Une plaque de dorure signée Marius Michel

Amis Bibliophiles bonjour, Je vous présente ce soir une acquisition récente assez amusante. Au premier regard c’est une plaque de dorure de 160 x 110 mm au décor floral. 

 C’est en la retournant qu’elle devient très intéressante puisqu’on y découvre la double signature de Marius Michel: M.M. 1889 en haut, et Marius Michel 1889 en bas. 
 Avez-vous déjà croisé ce type d’objet? Une jolie petite curiosité pour bibliophile. Je compte sur vous pour identifier l’un des livres qu’elle a ornés! H

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L’Almanach des Bergers

L'Almanach des Bergers

Amis Bibliophiles bonsoir,
En écho à l’article sur le Calendrier des Bergers paru dans le deuxième numéro de La Nouvelle Revue des Livres Anciens et à celui que j’avais écrit sur le blog sur Le Messager Boiteux (http://bibliophilie.blogspot.com/2008/01/le-messager-boiteux.html), René vous propose ce soir un article sur l’Almanach des Bergers.
« Dans l’un des plus célèbres romans de Balzac, « Illusions perdues », David Séchard rachète l’imprimerie paternelle à des conditions très défavorables et se retrouve rapidement proche de la ruine. Il recherche en secret un procédé permettant de produire du papier à faible coût. Pendant ce temps, son épouse Eve essaie de lui venir en aide en faisant tant bien que mal tourner l’imprimerie.« Eve, qui remuait tout dans l’imprimerie, y trouva la collection des figures nécessaires à l’impres-sion d’un almanach dit des Bergers, où les choses sont représentées par des signes, par des images des gravures en rouge, en noir ou en bleu. Le vieux Séchard, qui ne savait ni lire ni écrire, avait jadis gagné beaucoup d’argent à imprimer ce livre destiné à ceux qui ne savent pas lire. Cet almanach, qui se vend un sou, consiste en une feuille pliée soixante-quatre fois, ce qui constitue un in-64 de cent vingt-huit pages. Tout heureuse du succès de ses feuilles volantes, industrie à laquelle s’adonnent surtout les petites imprimeries de province, madame Séchard entreprit l’Almanach des Bergers sur une grande échelle. »
Ce curieux almanach populaire imprimé en rouge et noir, qui semble destiné à un public illettré, est d’une telle complexité de signes qu’il faut bien penser, comme Nisard (Histoire des livres populaires), qu’il n’en est rien. « Je ne sache pas qu’il y ait quelque chose au monde de plus bizarre, de plus original. Figurez vous un almanach sans texte, ou du moins sans celui pour lequel un almanach est particulièrement fait, c’est à dire l’indication des jours et des quantièmes du mois. Ces renseignements si essentiels sont donnés en caractères hiéroglyphiques, de telle sorte que, s’il est vraiment comme on est fondé à le croire d’abord que ce livre est destiné aux gens qui ne savent pas lire, il faut nécessairement que, pour parvenir à deviner et à savoir par coeur ces caractères, ils fassent cent fois plus d’efforts d’intelligence et de mémoire qu’ils en feraient seulement à lire l’écriture vulgaire ». Nisard s’extasie sur ce livre extraordinaire pendant plusieurs pages, à grand renfort de descriptions, et uniquement « pour les bibliophiles ».Parmi ces signes hiéroglyphiques, on peut noter : « bon sevrer les enfants, bon prendre des pilules, bon couper les ongles, etc. ».
L’archétype de ce genre d’almanach est évidemment le Compost et kalendrier des bergers (voir NLRA n° 2).Cependant un des plus célèbres almanachs « modernes » est celui de Mathieu Lansbert dit « de Liège » publié pour la première fois en 1636 par Léonard Streel et continué par les héritiers et descendants, les Bourguignon, sous les noms successifs de Laensbergh puis Mathieu Lansberg qui désigne cette publication depuis trois siècles.
Imprimée en rouge et noir, et richement illustrée, cette édition populaire contient, outre le calendrier des mois, les dates des fêtes et foires mobiles, des éclipses, une liste des prédictions pour l’année en cours et se termine par l’almanach des bergers avec les douze signes célestes gouvernant le corps humain.
Cette petite publication bon marché se retrouvait partout : dans les auberges, les fermes, les châteaux et même chez les Princes. Elle rythmait les saisons et on y trouvait des conseils pour les cultures et les récoltes, les horaires de diligences, des proverbes, etc.
Son succès tenait aussi au fait qu’il relatait des événements remarquables arrivés en Europe et dans le monde. Ces textes qui atteignaient toutes les couches de la population suscitaient la méfiance des gouvernements. Cependant Napoléon avait compris qu’on pouvait l’utiliser comme « outil de communication ».Une anecdote raconte que la Comtesse du Barry avait cru y découvrir, en 1774, l’annonce d’une mauvaise nouvelle pour le mois d’avril. Le 27 avril Louis XV contracta la variole et en mourut le 10 mai.
C’est donc en annexe du Mathieu Lansberg qu’on trouvait le fameux Almanach des bergers destiné aux illettrés. Comme le calendrier des mois, il est illustré de petites gravures assez frustes mais qui ne manquent pas de sel.
Qui était Mathieu Lansberg ? Malgré les recherches et hypothèses diverses – un chanoine, un mathématicien, un astronome, etc – on n’est jamais parvenu à identifier ce personnage qui n’a probablement jamais existé et qui fut sans doute une pure création de l’imprimeur.
Au XVIIII siècle, un chroniqueur français se gaussait de l’almanach en disant que Liège n’était connue de la République des Lettres que grâce à Mathieu Lansberg.L’almanach était vendu soit simplement broché ou en « reliure d’édition » parfois même avec les tranches dorées, les plus aisés le faisait relier plein veau. Souvent l’éditeur ajoutait des feuillets vierges où on pouvait apporter des annotations personnelles, le papier était peu courant et difficile à se procurer. Au XVIIIe siècle on allait jusqu’à utiliser des cartes à jouer en guise de carte de visite manuscrite ou pour rédiger un reçu.Interrompue pendant la guerre 14-18, la publication se poursuivit même pendant la Seconde Guerre mondiale mais sous l’étroite surveillance de l’occupant. Après être passé par divers éditeurs successifs – Vve Bourguigon, Collardin, Renard & Frères, Duvivier-Sterpin, Ista, De Neef, le dernier almanach de Mathieu Lansberg paru en 1959 pour l’année 1960 chez l’imprimeur liégeois Vaillant-Carmanne. D’après les exemplaires que je possède, il semble que l’annexe Almanach des Bergers ait disparu vers 1910.Cependant, aujourd’hui, en l’an de grâce 2010, les éditions Casterman publient toujours un Grand Double Almanach Belge dit de Liège qui en est à 186e année. Il est vendu au prix de 3.95 euros.
Merci René!H

17 Commentaires

  1. J'ai du mal à saisir un détail 160 x 110 mm ne peu pas correspondre à un plat de Paul et Virginie de Curmer 1838 qui est un grand in8 ? l'imposition du texte est à peu pret de cette dimension et un exemplaire à marges correctes mais pas exceptionnelles que j'ai en main à des plats de 270 x 170 mm ?

    Daniel B.

  2. Le Paul et Virginie orné de cette plaque a été adjugé 35000 euros…
    http://www.alde.fr/lot/5350777
    Description :

    BERNARDIN DE SAINT PIERRE (Jacques-Henri). Paul et Virginie. Paris, Curmer, 1838. 2 volumes grand in-8, maroquin havane, plats ornés d'un important décor floral mosaïqué de maroquin vert, bronze, rose, bordeaux, rouge et crème, différent sur chaque volume, dos mosaïqué, tranches dorées sur témoins, encadrement intérieur avec fleur mosaïquée aux angles, doublure et gardes de soie brochée, doubles gardes de papier, couvertures, étuis (Marius Michel). Édition est ornée d'un frontispice, de 28 planches hors texte et de 450 vignettes environ, le tout gravé sur bois d'après Meissonier, Johannot, Français, Isabey, Steinlen, etc., d'une carte coloriée de l'île de France, et de 7 portraits hors texte gravés sur acier d'après Laffite, Johannot et Meissonier.
    Premier tirage de l'un des livres les plus célèbres et les plus représentatifs de son époque.
    Cet exemplaire, l'un des très rares sur chine, est cité par Carteret : "Nous signalons le plus beau des exemplaires connus, celui de M. Paul Gallimard ; cet exemplaire sur chine, à l'adresse de la rue Richelieu, relié en deux volumes, est très grand de marges, il contient en outre des grands bois à toutes marges sur papier de Chine : tous les fumés de bois qui sont de pures merveilles d'art et montrent, sous un jour inconnu aux bibliophiles, l'admirable production de la gravure sur bois de 1830-1840 quand elle peut se juger sur de semblables épreuves, quasi uniques, étourdissante de vigueur et de velouté. Marius Michel s'est distingué en exécutant pour les deux volumes deux très riches reliures mosaïquées, différentes, dans un style XVIème modernisé".
    Superbe reliure de Marius Michel, exécutée vers 1880, époque de sa plus intense productivité, durant laquelle il révolutionna l'art de la reliure en imposant le style floral qui fit son renom.
    De la bibliothèque Pierre Duché (1972 II, n°109), avec ex-libris.

  3. une reliure qui ressemble beaucoup :
    http://www.bibliorare.com/products/bida-alexandre-le-cantique-des-cantiques-traduit-de-lhebreu-par-ernest-renan-paris-hachette-et-cie-1886-grand-in-folio-maroquin-havane-plats-entierement-ornes-dun-decor-floral-de-maroquin/

    Bida, le cantique des cantiques.
    Texte du lot :

    Le Cantique des Cantiques. Traduit de l’hébreu par Ernest Renan. Paris, Hachette et Cie, 1886. Grand in-folio, maroquin havane, plats entièrement ornés d’un décor floral de maroquin mosaïqué noir, lavallière et vert pâle,…

    dos orné de même, tranches dorées, large encadrement intérieur avec listel de maroquin havane et filets dorés, doublures et gardes de soie brochée sur fond or, doubles gardes, chemise demi-maroquin et étui (Marius Michel).
    Superbe édition, ornée de 25 compositions du peintre toulousain Alexandre Bida (1813-1895), élève de Delacroix, gravées à l’eau-forte par Edmond Hédouin et Émile Boilvin. Exemplaire de l’artiste : imprimé sur vélin et réservé nominativement à Alexandre Bida, il contient quatre états des figures, dont l’eau-forte pure, sur japon, chine mince et un rarissime tirage sur chine bleuté avant toute lettre. Somptueuse et magistrale reliure mosaïquée de Marius Michel, dont la maquette a été présentée à l’Exposition Universelle de 1878 et qui fut exposée à la Rétrospective Marius Michel du Palais des Beaux-Arts (Paris, mai-juin 1927, n°19, avec reproduction). De la bibliothèque E. Solacroup (1925, n°237), avec cachet doré sur une garde.

  4. je tilte sur les inscriptions au dos… à l'exposition de 1889 Marius-Michel a exposé de nombreuses reliures et a obtenu des grandes récompenses. Il n'est pas impossible que cette plaque corresponde à l'une de ces reliures.

  5. malheureusement le titre du livre est illisible… je devine "vie" mais çà ne dit rien du tout ; il n'y a apparemment qu'un caisson, soit nom d'auteur soit titre du livre. "Une vie" de Maupassant ? mais je n'y crois pas.

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