Les livres des lecteurs du Blog: les épîtres héroïdes d’Ovide, 1621

Amis Bibliophiles bonjour,
L’un de vous proposait récemment que les lecteurs du blog m’envoient un court article au sujet de l’un des livres de sa bibliothèque. Excellente idée et j’attends vos envois à blog.bibliophile@gmail.com. 
Point besoin de m’adresser un long texte, une page et quelques photographies suffiront. 
Jessy a été le premier à m’envoyer un article, que je vous propose ci-dessous. A votre tour!
….
Lettres d’amour fictives écrites en latin par Ovide aux alentours de l’an zéro, les épîtres héroïdes d’Ovide mettent en scène des héros de la mythologie en correspondance, Pénélope à Ulysse, Briséis à Achille, Ariane à Thésée, Paris à Hélène…etc.


Sorte de Spin Off de la littérature mythologique, Ovide s’est inspiré des œuvres d’Homère et de Virgile pour créer cet écrit original et romantique.
De nombreux ouvrages ont été imprimés à partir des écrits originaux du poète. La première traduction Française est d’Octavien de Saint-Gelais, le manuscrit fut rédigé entre 1468 et 1502. Nous pouvons y observer de somptueuses gravures des amoureuses en train de rédiger les lettres (voir photo). Le manuscrit est actuellement conservé à la BNF.
Pour ma part, l’édition que je possède date de 1621 chez Toussainct du Bray. In-8 maroquin rouge. Monogramme double M liés dont un renversé, accompagné de quatre Fermesses dans un médaillon ovale et de Fermesses aux angles. 

J’ai essayé de rechercher les origines de cette reliure. L’ouvrage est passé à la vente chez ALDE en 2009. Selon ALDE, « Olivier, pl. 1561 cite un fer non identifié assez proche de celui-ci ». 

De mon côté mes recherches n’ont pas donné grand-chose non plus. Quelques suppositions un peu abracadabrantes, voici ce que j’ai trouvé (et on ne rigole pas svp) : l’ouvrage aurait pu appartenir à Marie de Médicis (1575-1642), l’époque colle et le double M également. La traduction est donnée notamment à Lingendres, qui était un proche de la reine. Les Fermesses, qui signifient fidélité et amour, étaient fréquemment utilisées entre 1550 et 1650 pour les échanges amoureux. Peut-être était-ce le cadeau d’un amant ?
J.

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Les anti-relieurs, les non-relieurs et autres profanateurs de reliures sous la Révolution

Les anti-relieurs, les non-relieurs et autres profanateurs de reliures sous la Révolution

Amis Bibliophiles bonsoir,
Louvet de Couvray, l’auteur des « Amours du Chevalier de Faublas », fils d’un papetier, et plus tard membre de la Convention, écrivait dès le mois de décembre à la « Chronique de Paris » pour demander que l’on convertît en dons pratiques « ces gros almanachs royaux, reliés en maroquin rouge avec le l’or anti-patriotique sur tous les bouts ».
Temps troublés que ceux de la Révolution ou d’aucuns rivalisent de sentiments patriotiques, poussant l’amour de la Patrie aux confins de la bêtise. Quel bibliophile n’a pas croisé un ouvrage défiguré à cette époque? Le plus souvent, il s’agissait d’effacer les traces de l’Ancien Régime, en grattant les armes, mais dans certains cas, des tentatives furent également lancées pour récupérer l’or des reliures. Avec le recul, cela prête à sourire, et on s’interroge sur la rentabilité d’une telle opération. Il est plus probable que les instigateurs de cette méthode cherchaient plus à se légitimer par tous les moyens auprès des nouveaux maîtres.

Il y eu même des relieurs qui « ne rougirent pas de solliciter, comme une faveur, d’être employés à une telle besogne ». Un certain Jolivet se vantait ainsi dans sa lettre d’être non-relieur, (ne serait-ce pas Honoré-François Jollivet qui, en 1781, avait succédé à Pierre-Antoine Lesclapart comme « marchand relieur-papetier-colleur et en meubles privilégié suivant la Cour »?), et offrit à la Convention d’enlever l’or des armoiries sur les volumes de la Bibliothèque Nationale, moyennant deux sols par volume. 
Un autre, Antoine Durand, maître depuis l’année 1765, qui avait eu les titres de Relieur des livres de la Bibliothèque du Roi et de Relieur du Clergé de France, écrivit aux « Citoyens de la Commission des Arts » nommée dans son sein par la Conventions la lettre suivante exhumée tout récemment :
« Citoyens, Comme il est question de chercher les moyens de faire disparaître tous les titres de la féodalité et qu’il s’en trouve un grand nombre à la Bibliothèque Nationale, le citoyen Durand, relieur de cette Bibliothèque depuis 28 ans, connoît parfaitement tout ce qui dépend de son art. Il a sçu dans les temps apposer des armes sur les livres. Il sçaura dans ce moment les enlever sans dégrader les ouvrages précieux renfermés dans ce célèbre monument.
Le citoyen Durand a déjà son atelier à la Bibliothèque… Il est tout prêt d’exécuter les ordres qu’on lui donnera et il est très jaloux de servir la République dans cette partie, étant attaché de père en fils depuis quatre-vingts ans comme relieur pour cette Bibliothèque. – Les citoyens gardes de la Bibliothèque Nationale peuvent attester que le citoyen Durand a la capacité et les connoissances de son état pour conserver les livres les plus précieux à la nation par la manière et les procédés qu’il se propose d’employer.
Il présente un essai qu’il prie d’examiner. »
Mais la plus curieuse de ces propositions émane d’un doreur nommé Pierre Baz, et – proh pudor ! – d’un membre de l’illustre famille des Padeloup. Cette lettre, publiée pour la première fois par Léon Gruel, lui avait été communiquée aussi par Germain Bapst.
« Législateur,
Le citoyen Padeloup et le Citoyen Bazin, désirant être utile à la République, ont trouvé le moyen d’auter l’or de dessus le maroquin dont envoisie les échantillons. Comme la Bibliothèque national est imense par le nombre des livres, il propose un projet d’économie que serat plus de moitier, cette à dire 25 feuilles content actuellement que 41.l0 s., à l’époque de 1775 ses 25 feuilles ne contait que 2 l; si la Convention veut nous faire avoir l’or au même prix qu’en 1775, nous choisiront des batteurs d’or qui nous le fourniront aux prix de l’année 1775.- Comme nous avons différents frais, tant que pour otté l’or que poure l’huille,- les bland doeuf, le charbon et différente affaire relatif à l’état, nous proposons d’ entreprendre cette ouvrage à raison de 15 1. par jour.Padeloup, relieur,Rue de Cluny 599, Place Beaurepaire.Pierre Bazin, doreur,Rue des Cosse Saint-Hilaire, 5 (d’Ecosse) »
Et oui, on peut avoir le nez dans les livres sans être très fort en orthographe… 

Cette hideuse émulation abouti à l’arrêté de l’an II, portant défense, d’un côté de faire tirer des armoiries et des fleurs de lys dorénavant sur les reliures et cartonnages, et, de l’autre côté, de détruire les insignes des livres anciens.
C’était la fin des non-relieurs, ou des anti-relieurs de la période révolutionnaire.
H

5 Commentaires

  1. ce livre est passé plusieurs fois en vente chez Alde, notamment le 25 novembre 2008, lot 126 (estimation 1000 à 1200 euros) puis le 28 mai 2009, lot 78 (estimation 600 à 800 euros), puis le 6 octobre 2009, lot 69, estimation 300 à 400 euros.
    Je ne sais pas trop quoi penser de ces estimations…

    On le retrouve dans le catalogue 9 (en 2012) de la librairie de l'Agora avec ce commentaire :
    Reliure au chiffre composé d’un double : M, accompagné de quatre fermesses, peut-être le chiffre de : H L Habert de Montmort, ou Claude V, Molé, seigneur de Ronceray en Champagne. Olivier pl 1335

  2. Bonjour
    "L'armorial du bibliophile" de Ionis Guigard (1870/73)donne pages 23/24 la reproduction de 3 reliures aux armes de Marie de Médicis : deux avec les deux "M" et un "H" (Henri) entrelacés situés en écoinçons d'un décor aux armes de France et de Toscane entourées des cordons symboles de la viduité et une avec un semis à pleine page de deux " M" entrelaçés sans autre décor que de discrètes fleurs de lys .

    Cordialement et meilleurs vœux à tous
    Claude MARTY

  3. Restons prudents… le double M inversé est fréquent aux XVIe et XVIIe s. sur les reliures et il désigne des personnages variés (les Montmorency, etc.). Cette reliure sur Ovide, quoique de qualité, parait bien modeste pour appartenir à Marie de Médicis…

  4. L'ouvrage est "dédiées à la Royne mère du Roy" par les traducteurs, donc effectivement à Marie de Medicis, sans lui avoir forcement appartenu, le relieur a sans doute rendu hommage à cette dernière en inscrivant son chiffre, sur le plat. Après pour prouver que le livre soit de sa bibliothèque c'est une autre histoire, il faudrait trouver des reliures équivalentes ?

    Daniel B.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.