L’alchimie à livres ouverts, en quête des secrets de la matière. Livres et manuscrits du XVIe au XXe siècle à Blois

Amis Bibliophiles bonjour,

Un des grands amis du blog ouvre sa collection précieuse dans une exposition visible à la Bibliothèque Abbé-Grégoire de Blois jusqu’au 27 septembre. Frédérick a, depuis bien des années, recherché avec passion, opiniâtreté et ténacité,  les livres d’alchimie ou d’ésotérisme. Au fil du temps, il a pu réunir des pièces exceptionnelles qui forment un ensemble cohérent. Quelques ouvrages issus des collections publiques, la volonté de l’équipe de la bibliothèque de Blois et la compétence scientifique de Didier Kahn concouraient finalement à réaliser une exposition et un catalogue qui feront date.

Il fallait tout d’abord remettre cette science, connaître la matière et transformer les métaux en or, dans son contexte historique, antérieur aux découvertes de Lavoisier.

Dans leurs langages et leurs traités, les alchimistes usent (et abusent) de références imagées ou mythologiques, d’emblèmes, de paradoxes, d’énigmes et d’allégories. Il en résulte une illustration riche et étonnante ; ainsi le frontispice et les planches de Atalanta fugiens de Michael Maie, publié en 1617, gravé par Matthieu Mérian ou l’Amphitheatrum Sapientiae Aeternae de Heinrich khunrath publié à Hanau en 1609.

Le travail de l’alchimiste également est illustré, la pratique dans son laboratoire, la compréhension et la description des éléments, l’étude des traités forts abscons qui ouvrent à discussions et discordes comme le représente cette querelle d’expert (turba philosophorum) du Rosarium philosophorum de 1610.

Rosarium philosophorum (Turba Philosophorum)
Rosarium philosophorum (Turba Philosophorum)

La langue des alchimistes, volontairement obscure pour préserver les secrets, favorise aussi les charlatans et les récits apocryphes comme ce livre du pseudo Nicolas Flamel, Le Livre des figures hiéroglyphiques, publié à Paris en 1659, qui suscita d’autres ouvrages faux comme Le Livre d’Abraham le Juif, manuscrit inventé puis retrouvé et à son tour copié ! L’alchimie interfère aussi pour certains de ses auteurs ou de ses partisans avec la médecine  (Paracelse, Joseph du Chesne) et la religion (Khunrath qui fut condamné par la Sorbonne et dont  la Censura de 1625 est exposée).

Le précieux don de Dieu (XVIIe), Recueil de diverses recettes de médecine et de chimie (XVIIe), etc.
Le précieux don de Dieu (XVIIe), Recueil de diverses recettes de médecine et de chimie (XVIIe), etc.

Les manuscrits présentés dans cette exposition sont d’une rare richesse, Le précieux don de Dieu (XVIIe), Recueil de diverses recettes de médecine et de chimie (XVIIe), etc.ainsi  Le Précieux don de Dieu, XVIIe siècle, manuscrit illustré en couleurs, représente symboliquement les matières dans leurs fioles ou Le Rosarium philosophorum manuscrit de « l’Atelier à l’arbre blessé », dont un dessin en couleur est reproduit sur l’affiche et la couverture du catalogue de l’exposition.

Les merles blancs  font l’émerveillement du bibliophile, ainsi le Mutus Liber d’Isaac Baulot, imprimé à La Rochelle en 1677, livre quasiment muet, tiré à quelques dizaines d’exemplaires et dont toutes les pages ont été reproduites et exposées.

Mutus Liber
Mutus Liber

Plus récente, mais plus rare est cette suite de gravures de la fin du XVIIIe siècle,  La génération et opération du grand œuvre,  seul exemplaire connu d’une impression de dessins originaux de 1620, conservés à la bibliothèque de Lyon.

L’exposition se termine sur la survivance confidentielle de l’alchimie, en France surtout, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, autour en particulier du mystérieux Fulcanelli et de son héritier Eugène Canseliet.

Daniel Stolz von Stolzenberg, Viridarium Chymicum, Francfort, 1624
Daniel Stolz von Stolzenberg, Viridarium Chymicum, Francfort, 1624

L’alchimie ; une science certes énigmatique, mais tolérée et intégrée au paysage culturel depuis le moyen-âge jusqu’au XVIIIe siècle, pratiquée par François Hotmann ou encouragée par Gaston d’Orléans.

Cette exposition, mieux que ma présentation vous fera connaître ce qu’était réellement l’alchimie et le bonheur qu’il peut y avoir à découvrir les livres qui en parlent. Merci Frédérick.

Lauverjat

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À lire ensuite

Lea beaux classiques du Fonds Médard, de Holbach à Buffon

Lea beaux classiques du Fonds Médard, de Holbach à Buffon

Amis bibliophiles bonjour,
Au hasard des recherches sur Internet, j’ai découvert récemment le site du Muséee Médard.C’est un musée situé à Lunel qui expose la bibliothèque de M. Louis Médard (1768-1841), marchand d’étoffe de son état.
 Il passa trente ans de sa vie à chercher des ouvrages rares, et finit par léguer à sa ville natale, l’ensemble de ses collections qui regroupent 5000 ouvrages (je n’ai pas compris si c’était 5000 ouvrages ou volumes, mais peu importe, ça représente un certain nombre de corps de bibliothèques!) Une de ces bibliothèques du 19e restée dans son jus, que l’on ne rencontre plus de nos jours hélas… Je n’ai malheureusement pas encore eu le temps de m’y rendre, mais je compte bien y aller au printemps sur un week-end.Les responsables du musée ont eu la très bonne idée de photographier et de mettre en ligne un certain nombre de volumes (reliures, pages de titre, illustrations…). Afin de s’aiguiser l’appétit avant d’aller sur place, on pourra regarder le site :http://www.museemedard.fr J’ai relevé quelques ouvrages dignes d’intérêt, dans les sujets qui m’intéressent (mais on pourra trouver un peu tous les sujets : histoire, belles lettres, sciences naturelles…) : Dans la section « Théologie Hétérodoxe », quelques pièces vraiment remarquables : 
Holbach « Systeme de la Nature » 1770 en maroquin rouge par Derome le Jeune.Que peut on rêver de plus beau dans un bibliothèque?J’avais en tête un seul autre exemplaire relié par Derome : celui de Pixérecourt mais j’ignore où il est passé… Souverain « Le Platonisme dévoilé »  1700 en maroquin vert par Derome le Jeune :

Holbach « de la cruauté religieuse » 1769 en maroquin vert :


Toland «  Le Nazaréen ou le christianisme des Juifs, des Gentils et des Mahométans » 1777 en maroquin rouge par Derome le Jeune : 
Dans la section « Livres 18e illustrés » :
Cervantes « Don Quichotte et Nouvelles » 1768 en maroquin rouge avec un superbe dos à la grotesque :
Homère « l’Iliade et l’Odyssée » 1711 en maroquin rouge d’une remarquable fraicheur :
 
La Fontaine « Fables » 1755-59 en maroquin rouge :  Buffon « Histoire naturelle des Oiseaux » 1771-86 en maroquin rouge par Derome le Jeune :


 L’ouvrage fait l’objet d’une exposition temporaire.Je pense que ça vaut le coup d’oeil : les coloris ont l’air très délicats!
Dorat « Fables » 1773 en maroquin rouge par Lefebvre :
 La reliure semble d’une fraicheur remarquable.
Et enfin dans la section «Facéties», je ne résiste pas à vous montrer un petit livre dont le titre seul prête à sourire :
Rolet « Tableau historique des ruses et subtilitez des femmes : où sont naïvement représentées leurs moeurs, humeurs, tirannies, cruautez, desseins, inventions, feintises, tromperies, & generalement leurs artifices & practiques; le tout confirmé par histoires arrivées en France de nostre temps, non moins véritables que tragiques & prodigieuses » 1623 dans une admirable reliure fin 17e en maroquin rouge.Le livre provient des bibliothèques choisies de DuVivier et de Charles Nodier.Un petit bijou!
Il me semble que cela fait une belle destination pour un week-end non?
Bonne lecture à tous.
Wolfi
Ps : si un lecteur a un Holbach dans cet état, je suis preneur 🙂

12 Commentaires

  1. I’m really impressed along with your writing talents and also with the structure for your weblog. Is that this a paid subject or did you modify it your self? Anyway keep up the nice high quality writing, it’s uncommon to look a nice blog like this one today..|

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  3. Superbe!
    Et le catalogue mérite mille fois d’être acheté; en particulier aussi (mais pas seulement )pour son côté pédagogique, utile à ceux qui comme moi ne connaissent pad bien le sujet.
    Philippe

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