Histoire de la reliure: les reliures aux petits fers d’Habert de Montmor

Amis Bibliophiles bonjour,
Notre ami vous propose aujourd’hui aujourd’hui un article sur les reliures aux petits fers du bibliophile Habert de Montmor.
Henri-Louis Habert sieur de Montmor, né en 1600 environ, était maître des requêtes et conseiller du roi. Il occupa le 35e fauteuil de l’Académie française en 1634 lors de sa création, nommé en même temps que ses cousins Philippe Habert et Germain Habert, abbé, comte de Cérisy.Catalogue vente Paul-Louis Weiller, Drouoi, 30 novembre 1998, n° 33: Emmius, Graecorum Respublicae descriptae, Elzevir, 1632.
Il tenait un salon, où il recevait les hommes de lettres (Molière, Jean Chapelain, l’abbé de Marolles, Ménage…) et encourageait les savants (Roberval, Gassendi, Rohault, Huygens, Sorbière…), dans un embryon de l’Académie des sciences, “l’Académie Montmor”. Un revers de fortune causé par la faillite de son fils le retira du monde une dizaine d’années si on en croit Ménage. Il est communément admis qu’il n’écrivit rien ce qui n’est pas tout à fait exact puisqu’il préfaça son édition des oeuvres de Pierre Gassendi (qui demeura et mourut chez lui) et composa quelques épigrammes latines et françaises et des devises.
Possesseur d’une riche bibliothèque selon Chapelain et Gui Patin, il était bibliophile et faisait relier très jeune déjà (de 1620 à 1635 environ) à son chiffre des éditions elzéviriennes, le plus souvent réglées, en reliures uniformes délicatement ornées. Ces reliures furent d’abord attribuées par Gustave Brunet et Marius Michel à Le Gascon, réalisées “de genre” Le Gascon pour Devauchelle et rendues par Raphaël Esmérian en 1972 à Macé Ruette (actif dès 1606, mort le 15 octobre 1638).
Collection Michel Wittock deuxième partie, Christie’s, 8 novembre 2004, n° 41: Baudier, Induciarum belli Belgici libri tres… Elzevir, 1629
Esmérian étudia 35 de ces volumes parvenus jusqu’à nous. Son catalogue de vente en compte six. Ces charmants petits volumes en maroquin rouge présentent au centre des plats un quadrilobe mosaïqué portant le chiffre d’Habert de Montmor, HLHM et quatre fermesses dorés. Ce quadrilobe est bordé de deux filets dorés et de quatre “gerbes” dorées, le tout dans un encadrement de double filet doré droit et courbe enrichi de fleurons dorés aux angles qui peuvent varier. Le dos à cinq nerfs est orné de compartiments portant des fleurons dorés de ronds et de pointillés délimités par un double filet doré, une dentelle dorée orne les chasses, les tranches sont dorées. Les “gerbes” aux pointillés dorés font ici leur première apparition dans la reliure, elles sont appelées à un grand développement.

Exemplaire sans le chiffre et les fermesses, Valerii Maximi, Amsterdam, 1626.
Une variante de ce décor présente de petits fleurons à la place du monogramme et des fermesses sans que je puisse affirmer si la provenance est la même ou non. Le livre ici présenté possède deux fermoirs et les coupes sont ornés de petits points dorés. Je n’ai pas trouvé d’autre exemple.
Habert de Montmor est mort à Paris le 21 février 1679.
Sa bibliothèque fut vendue en 1682. Les bibliophiles de toutes époques s’enorgueillissent de posséder ses livres : Cigongne, le duc d’Aumale, Rahir, Lebeuf de Montgermont, Esmérian, Paul-Louis Weiller, Jacques Veillard, Michel Wittock…
Merci Lauverjat,
Hugues

La lettre du bibliophile

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Les femmes bibliophiles à la bibliothèque du chateau de Chantilly

Les femmes bibliophiles à la bibliothèque du chateau de Chantilly

Amis Bibliophiles bonjour,

La bibliothèque du château de Chantilly présente une exposition jusqu’au 27 juin intitulée “les femmes bibliophiles de Catherine de Médicis à la duchesse d’Aumale”. Les livres exposés dans le cadre incomparable du Cabinet des livres, couvrent chronologiquement toute l’histoire du livre depuis le livre enluminé médiéval jusqu’aux productions contemporaines. Ils ont tous appartenu à des femmes d’exceptions, bibliophiles exigeantes, dans un monde essentiellement masculin.Armes de Catherine de Coëtivy sur :Christine de Pizan, Épitre d’Othéa à Hector, Ms. 495, cliché CNRS-IRHT, © Bibliothèque et archives du château de Chantilly.Catherine de Coëtivy poursuivit à la fin du XVe siècle et au début du XVIe, une collection de manuscrits enluminés du XIIe au XVe commencée du vivant de son époux. Elle l’enrichit largement et s’inspire du plan de la bibliothèque idéale composée pour le roi. (Une quarantaine de ses livres est conservée à la bibliothèque du château). Les manuscrits enluminés grand in-folio portent les armes et la devise de la bibliophile.
Reliure au chiffre,armes et devise de Catherine de Médicis sur:De l’Estat et succez des affaires de France par Bernard de Girard, XXIII-BIS-C-006, bibliothèque et archives du château de Chantilly© (Domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda.On ne présente plus les deux rivales Catherine de Médicis et Diane de Poitiers qui sont probablement moins des bibliophiles que des “femmes de pouvoir et de savoir” selon les termes d’Olivier Bosc commissaire de l’exposition. Parmi les splendides ouvrages présentés signalons pour la reine, “L’Estat et succez des affaires de France” par Bernard de Girard chez Pierre l’Huillier en 1572, en plein maroquin olive aux petits fers, chiffres et symboles dorés et aux armes, emblème et devises peintes. Pour la favorite, à laquelle on à beaucoup attribué à tort, nous choisirons cette reliure à la grecque et aux entrelacs mosaïqués qui porte son monogramme.
Armes de la Grande Mademoiselle sur:Mémoires de la cour d’Espagne (1679-1681) par Mme d’Aulnoy, VII-G-049, © bibliothèque et archives du château de Chantilly.  Au XVIIe, la Grande Mademoiselle tient salon et sa bibliothèque presque entièrement reliée en maroquin rouge suit l’évolution de la reliure pendant le Grand Siècle. La comtesse de Verrue est une grande collectionneuse et laisse derrière elle deux bibliothèques, une à Paris et une à Meudon où ses livres portent ce supra libris (”Meudon”) doré au-dessus de ses armes.
Armes de Madame de Pompadour sur :Divertissements du théatre des Petits Appartements pendant l’hiver de 1748 à 1749 et de 1749 à 1750, XII-F-035, © Bibliothèque et archives du château de Chantilly.Les livres de madame de Pompadour, rassemblés par le duc d’Aumale, sont parmi les plus exceptionnels. Voici en cinq volumes en maroquin bleu orné à la dentelle et aux armes dorées et argentées, un des trois exemplaires sur vélin, des “divertissements du théâtre des Petits Appartements…” organisés et joués par la favorite pour le roi. Retrouvons ensuite, au XIXe Marie-Caroline duchesse de Berry, puis la “femme du bibliophile”: la duchesse d’Aumale.
Le cabinet des livres nous propose de terminer ce voyage en compagnie des Cent Une, société bibliophile bien connue des lecteurs du Blog et toujours très active. De nombreuse réalisations récentes alliant texte et illustrateur sont exposées, affirmant ainsi de belle manière la pérennité de la bibliophilie au féminin.
Lauverjat

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