Dans la bibliothèque des bibliophiles du Blog: le dernier achat de Tiephaine, « De Jure Belli Ac Pacis » de Hugo de Groot, dit Grotius

Amis Bibliophiles bonjour,
Lecteur régulier du blog, je réponds avec grand plaisir à l’appel du 5 novembre dernier. 
Voici l’avant-dernier ouvrage que j’ai acquis il y a environ deux semaines. Il s’agit d’un « De Jure Belli Ac Pacis » de Hugo de Groot, dit Grotius, daté de 1720. Il s’agit de l’édition in-octavo de Jean de Barbeyrac, incluant les commentaires du latiniste Gronovius, avec ajout de la dissertation « Mare Liberum » et de la très courte dissertation morale « De L’Equité, de l’Indulgence et de la Facilité », en un volume, relié en véritable vélin,

Cette édition est une édition de luxe (ainsi qu’en témoigne le vélin, au contraire de l’édition en deux volumes), considérée comme une référence dans les travaux sur Grotius. 



Cet exemplaire présente une intéressante signature, datée de 1722, probablement apposée par son premier propriétaire. Une autre annotation au crayon signale l’avant dernier(?) propriétaire (d’origine probablement germanique), datée de 1948. L’ouvrage ne présente guère d’informations supplémentaires sur son parcours et ses propriétaires entre ces deux-là. 
Bien complet avec ses deux gravures d’origine, il est dans un état de conservation proche de la perfection, exempt de rousseurs et de mouillures, et ne présente pas d’annotations dans le corpus du texte (une liste avec dates a priori établie par le propriétaire de 1948 est présente en toute fin d’ouvrage, mais je suis incapable de préciser à quoi elle correspond pour le moment).
Juriste et étudiant en Droit International, je suis très intéressé par les ouvrages majeurs de ma discipline; De Jure Belli Ac Pacis étant considéré comme l’ouvrage fondateur du Droit International (Mare Liberum ayant quant à lui posé les bases du Droit de la Mer moderne), il occupe une place particulière au sein de ma bibliothèque puisque je suis déjà propriétaire de l’édition en petit in-octavo de 1632 (et je ne compte pas m’arrêter là 🙂 ). 
Mon intérêt est bien sûr bibliophilique, mais aussi historique, cet ouvrage ayant connu de multiples éditions, chacune avec ses particularités, Grotius n’hésitant pas à procéder à des ajouts parfois très conséquents à chacune d’elle, les plus importants intervenants entre l’édition princeps de 1625 et celle de 1632 (les deux n’ont du coup plus grand chose à voir l’une avec l’autre).
J’ai acquis cet exemplaire aux enchères sur ebay, auprès d’un vendeur suisse-allemand, pour 180 euros (seul enchérisseur, pour mon plus grand bonheur).  
Tiephaine G. S. 

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Voltaire et l’édition de Kehl

Voltaire et l'édition de Kehl

C’est en 1777, lors d’une visite à Ferney que Panckoucke obtint de Voltaire son accord pour la mise au point d’une édition revue et complétée de l’ensemble de son oeuvre.

Après le décès de Voltaire en 1778, Panckoucke continua à rassembler des sources pour cette oeuvre monumentale et approcha Condorcet pour en diriger la réalisation, mais des difficultés financières le poussèrent finalement à renoncer à l’entreprise.

C’est alors que l’auteur du Barbier de Séville, Beaumarchais, qui était également un homme d’affaires avisé et touche à tout intervînt. En effet, celui-ci, spéculateur protéifrome, intervenant aussi bien dans la distribution d’eau que dans les fournitures aux armées, ne pouvait ignorer l’essor que connaissait alors l’édition. Il racheta à Panckoucke les manuscrits et autres écrits déjà rassemblés, puis à la veuve Baskerville le matériel de son défunt mari (célèbre imprimeur de Birmingham) avant d’installer son atelier dans le fort de Kehl, juste en face de Strasbourg, mais sur les terres du Margrave de Bade, ce qui lui permettait d’échapper à la censure Royale.
Pour financer cette oeuvre monumentale, une souscription fût d’ailleurs lancée et l’impression pût débuter en juin 1781. Mais comme souvent dans ses entreprises iconoclastes, le chemin de Beaumarchais ne fût pas sans embûches : difficultés comptables, vol, même, de la part du comptable Cantini qui disparût avec une somme considérable, refus de Panckoucke de livrer la suite des manuscrits avec d’avoir touché la somme promise, etc.

Finalement, les obstacles finirent par être surmontés, et les 30 premiers volumes de l’édition in-8 et les 37 de l’édition in-12 furent livrés aux souscripteurs à la toute fin de 1784. La publication complète s’acheva en 1787. Dans l’intervalle, d’autres soucis vinrent s’ajouter puisque l’archevêché de Paris tenta de faire interdire l’édition, et que deux contrefaçons furent également imprimées à Bâle et Gotha.

A cause de ces difficultés multiples, il semble que le projet s’il fût un succès d’édition, finît par coûter plus à Beaumarchais qu’il ne lui rapporta. Sur les 4000 exemplaires de l’édition in-8, 700 furent souscrits d’emblée par des particuliers tels que le Roi de Prusse (protecteur de Voltaire, qui en commanda 200), l’impératrice de Russie (200), Mme Necker, de Montran, et Decroix (100 chacun)… Des libraires bien établis en commandèrent également des qualités importantes tels les frères La Bottière à Bordeaux, qui en achetèrent 114, 75 autres au moins partirent en Angleterre.

Beaumarchais commenta cet aspect comptable avec l’élégance si particulière qui fût sienne (ou doit-on parler de panache?) en écrivant « l’Europe sera satisfaite et moi j’aurai perdu 600 000 livres (…) depuis 5 ans. J’ai eu l’audacieux courage de tenir parole à l’Europe ».

Deux petites anecdotes?

– 37 éditions partirent pour Haïti où le poète Mozard les fît venir.
– Précurseur à de nombreux niveaux, Beaumarchais utilisa une technique marketing avant l’heure en proposant une loterie auprès des souscripteurs : certains d’entre-eux, après tirage au sort pouvaient se voir offrir gratuitement l’édition. Cette technique n’était pas nouvelle, mais malgré tout assez rarement employée.

Voilà pour la fameuse édition de Kehl. L’édition in-8 se compose de 70 volumes. Il est à noter que si l’édition était prévue sans illustrations, certains exemplaires de choix se virent ajouter une suite d’une centaine de planches, dont certaines par Moreau le Jeune.

Voltaire, Panckoucke, Baskerville (pas Guillaume, un autre… sourire), Condorcet, Beaumarchais, Necker, Frédéric II, on le voît, cette entreprise monumentale a concerné de près quelques unes des figures marquantes de la fin du 18ème… L’édition n’est pas rare, même si elle reste onéreuse.

J’ai pensé que son histoire méritait un petit détour!

H
Images : les principaux « acteurs » : Voltaire, Beaumarchais, Frédéric II de Prusse.

7 Commentaires

  1. Oui, je suis ravi de cette acquisition car l'édition originale de la première traduction française semble rare.
    Un seul exemplaire est actuellement proposé par un libraire danois sur abebooks à un prix vraiment… dissuasif…
    J'ai trouvé également la description d'une autre édition de la traduction de Courtin, chez Adrien Moetjens – La Haye, en 3 volumes in-12°, 1703. Le libraire ayant rédigé la notice la présente comme la troisième édition de cet ouvrage.

  2. Bonsoir,
    Effectivement les ouvrages en latin semblent avoir tendance à voir leurs prix descendre. Mais il faut dire que certains avaient atteint des prix assez prohibitifs…
    Je ne connais pas cette édition de 1687, n'ayant guère eu l'occasion de la croiser même au détour des annonces, je serais donc bien en peine de me prononcer. Mais ce qui est sûr, c'est que c'est une très belle acquisition que cette première édition traduite de 1687! Encore une ligne de plus sur la déjà longue liste des titres que je dois surveiller… 😉

  3. Bonjour,
    félicitations pour votre acquisition et c'est un plaisir de constater qu'il y a de jeunes bibliophiles passionnés!
    La cote des ouvrages imprimés en latin doit probablement suivre la courbe de la démographie des latinistes ? C'est tant mieux pour les amateurs…
    Pour ma part, ayant depuis longtemps(presque)oublié mon latin de collège, j'achète les traductions. J'ai dans ma bibliothèque "Le Droit de la Guerre et de la Paix par M. Grotius, traduit par Monsieur de Courtin", 2 vol. in4°- Paris – Seneuze – 1687. EO de la première traduction en français, acquis il y a quelques années en vente publique. Ayant comparé quelques passages avec la traduction de Jean Barbeyrac, je la trouve plus agréable à lire, mais je n'ai pas la compétence pour juger de son exactitude ?

  4. Merci beaucoup pour vos commentaires!
    Il est vrai que c'est une très belle occasion et je suis honnêtement très étonné de l'avoir remportée, mais avec de la patience et un peu de chance, on peut toujours faire de très belles affaires… 🙂

  5. Bravo, joli ouvrage (pas du tout dans mon "rayon", mais joli), qui prouve une fois de plus qu'Ebay regorge de bons livres, bien établis… A un prix plus que raisonnable je crois… Et c'est également rassurant de voir un jeune érudit associer bibliophile et documentation pure… Bravo 😉

    B.

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