La dorure au XVIIIe: les dos au décor de treilles… un décor typique d’un atelier travaillant pour le Duc de la Vallière?

Amis Bibliophiles bonsoir,
Bonjour à tous,
Comme beaucoup d’entre vous j’imagine, je profite des vacances pour lire le catalogue de la vente annuelle de Montignac.
Et deux reliures ont retenu mon attention :


J’avais repéré ces reliures au dos si caractéristiques depuis quelques années déjà : un travail typiquement XVIIIème siècle, en veau ou en maroquin, avec un décor de treilles (ou pointillés?) et des feuilles sur un dos lisse. Je me suis toujours demandé si ces reliures avaient été réalisées par le même atelier et si par hasard, elle n’avaient pas un rapport avec la collection du Duc de La Vallière.
J’ai en effet découvert que deux d’entres elles provenaient de cette illustre bibliothèque :
Tout d’abord, un ouvrage de Perceforest de 1531 en 3 volumes in-folio proposé en 2009 par la librairie Sourget (catalogue XXXVIII lot n°11). L’exemplaire est admirable et provient du couvent des Récollets et de la collection la Vallière (1783 n°4098).
On le retrouve dans son catalogue :

Ensuite, un exemplaire non moins désirable de « Le spectacle de la nature » de Pluche que proposait, il y a quelques temps, la librairie Jadis et Naguère à Paris.

On le retrouve dans son catalogue de 1783 sous le numéro 1475 :


Hormis ces deux exemplaires à la provenance indéniable (je fais confiance aux libraires), je ne connais pas d’autre exemple avec une provenance certaine.
Je rapproche toutefois de ces deux premiers livres cinq autres beaux exemplaires, en maroquin rouge également :
1-  Boulanger « Recherche sur l’origine du despotisme oriental » 1761, proposé à la vente Montignac de 2009 (une mine pour ce genre de reliure Montignac!).Je ne me rappelle plus ce que je faisais en 2009, mais je l’ai loupé 🙂

2- Deslauriers « Les pensées facétieuses et les bons mots du fameux Bruscambille » 1741provenant de la bibliothèque Rahir, qui est passé en vente en octobre 2011.

3- La Salle « Quinze joues de mariage » 1726, proposé récemment en vente en Allemagne


4 – Le Passe Partout Galant 1710 (passé à la même vente Allemande).

5 – Laborde « Choix de Chansons » 1773 4 tomes reliés en 2 volumes avec une jolie dentelle avec des fleurs et des papillons.

C’est un livre que j’avais acheté dans une vente en Belgique et que je regrette beaucoup. Je l’ai revendu mais je pense désormais que je ne retrouverai peut être jamais un exemplaire aussi beau (le tirage et le papier étaient remarquables).
Un moment d’absence…



Je n’ai pas retrouvé ces livres dans les catalogues  de vente de la collection La Vallière disponibles sur internet (celles de 1783 et 1767). Mais il y a eu plusieurs autres ventes (1773, 1777), sans compter les dons et échanges…
Voici enfin un dernier exemplaire repéré :
Querlon « Les Graces 1769 en veau dans un catalogue (n° 40) de la librairie Béres.


J’ai bien retrouvé un exemplaire qui pouvait correspondre  mais il faisait partie de la dernière vente La Vallière qui a été acquise en bloc  par le Marquis de Paulmy (maintenant à la bibliothèque de l’Arsenal). Donc, ce n’est certainement pas ça…
Bref, rien de bien tangible scientifiquement parlant, mais j’ai comme une vague intuition que ces reliures ont un rapport avec un atelier qui travaillait pour le Duc de la Vallière.Derome père, Derome le jeune, Laferté reliaient pour l’insatiable bibliophile.Quid de ces reliures délicates?

Qui aurait des éléments qui permettaient d’avancer un peu sur le sujet?
Merci d’avance,
Cordialement,
Wolfi

La lettre du bibliophile

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Un ouvrage d’Octave Uzanne sur les relieurs français du 18ème siècle: The French Bookbinders of the eightenth century, publié par le Caxton Club

Un ouvrage d'Octave Uzanne sur les relieurs français du 18ème siècle: The French Bookbinders of the eightenth century, publié par le Caxton Club

Amis Bibliophiles bonjour,
Le Club Caxton a été fondé le 26 janvier 1895 à Chicago par 15 bibliophiles désirant favoriser la publication de beaux livres. Le nom de Caxton fût choisi en référence au premier imprimeur anglais William Caxton. Né en 1422 en Angleterre, celui était présent en 1471 à Cologne, là où l’avenir de l’imprimerie se jouait. Quelques années plus tard, il collabora à l’impression du premier ouvrage imprimé en langue anglaise, The Recuyell of the Historyes of Troye. Il quitta finalement les Pays-Bas avec une presse et installa son imprimerie à côté de l’abbaye de Westminster. En 1477, c’est lui qui proposait le premier livre imprimé en Angleterre, The Dictes or Sayings of the Philosophers. Un an plus tard, il imprimait les célèbres Canterbury Tales de Chaucer.

Les 15 fondateurs du Caxton Club étaient bibliophiles, éditeurs, artistes et libraires. En créant ce club, ils suivaient l’exemple d’autres associations de bibliophiles récemment crées: Le Club Grolier à New York (1884), le Club of Odd Volumes à Boston (1886), le Rowfant Club à Cleveland (1892), et le Philobiblon Club à Philadelphie (1893). Ne nous y trompons pas, si leur objectif avoué était la re-publication de beaux livres, ils souhaitaient aussi simplement se retrouver à l’abri de la folie du monde pour deviser autour de leur passion, et petit à petit organiser des expositions ou favoriser la recherche en constituant une bibliothèque documentaire. De 1899 à 1918, le Caxton Club organisa des expositions, développa sa bibliothèque et publia de très beaux ouvrages. Si le club souffrît pendant la 1ère Guerre Mondiale, au point de devoir réduire considérablement ses activités, il su ensuite renaître et existe toujours aujourd’hui (vous pouvez visiter le site http://www.caxtonclub.org). 
On le sait, les relations entre les grands bibliophiles français et nord américains étaient étroites, Robert Hoe par exemple était le correspondant et membre honoraire de plusieurs sociétés de bibliophiles français. Il était donc légitime que le Caxton Club propose à Uzanne de publier un ouvrage sur les relieurs et les doreurs français du 18ème siècle. 

L’ouvrage dût traduit par Mlle Mabel McIlvaine, et parut aux éditions du Caxton Club en 1904 sous le titre The French Bookbinders of the eightenth century.
C’est un magnifique ouvrage de 3 – (133) pages, à très grandes marges, tiré à 252 exemplaires seulement, dont 243 seulement furent proposés à la vente et 3 imprimés sur vélin du Japon. 

Il propose une très riche illustration : 5 vignettes inspirées d’aquarelles de Paul Avril, 14 étiquettes de relieur à l’encre rouge, et 20 planches hors-texte assez curieuses qui représentent des reliures de l’époque.



Il se décompose en 5 chapitres, des Notes, une Bibliographie et un Index:
Chapitre 1: l’origine et les traditions des relieurs du 18ème siècleChapitre 2: les premières tentatives de décor Renaissance dans la communauté des relieur-doreurs du 18ème siècleChapitre 3: les maîtres relieurs et doreurs de l’époqueChapitre 4: le travail sur le corps du livre. La pratique, les outils, les matériaux bruts, les prixChapitre 5: soie, broderies, etc. comme décoration pour les reliures.

Ce qui séduit avant tout, avec la qualité d’exécution de l’ouvrage, c’est la mine d’informations disponibles pour qui s’intéresse au sujet, et que je n’ai pas croisées ailleurs: biographies des relieurs bien sûr, et pas uniquement des plus connus, prix pratiqués… et même les chansons imaginées par les apprentis des ateliers pour brocarder tel ou tel maître. 

Les illustrations en couleurs sont admirablement choisies et permettent de comprendre le propos d’Uzanne. En ce qui concerne les étiquettes de relieurs, c’est tout simplement incroyable et je vous proposerai prochainement un article entièrement consacré au sujet.

Mon exemplaire, en état quasi parfait est en cartonnage de l’époque… occasion unique de le confier à un relieur, non? Qu’en pensez-vous?
H

11 Commentaires

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  2. Merci beaucoup de cet "éclairage de lanterne", wolfi. Je devrais pouvoir me procurer cet article et proférer moins d'âneries à l'avenir.

  3. Bonjour,

    à priori (je ne sais pas si des doubles ont été revendus par la suite, mais je ne pense pas), la deuxième partie du dernier catalogue de La Valliere a été acquise en bloc par le Marquis de Paulmy. Tous ces livres se trouvent maintenant à la bibliothèque de l'Arsenal.
    Mais il y a eu deux autres ventes en 1773 et 1777, où furent vendus respectivement 2812 et 1308 lots de doubles.
    Maintenant, je ne pense pas que l'atelier en question travaillait exclusivement pour La Valliere : il a pu évidemment relier pour d'autres amateurs.

    On peut lire l'article de Dominique Coq "Le Paragon du bibliophile français : le duc de la Valliere et sa collection", si l'on veut avoir plus de renseignements sur les multiples ventes du Duc. Egalement reproduite une photo de "dos caractéristiques à la grotesque" de cette bibliothèque.
    Je ne retrouve plus le lien sur Internet qui permettait de le lire, mais je l'ai en PDF : si quelqu'un est intéressé, je peux lui passer.

    merci de l'info pour le Terence en tout cas.
    je suis interessé par une photo (pour mes archives)!

    cordialement,

    Wolfi

  4. Désolé, décidément; il me semblait avoir laissé un commentaire (je ne suis pas très doué) avant les quelques lignes qui précèdent, qui sont incompréhensibles sans ce qui suit.

    Je disais que je possédais un exemplaire des comédies de Térence portant ce décor (Mérigot, 1753, 2 vol., en veau) et que le catalogue du Duc de La Vallière (2de partie, t. 5, n° 17093) en avait un semblable… jusqu'à ce que je comprenne que "d.s.t." devait signifier "doré sur tranches". Je tiens des photographies à votre disposition (ou à celle d'Hugues),
    Guillaume

  5. Si d.s.t. = "doré sur tranches", cela ne correspond pas à mon exemplaire (tranches rouges)… désolé pour la fausse piste (et surtout désolé de n'avoir pas réfléchi plus longtemps) ! pourtant, il y a bien ce décor.

    En tout cas, je serais curieux de connaître le résultat de l'enquête.

    Guillaumus

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