Sublimes reliures des bibliothèques R. et B. L.: Meunier, Levitsky, Marius Michel, Maylander, Cretté, Mercier…

Amis Bibliophiles bonjour,

Il était difficile de laisser passer cette semaine sans vous présenter quelques unes des incroyables reliures qui seront mise en vente demain chez Binoche et Giquello, à Paris, Drouot, salle 2.

La vente réunit un exceptionnel ensemble de 127 livres illustrés entre 1883 et 1933, pour une estimation de 1 000 000 à 1 500 000 €. Elle présente un panorama de la création des deux époques Art Nouveau et Art déco, si distinctes l’une de l’autre, dans des reliures décorées d’époque, dues aux meilleurs ateliers.
La première partie de la vente, consacrée à l’Art Nouveau, est composée d’un ensemble de 53 ouvrages illustrés par BelleryDesfontaines, Caruchet, Courboin, Maurice Denis, de Feure, Grasset, Legrand, Leheutre, Lepère, Mucha, Lucien et Camille Pissaro, Raffaelli, Robaudi, Giraldon, Somm, Rippl-Ronaï, Rivière, Roche, Rops, Rudnicki, Schwabe, Steinlen dans de somptueuses reliures décorées, mosaïquées ou doublées de Charles Meunier, Levitzky, Noulhac, Ruban, Mercier, Marius-Michel, Kieffer, Chambolle-Duru. Ces livres sont souvent enrichis d’aquarelles ou dessins originaux par Bottini, Courboin, de Feure, Legrand, Lepère, Mucha, Rassenfosse, Schwabe, Steinlen, Valloton, qui en font parfois des exemplaires uniques.
La deuxième partie concerne la période Art Déco et l’on y retrouve les plus grands illustrateurs de cette période : George Barbier, Lepape, Iribe, Berque, Boussingault, Brunelleschi, Léon Carré, Cassandre, Paul Colin, Dinet, Domin, Foujita, Gontcharova, Haas-Heys, Jouve, Khnopff, Laboureur, Lalau, Marie Laurencin, Charles Martin, Marty, Orazi, Sylvain Sauvage, F.-L. Schmied, Tijtgat, Van Dongen, dans des reliures décorées, mosaïquées, laquées ou doublées de Canape, Schroeder, Maylander, Cretté, Jeanne Langrand, Paul Bonet, Levitzky, Marius-Michel, Duhayon, Gruel, Creuzevault, Semet et Plumelle, Leroux, Noulhac, Marot-Rodde, Sue et Mare, Pierre Legrain, Dunand, Mercher.

Reliure de Ch. Meunier pour A Rebours de HUYSMANS illustré par LEPERE. 1903  
SCHMIED (F.-L.). – NOAILLES (Comtesse de)LES CLIMATS.Reliure de Maylander
RASSENFOSSE (Armand). – BAUDELAIRE (Charles)LES FLEURS DU MAL. Reliure de Marius Michel
LUNOIS (Alexandre) – BALADES DANS PARIS, reliure de Meunier
MUCHA (Alphonse). – FLERS (Robert de)ILSEE PRINCESSE DE TRIPOLI.Reliure de Meunier
BOUFFLERS (Stanislas de).
ALINE, REINE DE GOLCONDE, Reliure de Meunier
Feure – Schwob, La Porte des rêves, reliure de Meunier
UZANNE (Octave)DICTIONNAIRE BIBLIOPHILOSOPHIQUEReliure de Weckesser
BARBIER (George). – LOUYS (Pierre)LES CHANSONS DE BILITIS 
Reliure de Mercier DINET (Étienne). – SLIMAN-BEN-IBRAHIMRABIA EL KOULOUB ou le Printemps des coeurs.Reliure de Maylander
GRASSET (Eugène) – HISTOIRE DES QUATRE FILS AYMON, reliure de Meunier
JOUVE (Paul). – KIPLING (Rudyard)LE LIVRE [et le Second Livre] DE LA JUNGLE.
Reliure de Cretté MUCHA (Alphonse). – FLERS (Robert de)ILSEE PRINCESSE DE TRIPOLI.Reliure de Meunier
SCHWABE (Carlos). – COURBOIN (Eugène). – LUNOIS (Alexandre). – SÉON (Alexandre). – HARAUCOURT (EdmonL’EFFORT. La Madone. L’Antéchrist. L’Immortalité. La Fin du monde.Reliure de Meunier
ROBAUDI (Albert). – SAND (George)LA PETITE FADETTE.
Reliure de Levitsky SCHWABE (Carlos). – BAUDELAIRE (Charles)LES FLEURS DU MALReliure de MeunierOn est peu de chose, non?

H

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À lire ensuite

Pierre Moreau, calligraphe, graveur, imprimeur.

Pierre Moreau, calligraphe, graveur, imprimeur.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ah qu’il est doux de pouvoir se reposer sur un ami un soir de grande fatigue. Rémi vous propose ce soir un article sur Pierre Moreau,

Pierre Moreau paraît dans l’histoire typographique comme un météore : brillant, éclatant même, mais éphémère. Issu de la calligraphie, il ne viendra à la typographie qu’à la fin de sa carrière. Mais reprenons son parcours depuis le début :

Moreau est issu d’un milieu aisé. En 1626, il publie un traité de calligraphie gravé en taille-douce : Les vrais caracthères de l’écriture financière. Ce premier traité ne nous est connu que par des références, et aucun exemplaire semble avoir survécu.
À la suite de ce premier essai, Moreau publie deux autres traités calligraphiques :
– Les œuvres de Pierre Moreau, Parisien, 1627 ou 1628, un seul exemplaire (incomplet) connu.
– Original des pieces escrites et burinees par P. Moreau, 1633, deux exemplaires recensés.
Les manuels de calligraphie de Pierre Moreau ne comprennent que quelques planches, assez élégantes, d’écritures italiennes (bâtardes et rondes) ou de financière. Outre ces trois traités, Moreau publie aussi des livres de dévotion, entièrement gravés : Les Saintes prières de l’âme chrestienne (1631, 8°, 106 ff.), les Devotes prières (1634) et les Heures chrestiennes (réemploi du texte gravé des Saintes Prières).
Après ces débuts dans l’écriture manuscrite, Moreau se lance dans un projet encore plus ambitieux. Conscient que les pratiques manuscrites ont changé depuis le XVe siècle et que l’italique et le romain ne sont plus en phase avec l’écriture de l’époque, Moreau décide d’imiter les écritures cursives françaises de son temps. Il grave donc les poinçons de cinq fontes typographiques : deux rondes (moyen et petit modules) et trois bâtardes (gros, moyen et petit modules).
Ses caractères sont parmi les plus étonnants, les plus innovants et les plus beaux de l’époque. Les écritures sont superbes, bien équilibrées. Aux cinq corps de caractères sont associés un certain nombre d’ornements supplémentaires : arabesques flottantes, fleurons de traits « entortillés », grandes lettrines gravées sur cuivre.
Conscient de la valeur de sa création, Moreau se protège de la contrefaçon en obtenant un privilège du roi pour les « caractères de son invention ». Ce privilège sera respecté, et Moreau sera seul à utiliser ses nouvelles « lettres », ce qui limitera considérablement leur diffusion. Entre 1644 et 1648, date de la mort de l’imprimeur, Moreau n’aura le temps de produire que 33 impressions (dont plusieurs petites brochures). À sa mort, ses caractères tomberont dans l’oubli, et ne seront ressuscités qu’éphémèrement par Fournier dans son Manuel typographique (1764), comme représentants de la « Ronde ». Quelques uns des poinçons originaux sont conservés, aux côtés des « Grecs du Roi », dans le cabinet des poinçons de l’Imprimerie nationale.
Les photographies qui accompagnent cet article sont tirées de l’Énéide de Virgile (1648, in-4°), dernier livre imprimé par Pierre Moreau et avec ses caractères. L’édition bilingue est dédiée à Mazarin, avec une carte dépliante et un frontispice. Ce livre est un véritable bijou bibliophilique : trois artistes importants du XVIIe siècle s’y croisent. D’abord, Pierre Moreau, notre calligraphe/imprimeur de talent. Ensuite, Pierre Perrin, poète un peu oublié, mais assez talentueux, théoricien de l’opéra avant Lully et Quinault, qui donne ici la traduction du texte. Enfin, Abraham Bosse qui inaugure chaque chapitre avec une gravure en demi page. Pierre Moreau n’aura malheureusement pas le temps d’achever cette publication, et seul le premier tome, contenant les six premiers chants, paraîtra avant sa mort. Le deuxième tome ne sera publié que dix ans plus tard, en 1658, chez Loyson, avec la suite des gravures d’Abraham Bosse, mais dans une typographie en romain, Loyson n’étant pas parvenu à obtenir les caractères de Pierre Moreau.
Mon exemplaire, photographié ici, ne comporte que le tome 1 seul, auquel il manque le majestueux frontispice (il reste, maigre consolation, la page de titre et la carte dépliante). Je m’en contente, et j’espère que les photographies vous aideront à me comprendre !

PS/ Cet article est basé sur l’excellent livre d’Isabelle de Conihout, publié par la bibliothèque Mazarine : Poésie et Calligraphie imprimée à Parisau XVIIe siècle, Paris, Editions Comp’Act, 2004. L’ouvrage comprend un fac similé de la Chartreuse de Pierre Perrin, imprimée par Moreau, suivie de plusieurs études sur Pierre Moreau, ses caractères, Pierre Perrin et la calligraphie gravée. C’est un superbe ouvrage, à la fois passionnant par son contenu et élégant par sa mise en page, qui se vend pour la modique somme de 35 euros.

Merci Rémi,
H

19 Commentaires

  1. Je suis allé faire un tour sur le catalogue il se trouve vers la fin, quelques reliures certes plus moderne comme celle de Creuzevault qui en bleu rappelle les tableaux noirs de Soulages en jouant sur la lumière, ou celles de F.L.Schmied et de Legrain, ces reliures semblent plus répondre à des critères de création artistique très pensée, et avec bien sur toujours une technique irréprochable, c'est sans doute subjectif, mais elles me parlent plus, me semblent plus équilibrées .

    Daniel B.

  2. Le déséquilibre maitrisé est un équilibre rare 🙂

    Je trouve qu'il y a dans ce panel de reliures beaucoup de réalisations qui, pour ma part (prenons des gants) apparaissent "chargées pour chargées".

    Sans que ne s'en dégage quelque chose de délicat.

    Alors que certaines réalisations sont extrêmement chargées en décors, tout en conservant une indéniable délicatesse.

    Mais il y a une part de subjectif et le bon goût n'est certes pas universel.

    N.

  3. La question est: qu'est ce que l'équilibre, qui le définit, comment?

    Et surtout, ne peut-on lui préférer une certaine forme de déséquilibre?

    Ca fait 4 questions en fait 🙂

    Hugues

  4. Il est délicat de juger de la beauté d'une reliure, cependant, il y a quand même souvent un équilibre, qui peut faire consensus, qu'on aime ou pas tel ou tel style.

    Majoritairement dans cette vente, cet équilibre est absent, et sauf quelques exemplaires je trouve les réalisations un peu boiteuses.

    Dans ce style, on peut voir des choses nettement plus brillantes.

    Concernant l'aspect technique, il est clairement intéressant au delà de tout critères subjectifs.

    N.

  5. Nos commentaires se sont croisés, j'étais juste en train de corriger un peu mes propos et d'écrire que porte des rêves par Meunier me semblait au dessus du lot

    Daniel B.

  6. Une petite exception pour "Porte des rêves" relié par Meunier, celle ci me fait rêver, elle me semble plus désirable. Si un mécène voulait m'en faire cadeau je l'accepterai avec grand plaisir ;-))

    Daniel B.

  7. Franchement, je pense que le goût n'est pas très important ici. Ces reliures sont aussi symptomatiques de l'esprit de l'époque, et ne serait-ce que pour cela, méritent une certaine forme de respect.
    Et puis c'est toujours mieux que les travaux affreux des relieurs amateurs que l'on croise parfois.
    Personnellement, j'en aime certaines, que ce soit pour leur "look" que pour la prouesse technique. Les Fleurs du Mal par Meunier est assez dingue par exemple. Je m'en accommoderais aisément. D'ailleurs, à part sur les Ilsée, les Meunier sont intéressantes je trouve.
    Belles? Est-ce que ce mot à un sens?
    Hugues

  8. Quand on sait que la reliure d'art est souvent une cooptation entre le bibliophile qui approuve la maquette et le relieur, ici deux possibilités, puisqu'ils sont de la même provenance. Soit le bibliophile laissait carte blanche à ses relieurs, ce qui prouverait leur manque de gout ou leur amour du Kitch. Soit a l'inverse il était très présent ce qui prouverait le manque de gout du bibliophile, car tous ces relieurs ont fait, à la même époque beaucoup plus esthétique et artistique, il reste ici la performance technique à saluer, pour le reste je suis dubitatif sur ces maquettes, qu'en pensez vous franchement ?

    Daniel B.

  9. En même temps je suis un grand amateur de Freaks de Browning.

    Cette période (pourtant florissante) de la bibliophilie m'atterre.

    On n'a pas à payer pour les péchés de nos aînés (Ce Mucha saumon, bigre! Déjà que Mucha…)…

    Mais bon c'est un avis très personnel.
    Olivier

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