Une plaque de dorure signée Marius Michel

Amis Bibliophiles bonjour, Je vous présente ce soir une acquisition récente assez amusante. Au premier regard c’est une plaque de dorure de 160 x 110 mm au décor floral. 

 C’est en la retournant qu’elle devient très intéressante puisqu’on y découvre la double signature de Marius Michel: M.M. 1889 en haut, et Marius Michel 1889 en bas. 
 Avez-vous déjà croisé ce type d’objet? Une jolie petite curiosité pour bibliophile. Je compte sur vous pour identifier l’un des livres qu’elle a ornés! H

La lettre du bibliophile

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Connaissance de la reliure: les reliures en peau humaine

Connaissance de la reliure: les reliures en peau humaine

Amis Bibliophiles bonjour,

Cette année, j’ai eu deux fois l’occasion d’assister à une vente au cours de laquelle une reliure en peau humaine a été mise en vente. La première fois, c’était à Drouot, et le livre en question était une Danse de la Mort du 18ème, d’après Holbein (réimposée dans un volume in-4 au 19ème, de mémoire) et la seconde fois, dans une vente à Versailles, où le livre était une petite curiosité, mi curiosa, mi ouvrage pour dames, du 18ème, dans un format in-12.

Ces deux ventes m’ont amené à réfléchir sur ces reliures. Pour tout dire, lors de la première vente, je suis allé à l’exposition la veille et le matin de la vente. La première fois, je n’ai pas osé prendre le livre en main, il était d’ailleurs présenté dans une sorte de cellophane. Mais le lendemain, je l’ai pris en main. A Versailles, quelques moi plus tard, je l’ai prise en main directement.
Dans les deux cas, j’ai participé aux enchères, dans les deux cas, je n’ai pas remporté le lot (de mémoire 6000-7000 euros pour la Danse de la Mort, et 1800 euros pour le curiosa). Je collectionne les Danses de la Mort, et je suppose que c’est la raison pour laquelle j’ai finalement participé aux enchères. La seconde fois, ce fût plus pour l’objet. Je précise que je n’ai aucun goût pour les objets macabres, et que c’était plus une démarche à mi-chemin entre la bibliophilie et le cabinet de curiosité.

Finalement, j’ai effectué quelques recherches sur ce type de reliures, et je me dis aujourd’hui qu’il y a là matière, si j’ose dire, à écrire un message pour le blog.

Le 20ème siècle n’est pas loin, et si vous me lisez régulièrement, vous savez, ou vous avez compris quelle horreur m’inspire le 3ème Reich et son sinistre cortège. Ma famille en a d’ailleurs directement souffert. Je fais ce petit préambule, parce que moins de 100 ans après ce génocide atroce, il est encore dans nos mémoires et les reliures et objets en peau humaine font partie des images qui peuvent être associées aux actes impardonnables de ce régime abject. Mes lectures sur le sujet, sans fascination morbide, mais par pure curiosité bibliophilique cette fois-ci, m’ont permis de comprendre que les reliures en peau humaine ont existé bien avant 1939 et n’ont rien à voir avec le 3ème Reich.

En fait, même s’il est probable qu’elles aient existé avant, et sans doute depuis que l’homme sait tanner une peau et relier un livre, les premières reliures de ce type avérées datent du 18ème siècle, et probablement de la période de la Révolution. Et elles n’étaient pas aussi rares qu’on peut le penser. Aussi, toutes les grandes bibliothèques disposent elles de ce type de livres, qu’elles préservent le plus souvent du regard des visiteurs.

En réalité, n’en déplaise à Lovecraft qui évoque ce type de reliure pour son Necronomicon et autres ouvrages occultes, ce sont principalement des ouvrages de médecine ou des Danses de la Mort qui ont bénéficié de ce type de reliures. Ce fait mériterait d’être vérifié (Philippe, c’est vous l’historien), mais il semblerait qu’une tannerie spécialisée dans ce type de peau ait existé à Meudon sous la Terreur (sous toutes réserves)… Ce qui est certain en revanche, c’est qu’un des livres les plus connus avec ce type de reliure est un exemplaire de la Constitution de 1793. Cet exemplaire, qui a eu plusieurs possesseurs, dont le marquis de Turgot et Villenave, a été acheté en 1889 par la bibliothèque Carnavalet.

C’est au 19ème siècle semble-t-il qu’on relié le plus « fréquemment » des livres avec de la peau humaine… Je précise que la peau était prélevée sur des cadavres, généralement eux-mêmes confiés aux Facultés de Médecine. Dans l’exemplaire qui fût mis en vente à Drouot, il était précisé des conditions dans lesquelles la peau avait été prélevée, sur un corps « à l’étude », à la Faculté (il y avait même le nom de la personne).

C’est sans doute pour cela que les livres reliés en peau humaine appartinrent le plus souvent à des médecins (sans doute « immunisés ») et recouvrirent le plus souvent des ouvrages de médecine. On connaît ainsi un Vesalius relié en peau humaine, conservé dans une bibliothèque américaine (… c’est un in-folio… je vous laisse imagine la surface… Bon ok, un peu d’humour, ça détend l’atmosphère, non?). En dehors de ces livres d’anatomie, et encore plus souvent de dermatologie, le 19ème siècle verra quelques amateurs confier des Danses macabres à des relieurs pour qu’ils les relient ainsi. L’approche est alors plus ironique.

Quelques livres cependant ont une histoire particulière : ainsi les confessions de George Walton (Narrative of the Life of James Allen alais George Walton), dont l’auteur exigea qu’un exemplaire fût relié avec son épiderme après sa mort. Cet exemplaire porte d’ailleurs l’insription « HIC LIBER WALTONIS CUTE COMPACTUS EST » sur le 1er plat, ce qui signifie, ce livre a été écrit par Robert Walton et relié dans sa propre peau.On connaît également l’histoire du livre ayant appartenu à l’astronome français Camille Flammarion (conservé à la bibliothèque de l’observatoire de Juvisy), relié en peau humaine, et qui aurait été relié avec la peau d’une connaissance de Flammarion, après le décès de celle-ci. Si l’exemplaire est bien réel, diverses versions existent sur la provenance de la peau.
D’autres exemples : La bibliothèque de Cleveland possède un Coran, relié avec la peau d’un croyant, à sa demande, après sa mort. On connaît aussi une traduction des Georgiques de Jacques Delille, reliée avec un morceau de sa peau, qui aurait été volé sur son corps après son décès. Enfin, la bibliothèque de Harvard possède un exemplaire de la Danse des Morts de 1816, qui fût reliée en peau humaine par le grand relieur londonien Joseph Zaehnsdorf en 1893. Pour la petite histoire, Zaehnsdorf envoya un courrier à son client pour lui dire qu’il n’avait pas assez de matériau et qu’il allait donc devoir répartir la peau.

Pour tout vous dire, pour avoir eu deux exemplaires entre les mains, il est difficile de faire la différence avec un vélin, c’est peut-être plus sombre, mais je pense que c’est lié à la méthode utilisée. Le toucher… et bien… aisé à imaginer. C’est la sensation qui est étrange. D’ailleurs, les bibliothèques précisent en général que ces reliures sont de grande qualité et ne nécessitent aucun entretien particulier.

Ce message ne traite bien entendu que des reliures réalisées ainsi avant le début du 20ème siècle, l’évolution des moeurs ayant fait disparaître cette pratique par la suite. Je m’abstiendrai de juger, je pense qu’il faut considérer cela comme une curiosité (comme les têtes Jivaro, les reliques, etc.). On peut simplement émettre une réserve sur le fait que les personnes décédées n’avaient pas toujours donné leur accord pour ce type de prélèvement en confiant leur corps à la science (quand ce fût le cas). Pour les autres, qui furent volontaires et organisèrent le prélèvement sur leur propre peau après leur trépas… finalement, ils ne firent de mal à personne.

Nulle fascination, mais de la curiosité, qui n’est pas morbide, je le rappelle. Pour vous le prouver, je prépare un message sur les reliures en porcelaine, comme quoi!

Je rappelle que si vous avez envie d’ajouter des images de reliures dans l’expo virtuelle que je vais faire sur le blog, vous pouvez m’envoyer des images. Elles seront bienvenues.

H

Images : des reliures en peau humaine, justement.

92 Commentaires

  1. Right here is the perfect website for anyone who wishes to understand this topic. You know a whole lot its almost hard to argue with you (not that I really will need to…HaHa). You definitely put a new spin on a topic that’s been discussed for ages. Excellent stuff, just excellent!|

  2. J'ai du mal à saisir un détail 160 x 110 mm ne peu pas correspondre à un plat de Paul et Virginie de Curmer 1838 qui est un grand in8 ? l'imposition du texte est à peu pret de cette dimension et un exemplaire à marges correctes mais pas exceptionnelles que j'ai en main à des plats de 270 x 170 mm ?

    Daniel B.

  3. Le Paul et Virginie orné de cette plaque a été adjugé 35000 euros…
    http://www.alde.fr/lot/5350777
    Description :

    BERNARDIN DE SAINT PIERRE (Jacques-Henri). Paul et Virginie. Paris, Curmer, 1838. 2 volumes grand in-8, maroquin havane, plats ornés d'un important décor floral mosaïqué de maroquin vert, bronze, rose, bordeaux, rouge et crème, différent sur chaque volume, dos mosaïqué, tranches dorées sur témoins, encadrement intérieur avec fleur mosaïquée aux angles, doublure et gardes de soie brochée, doubles gardes de papier, couvertures, étuis (Marius Michel). Édition est ornée d'un frontispice, de 28 planches hors texte et de 450 vignettes environ, le tout gravé sur bois d'après Meissonier, Johannot, Français, Isabey, Steinlen, etc., d'une carte coloriée de l'île de France, et de 7 portraits hors texte gravés sur acier d'après Laffite, Johannot et Meissonier.
    Premier tirage de l'un des livres les plus célèbres et les plus représentatifs de son époque.
    Cet exemplaire, l'un des très rares sur chine, est cité par Carteret : "Nous signalons le plus beau des exemplaires connus, celui de M. Paul Gallimard ; cet exemplaire sur chine, à l'adresse de la rue Richelieu, relié en deux volumes, est très grand de marges, il contient en outre des grands bois à toutes marges sur papier de Chine : tous les fumés de bois qui sont de pures merveilles d'art et montrent, sous un jour inconnu aux bibliophiles, l'admirable production de la gravure sur bois de 1830-1840 quand elle peut se juger sur de semblables épreuves, quasi uniques, étourdissante de vigueur et de velouté. Marius Michel s'est distingué en exécutant pour les deux volumes deux très riches reliures mosaïquées, différentes, dans un style XVIème modernisé".
    Superbe reliure de Marius Michel, exécutée vers 1880, époque de sa plus intense productivité, durant laquelle il révolutionna l'art de la reliure en imposant le style floral qui fit son renom.
    De la bibliothèque Pierre Duché (1972 II, n°109), avec ex-libris.

  4. une reliure qui ressemble beaucoup :
    http://www.bibliorare.com/products/bida-alexandre-le-cantique-des-cantiques-traduit-de-lhebreu-par-ernest-renan-paris-hachette-et-cie-1886-grand-in-folio-maroquin-havane-plats-entierement-ornes-dun-decor-floral-de-maroquin/

    Bida, le cantique des cantiques.
    Texte du lot :

    Le Cantique des Cantiques. Traduit de l’hébreu par Ernest Renan. Paris, Hachette et Cie, 1886. Grand in-folio, maroquin havane, plats entièrement ornés d’un décor floral de maroquin mosaïqué noir, lavallière et vert pâle,…

    dos orné de même, tranches dorées, large encadrement intérieur avec listel de maroquin havane et filets dorés, doublures et gardes de soie brochée sur fond or, doubles gardes, chemise demi-maroquin et étui (Marius Michel).
    Superbe édition, ornée de 25 compositions du peintre toulousain Alexandre Bida (1813-1895), élève de Delacroix, gravées à l’eau-forte par Edmond Hédouin et Émile Boilvin. Exemplaire de l’artiste : imprimé sur vélin et réservé nominativement à Alexandre Bida, il contient quatre états des figures, dont l’eau-forte pure, sur japon, chine mince et un rarissime tirage sur chine bleuté avant toute lettre. Somptueuse et magistrale reliure mosaïquée de Marius Michel, dont la maquette a été présentée à l’Exposition Universelle de 1878 et qui fut exposée à la Rétrospective Marius Michel du Palais des Beaux-Arts (Paris, mai-juin 1927, n°19, avec reproduction). De la bibliothèque E. Solacroup (1925, n°237), avec cachet doré sur une garde.

  5. je tilte sur les inscriptions au dos… à l'exposition de 1889 Marius-Michel a exposé de nombreuses reliures et a obtenu des grandes récompenses. Il n'est pas impossible que cette plaque corresponde à l'une de ces reliures.

  6. malheureusement le titre du livre est illisible… je devine "vie" mais çà ne dit rien du tout ; il n'y a apparemment qu'un caisson, soit nom d'auteur soit titre du livre. "Une vie" de Maupassant ? mais je n'y crois pas.

  7. la plaque a servi à illustrer un plat (et non pas un contreplat, Benoît 😉 ), reproduit dans le livre de M-M "l'ornementation des reliures modernes", c'est la planche 24.

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