Une petite trouvaille bibliophilique: un jeton de présence de la Société des Bibliophiles François

Amis Bibliophiles bonjour,
Le bibliophile aime s’entourer de petits objets autour de sa passion: des fers, des petits objets en maroquin, un elzéviromètre (absolument capital dans toute bonne bibliothèque), etc.
Au moment où je préparais pour le blog une série d’articles sur les sociétés de bibliophiles, le hasard a mis sur ma route ce petit objet, un jeton de présence de la Société des bibliophiles François (vous trouverez plus d’informations sur cette belle société de bibliophiles ici: http://bibliophilie.blogspot.fr/2013/04/les-societes-de-bibliophiles-i-la.html).

Ce petit jeton en argent mesure 4 cm de diamètre. Sur l’une de ses faces, on trouve un portrait de Jacques Auguste de Thou, le « patron de la compagnie ». Sur l’autre, une très belle bibliothèque dans une belle perspective, surmontée de la devise « et in ea invenies thesaurum ». 


Le tout est conservé dans un joli petit écrin de cuit noir doublé de velours bleu roi. Ces jetons étaient remis aux membres de la Société.
Mais d’ailleurs, j’y pense, pensez-vous qu’une Société de bibliophiles aurait encore du sens en 2013?
H

La lettre du bibliophile

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Rabelais, dit Alcofribas Nasier

Rabelais, dit Alcofribas Nasier

Amis Bibliophiles Bonsoir,

La réponse à l’énigme (trop facile semble-t-il) de vendredi était bien sûr François Rabelais, ou Alcofribas Nasier, puisque c’est de cet anagramme qu’il signa ces premiers livres.
François Rabelais est né en 1494 près de Chinon, et sera l’une des grandes figures de la littérature française du 16ème siècle. Paradoxalement, si le grand public le connaît surtout pour l’adjectif « rabelaisien » (gaillard, gaulois, truculent, aime la bonne chair, etc.), le début de la vie de François fût beaucoup plus clame, puisqu’il entre à l’adolescence comme novice chez les franciscains. C’est là qu’il se passionne pour le grec, langue dans laquelle (avec le latin) il entretient une correspondance avec Guillame Budé.

Néanmoins, les habitudes du jeune François correspondent mal à la rigueur de l’ordre franciscain et celui-ci obtient l’autorisation de passer chez les Bénédictins, aux règles moins strictes en 1525.

Dès lors, il voyage beaucoup, prend l’habit de prêtre et s’installe en 1530 à Montpellier où il étudie la médecine. En 1532 on le retrouve à Lyon où il est nommé médecin de l’Hotel-Dieu et où il publie Pantagruel sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier. Le livre est rapidement condamné par la Sorbonne mais Rabelais bénéficie de la protection de Jean Du Bellay.

En 1534, toujours sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier, il publie Gargantua. Il quitte le froc, retourne à Montpellier et passe son doctorat, ce qui va faire de lui l’un des grands médecins du Royaume. Il est notamment connu pour pratiquer la dissection des cadavres, encore peu répandue à l’époque. Il devient « maître des requêtes du Roi » et obtient en 1545 un privilège qui lui permet d’imprimer librement ses livres pendant 10 ans.
Il va donc publier le Tiers Livre en 1546, mais sa critique virulente de l’Eglise et de la Sorbonne, qui a condamné ses deux premiers livres, l’oblige à quitter Paris et il se réfugie dans la belle ville de Metz, où il devient le médecin de la ville.

En 1552, le nouveau Roi lui accorde également un privilège pour la réimpression de ses livres. Rabelais publie le Quart Livre en 1552, condamné lui aussi, mais par le Parlement, cette fois.

Il s’éteint à Paris en 1553.

Que dire? Tous les livres de Rabelais ont été condamnés lors de leur publication, ce qui illustre a posteriori le manque d’ouverture des autorités de l’époque (mais pas des souverains, qui protégèrent Rabelais, que ce soit François 1er ou Henri II), et confirme les débats que nous avons déjà tenus ici sur la censure.

Rabelais aura laissé quatre ouvrages :
– Les horribles et espoventables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel Roy des Dipsodes, filz du Grand Géant Gargantua, composez nouvellement par maistre Alcofribas Nasier (1532).
– La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel (1534) par Alcofribas Nasier.
– Le Tiers Livre (1546).
– Le Quart Livre (1548-1552).

On lui attribue parfois Le Cinquième Livre, paru en 1564, mais l’attribution à Rabelais demeure incertaine.

Les Bibliophiles retiendront plusieurs choses de ce grand homme de la Renaissance, notamment : Le Tiers Livre est le premier signé par Rabelais de son vrai nom. L’ouvrage marque un tournant dans la vie de l’auteur, qui quitte les imprimeurs lyonnais pour Wechel à Paris, humaniste et réputé pour la qualité de ses impressions, ce qui vaudra au Tiers Livre d’être imprimé dans un beau caractère italique.

H

Images : deux portraits de Rabelais.

13 Commentaires

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  3. Je suis à l'étranger.

    J'avoue que je ne sais plus trop qui a dit quoi (peut-être dans les commentaires, d'ailleurs), mais je crois bien me souvenir que le nombre de 2000 bibliophiles avait été mis en avant par Anne Lamort dans un article du Figaro Magazine (mais était-ce une coquille et devions nous comprendre 20000?).

    A mon sens, c'était une coquille. C. Galantaris avait lui évoqué 10000 bibliophiles il y 30 ans, je ne vois pas de raison objective de diviser ce nombre par 5. D'autant plus que, c'est bien connu, la bibliophilie préserve. 🙂

    Je pense surtout qu'être bibliophile n'est pas une question d'intelligence, d'une part parce qu'on est toujours l'idiot de quelqu'un… et que je me méfie de ce type de classements des individus d'autre part.

    Je ne me sens d'ailleurs pas capable non plus d'attribuer des médailles de bibliophilie.

    Donc, en fait, bibliophile = celui qui aime les livres, les collectionne, enfin vous connaissez la définition.

    "Tout a déjà été dit, mais comme personne n'écoute, etc.", vous connaissez la chanson.

    Mais bon, ça non plus, je n'adhère pas trop, ce n'est pas une vision très moderne de la vie 🙂

    Hugues
    PS: l'argument de Benoît fait mouche à mon sens, avec 2000 bibliophiles, il n'y aurait pas de blogs, pas de Salons, pas de ventes, pas de libraires, pas de marché. Seuls les prix seraient bas! 🙂

  4. Ce chiffre de 2000 bibliophiles a été proposé dans un article du B.B, il y a peu. J'espère ne pas m'être trompé, Hugues. On pourra vérifier ?

    Je ne voulais pas être tendancieux mais cette estimation m'avait interpellé. Il se peut que Jean-Paul ait d'ailleurs raison. Quand j'ai fait le quiz proposé par Hugues, j'ai réalisé que je ne pouvais légitimement revendiquer ce titre. Je suis tout juste un lecteur cultivé ce qui n'a rien d'humiliant, en fait. On peut être mélomane sans être musicologue, on peut acheter de forts beaux livres sans être bibliophile ;-))

    Je fais partie des lecteurs du B.B et j'appartiens déjà par le fait à une société de bibliophiles ?

    Pierre

  5. S'il n'y avait que 2000 bibliophiles en France, il n'y aurait plus de libraires anciens.
    Et pas de Salon du Grand Palais.
    Et pas 2 ventes de livres par semaine.
    Si j'avais le temps, je vous ferais une petite démonstration mathématique, mais je n'ai pas ce temps.
    Pensez rapport entre nombre de livres en vente/vendus/fichiers/SVV/nb de libraires et vous vous verrez qu'économiquement, cet écosystème ne tiendrait pas avec 2000 bibliophiles.
    Benoit

  6. Il est de bons illustrateurs, de bons relieurs, de bons imprimeurs.

    Et de bons bibliophiles, en nombre.

    Il suffit parfois de générer soi-même la place qu'on peut croire absente, et, si le bon accueil n'est pas immédiat, qui sait si les livres publiés ne se retrouveraient pas sur un ebayana dans un blog de bibliophile en 2150.

    Ou, tant pis, en vrac dans une manette en compagnie d'illustres amis au rebus.

    La vanité mis à part, rien ne se mesure à l'aune de notre propre espérance de vie.

    N.

  7. A son habitude, M. Fontaine est bien sentencieux, à croire qu'il délivre des brevets d'aptitude intellectuelle aux bibliophiles en son cabinet.

    L'idée même de "compétence intellectuelle" interpelle. Le nombre de bibliophiles en France est largement supérieur à 2000, il suffit pour cela d'avoir en tête le nombre d'adresses actives présentes dans les fichiers des libraires et des maisons de vente. Le reste n'est que fantaisies et supputations de quelqu'un qui est loin du sujet.

    En ce qui concerne la société de bibliophiles, je m'interroge sur le fait qu'il y ait encore une place en France pour l'édition de beaux livres comme l'entendaient nos aînés. Qui seraient les illustrateurs, les éditeurs, les imprimeurs, les relieurs?

    Jacques L.

  8. Pour envisager une société de bibliophiles en 2013, il faudrait, aujourd'hui, pouvoir en définir le cadre.

    Si comme Jean-Paul le pense, il n'y a pas plus de 2000 bibliophiles en France qui en ont les compétences intellectuelles, il faudra envisager un examen d'entrée…

    Si vous optez pour des amoureux des beaux livres qui souhaitent créer un club-service de l'édition de luxe, il faudra envisager un ticket d'entrée prohibitif…

    Si vous vous entourez de gens cultivés, vous devrez les empêcher de prendre la parole pendant vos repas statutaires au risque de voir vos réunions devenir interminables…

    Pour bien faire, il vous faudrait quelques libraires du Slam qui seraient comme la caution morale de cette noble institution.

    Je verrais bien un discours de réception sur un thème touchant au livre comme à l'Académie Française. Si vous avez besoin d'un nègre, Philippe Gandillet se fera une joie de vous envelopper ça dans de la dentelle ;-)) Pierre

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