseur à l’Université Charles de Prague, qui envoya finalement le livre à Kircher, son ami de longue date et correspondant. La lettre d’explication de Marci (1666) est encore jointe au manuscrit. La lettre prétend entre autres que le manuscrit fut, à l’origine, acheté pour 600 talers d’or par l’Empereur Rodolphe II qui pensait que l’ouvrage était le fruit du travail de Roger Bacon. Voici en substance le texte de la lettre:
« Ce livre que m’a légué un ami intime, je vous le destine, mon très cher Athanasius, aussitôt qu’il est venu en ma possession, car je suis convaincu qu’il ne peut être lu par personne d’autre que vous . Le précédent détenteur de ce livre voulait vous demander votre opinion par lettre, en vous copiant et vous envoyant une partie du livre duquel vous auriez pu lire ensuite le reste, mais il a refusé à ce jour d’envoyer le livre lui-même.Pour son déchiffrement il devolut un labeur soutenu, comme est apparent de la tentative que je vous envoie présentement, et il abandonna l’espoir de trouver durant sa vie. Mais son labeur aura été vain, tel le Sphinx qui n’obeirait qu’à ses maîtres, Kircher.Acceptez maintenant cette marque de témoignage , telle qu’elle est et malgré une longue attente, de mon affection pour vous, et percez ses obstacles, s’il y en a, avec votre succès habituel. Dr Raphaël, précepteur de langue de Ferdinand III, alors Roi de Bohème, m’a dit que le livre évoqué a appartenu à l’empereur Rodolphe et qui offra au titulaire du livre 600 ducats. Il croyait que l’auteur était Roger Bacon, l’anglais. Sur ce point, je suspends mon jugement. C’est votre rôle de définir pour nous quelle vue nous prendrons sur le sujet, vers qui par grâce et bonté je me confie sans réserve, et restant aux ordres de votre révérence »
On perd ensuite la trace du livre pendant 200 ans, mais selon toute vraisemblance il était conservé, comme le reste de la correspondance de Kircher, dans la bibliothèque du collège romain, actuelle université pontificale grégorienne. Il y resta probablement jusqu’à l’invasion de la ville par les troupes de Victor-Emmanuel II d’Italie, qui annexa les États pontificaux en 1870. Le nouveau gouvernement italien décida de confisquer beaucoup de biens de l’Église, notamment la bibliothèque du collège romain. D’après les recherches de Xavier Ceccaldi et d’autres, de nombreux livres avaient été transférés à la hâte juste avant ces événements dans les bibliothèques privées de ses facultés. Ces dernières avaient été exemptes des confiscations. Les lettres de Kircher étaient parmi ces livres et, apparemment, le manuscrit de Voynich aussi, vu qu’il portait encore l’ex-libris de Petrus Beckx, Supérieur général de la Compagnie de Jésus et proviseur de l’université en même temps.La bibliothèque privée de Beckx fut déménagée à la Villa Mondragone, Frascati, un grand palais près de Rome, acheté par la Compagnie de Jésus en 1866. C’est à cette bibliothèque que Voynich acheta le manuscrit.
Le mystère est donc double à ce jour: après plus de 360 ans, personne n’est encore parvenu à comprendre ou traduire un seul mot des 235 pages, et son auteur reste mystérieux, même s’il existe aujourd’hui des présomptions fortes.En effet, bien que la piste Bacon ait été écartée par divers chercheurs, elle a permis d’orienter les recherches vers John Dee, qui est probablement la personne qui a vendu le manuscrit à Rodolphe II de Bavière. Dee était un mathématicien et un astrologue de la cour de la reine Élisabeth 1ère, il vivait en Bohème avec son médium Edward Kelley quand ils tentèrent de s’attacher la protection de l’Empereur. Néanmoins, Dee tenait un registre de ses activités, et ce registre ne mentionne pas le manuscrit, ce qui rend l’hypothèse douteuse. (A moins qu’il ne l’ait rédigé sans y faire référence pour favoriser l’hypothèse qu’il s’agisse d’un vrai travail de Roger Bacon).Kelley
Les chercheurs se sont alors tournés vers Kelley. Kelley était un alchimiste peu ordinaire: il avait annoncé sa capacité à transformer du cuivre en or par le biais d’une poudre secrète qu’il avait découverte dans la tombe d’un évêque au Pays de Galles. Il affirma également être capable d’invoquer des anges en touchant une boule de cristal et d’avoir de longues conversations avec eux. Dee rapporta ces faits dans des documents manuscrits. Le langage des anges était l’énochien, d’après Énoch, le père biblique de Mathusalem. D’après la légende, Kelley aurait fait un voyage avec les anges et aurait expliqué son périple dans le livre d’Énoch. Plusieurs personnes ont suggéré que comme Kelley avait inventé le livre d’Enoch pour tromper Dee, il aurait également pu fabriquer le manuscrit de Voynich dans le but de le vendre à l’empereur (qui rémunérait déjà Kelley pour ses supposés talents d’alchimiste). Toutefois, si Roger Bacon n’est pas l’auteur de l’ouvrage alors le lien entre Kelley et le manuscrit de Voynich est tout aussi faible que celui concernant Dee. Le mystère reste donc entier.
L’hypothèse Voynich? Certains chercheurs évoquèrent la possibilité que Voynich fût un falsificateur, mais ceci est à écarter définitivement en raison des lettres (Marci notamment et des traces laissées par le manuscrit dans l’histoire).
Autres hypothèses?
Une reproduction photostatique de la première page du manuscrit, réalisée par Voynich vers 1921, montre certaines annotations quasiment imperceptibles qui avaient été effacées. Le texte a pu être rehaussé à l’aide de produits chimiques, et a laissé apparaître le nom de Jacobj `a Tepenec. Il s’agirait de Jakub Horcicky de Tepenec, Jacobus Sinapius en latin. Ce spécialiste en herboristerie était le docteur personnel de l’empereur Rodolphe II et s’occupait également de ses jardins. Voynich et d’autres personnes après lui, conclurent d’après cette « signature » que Jacobus possédait l’ouvrage avant Baresch, voire qu’il puisse en être l’auteur.Un doute repose sur cette piste : la signature effacée du manuscrit ne correspond pas aux autres signatures connues de Jacobus comme celle découverte par le chercheur Jan Hurich. Il est tout à fait plausible que cette annotation sur la page fut l’œuvre d’un libraire ou d’une quelconque personne qui eut l’occasion d’étudier ou de posséder le livre. À l’époque de Kircher, Jacobus est le seul alchimiste ou docteur de la cour de Rodolphe II auquel on a consacré une page entière dans les livres d’histoire jésuites. Tycho Brahe est par exemple à peine mentionné. L’application des produits chimiques a tellement dégradé le vélin que la signature est à peine visible. Il est possible que Voynich ait volontairement façonné et endommagé cette signature dans le but de renforcer la théorie attribuant la paternité à Roger Bacon, tout en empêchant d’éventuelles contre-expertises.
Jan Marci? Celui-ci rencontra Kircher alors qu’il était à la tête d’une délégation envoyée par l’université Charles à Rome en 1683. Au cours des vingt-sept années qui suivirent, les deux érudits s’échangèrent un volumineux courrier scientifique. Le voyage de Marci avait pour but d’assurer l’indépendance de l’université Charles vis-à-vis des jésuites. Ceux-ci géraient le collège Clementinum, qui était un rival pour l’université. Malgré ces efforts, les deux établissements furent fusionnés sous le contrôle des jésuites.C’est dans ce contexte religieux et politique tendu que Marci aurait pu fabriquer les lettres de Baresch et plus tard le manuscrit de Voynich dans le but de se venger de Kircher, favorable au jésuitisme. La personnalité de Marci et ses connaissances semblent être compatibles avec la réalisation de l’ouvrage. Kircher était convaincu de détenir le savoir, mais il était plus connu pour ses erreurs et sa candeur que pour son prétendu génie. Kircher était donc une cible facile et il s’était déjà fait ridiculiser à une autre occasion. L’orientaliste Andreas Mueller lui avait concocté un manuscrit soi-disant originaire d’Égypte, le contenu était en fait incohérent et volontairement sans aucune signification. Mueller demanda à Kircher d’en faire une traduction. Kircher renvoya alors une traduction complète, ce qui ne manqua pas de le discréditer.Les seules preuves de l’existence de Georg Baresch sont trois lettres envoyées à Kircher : une par Baresch (1639) et deux par Marci (environ une année plus tard). La correspondance entre Marci et Kircher s’achève en 1665, au même moment que la lettre concernant le manuscrit de Voynich. Cependant, toute cette thèse repose sur la haine de Marci à l’égard des jésuites. Ce sentiment n’est que pure conjecture : Marci était un fervent catholique, il avait lui-même étudié pour devenir jésuite et peu avant sa mort en 1667, il fut nommé membre honorifique de l’ordre.Là encore, la piste existe, mais aucun élément factuel ne peut la confirmer définitivement.
Ce qui semble certain aujourd’hui, c’est que ces pages indécodables sont le fruit d’un seul auteur, sur des périodes différentes, que ce livre existait déjà sous le règne de Rodolphe II, et que Marci et Kircher au moins ont été en contact avec lui.
En ce qui concerne le sens du texte, là encore nous sommes face à un paradoxe: globalement le sens de l’ouvrage est compréhensible en raison des très nombreuses illustrations et ses grandes parties se détachent assez simplement, mais chaque mot reste encore incompréhensible malgré les efforts de nombreux crytopgraphes, notamment militaires. Le texte est clairement écrit de gauche à droite, avec une marge à droite quelque peu inégale. Les sections les plus longues sont divisées en paragraphes avec parfois des « puces » dans la marge de gauche. Il n’y a aucun signe évident de ponctuation. Le ductus (l’ordre et la direction selon lesquels on trace les traits qui composent la lettre) est fluide ce qui laisse penser que le scribe comprenait ce qu’il écrivait au moment de la rédaction. Le manuscrit ne donne pas l’impression que les caractères ont été apposés un par un, caractéristique qui apparaît dans le cas d’un chiffrement compliqué. L’écriture n’est toutefois pas toujours soigneuse : par endroit, l’auteur doit resserrer les interlignes par manque de place. Ceci est particulièrement visible dans la partie « recettes » avec un texte ondulé qui dénote que le scribe n’était probablement pas un « professionnel ».Le texte comprend plus de 170 000 glyphes, normalement séparés les uns des autres par de fins interstices. La plupart de ces glyphes sont écrits avec un ou deux traits. Les experts restent divisés concernant l’alphabet utilisé car certains des glyphes sont similaires. On pense toutefois que l’alphabet du manuscrit de Voynich comprend entre 20 et 30 signes. Certains caractères inhabituels apparaissent ici et là, on en dénombre une douzaine de ce type.
Des espacements plus larges divisent le texte en 35 000 mots environ, de taille variable. Il semble que le texte suit des règles phonétiques ou orthographiques : certains caractères doivent apparaître dans chaque mot (à l’instar des voyelles en français), certains caractères n’en suivent jamais d’autres, d’autres peuvent apparaître en double. Etrange système double avec des progressions arithmétiques d’un alphabet multiple ou sustème basé sur une grille de Cardan, ou même langue mandchoue? Je vous laisse continuer les recherches de votre côté si le sujet vous passionne.Ce côté de l’énigme ne renseigne pas sur l’auteur mais permet quand même de limiter son origine à un nombre réduit d’érudits capables entre le 13ème et le 16ème siècle de lire, écrire et imaginer un système d’écriture complet. En ce qui concerne l’écriture elle-même, et sa datation, elle date sans doute d’avant le style gothique, et les experts pensent qu’il y a peu de chances qu’elle soit postérieure au 15ème siècle.Voilà pour l’histoire et les tentatives de datation, mais qu’est ce donc dans la pratique pour nous, bibliophiles que nous sommes, que ce manuscrit de Voynich?
L’impression générale dégagée par le manuscrit suggère qu’il devait servir de pharmacopée ou de référence pour de la médecine médiévale. La présence d’étranges illustrations peut également suggérer d’autres sujets et permet de classer ce manuscrit dans les ouvrages alchimiques. Trois grandes parties se détachent: un herbier, un traité alchimique et une partie astrologique. Sur son excellent site (http://www.almaleh.com/voynichf.htm), Francois Almaleh décrit superbement ces trois parties avec les mots suivants:
« 1. capter les humeurs (c’est-à-dire le principe de vie) où l’on voit les nymphes jeunes et nues qui communiquent ces humeurs par des tubulures, après des passages dans l’eau et le « feu ». Pour garder la vie, il faut capter ce principe de vie, chez les jeunes nymphes.
2. mélanger ces principes de vie avec des herbes et plantes rares.3. concocter tout cela en fonction de thèmes zodiacaux, c’est à dire en fonction des thèmes astrologiques afin de réunir les meilleurs conditions de réalisation de l’élixir. »
Les illustrations dans le manuscrit donnent peu d’indications sur son contenu exact mais permettent d’identifier une demi-douzaine de sections consacrées à des sujets différents avec un style qui varie. Excepté pour la dernière section dont le contenu est entièrement textuel, presque toutes les pages contiennent au moins une illustration. Les sections et leur nom contemporain sont:
Herbier : chaque page contient une plante, parfois deux, accompagnées de paragraphes. Le tout est présenté selon le style européen des herbiers de l’époque. Certaines parties sont des agrandissements et des versions améliorées des esquisses présentes dans la partie pharmacologie.Astronomie : des diagrammes d’astres comme des soleils, des lunes et des étoiles suggèrent que le contenu porte sur l’astrologie et l’astronomie. Une série de 12 diagrammes représente les symboles des constellations du Zodiaque (deux poissons pour la constellation des Poissons, un Taureau, un soldat avec une arbalète pour le Sagittaire, etc.). Chaque symbole est entouré d’exactement 30 figures féminines, la plupart nues, qui portent une étoile avec une légende. Les deux dernières pages de cette section, le Verseau et le Capricorne, ont été perdues. Quant au Bélier et au Taureau, les pages qui leur sont consacrées sont divisées en deux paires de schémas avec 15 étoiles chacun. Certains de ces dessins sont sur des pages qui peuvent être dépliées.
Biologie ou balnéothérapie : un texte dense et continu parsemé de dessins qui représentent principalement des femmes nues se baignant dans des bassins ou nageant dans un réseau de tubes élaboré. La forme d’une partie de cette plomberie fait penser à des organes. Certaines de ces femmes portent des couronnes.
Cosmologie : des diagrammes circulaires à la signification obscure. Cette section possède également des dépliants. L’un d’entre eux s’étale sur six pages et contient des cartes de 9 « îles » reliées par des chemins avec la présence de châteaux et de ce que l’on estime être un volcan.
Pharmacologie : plusieurs dessins de plantes avec une légende. Les figures décrivent des parties des végétaux (racines, feuilles, etc.) ce qui fait penser à un guide pour un apothicaire. Des objets dans les marges ressemblent à des pots utilisés par les pharmaciens de l’époque, les pages sont clairsemées avec seulement quelques paragraphes de texte.Recettes : beaucoup de paragraphes assez courts, chacun étant marqué d’une puce en forme de fleur ou d’étoile.
Comme vous pouvez le constater, c’est un travail somptueux, qui est aujourd’hui conservé, avec ses mystères, est conservé à la Bibliothèque Beinecke de l’université Yale… comme la Carte du Vinland, cocasse, non?Je vous laisse aller plus loin si vous le désirez, la littérature sur le sujet est abondante. Il est en tout amusant de constater que le manuscrit de Voynich a eu un rayonnement important dans notre culture populaire: le « très dangereux » grimoire Necronomicon apparaît dans le mythe de Cthulhu de H. P. Lovecraft. Alors que vraisemblablement Lovecraft a créé le Necronomicon sans connaître le manuscrit de Voynich, Colin Wilson a publié une nouvelle en 1969 appelée The Return of the Lloigor (Le retour du Lloigor), dans Tales of the Cthulhu Mythos (Contes du Mythe de Cthulhu) de la maison d’édition Arkham’s House, où un personnage découvre que le manuscrit de Voynich est une copie partielle du grimoire mortel. Depuis, le Necronomicon de la fiction a été assimilé de façon récurrente à cette énigme réelle par d’autres auteurs; Des dessins et des allusions au manuscrit de Voynich ont été inclus dans l’intrigue du film Indiana Jones et la dernière Croisade; L’intrigue de Il Romanzo Di Nostradamus écrit par Valerio Evangelisti met en scène le manuscrit de Voynich comme un travail de magie noire, contre lequel l’astrologue français Nostradamus luttera toute sa vie; Dan Simmons mentionne le manuscrit de Voynich dans Olympos (p. 486), le décrivant comme « un singulier et intéressant manuscrit acheté par Rudolph II le saint Empereur Romain, en 1586 »; et même dans le jeu vidéo Les Chevaliers de Baphomet : le Manuscrit de Voynich, le manuscrit de Voynich est traduit par un hacker qui se fait alors assassiner par des neo-templiers pour protéger les informations contenues, à savoir la localisation d’endroits sur terre où l’on trouverait de « l’énergie géomancienne », etc.
Encore une fois, ce message est une invitation au voyage, une invitation à découvrir le manuscrit de Voynich. Je vous laisse faire le reste du chemin si cela vous intéresse.
H
Je vous invite à consulter les sources suivantes: wikipedia bien sûr mais surtout http://www.almaleh.com/voynichf.htm, http://www.ms-voynich.com/preambule.html et www.voynich.info, qui conclue par ces termes: « Le manuscrit de Voynich est une invention relativement récente, contenant un texte factice, forgé à l’aide d’un système de remplissage numérique. », et qui offre une solution de déchiffrement (mais ne rêvez, pas de texte déchiffré disponible sur le site). Je vous laisse vous faire votre propre avis…

11 Commentaires

  1. sans faire mon libraire, je confirme que l’EO de 1742 est rare, voire très rare. Evidemment, cela ne veut pas dire pour autant qu’elle est recherchée plus que les autres. Je pense même que (à tort à mon sens) la première édition illustrée est beaucoup plus recherchée.

    Amitiés, Bertrand

  2. si la page de titre que tu montres est bien celle de ton exemplaire Hugues, alors une cure de sommeil s’impose… c’est évidemment 1757 qu’il faut lire sur ton exemplaire…

    PS : Essaye de poster tôt le soir… plus tôt !! je suis en vacances et vais me coucher de bonne heure !!… repos oblige ! (sourire)

    Amitiés, Bertrand

  3. Très original ton exemplaire de par une dorure atypique, je confirme, jamais vu ce décor en 20 ans de chine !

    Amitiés du sud (ici il fait beau), Bertrand

  4. Bon, visiblement je suis fatigué… L’édition originale est bien de 1742, la mienne est bien de 1752, et elle est très originale!
    Deux solutions, soit je suis vraiment fatigué, soit je fais mon libraire (je ne parle pas de Bertrand ni des autres libraires qui ont l’habitude exquise de fréquenter le blog), en originalisant les éditions à tout va!
    Mais, à défaut d’être Originale, avouez que mon édition est bien originale quand même, avec sa dorure.
    H
    PS : désolé.

  5. Concernant la première édition illustrée elle date de 1751 si je me souviens bien. Elle est illustrée de 6 hors texte. Je crois qu’il y a eu plusieurs éditions sous la même date avec de légères différences.

    Amitiés, Bertrand

  6. Pierre, je vous confirme que l’EO du Cousin de Mahomet est bien de 1742, voici pour être précis la notice que j’avais faite pour le dernier exemplaire (et le seul de cette édition) que j’ai vendu récemment :

    FROMAGET (Nicolas) – LE COUSIN DE MAHOMET, et la folie salutaire. Histoire plus que galante. Première et deuxième partie (complet).
    Frères Vamberk, 1742
    A Leide, chez les Frères Vamberk, 1742. 2 parties reliées en 1 volume in-12 (17 x 10,5 cm) de (2)-188 et (2)-240 pages, reliure plein veau glacé fauve marbré, dos à nerfs richement orné, pièce de titre de maroquin rouge, dentelle dorée en encadrement intérieur des plats, tranches rouges, gardes peigne (reliure de l’époque). EDITION ORIGINALE RARE de cette « Turquerie exquise ». « C’est en quelque sorte un Gil Blas oriental très original, un petit chef-d’�uvre du genre, plein de raillerie et très humain par le fond. Tous les caractères y sont peints avec une sûreté de touche extrême, et le lecteur qui voudrait occuper ses loisirs à faire un parallèle entre Gil Blas et le Cousin de Mahomet serait surpris du nombre et de la variété d’exemples et de rapprochements qu’il aurait à fournir à l’appui de la thèse que j’indique. (�) Fromaget fut le premier à abandonner le genre des Orientales rocaille ; – avait-il vécu à Constantinople ? Son roman tendrait à le prouver, car son érudition seule n’aurait pu lui apprendre ces divers usages de la Turquie qui lui semblent si familiers, et dont toutes ses �uvres portent l’empreinte. Il est possible néanmoins qu’il se soit livré à de nombreuses recherches et ait étudié avec ardeur les docteurs de la religion mahométane et tous les ouvrages spéciaux, assez rares cependant au XVIIIè siècle. Tel qu’il se présente, je tiens son roman du Cousin de Mahomet pour l’une des petites �uvres les plus remarquables de l’époque � c’est du Casanova dans l’esclavage musulman (�) (extrait de la Notice sur la vie et les �uvres de Fromaget, Octave Uzanne, p. XI-XIII, éd. Quantin, 1882). On ne sait presque rien de la vie de Nicolas Fromaget, excepté qu’il est mort en 1759 et qu’il est l’auteur par ailleurs de quelques pièces restées manuscrites et d’autres qu’on lui attribue et devenus fort rares mais oubliées aujourd’hui. Il aurait collaboré à plusieurs reprises avec Le Sage. Oublié du Grand Dictionnaire Universel de Pierre Larousse à la fin du XIXè siècle ; mentionné simplement en quelques lignes par Michaud dans sa Biographie Universelle comme « auteur dramatique », il faudra attendre la fin du XIXè siècle et Octave Uzanne avec sa Collection des Petits Conteurs pour le redécouvrir. Etiquette de la librairie ancienne E. Nourry à Paris collée au premier contre-plat. Références : Gay Lemonnyer I, 754 ; Cioranescu II, 830 ; Quérard, La France littéraire III, 221 « Ouvrage licencieux, qui a été souvent réimprimé» ; Hayn Gotendorf VIII, 122 ; Gay, I, 380 ; Dufrenoy, L’Orient Romanesque, 2, 152. Seulement 4 exemplaires référencés au CCfr (Dijon, Châlons en Champagne, BNF et Besançon). Quelques traces d’usure sans gravité à la reliure (mors inférieur fendu consolidé, amorce de fente en tête du mors supérieur, coiffe de tête usée, petit manque de cuir en queue du dos, coins frottés consolidés). BEL EXEMPLAIRE DE CET OUVRAGE LICENCIEUX, TRES RARE EN EDITION ORIGINALE, CONSERVE DANS UNE AGREABLE ET FINE RELIURE EN VEAU DE L’EPOQUE. On joint : Le même ouvrage dans la Collection des « Petits Conteurs du XVIIIè siècle », Le Cousin de Mahomet, avec une notice bio-bibliographique par Octave Uzanne, Paris, Quantin, 1882. 1 volume in-8 carré (21,5 x 16 cm) de XIV-283-(4) pages, reliure demi-toile anglaise verte chinée à la bradel. UN DES TRES RARES EXEMPLAIRE SUR PAPIER DE CHINE, PREMIER GRAND PAPIER, TIRE A 20 EXEMPLAIRES, AVEC LES 6 AQUATINTES DE PAUL AVRIL EN DOUBLE ETAT SUR JAPON ANCIEN ET VERGE, EN NOIR ET EN SANGUINE. Très bon exemplaire., A Leide, chez les Frères Vamberk, 1742. 2 parties reliées en 1 volume in-12 (17 x 10,5 cm) de (2)-188 et (2)-240 pages, reliure plein veau glacé fauve marbré, dos à nerfs richement orné, pièce de titre de maroquin rouge, dentelle dorée en encadrement intérieur des plats, tranches rouges, gardes peigne (reliure de l’époque). EDITION ORIGINALE RARE de cette « Turquerie exquise ». « C’est en quelque sorte un Gil Blas oriental très original, un petit chef-d’�uvre du genre, plein de raillerie et très humain par le fond. Tous les caractères y sont peints avec une sûreté de touche extrême, et le lecteur qui voudrait occuper ses loisirs à faire un parallèle entre Gil Blas et le Cousin de Mahomet serait surpris du nombre et de la variété d’exemples et de rapprochements qu’il aurait à fournir à l’appui de la thèse que j’indique. (�) Fromaget fut le premier à abandonner le genre des Orientales rocaille ; – avait-il vécu à Constantinople ? Son roman tendrait à le prouver, car son érudition seule n’aurait pu lui apprendre ces divers usages de la Turquie qui lui semblent si familiers, et dont toutes ses �uvres portent l’empreinte. Il est possible néanmoins qu’il se soit livré à de nombreuses recherches et ait étudié avec ardeur les docteurs de la religion mahométane et tous les ouvrages spéciaux, assez rares cependant au XVIIIè siècle. Tel qu’il se présente, je tiens son roman du Cousin de Mahomet pour l’une des petites �uvres les plus remarquables de l’époque � c’est du Casanova dans l’esclavage musulman (�) (extrait de la Notice sur la vie et les �uvres de Fromaget, Octave Uzanne, p. XI-XIII, éd. Quantin, 1882). On ne sait presque rien de la vie de Nicolas Fromaget, excepté qu’il est mort en 1759 et qu’il est l’auteur par ailleurs de quelques pièces restées manuscrites et d’autres qu’on lui attribue et devenus fort rares mais oubliées aujourd’hui. Il aurait collaboré à plusieurs reprises avec Le Sage. Oublié du Grand Dictionnaire Universel de Pierre Larousse à la fin du XIXè siècle ; mentionné simplement en quelques lignes par Michaud dans sa Biographie Universelle comme « auteur dramatique », il faudra attendre la fin du XIXè siècle et Octave Uzanne avec sa Collection des Petits Conteurs pour le redécouvrir. Etiquette de la librairie ancienne E. Nourry à Paris collée au premier contre-plat. Références : Gay Lemonnyer I, 754 ; Cioranescu II, 830 ; Quérard, La France littéraire III, 221 « Ouvrage licencieux, qui a été souvent réimprimé» ; Hayn Gotendorf VIII, 122 ; Gay, I, 380 ; Dufrenoy, L’Orient Romanesque, 2, 152. Seulement 4 exemplaires référencés au CCfr (Dijon, Châlons en Champagne, BNF et Besançon). Quelques traces d’usure sans gravité à la reliure (mors inférieur fendu consolidé, amorce de fente en tête du mors supérieur, coiffe de tête usée, petit manque de cuir en queue du dos, coins frottés consolidés). BEL EXEMPLAIRE DE CET OUVRAGE LICENCIEUX, TRES RARE EN EDITION ORIGINALE, CONSERVE DANS UNE AGREABLE ET FINE RELIURE EN VEAU DE L’EPOQUE. On joint : Le même ouvrage dans la Collection des « Petits Conteurs du XVIIIè siècle », Le Cousin de Mahomet, avec une notice bio-bibliographique par Octave Uzanne, Paris, Quantin, 1882. 1 volume in-8 carré (21,5 x 16 cm) de XIV-283-(4) pages, reliure demi-toile anglaise verte chinée à la bradel. UN DES TRES RARES EXEMPLAIRE SUR PAPIER DE CHINE, PREMIER GRAND PAPIER, TIRE A 20 EXEMPLAIRES, AVEC LES 6 AQUATINTES DE PAUL AVRIL EN DOUBLE ETAT SUR JAPON ANCIEN ET VERGE, EN NOIR ET EN SANGUINE.

    C’était (c’est toujours mais plus sur mes rayons) un bel exemplaire.

    Quant aux titres dorés en long, je crois que le sens de lecture des titre quand on regarde des livres dans une bibliothèque n’est pas naturellement propice à ce type de titrage en long. Par contre, si l’on remonte aux premiers incunables, aux manuscrits médiévaux, qui étaient entreposés « à plat », on voit bien que ce type de titrage était le seul utilisé ou presque. Question de pratique.

    Par ailleurs contrairement à vous Pierre, je dois avouer mon affection toute particulière pour ces titres raccourcis, rognés, amputés, parfois pas très droits, souvent même un peu de travers… Tout le charme des livres anciens. La perfection dans ce domaine n’arrive qu’à l’extrême fin du XVIIIè et au début du XIXè s. avec les Bozerian, Duplanil et autres Thouvenin, on entre dans l’ère de la reliure dite « parfaite ». Mais est-elle réellement plus agréable à l’oeil qu’une mosaïquée de Padeloup dont les plats sont agréablement décorés mais dont le titre au dos est un beu borgne… ??

    Amitiés (provisoirement sétoises), Bertrand

  7. Je suis un peu perdu avec les dates. L’EO non illustrée est donc de 1742. Hugues, vous annoncez une EO de 1752, est-ce la date de l’EO illustrée ? Enfin, sur la photo, je lis 1757.

    Les titres incomplets m’ont toujours intrigué, et je dois dire aussi agacé : je trouve que cela gâche un peu le plaisir de n’avoir pas entre les mains un objet « parfait ».

    Le problème de l’épaisseur du dos me semble une raison pratique évidente. Réduire la taille de la police ? Les lettres doivent rester suffisamment lisibles. Et peut-être cela entrainerait-il des difficultés d’exécution ?

    Mais alors, pourquoi les titres « en long » ne se sont-ils pas imposés ? L’espace entre nerfs représente aussi une limite pratique, mais on pourrait imaginer de placer les nerfs de la partie haute du dos suffisamment éloignés. Ou bien les anciens refusaient-ils l’idée de pencher la tête ? (sourires).

    Existent-ils des relieurs ayant systématiquement utilisé un titrage en long ? Cette caractéristique peut-elle être utilisée pour identifier certaines provenances ?

  8. Bel article,
    je connais bien cet ouvrage, je l’ai lu avec grand plaisir également dans l’EO non illustrée de 1742 (assez rare). Au delà des moeurs libertines et des péripéties de voyage du Parisien c’est bien la liberté de pensée et l’exposé de moeurs différentes qui passionne surtout. C’est par ailleurs à mon sens fort bien écrit et cela vaut bien Lesage.

    Vraiment un bel exemplaire à la dorure très originale (jamais rencontrée pour ma part).

    Pour revenir à la remarque de Bergamotte sur le titrage des livres anciens ; même les plus grands relieurs du XVIIè et XVIIIè comme Boyet, Derome, Padeloup, etc ne donnaient pas des reliures aux titres parfaitement poussés et intégralement composés. Je pense qu’au delà du travail confié à un apprenti (je n’y crois qu’à moitié), c’est facile de constater qu’il est quasiment toujours impossible de frapper au dos d’une reliure un titre entier en travers comme habituellement; imaginez « LE COUSIN DE MAHOMET » frappé en entier ! même sur deux lignes, sur un in-12 de 250 pages !! cela fait juste. Je pense que c’est un aspect pratique qui a d’abord incité les relieurs (même les meilleurs) à abréger les titres aux dos. Preuve supplémentaire, lorsque le titre d’un ouvrage ancien est frappé « en long » au dos (dans le sens de la longueur du dos), le titre est alors frappé systématiquement en entier ou presque.

    Pour information complémentaire, je recherche aussi les ouvrages curieux de cet auteur, et j’essaye de les acheter lorsque cela m’est possible.
    Dernièrement le hasard m’a fait trouver un autre ouvrage du même :

    MIRIMA, IMPERATRICE DU JAPON.
    1 volume in-12 de 106 pages.

    Encore une curieuse histoire d’amour dans un royaume étranger.
    Assez rare à trouver aussi.

    Amitiés sétoises, Bertrand

  9. Sur les dorures souvent bâclées de la pièce de titre, le très gentil fabricant de fleurons Alivon, m’expliquait qu’au 18e le titre était considéré comme secondaire et qu’il était parfois laissé aux jeunes apprentis. Les maitres se réservaient le plus noble, c’est à dire la décoration du dos et des plats.

    A.A.A

  10. Très jolie dorure, en effet.
    Je suis à chaque fois étonnée quand le titre n’y est pas complet : était-ce par économie de temps ? ou bien faute d’une taille de police indisponible ?
    (sans rapport avec la dorure, n’y aurait-il pas une petite coquille dans le titre de ton billet ?)

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