La Collection d’Artois et la famille Didot: un petit bijou pour bibliophiles

Amis Bibliophiles bonjour,

A la fin du XVIIIe siècle, la famille Didot occupe une place de premier plan dans le paysage éditorial français. François-Ambroise Didot (1730-1804), dit Didot l’Aîné, fait figure d’éditeur officiel. 
La collection d’ouvrages, que lui demande Louis XVI « pour l’éducation du Dauphin », par un brevet d’Avril 1783, est bien connue. 
De même, le Comte de Provence, frère du Roi, confie à Pierre-François Didot (1732-1795) l’impression de ses éditions : Didot devient « Imprimeur de Monsieur ».
Ces deux collections sont renommées; la collection du Dauphin est toujours très recherchée; elle a en effet de nombreux atouts : tirages très limités, belle typographie, beau papier, souvent bien reliée.
Il est peut-être le moins connu des trois frères mais Charles-Philippe, Comte d’Artois, a lui aussi commandé une série d’ouvrages à François-Ambroise Didot.

Hamilton, Mémoires du Comte de Gramont, relié aux armes du Comte d’Artois, Gros et Delettrez, 2011.
Charles-Philippe est né en 1757. Louis XV choisit de lui donner le comté d’Artois en apanage, semble-t-il pour rassurer les délégués de cette province, qui craignaient la colère du Roi, à la suite de l’attentat de Damiens, natif d’Artois, en mars de cette année 1757. 
En 1780, c’est donc un jeune prince de 22 ans qui s’adresse à Didot, pour lui commander une « collection d’ouvrages français, en vers et en prose, imprimés par ordre du Comte d’Artois ». C’est en tout cas sous ce titre que la collection est généralement désignée ; mais il ne figure pas tel quel dans les ouvrages imprimés.
Daucourt, le Berceau de la France, page de titre du tirage « Artois ».
La seule mention qui s’en rapproche figure dans le titre des listes récapitulatives, insérées à la fin du dernier tome publié en 1780, puis à la mi 1781, et enfin fin 1781. Ces titres portent « Première Liste des ouvrages imprimés par ordre de Mgr le Comte d’Artois », sans autre mention ni distinction, puis  « Seconde Liste des ouvrages imprimés par ordre de Monseigneur Comte d’Artois », cette fois-ci en séparant la prose des Poésies, catégorie qui ne regroupe que les Oeuvres choisies de Boileau, et enfin « Troisième liste des ouvrages imprimés par ordre de monseigneur Comte d’Artois », séparant de nouveau les Poésies, comportant cette fois-ci les Fables de la Fontaine et les Oeuvres choisies de Gresset. Nulle mention de vers ni de prose dans ces listes…
Première liste des ouvrages, insérée à la fin des Amours de Roger et Gertrude, 1780.
A noter qu’après les deux premières années le rythme de parution s’essouffle : de 27 tomes publiés en 1780 et 1781, nous passons à 6 tomes seulement (trois titres) en 1782, puis, en 1784 : Tom Jones, en 4 tomes. En 1786, Didot écrit dans la réédition de L’épitre sur les progrès de l’imprimerie, en note d’un passage fort élogieux sur Artois : « Monseigneur Comte d’Artois a commencé dès l’an 1780 une collection d’ouvrages de son choix, composée en partie des plus jolis romans que l’on connoisse : elle se monte actuellement à 64 vol. Ce Prince fait présent des exemplaires de cette édition imprimée par ses ordres. » Mais la série s’arrête là. Au total la collection comprend 35 titres, répartis en 64 volumes.

Didot Fils aîné, épitre sur les progrès de l’imprimerie, édition de 1786.
Didot, Essai de fables nouvelles, 1786. On voit plusieurs membres de la famille mis à l’honneur sur cette page de titre.
Cette collection groupera des ouvrages légers : des romans principalement, et quelques recueils poétiques. Les auteurs choisis ne sont pas tous français, mais les ouvrages sont écrits dans cette langue. Dans un cas exceptionnel, il s’agit d’une traduction. Ils sont pour la plupart contemporains ; il s’agit d’auteurs à la mode, voire reconnus, et des textes emblématiques, dans le genre choisi. Dans certains cas l’ouvrage est publié la même année, comme pour Les Jardins de l’abbé Delille.
Ce parti-pris non académique a nui à la réputation de la collection. Les bibliographes ne sont pas tendres sur ses qualités littéraires : « collection intéressante que par son exécution typographique et sa rareté », écrit Gabriel Peignot. « Le choix aurait pu être plus sévère », d’après Brunet. Renouard est du même avis : « cette collection pourroit être d’un d’un meilleur choix littéraire ».
Ces jugements sévères sont motivés par la présence d’auteurs fort oubliés, déjà au début du XIXe siècle, comme par exemple Daucourt, Mme de Tencin, d’Arnaud, de Saint-Réal… Il ne faudrait pourtant pas croire que tout soit de la même farine. La collection regroupe également des noms plus solides : Voltaire, Montesquieu, La Fontaine, Mme de La Fayette, Hamilton, Boileau, notamment. 
Les éditions sont soignées ; dans certains cas le texte est revu spécialement, une préface est rédigée. 
C’est dans cette collection que les nouveaux caractères Didot sont utilisés. La collection est tirée à soixante exemplaires, que le Comte d’Artois se réserve et distribue dans son entourage. Ces exemplaires sont tirés sur un papier de qualité : un papier vélin, nouveauté en France, papier fin, résistant, très blanc. 
Didot tire pour son usage personnel un certain nombre d’exemplaires, dont le nombre est estimé entre 40 et 60, suivant les bibliographes. Ceux-ci sont tirés sur un papier d’Annonay, de qualité moindre : c’est un vergé, légèrement plus jaune, mais tout aussi fin et résistant. 
Trois exemplaires sont tirés sur peau de vélin : l’un pour le Comte d’Artois, le second pour son trésorier, Mr de Verdun de Montchiroux, le troisième pour Didot. On peut rêver : Deux de ces exemplaires sont en France, à la BNF et à l’Arsenal, le troisième à la British Library (celui de Verdun de Montchiroux, réfugié à Londres pendant la Révolution). Mais certaines bibliographies affirment qu’il y eut quatre exemplaires tirés…
Il semblerait qu’un tirage supplémentaire puisse exister ; en effet on trouve mention de quatre exemplaires sur vélin, avec les caractéristiques Didot, des Oeuvres de Boileau (ex Le Camus de Limare, Hangard, la Borde, MacCarthy). De même, la vente Renouard présente un exemplaire de Tom Jones sur vélin.
D’Arnaud, Lorezzo, page de titre du tirage « Didot ».
Les exemplaires « Didot » se distinguent des exemplaires Artois par deux différences : le papier, comme on l’a vu, et la page de titre. Sur la page de titre Artois se trouvent les mentions : « par ordre de Mgr le Comte d’Artois », A Paris, de l’Imprimerie de Didot l’Aîné », avec la date. Le fleuron reprend les armes du Comte d’Artois. Pas moyen de se tromper !
Par contre les exemplaires Didot sont moins facilement repérables. En effet, s’agissant d’une impression privée, non mise dans le commerce, les mentions habituelles ne peuvent y figurer. Nous n’avons donc plus les mentions relatives au Comte d’Artois, ni son fleuron. Mais nous n’avons plus non plus l’imprimeur ! la seule mention, comme toute édition clandestine qui se respecte, est un lieu (Paris) et la date. Le fleuron d’Artois est remplacé par un fleuron passe-partout.
Ceci nuira à l’identification des exemplaires en question, d’autant qu’il s’agit de textes couramment édités à cette époque.
A noter que les autres caractéristiques de l’édition sont en tout point identiques : jusqu’à la liste des ouvrages publiés, présente trois fois comme on l’a vu, qui est également présente dans les exemplaires Didot.
Le format utilisé est traditionnellement désigné comme un in-18 dans les bibliographies, quelquefois un in-16. Les dimensions correspondent effectivement à ce format : suivant l’ardeur du relieur, les ouvrages mesurent de 12,5cm à 13,5 cm de hauteur, sur 7,5 cm à 8,5 cm. Le format bibliographique est en réalité un in-12 par demi-feuille. 
L’édition n’est pas illustrée, mais suivant la mode du temps, certains collectionneurs ont truffé leurs exemplaires, tel Renouard, qui s’était constitué un « exemplaire de choix » à partir de trois collections entières…
Ex-Libris de Thierry de Ville-d’Avray, premier valet de chambre de Louis XVI, sur les Contes d’Hamilton.
Cette collection, distribuée aux proches du Comte d’Artois, qui n’étaient pas forcément bibliophiles, n’a pas toujours été traitée avec le même soin. Elle était livrée en feuilles, son rythme de parution était irrégulier, et de nombreux exemplaires furent rapidement dépareillés.
Fénelon, Télémaque, enrichi de figures, maroquin de Lefèbvre, Sotheby’s, 2007, bibliothèque Marcel de Merre, vendu 9000 euros.
Notons par exemple que l’exemplaire du Duc de la Vallière (qui a une excuse valable), présenté à la vente de 1783 (lot 4134) ne comprenait que 21 volumes, soit les 12 premiers titres, et les trois premiers tomes du treizième, brochés. Il s’agit du seul lot retiré de la vente par la duchesse de Chatillon. Plus significativement, dans la vente du fonds de Bure, en 1838, sous le numéro 1506 on trouve une collection « complète », mais dépareillée : 56 volumes en feuilles, 7 brochés et un relié. Le numéro 1507 présente neuf volumes brochés, le numéro 1508 17 volumes « Didot » brochés.
Christies, octobre 2008, lot 200 : Collection d’Artois, 25 volumes, maroquin citron, provenance : Comte de Paris.
Au fil du temps, les collections complètes se sont encore raréfiées. Ainsi, à la vente Christie’s du 14 octobre 2008, l’exemplaire du Comte de Paris ne comportait plus que 25 volumes, soit 14 des 35 titres au total.De même est passé récemment en vente un tome isolé : Daphnis et Chloé, aux armes de Marie-Antoinette, figurant à la vente de la bibliothèque Marcel de Merre, en juin 2007 (Sotheby’s), vendu 4320 euros. 
Daphnis et Chloé, maroquin aux armes de Marie-Antoinette.
Par nature, les provenances sont souvent prestigieuses ; on trouve donc souvent ces volumes dépareillés dans de belles reliures, du temps ou légèrement postérieures. Un beau thème de collection, peu encombrant !
Collection d’Artois, 37 volumes, demi-maroquin, vente Ader, mars 2015.
Voici la liste des titres de la collection d’Artois :
En 1780 :Montesquieu, le Temple de Gnide, 1 tome, 76 pages.Duclos, Acajou et Zirphile, 1 tome, 69 pages.(Godard de Beauchamps), Ismène et Isménias, 1 tome, 115 pages.Mme de la Fayette, Zayde, 3 tomes, 156;135;166 pagesMme de la Fayette, la princesse de Clèves, 2 tomes, 184;166 pagesTressan, histoire du petit Jehan de Saintré, 1 tome, 182 pagesMarmontel, trois contes moraux, 1 tome, 170 pagesMme Riccoboni, lettres de la Comtesse de Sancerre, 2 tomes, 156;160 pagesCazotte, Ollivier, 2 tomes, 188:168 pagesDaucourt, le berceau de la France, 2 tomes, 175;152 pagesMme Riccoboni, Lettres de Milady Juliette Catesby, 1 tome,  193 pagesTressan, le prince Gérard, comte de Nevers, 1 tome,  171 pagesVoltaire, Contes et Romans, 6 tomes, 189;180;198;178;178;179 pagesLongus, Daphnis et Chloé, 1 tome, 200 pagesMme Riccoboni, Histoire d’Aloïse de Livarot, 1 tome, 77 pagesMme Riccoboni, les amours de Roger et de Gertrude, 1 tome,  79 pages
EN 1781 seront de nouveau publiés 27 tomes :Tressan, histoire de Tristan de Léonois, 1 tome,  212 pagesPrévost, Manon Lescaut, 2, 179;174 pagesDuclos, les confessions du Comte de ***, 2 tomes, 129;128 pagesd’Arnaud, Sargines, 1 tome,  130 pagesMme de Graffigny, lettres péruviennes, 2 tomes, 185;166 pagesMme de Tencin, le siège de Calais, 2 tomes, 122;126 pagesd’Arnaud, Lorezzo, 1 tome,  152 pagesde Saint Réal, Don Carlos, 1 tome,  135 pagesde Saint Réal, conjuration des Espagnols contre Venise, 1 tome,  142 pagesHamilton, mémoires du Comte de Gramont, 3 tomes, 168;189;183 pagesBoileau, Oeuvres choisies, 1 tome,  227 pagesla Fontaine, Fables, 2 tomes, 244;294 pagesGresset, Oeuvres choisies, 1 tome,  158 pagesFénelon, les aventures de Télémaque, 4 tomes, 192;226;197;208 pagesHamilton, contes, 3, 211:164:207 pages
En 1782 seront publiés :Delille, les Jardins, 1 tome,  140 pagesMontesquieu, les Lettres persanes, 3 tomes, 184;189;201 pagesla Fontaine, les Amours de Psyché et de Cupidon, 2 tomes, 156;171 pages
Aucune publication en 1783. La collection se termine en 1784 avec:Fielding imité par La Place, Tom Jones, 4 tomes, 336;293;297;369 pages
Calamar

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Un monument de la Bibliophilie: les Pillone

Un monument de la Bibliophilie: les Pillone

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Titien, Vecellio, Pillone et Bérès, quatre grands noms pour les amateurs d’art et les bibliophiles, quatre grands noms pour un ensemble unique dans l’histoire de la Bibliophilie : la bibliothèque Pillone.

La bibliothèque ou collection Pillone est l’expression consacrée pour qualifier les quelques cent soixante volumes appartenant à la famille Pillone dont les reliures fûrent peintes par Vecellio.
Dans l’Italie du 16ème siècle, les livres étaient rangés dans le sens inverse de celui que nous utilisons aujourd’hui: ils présentaient leurs tranches de gouttière, et non leurs dos au lecteur faisant face à la bibliothèque (c’est en fait la phase de transition entre les ouvrages rangés à plat et le rangement actuel). La particularité des Pillone, est que Odorico, Giorgio et Antonio Pillone poussèrent l’extravagance vénitienne de l’époque jusqu’à faire peindre, de façon quasi systématique, la tranche de gouttière de leurs ouvrages. En réalité, on parle bien là d’un projet bibliophilo-artistique unique.

Cette tâche extraordinaire fût confiée à Cesare Vecellio (1521 – 1601), neveu ou cousin de Titien (qui s’appelle en fait Tiziano Vecellio), dont les Pillone étaient les protecteurs et mécènes. Cesare Vecellio qui fît ses classes chez Titien peignît également les églises de Belluno, la ville où résidaient les Pillone (Vénétie, à 80 km au nord de Venise). Titien lui-même était d’ailleurs un habitué de la maison des Pillone.

Si l’idée de peindre les tranches n’est pas unique (voir par exemple les nombreux « fore-edge » anglais du 19ème siècle, ou quelques ouvrages français de la fin du 18ème représentant des scènes bucoliques), l’ensemble constitué par les Pillone était lui sans égal. Une oeuvre de Vecellio à BellunoD’une part, les Pillone furent semble-t-il les seuls de leur époque à faire exécuter ces travaux et d’autre part, les 168 (ou au moins 170 disent d’autres sources) livres ainsi peints étaient regroupés dans un cabinet spécifique. On devine qu’il devait produire un effet particulièrement impressionnant sur ses visiteurs. Quel effet chromatique, et quelle majesté…
En 1875, le bibliophile Tessier, qui eût l’occasion de contempler la bibliothèque Pillone dans la villa même de Belluno en parlait en ces mots «…ceci vous rend extatique, vous pensez vous trouver devant un ensemble d’objets d’art, et vous vous retrouvez non seulement devant une merveilleuse bibliothèque, mais également devant une sublime et abondante collection de tableaux ». Plus loin, il affirme que ce moment aura « dépassé ses attentes ».

Les décors peints par Vecellio représentaient soit des animaux, soit des personnages, souvent les auteurs des ouvrages eux-mêmes d’ailleurs, comme celui ci-dessous. C’est Odorico qui le premier commanda ces œuvres à Vecellio. On a retrouvé quelques une de ses notes destinées au peintre, le plus souvent sur le contreplat. Il y donnait des détails précis sur ses souhaits.

Ce qui est assez unique également, est que cette collection, formée au 16ème siècle par les Pillone nous est parvenue sans trop de dommages au fil des siècles… Enfin, jusqu’à ce qu’elle croise la route de Pierre Bérès, dans la seconde partie du 20ème siècle. Geographie de Strabon, 26 août 1480, orné d’un portrait de Strabon, Vente Bérès décembre 2006

En 1837, on trouve ainsi dans le contrat de mariage d’un descendant des Pillone que le marié apporte « une précieuse collection de livres anciens de grande valeur et d’une grande rareté, et dont l’état de conservation remarquable se double de l’honneur d’être enrichis de miniatures de Vecellio ».
Les volumes seront ensuite vendus en janvier 1875 pour permettre aux descendants de faire face à divers revers de fortune et achetés en bloc par le bibliophile anglais Sir Thomas Brooke qui les déplaça à Londres. Il dressa d’ailleurs la liste de cette « bibliothèque de Venise ». Il fît également fabriquer une bibliothèque d’ébène sur le fronton de laquelle fût gravé en lettres d’or « Libros hic summa repositos cum Diligentia collegit Odoricus Pillonius Venetus, ornavit eximia art Vecellius César. »

Le neveu et héritier de Brooke confia la vente des ouvrages à Alan Keen et c’est en 1957 que Pibi, Pierre Bérès, acheta l’intégralité de la collection, même si trois ouvrages disparurent mystérieusement entre Londres et Paris.

Bérès inventoria la collection, écrivît un ouvrage, proposa des expositions, mais l’acquisition des Pillone par le grand libraire parisien signa également et malheureusement leur dispersion au fil des ventes. Certains d’entre eux furent d’ailleurs vendus lors des grandes ventes Bérès de 2007 et 2008.

Monument de la Bibliophilie, les Pillone ne sont désormais plus « un », puisque l’unité de la collection a été rompue, mais ils restent d’immenses ouvrages, rares, avec des textes prestigieux et, chose peu commune, porteurs pour chacun d’entre eux d’une œuvre unique, une création de Vecellio. Leurs prix se comptent aujourd’hui en dizaines, voire en centaines de milliers d’euros.

On trouve dans les Pillone un petit nombre de livres allemands issus de l’héritage d’un ancêtre des Pillone, qui s’était engagé sous les ordres de Charles Quint, et qui mourût au siège de Metz en 1553. Les chercheurs divisent généralement les Pillone en quatre grandes parties, dont tous les volumes furent peints :
Seneque, Epistolae ad Lucillium, Rome, 1er février 1475. Vente Bérès 2007

– Les volumes du 15ème siècle : ils furent tous publiés en Italie, sauf de lo Speculum Aureum praeceptorum de Enricus Herf imprimé à Nuremberg en 1481: quarante-quatre à Venise, cinq à Trévise, quatre à Brescia quatre, trois à Vérone, trois à Vicenza, trois à Rome, trois à Bologne, deux à Parme, etc.
– La deuxième partie est composée de seize volumes publiés de 1503 à 1520. Dix furent imprimés à Venise, un à Paris, un à Milan, deux à Bâle, un à Naples et un à Lyon.
– La troisième partie est composée de livres entre 1522 a 1547, soit 59 volumes, publiés principalement en Suisse, en Allemagne et en France.
– La quatrième partie contient 30 volumes imprimés entre le milieu du XVIe siècle et 1591.

Naturellement, il ne s’agît que d’une partie de la bibliothèque des Pillone, qui étaient des notables de Belluno, notamment des juristes, et qui possédaient également d’autres nombreux livres, mais dont les tranches ne furent pas peintes, et qui ne furent pas inventoriés.
On pense aujourd’hui que les Pillone firent peindre les volumes qui n’avaient pas trait à leur travail ou à leurs études, mais qu’ils avaient rassemblés pour leur rareté, leur beauté et par passion. L’ensemble des reliures peintes en effet assez hétérogène, regroupant des ouvrages classiques en grec et en latin, des ouvrages scientifiques, des chroniques, des ouvrages de tacttique militaire ou même de voyages.

Je vous ai demandé si l’un de vous avait un exemplaire Rahir… je ne vous demande pas si vous avez un Pillone ! Sourire.

Hugues

Pour en savoir plus, vous pouvez notamment consulter :
Pierre Bérès : Cesare Vecellio et la bibliothèque Pillone. Paris, P. Berès, 1957. 1 volume in-8
Pierre Bérès : catalogue n°67, un groupe de livres Pillone
Anthony Hobson : the book collector, 1958
Cesare Vecellio fit des études approfondies sur l’habillement de l’époque avec des descriptions et dessins :
Corona delle nobili e virtuose dame (1591/1598) trilogia di Cesare Vecellio
Degli habiti antichi et moderni di diverse parti del mondo (1589).

8 Commentaires

  1. La modification de la page de titre des exemplaires de la BL date très probablement de la période révolutionnaire pendant laquelle certains lecteurs zélés ont voulu faire disparaitre les symboles du régime royal et féodal jusque dans les livres.
    Voir l'exemplaire de l'Anatomie de Winslow 1732, actuellement en vente sur eBay, dans lequel tous les mots relatifs à la royauté ont été caviardés sur la page de titre et la dédicace.
    Ce vandalisme révolutionnaire militant est heureusement assez rare.

  2. Bonjour, quel bel article. Je possède également un "Acajou et Zirphile sans les armes du duc mais avec la mention "par ordre de mgr le comte d'Artois" et l'adresse de Didot l'aîné.
    Il y a aussi à la British Library un exemplaire d'Acajou et Z. mais dont la page de titre est curieusement modifiée. Les armes princières sont grattées et remplacées par la gravure d'une tour chargée des lettres JJMV. Le nom du comte d'A. a été gratté et il ne subsiste que "par ordre". Le nom de Didot, l'adresse et la date de 1780 n'ont pas été modifiés. Au moins un autre ouvrage de cette collection, les Lettres d'une Péruvienne a été modifié de la même façon et est également conservé à la BL. Je connais une collection presque complète en Belgique. ( je puis vous envoyer une photo de l'ex. de la BL si cela vous intéresse)

  3. Jolie collection, très bien imprimée surtout.
    Il manque quelques gravures hélas sur certains titres! Aussi on rencontre parfois des exemplaires enrichis : je pense à Bozerian qui avait relié pour sa propre collection un certain nombre d'ouvrages (reliés "plein or") avec des gravures venant d'autres éditions.
    Un "princesse de Cleves" en maroquin me satisferait à vrai dire…
    Bonne vacances à tous
    Wolfi

  4. Jolie collection, très bien imprimée surtout.
    Il manque quelques gravures hélas sur certains titres! Aussi on rencontre parfois des exemplaires enrichis : je pense à Bozerian qui avait relié pour sa propre collection un certain nombre d'ouvrages (reliés "plein or") avec des gravures venant d'autres éditions.
    Un "princesse de Cleves" en maroquin me satisferait à vrai dire…
    Bonne vacances à tous
    Wolfi

  5. Jolie collection, très bien imprimée surtout.
    Il manque quelques gravures hélas sur certains titres! Aussi on rencontre parfois des exemplaires enrichis : je pense à Bozerian qui avait relié pour sa propre collection un certain nombre d'ouvrages (reliés "plein or") avec des gravures venant d'autres éditions.
    Un "princesse de Cleves" en maroquin me satisferait à vrai dire…
    Bonne vacances à tous
    Wolfi

  6. bonsoir,
    merci de pour ce commentaire sympathique ! et oui, le tirage total est bien de 60 ex pour Artois, environ 40 pour Didot, plus quelques éventuels exemplaires sur peau de vélin. Mais comme les collections sont la plupart du temps dépareillées, au final cela fait 6400 volumes, donc pas si rare que ça, sauf si on cherche un titre bien précis, ou une collection complète, bien sûr. Ce qui va faire le prix, c'est la reliure et la provenance éventuelle. Le Temple de Gnide est sensé être un des titres les moins courants, car le premier publié.

  7. Bonsoir et merci pour cet intéressant article très bien documenté !

    Vous confirmez le très faible tirage des exemplaires "Artois" ??

    Je suis surpris, ayant un "Temple de Gnide" 1780, de cette édition dans ma bibliothèque… Je ne l'imaginais pas si rare…

    Comme décrit, imprimé sur un papier fin, bien blanc et dénué de toute rousseur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.