La reliure par l’image: une étonnante reliure sans dos, ou « backless binding »

Amis Bibliophiles bonsoir,

Après vous avoir présenté les reliures puzzle (https://bibliophilie.com/la-reliure-par-limage-les-rarissimes-reliures-puzzle-ou-reliures-a-surprises-vexierbuch-puzzle-binding/), je vous présente aujourd’hui un rare exemplaire de reliure sans dos, ou « backless binding ».

Cette étonnante reliure se présente en deux volumes, qui recouvrent 4 tomes de l’atlas Marianus de 1659.

Les volumes sont de format in12 ou in16. Chaque volume est recouvert de deux plats. A l’intérieur, les pages sont regroupées par blocs qui laissent apparaître des sortes de faux contreplats de mince cartonnage, donnant l’impression d’un accordéon.

Chaque volume regroupe deux tomes qui ont la particularité de se lire « chacun dans leur sens ». Le tome 1 se lit de façon traditionnelle, sous le premier plat, mais le tome2, qui débute par le second plat, se lit comme un manga. La première page du texte constitue la dernière page du volume et les deux tomes se terminent au milieu du corps d’ouvrage.

La reliure est très richement décorée, on distingue des fleurs, des oiseaux, des écureuils et des singes. Les tranches sont antiquées. Evidemment, il n’y a pas de dos, donc nulle pièce de titre ou de tomaison, celles-ci ont été dorées sur les plats.

On connaît très peu de reliures sans dos, elles furent produites pour l’entourage de la famille royale française au 16e siècle.

Ces reliures démontrent une grande maîtrise technique de la part d’un relieur, et si le texte est difficile à lire dans ces conditions, on le leur pardonne aisément.

Hugues

PS: ces reliures ne doivent pas être confondues avec les reliures en trompe l’oeil, dont nous avions déjà parlé ici:

Les différents types de reliure: la reliure en trompe l’oeil ou reliure sans dos

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Une Librairie sans Histoire: la librairie Baillieu

Une Librairie sans Histoire: la librairie Baillieu

Comme parfois, et avec une immense gratitude, je laisse les clefs du blog à Bertrand, qui vous propose le message du jour, « Une Librairie sans histoire », qui se trouve d’ailleurs être le 250ème message mis en ligne sur le blog.

Il est des librairies comme des hommes, certaines laissent une marque indélébile d’autres s’effacent presque à jamais soufflées par le vent de l’histoire.
Aujourd’hui les noms de Rahir, Morgand, Belin, sont connus de tous les bibliophiles. Ces librairies sont pourtant d’un autre siècle.

Demain sans aucun doute, les Bérès, Giraud-Badin, Sourget et autres rentreront chez les immortels de la librairie ancienne, à la place qui leur est due ou conférée par une myriade de bibliophiles avides de sens.

Mais qui se souvient de la librairie Baillieu ?
C’est à l’occasion de l’achat d’un lot de catalogues mensuels de cette librairie que j’ai décidé d’en savoir un peu plus.

J’ai acheté dernièrement une cinquantaine de catalogues allant du 15 août 1876 au 5 septembre 1879. Simple brochés d’une trentaine de pages environ tenues par une ficelle, imprimés sur mauvais papier bois jauni et fragile, chaque catalogue mensuel présente de 500 à 600 numéros.

Comme souvent à l’époque, le descriptif est succinct, très abrégé, mais souvent suffisant et avec quelques commentaires qui ne sont pas inintéressants.

Mais revenons à cette librairie sise au 43 du quai des Grands-Augustins à Paris, lieu bien connu pour ses boîtes de bouquinistes, aujourd’hui encore un lieu où sont installés quelques librairies anciennes réputées.

Le premier catalogue mensuel dont nous disposons pour cette librairie est le 118è et il est daté du 15 août 1876. En faisant le chemin à rebours, on en déduit, s’il n’y a pas eu d’interruption dans les catalogues, que le premier catalogue de cette librairie à du voir le jour aux environs de novembre 1866. Les catalogues dont nous disposons font donc état de la dixième à la treizième année d’activité.
L’intitulé des catalogues est le suivant : Catalogue mensuel de livres d’occasion, livres rares et curieux en tous genres, en vente aux prix marqués à la librairie Baillieu, 43 quai des Grands-Augustins, Paris.

Il y a un encart assez amusant sur la première page de tous les catalogues que nous possédons, avec le texte suivant :

« Nous prions MM. nos clients de la province et de l’étranger, à qui, pour leur éviter des frais de port plus considérables par une autre voie, nous expédions par la poste les ouvrages qu’ils nous ont demandés, de vouloir bien, en nous soldant leurs achats, ajouter au montant de leur facture les frais d’affranchissement déboursés par nous, ce qu’ils négligent quelquefois de faire. » La chose étant dite.

On peut lire également en haut du verso de la première page de chaque catalogue l’avertissement suivant :

« Les livres portés sur nos catalogues sont vendus au prix marqué à chaque ouvrage, SANS REMISE d’aucune espèce. Toute demande faite à d’autres conditions sera considérée comme nulle et non avenue et il n’y sera pas répondu. Les frais de port sont toujours à la charge du demandeur. » La chose est entendue…

Le contenu des catalogues maintenant.

On y trouve en effet de tout. Les prix vont de 1 à 5 francs pour les moins chers, jusqu’à quelques centaines de francs pour les plus chers. La moyenne se situant à une dizaine de francs seulement.

Pour 3 francs or vous aviez tout de même les Plans et profils des principales villes de la province de Bourgogne (1640), 20 cartes, vues de villes ou plan, in-8 oblong (n°97 du catalogue 118). Combien les paierait-on aujourd’hui ?
Pour 28 francs vous pouviez acheté le « fort rare » Cabinet satyrique ou recueil parfaict des vers picquans et gaillards de ce temps. Rouen, 1627, 1 vol. in-8 en demi-reliure. Exemplaire « un peu court ».

Comme souvent à cette époque, les livres les plus chers sont des livres récents. Ainsi le Moyen-âge et la Renaissance, histoire et description des mœurs et des usages, etc, publié sous la direction de Paul Lacroix et F. Peré, Paris, 1849-1851, 5 vol. in-4 brochés, est proposé au prix conséquent de 325 francs or.

Belle époque où il faisait bon acheter des ouvrages imprimés en lettres gothiques du XVIè siècle à 55 francs or (Les coutumes du pays et duché d’Ajou, 1509, chez J. Arnoul, en reliure de l’époque).
Sans être une librairie aussi importante qu’a pu l’être celle de Damascène Morgand et Charles Fatout à la même époque ; sans proposer d’aussi beaux livres (peu de reliures aux armes de grande qualité, peu de provenance rarissimes, peu d’exemplaires impeccables) ; il me semble que cette librairie pratiquait une politique des prix raisonnable à la manière d’un Jules Labitte, avec des livres de qualité honorable.

Nous ne savons presque rien de cette librairie.

Nous avons seulement trouvé un commentaire dans la Revue d’Octave Uzanne, Le Livre (bibliographie moderne), à l’année 1888, où il est écrit :

« Le catalogue de la librairie Baillieu, chez qui vous pourrez, au milieu des tablettes surchargées jusqu’à plier sous le poids, rencontrer le Plini Secondi (1536), des éditions originales de Regnard, le Molière de 1674, Le Musée Réveil, le Sacre de Louis XV, toutes sortes d’ouvrages sur les sciences occultes, les pierres gravées, l’art, et enfin un précieux manuscrit du XVè siècle contenant un roman de chevalerie espagnol, Historia de Alessandro Magno, par Goncalo de Berceo, en plus de 10.000 vers. » (Le Livre, partie bibliographie moderne, juillet 1888).

Alors je me dis, ignorais-je l’existence de ce fameux libraire parce qu’il n’a pas réussi à passer dans l’histoire de la librairie ancienne à une assez belle place ? Ou bien est-ce moi qui l’ai ignoré trop longtemps tandis que d’autres le connaissent déjà bien ?

A vous maintenant de dire. Le connaissiez-vous ? En savez-vous plus sur lui ?

Toutes les informations seront bonnes à prendre, pour le plaisir de tous ici.

En espérant vous avoir fait passer un bon moment,

Amitiés bibliophiliques,
Bertrand
Merci Bertrand,H

2 Commentaires

  1. Le fait de le relier comme une carte topographique était peut être symbolique dans le cadre de ce livre, chemin à suivre pour le culte de marie ? il y aurait couture ou c’est uniquement collé ?

    Merci pour ces deux derniers articles, vu le prix d’un livre puzzle blanc, je devrais envoyer le post à mon restaurateur, du papier blanc et des plats d’époque, nous en avons plus qu’il n’en faudrait…(rire bien évidement)

    Amitiés
    Daniel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.