Lettre à un jeune bibliophile qui doute

par Hugues O, bibliophile sans fonction, membre honoraire de la Guilde par auto-cooptation.

Amis bibliophiles, bonjour.

Mon cher ami,

Votre lettre m’est parvenue hier matin, glissée entre deux catalogues de vente que je n’ouvrirais probablement jamais. Je l’ai lue lentement, deux fois, comme on lit les textes qui nous concernent intimement sans qu’on sache d’abord pourquoi. Vous me demandez conseil. Plus exactement, vous me demandez si vous devez continuer.

Continuer à collectionner des livres anciens alors que vous avez vingt-huit ans, un salaire modeste, un appartement trop petit, et ce sentiment diffus que votre passion ressemble de plus en plus à une fuite. Vous me dites que vos amis ne comprennent pas. Que votre compagne s’inquiète. Que vous-même commencez à douter du sens de tout cela.

Je pourrais vous répondre par des certitudes. Vous dire que la bibliophilie est noble, que les livres anciens sont des trésors, que vous avez raison de persévérer. Mais ce serait mentir. Ou du moins, ce serait simplifier. Car je connais ce doute. Je l’ai éprouvé moi-même, il y a longtemps, et il revient encore parfois, comme une fièvre récurrente.

Alors je vais faire autrement. Je vais vous raconter ce que j’ai appris, non pas sur les livres, mais sur cette étrange maladie que nous appelons la bibliophilie.


I. Le doute est le signe que vous êtes un vrai bibliophile

Permettez-moi de commencer par là : si vous doutez, c’est bon signe.

Les collectionneurs aveugles, ceux qui accumulent sans jamais s’interroger, ne doutent jamais. Ils achètent, rangent, comptent, recommencent. Leur plaisir est mécanique, leur passion est une habitude. Ils ne se posent pas de questions parce qu’ils n’ont jamais vraiment choisi d’être bibliophiles : ils le sont devenus par inertie.

Vous, vous doutez. Cela signifie que vous êtes encore capable de vous observer de l’extérieur, de vous demander si ce que vous faites a du sens. C’est une forme de lucidité. Et la lucidité, chez un bibliophile, est une vertu rare.

Octave Uzanne, dans ses Caprices d’un bibliophile (1878), raconte comment il faillit tout vendre à l’âge de trente ans. « Je me suis demandé, écrit-il, si je n’étais pas en train de confondre l’amour des livres avec la peur de vivre. » Il ne vendit rien. Mais le doute le rendit plus attentif, plus exigeant. Il cessa d’acheter par réflexe et commença à acheter par nécessité intérieure.

Votre doute, mon cher ami, est peut-être le début d’une bibliophilie plus consciente.


II. La bibliophilie n’est pas une collection, c’est une relation

Vous me dites que vos amis ne comprennent pas pourquoi vous dépensez autant d’argent pour « de vieux bouquins ». Vous avez tenté de leur expliquer : la rareté, la beauté des reliures, l’histoire matérielle du livre. Ils ont hoché la tête poliment. Mais vous avez senti qu’ils ne comprenaient pas vraiment.

C’est normal. Parce que vous leur avez parlé des livres, alors qu’il aurait fallu leur parler de la relation que vous entretenez avec eux.

La bibliophilie n’est pas un hobby comme un autre. Ce n’est pas une collection de timbres, de pièces de monnaie, ou de voitures anciennes. C’est une relation intime, presque amoureuse, avec des objets qui portent en eux des siècles de mémoire humaine.

Quand vous achetez un livre ancien, vous n’achetez pas seulement du papier et du cuir. Vous achetez le geste de celui qui l’a imprimé, de celui qui l’a relié, de ceux qui l’ont lu avant vous. Vous achetez une chaîne de transmission dont vous devenez, provisoirement, le dernier maillon.

Charles Nodier, dans son Amour des livres (1835), écrivait : « Un livre ancien est un ami qui a traversé les siècles pour venir jusqu’à moi. Je ne peux pas le trahir. » Vos amis ne comprennent pas cela parce qu’ils n’ont jamais tenu entre leurs mains un volume qui a survécu à cinq générations d’hommes. Ils n’ont jamais senti ce poids particulier, qui n’est pas celui du papier, mais celui du temps.

Ne leur en voulez pas. Mais ne renoncez pas non plus à cette relation pour leur faire plaisir.


III. Votre compagne s’inquiète : elle a peut-être raison

Vous me dites que votre compagne s’inquiète. Elle vous voit rentrer avec de nouveaux livres alors que les étagères débordent déjà. Elle vous voit passer des heures à consulter des catalogues au lieu de sortir. Elle vous demande, parfois, si vous n’êtes pas en train de vous enfermer.

Je ne vais pas vous dire qu’elle a tort.

La bibliophilie peut devenir une prison. J’ai connu des collectionneurs qui avaient cessé de vivre pour ne plus que collectionner. Leur appartement était devenu un entrepôt, leur vie sociale s’était réduite à quelques échanges avec d’autres bibliophiles, leur existence entière tournait autour de leurs acquisitions.

Ils n’étaient plus bibliophiles. Ils étaient bibliomanes.

La différence est mince, mais essentielle. Le bibliophile aime les livres. Le bibliomane est possédé par eux. Le premier garde le contrôle. Le second l’a perdu.

Alors, écoutez votre compagne. Non pas pour renoncer à votre passion, mais pour vérifier que vous n’êtes pas en train de basculer. Posez-vous honnêtement la question : est-ce que vos livres enrichissent votre vie, ou est-ce qu’ils la remplacent ?

Si vous achetez pour combler un vide, pour fuir quelque chose, pour vous prouver que vous existez à travers ce que vous possédez, alors oui, il faut ralentir. Pas arrêter. Ralentir.

Mais si vos livres vous rendent curieux, attentif, vivant, alors continuez. Et expliquez-lui cela. Montrez-lui que votre bibliophilie n’est pas une fuite, mais une manière d’habiter le monde plus intensément.


IV. L’argent : la question que personne n’ose poser

Vous me parlez aussi d’argent. Vous gagnez modestement. Chaque acquisition pèse sur votre budget. Vous vous demandez si c’est raisonnable de dépenser autant pour des livres que vous ne revendrez jamais.

C’est une question légitime. Et personne ne peut y répondre à votre place.

Mais laissez-moi vous dire ceci : l’argent dépensé pour des livres n’est jamais complètement perdu. Un livre ancien, s’il est bien choisi, conserve sa valeur. Ce n’est pas un placement au sens financier du terme, mais ce n’est pas non plus un gaspillage.

En revanche, un livre acheté par vanité, pour impressionner, pour suivre une mode bibliophilique, celui-là est perdu d’avance. Parce qu’il ne vous apportera rien, ni joie ni connaissance ni beauté. Il restera un objet mort sur une étagère.

La vraie question n’est donc pas : « Ai-je les moyens d’acheter ce livre ? » Mais : « Ce livre va-t-il compter pour moi ? »

Si la réponse est oui, alors trouvez les moyens. Pas en vous ruinant, mais en faisant des choix. Renoncez à quelques sorties, à quelques achats superflus. La bibliophilie, comme toute passion, demande des sacrifices. L’important est qu’ils restent consentis, et non subis.

Je me souviens d’un jeune bibliophile, dans les années 1980, qui économisait pendant six mois pour s’offrir une édition aldine. Il mangeait des pâtes, ne sortait jamais, habitait une chambre de bonne. Mais quand il tenait enfin son Alde entre les mains, il rayonnait. Ce livre-là comptait. Les autres ne comptaient pas.

Aujourd’hui, il a une belle collection. Pas immense, mais cohérente. Chaque livre a son histoire, sa raison d’être. Il n’a jamais regretté ses pâtes.


V. L’appartement trop petit : accepter les limites

Vous me dites que votre appartement est trop petit. Que vous manquez de place. Que vous devez choisir entre un nouveau meuble et un nouveau livre.

C’est une contrainte. Mais c’est aussi une chance.

Les bibliophiles qui ont de l’espace illimité tombent souvent dans le piège de l’accumulation. Ils achètent parce qu’ils peuvent ranger. Et à force de ranger, ils oublient ce qu’ils possèdent. Leur bibliothèque devient un stock, pas une collection.

Vous, vous êtes obligé de choisir. Et choisir, c’est précisément ce qui fait la valeur d’une collection.

Un grand bibliothécaire français, Léopold Delisle, disait : « Une bibliothèque ne se mesure pas au nombre de volumes, mais à la nécessité de chacun d’eux. » Votre bibliothèque sera peut-être petite, mais si chaque livre y a sa place justifiée, elle vaudra plus que bien des bibliothèques géantes.

Acceptez cette contrainte. Faites-en une discipline. Avant chaque achat, demandez-vous : « Ai-je vraiment besoin de ce livre ? Ou est-ce que je cède à une impulsion ? »

Et si vous cédez parfois à l’impulsion, ce n’est pas grave. Nous sommes humains. Mais au moins, vous aurez posé la question.


VI. La solitude du bibliophile

Vous me dites aussi que vous vous sentez seul. Que personne autour de vous ne partage votre passion. Que vous aimeriez parler de vos découvertes, mais que personne n’écoute vraiment.

Je comprends. La bibliophilie est une passion solitaire.

On peut collectionner des livres à plusieurs, bien sûr. Il existe des sociétés de bibliophiles, des cercles, des groupes de discussion en ligne. Mais au fond, chaque bibliophile est seul face à ses livres. Parce que ce qui compte, ce n’est pas ce que les autres pensent de votre collection, mais ce que vous ressentez en la constituant.

Cette solitude peut être pesante. Mais elle est aussi une forme de liberté.

Vous n’avez pas à justifier vos choix. Vous n’avez pas à impressionner. Vous pouvez aimer un petit in-12 sans prétention autant qu’un in-folio prestigieux. Vous pouvez préférer les reliures modestes aux maroquins dorés. Vous pouvez collectionner ce que vous voulez, comme vous voulez.

Et si vous trouvez un jour quelqu’un avec qui partager cette passion, tant mieux. Mais ne faites pas dépendre votre bonheur bibliophilique de cette rencontre.

Les livres, eux, seront toujours là.


VII. Faut-il continuer ? La seule question qui compte

Vous me demandez si vous devez continuer. Et je ne peux pas répondre à votre place.

Mais laissez-moi vous poser quelques questions en retour.

Quand vous entrez dans une librairie ancienne, est-ce que votre cœur bat un peu plus vite ?

Quand vous ouvrez un livre ancien, est-ce que vous ressentez quelque chose qui ressemble à de l’émotion ?

Quand vous regardez vos étagères, est-ce que vous voyez des objets, ou est-ce que vous voyez des histoires ?

Si vous avez répondu oui à au moins une de ces questions, alors continuez.

Pas forcément au même rythme. Pas forcément avec la même intensité. Mais continuez.

Parce que la bibliophilie n’est pas une accumulation de livres. C’est une manière de vivre avec eux. Et si vous renoncez maintenant, vous ne perdrez pas seulement vos livres. Vous perdrez aussi une partie de vous-même.


VIII. Ce que j’aurais aimé qu’on me dise quand j’avais votre âge

Je vais vous dire une chose que personne ne m’a dite quand j’ai commencé.

Vous n’êtes pas obligé d’être un grand bibliophile.

Vous n’êtes pas obligé de posséder des raretés exceptionnelles, de connaître tous les imprimeurs du XVIe siècle, de participer aux ventes prestigieuses. Vous avez le droit d’être un petit bibliophile, modeste, discret, heureux avec quelques dizaines de volumes bien choisis.

La bibliophilie n’est pas une compétition. Ce n’est pas un concours de richesse, d’érudition, ou de prestige. C’est une relation personnelle avec des objets qui ont traversé le temps.

Alors, oubliez les autres. Oubliez les grands collectionneurs, les bibliothèques prestigieuses, les catalogues inaccessibles. Construisez votre bibliothèque à votre mesure. Achetez ce qui vous touche, pas ce qui impressionne.

Et surtout, surtout, lisez vos livres.

Parce qu’un livre non lu, aussi beau soit-il, n’est qu’un objet. Un livre lu devient une part de vous.


IX. Ma réponse

Vous m’avez demandé si vous deviez continuer.

Ma réponse est : oui.

Mais continuez différemment.

Continuez en posant des limites. En refusant les achats compulsifs. En choisissant vraiment. En expliquant à ceux qui vous entourent pourquoi cela compte pour vous. En acceptant que cette passion soit solitaire, mais sans qu’elle devienne isolante.

Continuez en vous souvenant que les livres sont faits pour être lus, pas seulement possédés.

Continuez en vous donnant le droit de douter, de ralentir, de vous arrêter parfois.

Et si, un jour, vous décidez d’arrêter définitivement, ce ne sera pas un échec. Ce sera simplement que vous aurez trouvé autre chose qui compte davantage.

Mais pour l’instant, continuez.

Parce que ce doute que vous ressentez, cette inquiétude, cette question lancinante — « Pourquoi fais-je tout cela ? » — c’est précisément ce qui fait de vous un vrai bibliophile.

Les autres possèdent des livres.

Vous, vous vivez avec eux.

Bien à vous,

Hugues

P.S. : Vous me demandez quel livre acheter en ce moment. Je vous conseille quelque chose de modeste, de pas cher, de peu spectaculaire. Un petit in-12 du XVIIIe siècle, une reliure d’époque fatiguée, un texte que vous avez envie de lire. Achetez-le. Lisez-le. Et souvenez-vous pourquoi vous avez commencé.


GUILDE · MS · LETT · XXVIII · s.l. · s.d.

Bibliographie évoquée :

  • UZANNE, Octave. Caprices d’un bibliophile, Paris, Quantin, 1878.
  • NODIER, Charles. L’Amour des livres, ou Essai bibliographique, dans Mélanges tirés d’une petite bibliothèque, Paris, 1829.

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Lauverjatiana IV: au fil des catalogues

Lauverjatiana IV: au fil des catalogues

Amis Bibliophiles Bonjour,

Je suis au milieu des cartons et je cède volontiers la parole à Gilles, pour une quatrième Lauverjatania, ou lecture attentive, sélective mais éclectique des catalogues de libraires reçus ces derniers jours/semaines. Si les amis libraires qui nous lisent souhaitent que leur catalogue soit ainsi présenté, qu’ils n’hésitent pas à me contacter.À la librairie Michel Bouvier (14, rue de Visconti à Paris), le catalogue n° 15, illustré en noir et blanc, in quarto compte 235 numéros variés. De François-Etienne-Victor de Clinchamp, “Nouveau traité de la perspective des ombres et de la théorie des reflets, à l’usage des artistes…” chez Sautelet à Paris en 1826, cet in-quarto broché comporte 27 planches hors texte. Clinchamps y décrit ses inventions l’angulomètre, le hyalographe et le noctographe (250 euros) . “Cymbalum mundi” de Bonaventure Des Periers, une édition in 12 en veau époque imprimée à Amsterdam chez Prosper Marchand en 1732, avec un frontispice de Picart et un ex-libris du prince Roland Bonaparte (480 euros). Un des beaux livres illustrés du XVIIIe, “Fables nouvelles, dédiées au Roy. Avec un discours sur la fable” imprimé à Paris chez Dupuis en 1719 contient un fontispice de Coypel et cent vignettes des meilleurs illustrateurs et graveurs du temps (Picart, Coypel, Cochin, Tardieu…. Le livre complet est recouvert d’une basane de l’époque (1700 euros). 
Une plaquette de 4 pages in-4, “Déclaration du Roy , concernant les recommandaresses & Nourice. (Sic)” imprimée à Paris chez Pierre Simon en 1727 (60 euros). Le “Théâtre des boulevard ou recueil de parades” à Mahon par Gilles Langlois, en 1756, en 3 volumes in-12 reliés en veau marbré de l’époque à dos lisse, je crois devoir ajouter que l’adresse est fictive (pour Paris) et que l’exemplaire de la bibliothèque de Jean Meyer adjugé à Paris le février dernier en maroquin du XIX à fait 450 euros plus 20 % de frais. (380 euros). De Frédéric Tschudi, “Les Alpes. Description pittoresque de la nature et de la faune alpestre” donné à Berne, Strasbourg et Paris par Treuttel et Wurtz en 1859, un exemplaire en chagrin au dos lisse orné comptant 24 planches (200 euros). L’E.O de “Servitude et grandeur militaire” de Vigny enfin, à Paris chez Bonnaire et Magen en 1835 dans une reliure demi-veau, dos lisse orné de l’époque (6000 euros).La librairie Farfouille perche au fond à gauche du passage Verdeau, au 27, un des beaux lieux de Paris à deux pas de l’hôtel Drouot. Le catalogue touffu de mars compte 1458 numéros dont 154 pour les livres anciens. De Beaumarchais “La folle journée ou le Mariage de Figaro…” E.O. in-8, de 1785 imprimée au palais-royal chez Ruault, relié en basane avec les “Observations sur le mémoire justificatif de la cours de Londres…”,1779 (150 euros). 
Un autre exemplaire relié avec la troisième édition du Barbier et quatre autres plaquettes de Sedaine, Moreau, Lancival et Chénier (200 euros). “Menagiana ou les bons mots et remarques… de Monsieur Ménage …” la deuxième édition, de 1694, à Paris chez Florentin et Pierre Delaulne, un in-12 demi-basane pour apprendre à médire avec esprit de son voisin (80 euros). 
Beaucoup plus loin dans ce catalogue nous trouvons quatre catalogues de fondeurs modernes dont “maison Laurent et Deberny.Deberny et Cie. le livret typographique. Spécimen de caractères” Paris, 1907 in-8 cartonnage éditeur (60 euros). De Nodier “ Mélanges tirés d’une petite bibliothèque ou variétés littéraires et philosophiques” Paris, Crapelet 1829, in-8 en édition originale brochée couvertures et dos avec manques (80 euros).Autres couleurs pour la librairie in-quarto, 34 rue Fort-Notre-Dame à Marseille et son hors-série numéro 8. Les livres illustrés modernes sont la spécialité de la maison, le catalogue l’est donc aussi et si l’illustrateur est célèbre, c’est à son nom et non à celui de l’auteur que le livre est référencé. Paul-Emile Becat illustre ainsi “les Amours” de Ronsard aux Heures Claires à Paris en 1959, de 20 gravures en Noir. Le livre est un petit in-4 en demi-chagrin rouge, tête dorée, il s’agit d’un des 40 sur vélin avec une suite avec remarques et une planche inédite (650 euros). “Les chansons de Salles de Garde illustrées “ illustrées par Joseph Hemard, imprimées Au Quartier latin (1930), sous forme d’un in-8 plein vélin gouaché et illustré d’un monôme bachique des personnages d’après Hemard se poursuivant d’un plat à l’autre, tête dorée, 11 hors-texte (600 euros). Au chapitre des livres sur la Provence, j’ai remarqué “Lou Libre de l’Amour” de Théodore Aubanel, publié à Marseille par les bibliophiles de Provence en 1928. L’ouvrage tiré à 125 exemplaires est orné de deux états du frontispice et de 18 enluminures aquarellées à la main par l’artiste Etiennette Gilles, et de deux aquarelles originales. La reliure reproduite dans le catalogue, (en noir et blanc) en maroquin rouge est décorée d’un réseau de losanges dorés formant grillage avec de petits coeurs aux intersections, elle est signée Chabert (750 euros).La librairie Crespin est située 23, rue des Bouchers à Saint-Quentin dans l’Aisne. Elle livre un catalogue varié classé par catégories. Au rayon bibliographie je remarque, de Léon Gruel, “Conférences sur la reliure et la dorure des livres…” chez H. Leclerc en 1903 un in-8 broché de 69 pages (60 euros) et de Bracquemond “Etude sur la gravure sur bois et la lithographie” imprimé pour le bibliophile Henri Béraldi en 1897 avec un ex-dono de l’auteur à celui-ci. Ce livre broché au tirage limité à 138 exemplaires sur vergé, cherche enfin un lecteur car il est non coupé (250 euros). 
Du côté des illustrés, un livre petit in-4 sur le Bourbonnais de Valery Larbaud, “Allen” orné de bois gravé de Paul Deveaux, (Horizons de France, 1929), un des 50 sur Japon impérial, avec suite signée de l’illustrateur et note de l’auteur sur une page de garde (280 euros). De Villon enfin, “Le testament” illustré de 147 eaux-fortes de Maurice l’Hoir, un in-folio en feuilles sous emboîtage tiré à 200 exemplaire (300 euros).La librairie Pages d’Histoire / librairie Clio est comme ses noms l’indique 100 % historique à Paris, 8 rue Bréa. Le catalogue de mars présente 952 numéros classés par chapitres de l’antiquité à la seconde guerre mondiale auxquelles s’ajoutent les Généralités, Paris, le Régionalisme, la Généalogie et les Voyages… 
Beaucoup d’ouvrages récents ou de documentation donc; signalons cependant “Les historiettes” de Gédéon Tallemant des Réaux, qui dressent le portrait des gens en vue au XVIIe et ne furent publiées par le bibliophile Monmerqué, qui en possédait le manuscrit, qu’au XIXe seulement. C’est ici la troisième édition, en neuf volumes in-8 chez Techener, 1854-1860, en reliures demi-chagrin vert d’époque (450 euros). Très classique, “Le Mémorial de Sainte-Hélène…” du comte de Las Cases, chez Ernest Bourdin à Paris, en 1842, en deux volumes petit in-4° en demi-chagrin vert à coins d’époque au dos lisse orné d’un décor romantique doré. Le livre comporte 27 bois gravés sur chine, 600 vignettes, deux cartes hors texte, 2 frontispices et 2 faux-titres gravés (300 euros). “De l’Allemagne” de Heinrich Heine nouvelle édition…considérablement augmentée, chez Michel Levy, 1866 en deux volumes in-12 demi-maroquin carmin de l’époque (100 euros). “L’Algérie ancienne et moderne…” par Galibert, à Paris chez Furne en 1844, un volume in-4 demi-chagrin de l’époque illustré de 23 hors textes sur acier et 12 planches de costumes militaires en couleurs (250 euros).

Bonnes chasses à tous.
Gilles.

Merci!
H

10 Commentaires

  1. Si je puis me permettre de rajouter une raison : les livres que nous collectionnons peuvent constituer une source de partage. Lorsque je fais découvrir un ouvrage ancien à un ami absolument étranger à la bibliophilie et qu’il repart enchanté de ce moment, j’éprouve une heureuse satisfaction d’avoir partagé avec lui cet émerveillement que le bibliophile connaît si bien. Et en tant qu’enseignant j’utilise certains livres de ma collection pour stimuler l’intérêt des élèves. Or, aussi étonnant que cela puisse paraître, un livre vieux de plusieurs siècles parvient souvent à capter l’attention de l’adolescent le plus blasé, mieux que ne le ferait un écran.
    J’en dis un peu plus ici : https://www.cafepedagogique.net/2026/01/20/julien-cartier-lhistoire-des-sciences-par-les-livres-anciens/

  2. hum… je ne comprends pas tout à ces techniques modernes – j’avais laissé un commentaire qui s’est transformé en ping. Ah, l’informatique, ce n’est plus de mon âââge !
    Tout ceci pour dire que ton bel article m’a inspiré quelques réflexions trop longues pour inonder tes commentaires 🙂

  3. Merci texte juste en de nombreux points, et doutes bien légitimes d’un bibliophile. Quand l’heure des bilans approche, les livres qui comptent dans sa bibliothèque sont souvent ni les plus prestigieux, ni les mieux reliés, mais ceux avec lesquels un rapport vraiment intime s’est établi, ceux dont on pourra parler avec amour. Finalement un peu comme les gens dans la vie…Les livres devenant des êtres animés et aimés.

      • Ce genre d’article est plus précieux qu’une édition originale du Discours de la méthode (et pourtant j’adore Descartes). On cherche parfois pendant des années des réponses que seuls de « vieux » bibliophiles sont en mesure d’apporter avec des mots simples.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.