Comment vendre ses livres anciens : où, comment et à quel prix

Le libraire spécialisé paie comptant, à la moitié du prix public ou moins, puisqu’il doit revendre ensuite. Un même titre passe de dix euros à dix mille selon le tirage et l’état. La salle des ventes prélève sur le vendeur comme sur l’acheteur, et le choix du canal décide du reste.

Par Olympe Marcelet, inspectrice des plateformes, des mots-clés emphatiques et des miracles tarifés du marché numérique bibliophilique.

Amis bibliophiles, bonjour.

On me demande souvent où vendre un livre ancien. La vraie question est plutôt de savoir comment le vendre sans se faire dépouiller poliment, car entre le libraire pressé, la salle des ventes gourmande et la plateforme qui promet monts et merveilles, il existe mille façons de céder un bon livre pour la moitié de ce qu’il vaut.

Tout commence par une évidence qu’on néglige : on ne vend bien que ce qu’on a identifié. Avant de songer au prix, repérez l’édition, le format, l’état réel, la reliure et l’éventuel intérêt de provenance, car un même titre peut valoir dix euros ou dix mille selon le tirage et la condition. Tant que vous ignorez ce que vous tenez, vous n’êtes pas en position de vendre, mais en position de vous faire expliquer votre propre livre par celui qui veut l’acheter ; au moindre doute, mieux vaut d’abord en estimer la valeur.

Le comparatif des canaux est en ligne : ce que le libraire retient sur le prix public, les frais que la salle des ventes prélève des deux côtés, et les trois lignes d’annonce qui font la différence entre un livre vendu et un livre affiché.

Restent les canaux, qu’il faut connaître pour choisir. Le libraire spécialisé est le plus simple et le plus sûr : il achète, vous êtes payé tout de suite, mais comme il revend, il achète bas, souvent la moitié du prix public ou moins. La vente aux enchères offre le plus beau potentiel — un bon livre peut s’y envoler — au prix de frais prélevés sur le vendeur comme sur l’acheteur, de délais et d’une part d’aléa ; on la réserve aux pièces qui méritent une salle. eBay donne l’audience la plus large, idéale pour les valeurs moyennes, mais la concurrence y est rude et tout repose sur la qualité de l’annonce. Catawiki vise plus haut, avec une clientèle internationale, en prélevant elle aussi des deux côtés. Pour le tout-venant, Delcampe, AbeBooks, Le Bon Coin et les ventes entre particuliers évitent l’intermédiaire, à condition d’accepter un public plus ou moins averti. Enfin, les groupes et forums de bibliophiles permettent souvent de vendre mieux et plus vite, à des gens qui savent exactement ce qu’ils achètent.

Quel que soit le canal, une annonce honnête vend mieux qu’une annonce flatteuse. Donnez le titre exact, l’auteur, l’éditeur, la date, le format, et surtout l’état véritable, car une mouillure cachée fait plus de tort qu’une mouillure avouée. Précisez si l’exemplaire est complet de ses planches et de ses cartes, première question de tout acheteur sérieux, et photographiez réellement le livre — couverture, dos, page de titre, défauts. Une belle reliure mérite d’être signalée : l’amateur averti la reconnaît et la paie.

Vient le prix, où l’on se trompe le plus. Le piège classique est de se fier aux prix affichés, qui ne prouvent rien puisque chacun affiche ce qu’il veut ; seuls comptent les prix réalisés, c’est-à-dire ce qui s’est effectivement vendu, en salle ou en ligne. Fixez ensuite un montant qui laisse une marge de négociation, sans confondre l’espérance et la réalité, car un livre n’est jamais rare tant que personne ne l’a payé.

Méfiez-vous pour finir des frais qui s’empilent des deux côtés, des estimations trop aimables qui flattent pour mieux capter votre lot, et de votre propre tendance à surestimer ce que vous aimez. Le marché ne paie pas votre attachement : il paie un objet, un état, une demande. Gardez la tête froide, et le sourire de qui sait exactement ce qu’il vend.

Pour aller plus loin, voyez nos pages sur l’estimation d’un livre ancien, sur l’édition originale et sur les formats.

GUILDE · inspection des plateformes — O. Marcelet. Note de service à l’usage des vendeurs prudents.

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Lea beaux classiques du Fonds Médard, de Holbach à Buffon

Lea beaux classiques du Fonds Médard, de Holbach à Buffon

Amis bibliophiles bonjour,
Au hasard des recherches sur Internet, j’ai découvert récemment le site du Muséee Médard.C’est un musée situé à Lunel qui expose la bibliothèque de M. Louis Médard (1768-1841), marchand d’étoffe de son état.
 Il passa trente ans de sa vie à chercher des ouvrages rares, et finit par léguer à sa ville natale, l’ensemble de ses collections qui regroupent 5000 ouvrages (je n’ai pas compris si c’était 5000 ouvrages ou volumes, mais peu importe, ça représente un certain nombre de corps de bibliothèques!) Une de ces bibliothèques du 19e restée dans son jus, que l’on ne rencontre plus de nos jours hélas… Je n’ai malheureusement pas encore eu le temps de m’y rendre, mais je compte bien y aller au printemps sur un week-end.Les responsables du musée ont eu la très bonne idée de photographier et de mettre en ligne un certain nombre de volumes (reliures, pages de titre, illustrations…). Afin de s’aiguiser l’appétit avant d’aller sur place, on pourra regarder le site :http://www.museemedard.fr J’ai relevé quelques ouvrages dignes d’intérêt, dans les sujets qui m’intéressent (mais on pourra trouver un peu tous les sujets : histoire, belles lettres, sciences naturelles…) : Dans la section « Théologie Hétérodoxe », quelques pièces vraiment remarquables : 
Holbach « Systeme de la Nature » 1770 en maroquin rouge par Derome le Jeune.Que peut on rêver de plus beau dans un bibliothèque?J’avais en tête un seul autre exemplaire relié par Derome : celui de Pixérecourt mais j’ignore où il est passé… Souverain « Le Platonisme dévoilé »  1700 en maroquin vert par Derome le Jeune :

Holbach « de la cruauté religieuse » 1769 en maroquin vert :


Toland «  Le Nazaréen ou le christianisme des Juifs, des Gentils et des Mahométans » 1777 en maroquin rouge par Derome le Jeune : 
Dans la section « Livres 18e illustrés » :
Cervantes « Don Quichotte et Nouvelles » 1768 en maroquin rouge avec un superbe dos à la grotesque :
Homère « l’Iliade et l’Odyssée » 1711 en maroquin rouge d’une remarquable fraicheur :
 
La Fontaine « Fables » 1755-59 en maroquin rouge :  Buffon « Histoire naturelle des Oiseaux » 1771-86 en maroquin rouge par Derome le Jeune :


 L’ouvrage fait l’objet d’une exposition temporaire.Je pense que ça vaut le coup d’oeil : les coloris ont l’air très délicats!
Dorat « Fables » 1773 en maroquin rouge par Lefebvre :
 La reliure semble d’une fraicheur remarquable.
Et enfin dans la section «Facéties», je ne résiste pas à vous montrer un petit livre dont le titre seul prête à sourire :
Rolet « Tableau historique des ruses et subtilitez des femmes : où sont naïvement représentées leurs moeurs, humeurs, tirannies, cruautez, desseins, inventions, feintises, tromperies, & generalement leurs artifices & practiques; le tout confirmé par histoires arrivées en France de nostre temps, non moins véritables que tragiques & prodigieuses » 1623 dans une admirable reliure fin 17e en maroquin rouge.Le livre provient des bibliothèques choisies de DuVivier et de Charles Nodier.Un petit bijou!
Il me semble que cela fait une belle destination pour un week-end non?
Bonne lecture à tous.
Wolfi
Ps : si un lecteur a un Holbach dans cet état, je suis preneur 🙂

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