Les livres anciens étaient cachés sous le plancher…

Amis Bibliophiles bonjour,
Quand je pense que vous arpentez salles des ventes, salons, libraires et internet à la recherche du livre rare alors que vous dormez peut-être sur la bibliothèque secrète que papy avait voulu cacher à toute la famille!
Comme les greniers, les planchers ont en effet leurs secrets:
Photo Isabelle Carino, L’AlsaceAinsi à Dambach (Bas-Rhin), des ouvriers ont récemment découvert des centaines de livres écrits en hébreu dissimulés sous le plancher de l’ancienne synagogue alors qu’ils procédaient à des travaux de transformation.
Malheureusement, les ouvrages ont probablement été cachés rapidement, dans un espace très réduit, et à la fois le manque de place et les conditions de conservation les ont beaucoup abîmés. 
On manque encore d’information sur les raisons de cette dissimulation, mais le fait que les livres soient en hébreu et qu’il s’agisse d’une synagogue laisse évidemment à deviner le pire. 
Comme le reste de l’Alsace et la Moselle, la ville de Dambach fût annexée par l’Allemagne dès décembre 1940, qui considérait ces territoires comme allemands. 
J’en profite pour saluer la mémoire des Malgré-Nous, ces jeunes lorrains et alsaciens âgés de 17 à 45 ans, qui furent enrôlés de force dans l’armée allemande, le plus souvent pour combattre sur le front de l’est. C’est l’histoire de mon grand-père, de ses frères et de toute cette génération de ma famille qui combattit, et mourut pour certains, sous un uniforme qu’ils haïssaient, dans l’hiver d’un pays dont ils ne comprenaient pas la langue. Certains s’évadèrent, mais nous sommes toujours sans nouvelles de certains, morts dans les environs de Kiev.
Dambach-la-Ville fût libérée par les alliés fin 1944.
H

La lettre du bibliophile

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Des formats et de leur évolution…

Des formats et de leur évolution…

Finalement, aujourd’hui, on peut mettre tous les ouvrages d’une bibliothèque sur un support numérique qui rentrerait dans une poche… Quelle évolution!

D’une certaine façon, c’est une parabole autour de l’évolution des formats connue par le Livre, et en particulier par le Livre Ancien, enfant chéri des bibliophiles.

J’ai déjà parlé dans un message des différentes appellations données au format (in-folio, in-4, in-12, etc.) des livres, mais sans réellement m’attacher à l’évolution de ces formats au fil du temps.

Au fil de mes lectures, j’ai lu plusieurs fois que pour le Livre ancien, en ce qui concerne les formats, tout a changé en 3 ou 4 siècles, avant que ne soit adopté le format qu’on lui connaît la plupart du temps aujourd’hui.

A l’origine, au Moyen-Age par exemple, le livre est un objet sacré, ou au moins sacralisé… Et d’une certaine façon sa rareté, sa valeur et le travail qu’il exige, justifient la taille qu’on lui donne alors le plus souvent, à savoir des in-folio, qui sont conservés à plat dans les scriptoriums et les bibliothèques, voire sur des lutrins (la physionomie des bibliothèques elles même évoluera d’ailleurs aussi significativement, de fait).

Jusqu’au 17ème, le livre (dans son format in-folio) est un signe de pouvoir, il est « monumentalisé », et n’est pas réellement pensé pour le lecteur, pour l’individu : peu aisé à transporter, encombrant, lourd, fragile, etc. Aussi il voyage peu, et son univers est statique : nombre de lecteurs limité, déplacements limités.

A partir du fin du 17ème siècle les choses changent, on commence enfin à voir apparaître des formats de taille in-8 ou plus petits, et si les grands formats perdureront un temps pour des raisons diverses, dont notamment la beauté des figures, le mouvement sera dès lors irrémédiable…

Les Elzevier, qui avaient lancé leurs petits formats pour des raisons d’économie furent bien sûr les précurseurs. Mais au 18ème, la tendance devient générale, et c’est le format in-12 qui s’impose très majoritairement, voire des formats encore plus petits, comme les Cazins.

Economie, société dans laquelle les idées s’échangent plus rapidement peut-être, mais aussi « démocratisation » de la lecture, et surtout nouvelles habitudes de lecture. En fait, avec le 18ème, le livre commence enfin à être pensé pour le lecteur.

La lecture devient personnelle, intime, et non plus rituelle et devant un auditoire comme quelques siècles auparavant, le lecteur même se déplace avec ses livres : il voyage, il les offre, il les lit dans les salons, il les revend… La vie de l’objet elle-même se fluidifie en fait, et justifie ces nouveaux formats, infiniment plus pratiques.

Pour ma part, même s’il me serait évidemment difficile de résister à un bel in-folio… je préfère les petits formats, notamment in-12 et in-8, probablement parce que je suis avant tout un lecteur (même les in-4 sont parfois un peu embarrassants je trouve, même si leur « noblesse » est évidente). Aussi, et comme nous tous, je pense, j’ai une relation très personnelle avec mes livres, et même s’il est difficile de transcrire cela en mots… cette intimité s’exprime plus volontiers avec ces petits formats maniables… qui souvent d’ailleurs n’ont rien à envier à la qualité des grands formats.Pour tout vous avouer, je pense que les livres in-folio qui sont dans ma bibliothèque, dont un sublime Racinet… sont ceux que j’ouvre malheureusement le moins souvent…Quoi qu’il en soit, je trouve que cette évolution du format des livres est vraiment intéressante… le passage du livre monumental à l’objet intime, évolution culturelle et historique qui se reflète dans les formats… Intéressant, non?

Et pour vous? La taille compte?

🙂

H
Images : un moine au travail, et une étudiante travaillant sur deux elephant-folio… pratique, non?

6 Commentaires

  1. je ne connais pas, existe-t-il encore ? (et existait-il il y 25 ans ?)… mais c'est un quartier peu commerçant, ce n'est pas étonnant. En cherchant on voit qu'il y en a un en face de la Gare.

  2. @ Calamar, Il était le long d'une grande rue en dehors de la ville. En venant de Fontaine (ou Plastic Omnium fabriquait des éléments de 206 ) on prenait cette avenue à un feu sur la gauche bien avant de redescendre et d'arriver à la vieille ville, je le visitais à chaque fois que je me déplaçais chez ce client,mais par habitude, cela est déjà loin et je suis bien incapable de donner l'adresse et de dire si il existe encore ? C'était coté Est de Belfort et pas dans le vieille ville.En regardant les mapps de google peut être vers Ave D'Altkirch en tous cas dans ce quartier.

    Daniel B.

  3. Le cas est (relativement) fréquent, un article de la Revue Française de l'Histoire du Livre d’il y a 2 ou 3 ans était consacré à une découverte similaire de livres (des 15 et 16ème, je crois,) trouvés dans la cache d’un mur par des ouvriers en Espagne.

    Et, de mon coté, j’ai acheté dans une vente il y a une dizaine d’années plusieurs livres du XVIème qui auraient été dissimulés dans une niche du mur de la bibliothèque d’un château. (dixit le Commissaire-priseur). En reliure uniformes 16ème, aux plats ornés, l’intérieur n’avait pas trop souffert mais les cuirs ont du faire l’objet d’une restauration. Plusieurs portaient le même ex-libris : Jehan Lemoyne, marchand, ami proche de Ronsard. Ce personnage est cité dans un document notarié ( Madeleine Jurgens, Ronsard et ses ami ,1985, tome II, p 276)".

    Textor

  4. Cela devait être assez fréquent dans l'Est lors des guerres successives. Il y a dix, douze ans environ un bouquiniste de Belfort qui n'avait habituellement que du moderne et XIXe avait rentré un important lot de XVIIIe très poussiéreux aux cuirs secs mais en bon état. Ils avaient été trouvé derrière une cloison de doublage détruite lors de la restauration d'une maison.

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