Amis Bibliophiles bonjour,
Remontons le temps, imaginez quelques instants que nous sommes au milieu du 19ème siècle: la fin de l’Ancien Régime a multiplié le nombre de livres anciens disponibles, au point qu’en certains endroits, on vend les post-incunables au poids… Quelle époque merveilleuse, qui n’a duré qu’un temps, puis l’un des plus grands bibliophiles du 19ème, le baron Pichon la regrettait déjà en 1887.
Plein maroquin bleu roi, large dentelle avec un décor d’oiseaux sur les plats
Chambolle – DuruVoici un bel ouvrage, que je n’ai hélas pas non plus acheté au poids, mais qui possède de nombreux atouts: peu connu, bien illustré, magnifiquement relié, de belle provenance… et surtout avec une longue annotation du baron en toute fin.


Une note qui nous raconte une belle histoire:
« Cette édition de la vie de Sainte Catherine de Sienne imprimée par Guyot Marchant, dont elle porte la 2e adresse, pour Jehan Petit le 3 avril 1503-4 n’est citée nulle part. Les deux éditions plus anciennes sont celle de Jeh. Trepperel II vers 1520 ou 25 et de la Vve Barnabé Chaussant 1532. Celle ci est autrement plus importante.


Ce présent exemplaire est celui des Carmes Déchaussés de Paris et ensuite de la bibliothèque du chapitre de Paris. Reliée avec une vie de Clotaire et de Ste Radegonde de 1527 (je l’ai faite relier en m. r. D. De m. bleu meme dentelle que celui ci). Il fut vendu à la livre en 1811 avec toute une voiture de vieux livres à un épicier de la rue des Marmousets nommé Neveu qui le revendit à la livre aussi à un amateur inconnu. Celui ci a signalé le fait dans une note que j’ai soigneusement conservée (voir le 1er feuillet de garde de la fin).
Je l’ai acheté (pas à la livre) les 16 et 18 mars 1886 à Baillieu qui le tenait de son beaufrère Jules lequel l’avait acheté dans une vente borgne au lieu dit la Tour Malakoff à Montrouge.
B. J. P. 6 juin 1887. ees »
Je ne me lasse pas de la relire, elle permet en effet de retracer une grande partie de l’histoire de l’ouvrage, son origine, son parcours sur le marché, mais aussi que c’est Pichon lui-même qui décida de la faire relier ainsi.
Les contreplats sont reliés en maroquin rouge, avec la même dentelle
Chambolle – DuruJoli, non? Cela console presque de ne pas avoir connu l’époque.
H
P.S.: je m’aperçois que le 29 avril, date du dîner des bibliophiles, on fête Catherine de Sienne, un bon prétexte pour venir au dîner, où j’apporterai donc sans doute cet ouvrage.

Bonsoir Gonzalo,
Les tranches antiquées sont particulières aux XVe et XVIe siècles. Elles ne revinrent à la mode que vers 1830, jusque vers 1880. Ces tranches antiquées sont des tranches dorées et ciselées avec un petit burin gravé (donc pourquoi pas avec un fer, azuré ou autre ?), dont le motif répété et incrusté dans les feuillets dorés par de légers coups de marteau formait un dessin. Gros inconvénient : les ciselures transforment le bord du papier en dentelle !
Un relieur pourrait probablement corriger et compléter tout ça, le Dictionnaire Encyclopédique du Livre et autres ouvrages de technique de reliure étant muets
sur le sujet.
Jean-Paul
Bonsoir Gonzalo,
Les tranches antiquées sont particulières aux XVe et XVIe siècles. Elles ne revinrent à la mode que vers 1830, jusque vers 1880. Ces tranches antiquées sont des tranches dorées et ciselées avec un petit burin gravé (donc pourquoi pas avec un fer, azuré ou autre ?), dont le motif répété et incrusté dans les feuillets dorés par de légers coups de marteau formait un dessin. Gros inconvénient : les ciselures transforment le bord du papier en dentelle !
Un relieur pourrait probablement corriger et compléter tout ça, le Dictionnaire Encyclopédique du Livre et autres ouvrages de technique de reliure étant muets
sur le sujet.
Jean-Paul
Je profite de la science de tous, et de celle de Jean-Paul en particulier. Il me semble que la question a déjà été évoqué il y a quelques mois, mais est-ce qu’un fer azuré peut faire des tranches guillochées? Est-ce que l’un correspond à l’autre?
Bonsoir Bergamote,
Un fer azuré est un fer à dorer utilisé pour pratiquer des ornements azurés, c’est-à-dire ornés de fines hachures, par analogie avec la représentation conventionnelle de la couleur bleue, dite « azur », en héraldique. Utilisés en France surtout de 1550 à 1590.
Jean-Paul
J’aime beaucoup le plat de ce livre. Le dos, un peu moins.
Petite question (dont j’ignore la réponse, il ne s’agit pas d’une devinette) : qu’est-ce qu’un fer « azuré » ?