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Je serai de retour le 15 juillet. Comme convenu j’ouvre ce message pour que vous puissiez communiquer via les commentaires si vous le souhaitez. A bientôt. H

La lettre du bibliophile

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Variations sur les Heures Hachette: fourgon de la Brinks, Dorgis de la Reine, Lancastre, Bedford et autres fantaisies… La parole est à l’expert

Variations sur les Heures Hachette: fourgon de la Brinks, Dorgis de la Reine, Lancastre, Bedford et autres fantaisies… La parole est à l'expert

Amis Bibliophiles bonjour,
Régulièrement, le Blog du Bibliophile propose un message qui sort de l’habitude, par son intérêt, son style, son importance, ou même sa longueur (petites manipulations autour d’un ouvrage, disparition des cols rouges, etc.). Parfois encore un message peut présenter toutes ces caractéristiques. C’est le cas aujourd’hui, avec l’aventure épique, que notre ami Ugo a vécue autour des « Heures Hachette », et qu’il va nous conter. Cet article restera quelques jours sur le blog, pour permettre à chacun de le lire, de le relire, de le partager, de le commenter, et j’ai envie d’ajouter, de s’en délecter…
« Deux millions… 2 millions ??? 2 millions !!! D’euros ??? Ben oui, pas des drachmes. Adjugé 1680000, 2019000 frais inclus.
Saperlipopette !!! comme dirait un commissaire-priseur de mes connaissances, pas celui dont on parle, mais un autre, avec des moustaches en guidon de vélo et un fond de commerce ancré vieille France.

Attendez, attendez… je ne suis pas payé et si, à dieu ne plaise, je le suis un jour, je ne l’aurais pas volé mon pognon. Décembre 2010 que je transpire sur cette histoire, septembre 2011 que j’en fais un quasi plein temps. 14 mois à l’avoir en tête, 8 à bosser dessus. Et je vous fais cadeau de mon activité durant les mois qui ont suivi la vente, jusqu’au jour d’aujourd’hui. N’oublions pas les 10 000 € de moins au compteur. C’est ce que m’ont coûté mes spécialistes et stagiaires sans parler de la doc.
Huit mois c’est beaucoup, faut être un expert un peu laborieux de la comprenette, pour y passer autant de temps. Une raison à cela, c’est qu’il a fallu m’imprégner peu à peu de ce que je devais dire et ne pas dire, faire et ne pas faire. Mais ce n’est pas la raison principale…
Basta ! On est ici pour parler de livres entre amateurs distingués; ce n’est pas une tribune libre. Dommage, j’en aurais long comme les deux bras à vous raconter…
Dans la série j’ai-du-tout-faire-moi-même, prenez le proposal… c’est bibi. Pour les ceusses qui savent pas, un proposal en France c’est une proposition commerciale qu’on appelle de son nom anglais parce que c’est nous qui faisons comme eux et pas l’inverse; un peu comme les Condition Report réclamés impitoyablement à un expert francophone pourtant honnête homme dans ses descriptions.
Attention, un proposal chez les roast-beef, c’est grand comme un bouclier de légionnaire romain, avec des photos de votre bouquin sur les genoux de la reine, voire en cache-sexe du prince Harry. Et puisqu’il faut viser l’international, autant s’adresser aux nouveaux riches du céleste empire; aussi ne vous étonnez pas de le retrouver, en double page centrale, brandit par Lin Piao devant un bataillon de Gardes Rouges.
En fait le proposal, je l’ai torché vite fait et balancé au copie-shop du coin. A ce moment mon illustration fétiche, c’était la neuvième; je l’avais mise en couverture. La neuvième, celle de la fuite en Égypte, à cause de ce petit âne qui porte la sainte famille, avec un air tellement déterminé, qu’on dirait un taureau. Disons que ma détermination à moi, elle visait le One Million book. Quant au petit âne, l’enluminure le montre au terme de sa mission, débarquant son petit monde à Hermapolis; même que dans le décor, une idole se casse la gueule de son piédestal comme vous l’avaient prophétisé Isaïe et Jérémie. Pourtant ça n’a pas été un trajet fastoche; regardez la grande lettrine portant un dragon, Alors Jésus, descendant des genoux de Marie, se dressa devant les dragons; et ceux-ci l’adorèrent. En plus ça se passe dans des grottes, flippant non ? Il est plus sûr qu’un fourgon de la Brinks ce petit âne…

Euh… vous le connaissiez, vous, ce chapitre de l’évangile du Pseudo-Matthieu ? L’évangile de qui, au fait ? Et d’ailleurs qu’est-ce que ce pseudo-Matthieu, avec deux t, qui fait sa pelote dans un livre d’heures consacré par la sainte église de la troisième décennie du quinzième siècle ? Apocryphe, vous dites ? Ah, je veux bien parce que je n’imagine pas un père de l’église nous seriner qu’à lui tout seul, le petit Jésus il calme une bande de lascars dans le RER.
Et vous croyez que ça s’arrête là ? Même pas ! C’est quoi cette racine tordue dans la composition ? L’emblème du duc ? Là, faut chercher, pas trop loin d’ailleurs, au feuillet 256 des Heures de Bedford, avec notre bon duc en prière devant saint Georges et la racine en question dans l’enluminure et aussi dans les bordures, encadrant son blason. Absolument rien à voir; oui mais ça reste une racine. Ouais… mais des signes j’en ai déjà une pelletée dont certains, pur jus de mon enthousiaste imagination; alors arrêtons les frais.
Pourtant, ce n’était pas faute de m’épuiser les yeux; j’avais transformé le bureau en annexe du NCIS. Aux murs, scotchées sur 5 rangs de hauteur, les photos de chacune des illustrations, d’enluminures tirées d’ouvrages similaires pour les comparaisons, du lacis des coutures pour comprendre les restaurations, d’exemples de patrons de l’atelier de Bedford, de plannings divers et variés, de schémas avec pleins d’ensembles et de sous-ensembles. Alors je les connaissais par coeur ces Heures Hachette. Sirotant une Honey Ale, gentiment offerte par la Maison Blanche, je les épiais tant et plus. Le lion dans la verrière de Saint-Mathieu (un seul t), similaire à celui du blason des Luxembourg, c’est mon oeil d’aigle qui l’a découvert; le dragon dans la lettrine, pareil; la fleurette cubiste dans la bordure du ff. 262, idem; le chapeau du chasseur d’ours dans celle du 131 identique à celui de Saint Julien dans les Heures du maître de Dunois, kif-kif.

Bon d’accord, mon enthousiasme se faisait souvent talocher, mais c’est un peu comme ça, outre le temps passé à lire tout ce que je pouvais trouver sur le sujet, que j’arrivais à tenir la distance avec mon tiercos de spécialistes, tiercos au sens 3 du terme, n’imaginez pas que j’avais une phalange espagnole à manœuvrer. Et comme à moi, on ne me la fait pas, j’avais, chiffre 3 oblige, organisé ça sur un mode cellule communiste, 2 qui militent, un qui surveille; avec alternance aléatoire et myself en Politburo.
Faut dire que, comme pour le petit âne, le cheminement du Book, ç’avait pas été un vol Concorde first class. Dans le décompte des cahiers, le suivi des réclames, la répartition des attributions, tout à été à refaire plusieurs fois. Tiens, à cause de l’enluminure de Pierre de Luxembourg, on s’est retrouvé à Amiens sur les traces de Raoul d’Ailly et des Heures de Châtillon. Surtout qu’à l’étude, ça bouillonnait sévère dans les calculettes. Pensez-donc, 4 millions d’euros, juste aux débuts de l’Euro. Et vas-y que je te pose des règles de 3 sur le prix du pain. Combien coutait la baguette, en 1953, 2001 et 2012 ? Et le lingot, hein ? Que ça gênait personne que ça n’avait rien à voir, pas les mêmes ateliers, pas les mêmes artistes, deux fois plus grand, deux fois plus de miniatures, un destinataire reconnu, une histoire facilement reconstituable. La nuit et le jour quant au grand silence de mes Heures Hachette. En plus une sombre affaire de thèse indélicatement empruntée à une sommité Anglo-saxonne; aussi un donateur majoritaire qui menace de jeter l’éponge si l’état ne se sort pas les doigts des trous de nez pour trouver les fonds manquant. Bref, de quoi tartiner un Da Vinci code; ce qui peut s’avérer utile parce que votre cible n’est pas forcement la Morgan Library déjà bien pourvue en manuscrits de cette période, mais éventuellement un gagnant de l’euro-million qui lui ne cherche qu’à éviter l’impôt à une partie de son nouveau capital.
A propos de donation, pensez à mettre 10 balles dans la souscription pour les Heures de Jeanne de France, il manque 250 000 sur 1 000 000 €. Vous faites suffisamment de coups fumants sur ebay, pour ne pas aider la conservation du patrimoine.
Bon d’accord, à 1 million, vous étiez acheteur vous aussi; que voulez-vous que je vous dise ? D’accord aussi, vous les aviez trouvé pas troppo caro, les Heures de Claude de France à 2 000 000 adjugé. En plus quand vous les retrouvez sur plateau tournant dans une vitrine du grand Palais, avec un relifting de reliure dont un léger enchâssement d’or fin; qu’entre les différentes rumeurs, le prix tourne entre 7 et 10, vous vous dites qu’à ce compte peu importe le prix annoncé; le vrai prix sera celui de la transaction effective, le jour ou elle se fera. Ce qui n’empêche pas qu’il est grand temps que vous ayez 1 million à miser, vous aussi, et moi tout autant.
Quoi, le coup du plateau tournant ça vous estomaque ? Mais moi aussi, mon cher; la preuve qu’on doit être dans le même camp. Enfin plus vraiment… Vous, vous êtes restés du coté de la chose imprimée; moi, faut que je fasse de l’apnée dans la chose enluminée. Tenez, ces Heures Hachette, je ne savais pas par quel bout les prendre. D’héritage en remariage, pas un des proprios ne savait me dire d’où elles venaient. Ah si, une vague allusion à un galeriste décédé, bien connu par moi sinon de vous. Et alors ? Alors, rien. Quid, quae, quod, mystère et boule de gomme. Mais bon, à force de constater mon inefficacité en tant qu’expert, je me suis constitué quelques parades. La principale étant de faire bosser les autres. Pour commencer, je buttais sur l’ex-libris. Que faire ? 
Tout simplement poser la question ici-même:
(http://bibliophilie.blogspot.fr/2011/04/courrier-des-lecteurs-identification.html).  
A-J H ? André-Jean Hachette ! Facile, suffisait de chercher dans le Lugt. Et pourquoi notre vaillant expert, il a pas trouvé ça tout seul ? Primo parce qu’il a pour principe de se rafraichir avec le widget Éventail.2.0 de son iphone pendant que d’autres triment à sa place et secundo, c’était un ex-libris de collectionneur d’estampes, pas celui d’un bibliophile. Donc je profite des lumières de Sarah Wiborade, sainte par désignation (c’est moi qui désigne) grâce à ce blogue (c’est moi qui orthographie). Là, je pouvais imaginer retourner siester tranquille. Vendu en 1953, donc décrit en 53. Un petit copié-collé et passez muscade; ma fiche est bouclée et qui viendra me reprocher de ne pas être allé plus loin que mes glorieux ancêtres ?

Sauf que les ancêtres en question, ils ne se sont pas foulés; bonjour la fiche… une datation erronée, aucune attribution, une enluminure en moins et une page en plus. Devaient être sous quelque chose les mecs, quant ils ont manipulé le book; genre Kamenitza blonde ou Zagorka ambrée. En outre il est évident qu’ils se plantent; s’il manque 3 feuillets comment peut-on tomber sur un chiffre pair, quant au décompte ? À un moment je me suis demandé si on parlait bien du même bouquin… Mais pas de doute; dans leur beuverie, ils lui supposent une provenance royale because des couronnes relevées dans les marges et ces couronnes, elles sont bien là aux pages qu’ils indiquent. Comme argument aussi, un dais fleurdelisé recouvrant le catafalque de l’office des défunts. Oui mais voilà, les couronnes dans les bordures, ça se pratique un peu partout à l’époque. Même les bataves en sont friands alors qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’est un roi. Les fleurs de lys, c’est encore plus glissant comme sujet; sauf que c’est un début de puce à l’oreille. Il y a un monarque intérimaire qui en use et en abuse, c’est Jean de Lancastre, duc de Bedford. Le Godon qui règne sur la France pendant une treizaine d’années pour le compte de son neveu, petit minot mais roi d’Angleterre, bien en peine, vu son tout jeune age, de tracer nuitamment et d’un seul jet, la carte de ses royaumes sur les draps de sa royale couche. Chez notre bon duc, les lys en drap mortuaire, commémorent le décès de Charles VI; c’est le symbole de la transmission de la couronne de France à des mains anglaises. After, finish les Capétiens, welcome aux Plantagenets; Azincourt et traité de Troyes obligent.
Bedford…. Bedford… C’est rigolo que vous me parliez du régent parce que c’est le premier mot que prononcèrent mes spécialistes passé la demi-heure d’ébahissement admiratif que leur suscita la vision des quelques photos dont je disposais enfin.
Sous le régence du Lancastre, le principal atelier d’enluminure parisien est celui du maître Bedford et ce n’est pas pour rien que le duc, faute de SLAM et d’Ebay, ces deux mamelles de la bibliophilie moderne, s’adresse à lui pour étoffer sa bibliothèque, lui donnant au passage son nom de convention. Beaucoup d’artistes ont fui Paris (d’où l’intérêt d’identifier les écoles provinciales comme celle d’Amiens) non par crainte des Anglais qui sont plutôt un facteur de stabilité, mais du fait des horreurs chroniques de la capitale. Il ne fait pas bon vivre à l’ombre de Notre-Dame sous le règne de Charles, sixième du nom. On s’étripe grave, ça se tue et s’entretue comme en 40. Ça commence avec les Maillotins, imaginez, on écrabouille les fonctionnaires de Bercy à coups de maillets plombés; on continue avec les Écorcheurs, le nom suffit, je ne vais pas vous faire un dessin, qui, remontant du midi ne s’arrêtent qu’aux portes du faubourg Saint-Martin; puis les Cabochiens et croyez-moi, ce ne sont pas des tendres; s’ensuivent Armagnacs et Bourguignons qui tour à tour colorent la Seine de leur sang. Ah oui, elle est pas top zen la vie du petit peuple parisien en ce premier tiers du quinzième au feng-shui passablement perturbé; un monarque fol-dingue, plus de papes que vous ne sauriez en compter, une fine fleur de chevalerie laminée par des croquants armés de longbows; et si pour vous changer les idées, vous emmenez madame guincher, craignez les risques d’incendie niveau bazar de la Charité. Un bal des ardents, ça te branche ma mie ?

Est-ce à dire que l’atelier Bedford ne doit sa renommée qu’à une absence de concurrence? Certainement pas. Le maître s’est frotté au plus grands et du coup, en est devenu un lui-même; le maître de Rohan, météorique Van Gogh de l’enluminure, le maître de Boucicaut, les frères Limbourg dont il a pris brièvement le relais dans les Très Riches Heures de Berry, Jacques Coene, Robert Campin et j’en passe, jusqu’à Jean Fouquet qui aurait fait ses premières armes dans son atelier.
Un chiffre pour l’exemple ? (je sais bien qu’il n’y a que les histoires de gros sous qui vous intéressent). 8 enluminures de la main du maître adjugées 800 000 € en 2006 par nos amis héréditaires les english (encore eux). Vous avez la cote de l’artiste, 100000 la barbouille de 10 cm de coté. Pas mal, non ?
Mais revenons-en à nos Heures Hachette. Un livre d’heures incognito, faut d’abord déterminer d’où ce qu’il est; son usage que ça s’appelle. On ne suit pas la liturgie de la même manière sur le Tibre et sur l’Arno. Vous connaissiez Brunet, je vous présente Leroquais. Il a tout dit sur tout. Par exemple si, dans le calendrier, vous trouvez saint Anonymous et le bibliophile Rhemus, il y a de fortes chances pour que vos Heures soient à l’usage des blogueurs ici présents. Le calendrier des Heures Hachette, il est Parisiensis de chez Parigot. Donc, je confirme, nous sommes en présence d’heures à l’usage de Paris.
Mais j’exagère, ce n’est pas une terra tout à fait incognita que les Heures Hachette. De fait elles ont été étudiées dans les années 70 par une pointure, Eleanor Spencer. Enfin étudiées, pas tout à fait, elle s’est contentée de reconnaitre les artistes. Mais ça me suffit, mille mercis et mille respects, madame. J’espère qu’aujourd’hui vous devisez tranquillement avec le Maître de Rohan dans cet olympe VIP que le bon Dieu réserve aux chantres de la miniature médiévale. Deux artistes donc, du moins deux artistes principaux, car faudrait pas oublier toutes les petites mains extrêmement spécialisées qui participent à ce genre de travail, scribes, vigneteurs, artistes chargés du décor des bordures, peintres des lettrines, etc. De plus, je ne peux faire l’impasse sur une troisième main, heureusement limitée à des repeints aux visages de la Vierge, qui n’entrait pas dans le propos de miss Spencer.
Tout de même, les voilà mes deux gaziers, le Maître de Dunois et le maître de la légende dorée de Munich; je prends sur moi d’ajouter, travaillant dans l’atelier du Maître de Bedford.

On a les noms, ça se dessine; le maître de Bedford, c’est Haincelin de Haguenau; le maître de Dunois, considéré longtemps comme son principal associé, c’est son propre fils Jean Haincelin; quant au maître de la légende dorée de Munich, j’aimerais bien lui coller un nom, mais là c’est plus tangent. Si j’ouvre le New York Times en date du 23 septembre 2000, rendant compte de la Biennale Parisienne, je lis ceci : … an unrecorded Book of Hours by the « Munich Master of the Golden Legend, » … a previously unnoticed Latin signature over the figure of a saint, « Dominus Conradus Toliensis fecit » (Master Conrad of Toul made it). Galvanized by the sensational find, a Swiss collector carried away the dollars 1 million prize… Ce qui en langage courant se traduit par 1) on a identifié le MLDM, il s’appelle Conrad de Toul, 2) un citoyen Helvète s’est fendu d’1 million de $ pour acquérir l’ouvrage tellement ça lui en bouchait un coin. Bingo, me direz-vous. Pas vraiment, Toul se disait en latin Tullum Luscorum. En revanche, Dôle dans le Jura peut correspondre à Tholensis. J’ajoute que des paléographes plus qu’autorisés n’y ont vu qu’un simulacre d’écriture, un peu comme sur les phylactères quand l’espace devient trop restreint pour tracer des lettres. Bon je ne sais pas ce qu’en pense le suisse délesté de son million, mais si je vous dis que le marchand ayant empoché la somme n’est pas défendeur de l’indéfendable genre bibliophil66 alias pseudonyme66, mais bien le même qui présentait les Heures de Claude de France sur un plateau tournant au Grand Palais, j’aimerais savoir ce que vous autres, bénévolents lecteurs, en pensez de votre coté ?
Mais, restons froids, une description pour vente aux enchères, ça ne sert pas à donner des leçons de latin. Alors je vais m’en tirer ainsi : le Maître de la Légende Dorée de Munich, qu’une identification récente assimile à Conrad de Toul. fermez le ban.
Et finalement, des informations il en lâche, notre livre d’heures.
Voyez ce programme éditorial que n’aurait pas renié Filipacchi; aussi finement concocté que NewLook et Mademoiselle Age Tendre.
Prenez les bordures, une conception rarissime, faites en 2 campagnes (quand vous parlez de livres d’heures, abusez du terme « campagnes » ça vous situe tout de suite comme savant); une classique pour les verticales et une autre extrêmement remarquable pour les horizontales. Là, faut mouiller son maillot… allez, on se lance ? Attention, c’est risqué, ne venez pas me dire que je ne vous aurais pas prévenu. Les bordures horizontales ont été exécutées sous la direction du maître de Dunois, peut-être avec sa participation pour certaines… Ça vous paraît négligeable comme affirmation ? Ignorants que vous êtes. Faut une ceinture noire es livres enluminés pour se risquer à avancer cela. La ceinture blanche que je suis frise le ko par ippon dès la première minute. Mais bon, je tente le coup. Et ça passe, Teddy Riner vient me demander un autographe.
Abrégeons; si cela intéresse quelqu’un, ma description est disponible sur internet; alors permettez-moi de sauter les étapes.
Pour résumer, un livre d’une qualité exceptionnelle, d’une unité remarquable, réalisé dans un délai très court par deux artistes parmi les plus en vue de leur temps, suivant les patrons et modèles en usage dans l’atelier du maître de Bedford.
Encore un petit coup de gégène et le fellagha Hachette finira bien par cracher le morceau, nous balancer son premier propriétaire. Parce qu’il est bien là mon problème. Un livre d’heures aussi classieux, ça suppose un commanditaire imposé à 75 % dès qu’il dépasse le million de revenu annuel. Sauf que des gaziers qui payent l’ISF en 1430, y’en a pas des masses. Non pas qu’ils se soient fiscalement évadés en Belqique. Mais parce que personne n’a plus un rond. Ni les Britons, ni les Fransouzin. À cause de la guerre de 116 ans, à moins que ce ne soit 138, qui est alors nonagénaire.
Au mieux de sa forme, notre régent Jean de Lancastre, duc de Bedford, il tient Paris, banlieues du neuf-trois incluses, avec une petite trentaine d’archers et de sergents d’armes. No problemo, il a remis la France, entre Rouen et Paris, au travail; Work more for gain more.
Perso, il me turlupine sévère le Lancastre. J’ai l’occasion de comparer nos Heures Hachette à un autre livre d’heures, les Heures Gaptière réalisées pas notre même binôme d’artistes; la tourbe et le marbre (je dois avoir déjà casé le jour et la nuit quelque part), les enluminures à la va-vite, les bordures d’une densité divisée par 10, vraiment pas comparable. Pourtant ces Heures Gaptières elle sont proposées à 700 000, devinez par qui ? Ben oui, par notre marchand au plateau tournant… Marché quand tu es tenu…
Du coup, je prends conscience de deux choses. D’abord qu’en visant le million je ne débloque pas trop; ensuite qu’Haincelin le jeune et Conrad du grand-est, ils ont vraiment donné le meilleur d’eux-mêmes. Et pour cela je ne vois qu’un motif, l’importance du commanditaire.
A l’appui d’un lien entre notre manuscrit et Jean de Lancastre, il y a cette dévotion affirmée pour Jean-le-Baptiste et non pas son homonyme l’évangéliste. D’accord faut gratter en profondeur, exhumer un testament du duc rédigé du vivant de sa première épouse Anne de Bourgogne; compulser les illustrations d’autre livres, à lui destinés. Les heures Bedford bien sur, mais aussi le bréviaire de Salisbury ou encore un texte laïc, les Amphorismes Yppocras (cherchez pas, ça s’écrit ainsi et pas autrement). Tout ça pour vous dire que le saint patron du régent est Jean-en-peaux-de-bêtes qui manie l’onction baptismale sur les bords du Jourdain et que visiblement on l’a collé partout ou c’était possible. Au calendrier en lettres d’or, histoire de bien montrer que c’est un saint qui ne compte pas pour du beurre; en train de baptiser le christ pour illustrer, choix assez peu usuel,  les heures de tous les saints; aux suffrages de même, par ailleurs le seul saint dont on salue aussi l’octave; prêchant dans le désert pour orner l’une des deux grandes initiales historiées à 5 lignes de hauteur; 5 lignes c’est beaucoup, le manuscrit est établi sur 16 ou 17 lignes, soit près du tiers de la page.

Les Heures Hachette, on ne peut pas dire qu’elles soient destinées à notre régent, tout simplement parce qu’elles n’y font pas référence. Ni devise, ni emblème, encore moins un portrait; même pas un de ces signes à l’usage exclusif de ceux qui savent et qui, bien souvent, parsèment ce genre d’ouvrage. Par contre, on peut avancer qu’elles sont destinées, étrennes ou remerciement à une personne de son proche entourage. L’élément le plus objectif est cette dévotion à Saint Jean-Baptiste, mais on peut aligner quelques considérations subjectives (traduisez par opinions que je partage avec moi-même). Il paraît improbable que le directeur éditorial d’un livre d’heures, qui est généralement le chapelain du commanditaire, soit autorisé à pomper des compositions exécutées pour le compte du régent; ce serait suicidaire pour l’atelier. A contrario, prenons les Heures Sobieski, probablement exécutées pour Marguerite, fille de Jean sans Peur et veuve du dauphin Louis, à l’occasion de son remariage avec Arthur, futur duc de Bretagne. Les similitudes sont frappantes avec les Heures Bedford. Si vous vous rappelez que Marguerite est la sœur ainée d’Anne, première femme de Jean de Lancastre et que leurs épousailles respectives ont lieu la même année, 1423, vous avez l’impression que tout se met en place. Produits dans le même atelier, ces deux manuscrits offrent de nombreux reflets, cependant tempérés par une hiérarchie dans le luxe. Destinées à un couple pas encore ducal, les heures Sobieski sont moins somptueuses que les Heures Bedford composées pour l’homme qui, à cette date, est le plus puissant de la chrétienté.
En fait, c’est loin d’être aussi clair et les médiévistes s’écharpent tels les Dorgis de la reine et les Terriers  du prince Andrew. Primitivement, les Heures Bedford n’auraient pas été destinées à Jean de Lancastre mais à Louis de Guyenne, justement le premier époux de Marguerite de Bourgogne. Tout ce qui concerne Lancastre aurait été rajouté en 1430, au moment ou Anne et son régent de mari les offrent à Henri VI, roi régnant d’Angleterre et postulant roi de France. Resterait à déterminer la chainon manquant; en quelle occasion Marguerite à transmis les Heures Sobieski à sa soeur Anne ?
Retenons cependant le procédé, quand Jean et Anne offrent les Heures Bedford à leur roitelet, ils font ajouter leurs portraits et emblèmes plutôt que ceux du petit Riton. Ce qui, lecteurs sceptiques et toujours avides d’un trébuchement du pseudo-expert (avec un seul t) que je suis, vous permet de mieux avaler ce que vous pensez être une couleuvre, à savoir un membre du proche entourage du duc comme destinataire des Heures Hachette.A ce propos permettez-moi, si vous eu la patience de me lire jusqu’ici, de suspendre mon récit pour m’accorder à moi-même une pensée charitable, au vu de la masse d’informations que j’ai du vendanger pour en tirer ce vin pas trop clairet que je verse dans le gobelet de votre entendement.
Reprenons; nous disions, un proche du régent… Da, gospodine… mais qui donc? La, j’ai une enluminure extrêmement rare, représentant un saint contemporain, une icône de son temps, Pierre de Luxembourg. Évêque de Metz puis cardinal d’Avignon, disparu en 1387 à l’age de18 ans; canonisé en 1527 mais dont la cité des papes fait l’un de ses saint patrons en 1432. Un saint de la plus haute actualité quant à la date de production de nos Heures Hachette. Il pourrait ne s’agir que d’un Tweet du chapelain destiné à réveiller son maître pour le cas ou il somnolerait de trop pendant la messe. Oui mais dans la verrière de l’enluminure de Saint Mathieu, on retrouve, tout juste discernable à l’oeil nu, le blason des Luxembourg…

Alors nous y sommes; mon jeu est plutôt vide, mais j’ai tout de même quelques cartes en main, pas une quinte flush, à peine un brelan mais c’est déjà pas mal.
Je divise ma fiche en trois parties, ce qui, pour un ancien diplômé d’une grande école, formé aux rythmes binaires comme je le fus en des temps déjà anciens, est un blasphème, mais tant pis. Distribution – décoration – commentaire. Bien sur, une introduction pour dire à quel point ce livre est exaltant et l’expert performant; mais de conclusion, polope… S’il s’agit conclure, je vous laisse faire. Quant à moi je n’ai fait que tracer un vague sentier que d’autres se chargeront de suivre… ou pas.
D’abord la distribution liturgique, et là il me faut toute la rigueur fouettarde de ma paléographe. Celle-la même qui m’a mis sous le nez qu’il fallait compter 34 cahiers et non 33 comme je le pensais depuis le début. C’est une perle cette nana… On commence par le calendrier, les saints mis à l’or, ceux dont on salue la vigile ou l’octave; jusqu’à cette sainte Gemme, seule bienheureuse n’appartenant pas à l’usage parisien. Et pourquoi elle précisément ? J’ai le choix entre deux saintes de ce nom, l’une morte en 109, martyre des premiers temps; et l’autre disparue en 1429 qui par vocation, à moins que ce ne soit pour échapper à un édile harceleur genre DSK (cf. Acta Sanctorum, Société des Bollandistes, 1680-1688, t. 3, p. 182), vécut 30 ans emmurée dans une chapelle dédié à… saint Jean-Baptiste. Allez, devinez entre ces deux saintes pour laquelle je penche. Viennent ensuite les péricopes des évangiles avec Jean, Marc, Luc et Mathieu (un seul t) en morceaux choisis. Un petit détour par la passion selon Saint-Jean et on attaque les heures de la vierge, Matines, Laudes, Prime, Vêpres, Complies; manquent Tierce, Sexte et None. Suivent les heures pour chacun des jours de la semaine, de la Trinité pour le dimanche, des défunts pour le lundi, du Saint-Esprit pour le mardi, de tous les saints pour le mercredi, du Saint-Sacrement pour le jeudi, de la Croix pour le vendredi, de la Vierge pour le samedi. Puis les prières particulières dont celle de Pierre de Luxembourg,avec cette délicate antienne Deus Pater, qui creasti et illuminasti, suscipe me penitentem… Suit l’office des morts précédant les suffrages, puis les Prières à dire pendant la messe, les Quinze joies de la Vierge, Les Sept requêtes à Notre Seigneur commençant par Beau Sire Dieu regardez moi , enfin quelques oraisons et pour finir la dernière ligne du manuscrit, Que vray confez puisse morir. Amen. Il y une poésie infinie dans ces textes…
La seconde partie de ma fiche fait un sort aux illustrations. Je me base sur le travail de ma consultante en manuscrit enluminés. Elle a été formée à l’ancienne, à une époque ou le numérique n’avait pas bouleversé la diffusion de la miniature médiévale. Les œuvres étaient difficilement accessibles les clichés rares et couteux, du moins pour des bourses estudiantines. D’où ces descriptions qui nous paraissent tellement scolaires parce qu’elles incluent tout ce que nos yeux voient, le nécessaire comme le superflu. Bon, j’élague et je raccourcis parce que ce serait trop sopo. Par contre je développe ce qui me paraît décisif pour le but que je poursuis (le million, what else ?), comme ce pot de fleurettes rouge qui se promène d’une enluminure à l’autre. Sorte de private joke au sein de l’atelier, on le retrouve dans les heures Bedford et Sobieski. Plus généralement, j’ajoute ce sur quoi j’ai décidé de plancher en solo, principalement les comparaisons avec d’autre travaux issus de l’atelier Bedford, ces deux livres d’heures bien sur, mais aussi le bréviaire de Salisbury, destiné au duc, dont la scène du baptême peut avoir servi de modèle, du moins pour la structure de la composition, à son équivalent dans les Heures Hachette. 32 compositions aux bordures du calendrier dans le meilleur style Bedford. Saints et prophètes dans des médaillons ou émergeant librement d’un buisson d’acanthe, occupations du mois et signes du zodiaque dans des petit tableautins. 22 enluminures, en quasi-pleine page, dans des bordures d’encadrement non reprises au verso et deux initiales historiées de six et cinq lignes de hauteur.

Reste la troisième partie, celle sur laquelle je joue ma tête; le commentaire. Surtout ne pas déraper genre Irma La voyante. Dieu merci, je ne suis pas seul face à l’adversité, vous en l’occurrence. La conservation du patrimoine a refusé, comme il se doit, de se mêler à une opération commerciale, mais m’a délégué un de ses thésards. Lui il bosse gratos, just for the fun. J’ai besoin de sa vigilance et de son rationalisme. Je ne sais pas si il s’en rend bien compte mon médiéviste bénédictin, mais il m’aide infiniment; mille mercis à lui aussi. Il me sert à la fois de garde fou et de source d’inspiration. Sa thèse sur Le Songe de la voie d’enfer et du chemin de Paradis, oeuvre majeure du maître de Légende Dorée de Munich, c’est du travail d’universitaire réservé aux initiés. Touffu, copieux, visitant plutôt deux fois qu’une, les moindres recoins. Mais là, mon système atteint ses limites. Même si le bibliophile Jacob qui siège à la droite du père m’en prêtait les moyens, je ne peux pas m’aligner sur tant de sapience. Je ne le peux pas et je ne le dois pas. Ne pas m’improviser historien de l’art, il est là ce Rubicon que je ne saurais franchir. J’en arrive à ce point ou je me retrouve seul face à moi-même. C’est moi l’expert, donc c’est moi et personne d’autre qui porte la responsabilité de ce que ma fiche raconte. Ce commentaire c’est mon mien, moi qui m’exprime, moi qui assume.
Allez, dans la vie faut faire des choix. Mon choix je le fais en marchant sur des oeufs, en accumulant les « peut-être » et les subjonctifs, ce qui donne :Mais ce qui nous intéresse est le blason des Luxembourg, blason qu’il faut rapprocher d’un écu similaire, quasiment invisible à l’oeil nu, dans la verrière de la peinture de saint Mathieu au ff°. 9.Il peut s’agir là d’un signe réservé au destinataire de l’ouvrage et à ses proches, et il y a peut-être ici, plus qu’un signe…Les Luxembourg, lointains cousins des rois de Bohême et de Hongrie, sont d’une famille importante en son temps qui avait choisi le camp Anglais. Parmi les neveux du bienheureux Pierre, on connaît Jean de Luxembourg qui captura Jeanne d’arc et la livra pour 10000 écus, mais aussi, Louis, chancelier de France, deuxième personnage du royaume et intime du régent.Si les Heures Hachette ont pu être destinées, étrennes ou remerciement, à l’un de ces puissants, une hypothèse séduisante nous entraîne sur la piste de Jacqueline alias Jacquette de Luxembourg, seconde épouse du duc de Bedford. Jacqueline dont le saint patron pourrait être représenté par la statuette de saint Jacques que l’on retrouve sans bourdon ni coquille, mais avec le chapeau et l’aumônière caractéristiques, dans l’enluminure de Pierre de Luxembourg. 
Voilà, la messe est dite,
Restent quelques éléments qui ne sont pas dans ma fiche mais que je sors dans le petit speech que je m’offre juste avant le début des enchères. Je place le coup du wagon soviétique, celui de l’étui de la grand-mère… Rectification au procès-verbal. Veuillez ajouter « un étui de confection familiale »… Le public se chauffe, applaudit même; moi je croise les doigts.
Et ça démarre, les enchères fusent et Hop, adjugé ! 1680 fois le mur du son. Incroyable !!! Mais quand, bien malgré l’étude, j’apprends l’identité du dernier enchérisseur, je comprends mieux. Mais ceci est une autre Histoire…

Ugo Paolantonacci »

116 Commentaires

  1. Bonjour à tous,
    arrivé sur mon lieu de vacances (la mer n’est vraiment pas chaude sur le littoral du Languedoc…),
    je vois que l’activité du blog ne cesse de croître, ce qui est vraiment une très bonne chose…
    D’autant que le Patron ne vas pas tarder à faire son retour…

    Pour faire suite au message de Martin et divers, voici un exemple concret de bibliophilie vacancière :

    J’ai choisi de me faire livrer mon dernier achat sur Ebay sur mon lieu de vacances. Il s’agit d’un bel exemplaire des Mémoires de La Rochefoucauld, dans l’édition de 1669, titre à la sphère. L’exemplaire est relié en plein maroquin citron, fine reliure de la fin du XIXè siècle, non signée, mais dans le goût des meilleurs productions de Trautz-Bauzonnet ou Cuzin ou Lortic. L’exemplaire est parfaitement conservé et très agréable bien qu’il soit un peu court de marges (comme souvent…)

    Alors voilà, ce sera MON LIVRE de vacances, que je vais savourer pour le texte (que je n’ai encore jamais vraiment lu en intégralité), un texte classique.

    La reliure évidemment n’est pas de l’époque, j’aurais mille fois préféré un maroquin rouge janséniste de Boyet, avec sa fine roulette dorée en encadrement intérieur des plats, signe infaillible de la finesse et de la signature de ce relieur des Princes et des grands bibliophiles des années 1680 à 1710 environ.

    Je vais donc lire avec plaisir ce texte classique.

    M’acompagnent également dans mon périple 2 des catalogues de la longue et célébrissime vente des livres de la bibliothèque Lebeuf de Montgermont (1913 et 1914).

    Lire des notices de belles bibliothèques étant un des mes plaisirs favoris.

    Merci à Martin pour son intervention avec laquelle je suis 100% d’accord.

    A bientôt,
    Amicalement, Bertrand

  2. Je ne suis pas un très vieux bibliophile (42 ans), mais il me semble que négliger la reliure, ou les pages de titres et les gravures sont plus des erreurs de jeunesse que de réelles et pérennes aspirations pour un collectionneur.

    On commence ainsi, souvent même on méprise ceux qui sont attentifs aux reliures, nous qui aspirons surtout aux textes et puis le temps passe, il fait son oeuvre et c’est lui qui au final permet de distinguer le simple lecteur du bibliophile. Car finalement, pourquoi lire un texte dans une version originale si seul le contenu nous intéresse? D’autant plus que bien souvent les éditions récentes sont bien meilleures que des éditions plus anciennes. Un exemple? L’Apologética Historia de Las Casas est parue au 17ème siècle, et c’est sans doute un délice pour un bibliophile amateur d’histoire de la posséder… mais le lecteur, lui, devra préférer la version intégrale, qui elle ne parût qu’en 1909.

    Je ne juge pas d’ailleurs, je suis lecteur et bibliophile. J’ai d’ailleurs moi même connu une semblable évolution : au début, je recherchais des textes, et l’état m’importait peu, la reliure, comme le fait qu’ils soient complets de leur gravures, etc., je me targuais d’ailleurs de ne pas être de ces snobs qui étalent de belles reliures dans leurs bibliothèques, dont je pensais, parfois avec raison, qu’il ne lisaient pas leurs livres.

    Avec le temps, les deux facettes se sont dissociées, je suis toujours un lecteur, et je dévore de grandes quantités d’ouvrages, anciens ou non, et je suis, à côté et en même temps, bibliophile. Si l’on s’en tient à la définition, le bibliophile est celui qui a la passion des livres et non pas la passion des textes. Finalement, le bon bibliophile est probablement l’amateur dont l’exigence dépasse le texte justement, et va jusqu’à la reliure, l’illustration, voire la typographie. Personnellement, je n’ai jamais d’ailleurs rencontré de bibliophile qui ne soit pas cultivé et fin lettré….

    En ce qui me concerne, à mesure c’est vrai que mes moyens me le permettaient, je suis revenu de ce purisme déplacé qui voudrait qu’un texte dans son jus soit plus valable que le même texte, dans une belle reliure, voire une reliure postérieure, de Bozérian, Simier, Canale, Lortic ou Thouvenin. La bibliophilie est une exigence, sinon, autant se « contenter » de la lecture, et c’est aussi une esthétique. Si on est passionné par le livre ancien, comment oublier la reliure, etc?

    Ce n’est pas parce qu’une femme est intelligente qu’elle ne peut pas en plus être belle, et pareillement pour les hommes (avant que je me fasse tirer les oreilles par les bloggeuses!).

    Aujourd’hui, et parce qu’avant le temps, ma bibliothèque a gagné en qualité, j’essaie le plus souvent de réunir toutes ces qualités en un ouvrage : le texte, la reliure, le fait que l’ouvrage soit complet, etc. C’est peut-être cela la bibliophilie, cette accumulation d’exigences… Ceux qui ne cherchent que le texte étant plutôt des lecteurs (sans que cela soit péjoratif), ceux qui ne cherchent que la reliure étant plutôt des bourgeois (terme emprunté à un ami libraire, voire le message sur Jean de Bonnot, sur lequel je me garderais bien d’avoir un avis ici), etc. etc.

    Pour ce qui est de la reliure contemporaine, j’ai croisé quelques exemples au cours de ma vie de bibliophile et je dois dire que l’anachronisme dont parlait Hugues m’a en effet souvent perturbé. Je me souviens d’un Suétone sur les César datant du 18ème (de mémoire), relié dans un box moderne, avec des couronnes de lauriers et des temples mosaïqués sur les plats… Un travail de professionnel, mais dont je cherche encore le sens… De quelle qualité supplémentaire pouvait donc se prévaloir l’ensemble ainsi relié par rapport au même en reliure plein veau, ou même en basane de l’époque? De deux choses l’une, soit l’ouvrage était dans un état catastrophique et alors pourquoi ne pas lui avoir offert une sobre demi-reliure en guise de restauration, soit il était en bon état, mais alors pourquoi cet outrage?

    C’est ainsi souvent le cas pour les reliures contemporaines, on est souvent sur le fil du rasoir, au bord de la faute de goût et pour ma part je la réserve à des ouvrages d’artiste, contemporains eux aussi. Quelqu’un pose la question? Quelle reliure pour un Raynal?

    Je me permets de répondre : mais pourquoi vouloir tant de mal à ce Raynal? Un Raynal du 18ème en 10 volumes coûte 300 euros dans une reliure d’époque… pourquoi aller dépenser le double ou le triple pour le « parer » d’une reliure hors de son époque?

    J’adhère totalement aux remarques de Bertrand sur l’unicité…. Le relier donc pour le rendre unique? Réflexe d’investisseur ou de passionné? J’ai souvent l’impression que les relieurs contemporains utilisent le livre comme support à leur créativité, quand c’est sur un livre contemporain, je comprends, mais sur une édition 15ème, ou même 18ème? Pourquoi tant de haine? Sourire.

    Cela me rappelle ce grand collectioneur de tableaux qui après avoir acquis ses Rembrandts, Renoir et autres Tintoret, sortait sa palette et les rectifiait… Imaginerait-on ce que l’on fait subir à ces livres anciens en leur collant une reliure contemporaine pour des tableaux, des meubles, etc?

    Martin.

  3. @Raphael:

    Non, je ne connaissais pas ce portrait. Je n’étais jamais allé sur cette page de Wikipedia.

    J’ai vu aussi qu’il y avait dans la bibliographie, la brochure de Bordeaux sur Edouard Rod (rarissime, quelques dizaines d’exemplaires) mais repris dans Sentiments et idées de ce temps (si mes souvenirs sont bons)

    Sur les J2B:
    Je n’aime vraiment pas du tout!!!!!!

  4. Je ne comprends pas cette vague de véhémence contre les éditions J2B.

    Elles sont d’excellente qualité,

    …d’ailleurs, elles brûlent trés bien.

    Ray Bradbury

  5. Encore là, Dédé ?!
    😀

    Plus sérieusement, je comprends Jambonneau. Un site officieux consacré à sa collection, passe encore. Mais qui organise un business parallèle de livres qu’il vend de son côté… c’est déjà plus litigieux.

    J’aurais fait pareil. Vas-y, Jambo, bats-toi pour tes reliures pourries de rééditions tombées dans le droit commun, on est avec toi !

    TE

  6. .

    Dede55, veuillez prendre la porte… IMMEDIATEMENT !

    Aucun amateur de plein veau ne s’abaissera à acheter des reliures en Jambonneau ? Non, monsieur. Jamais…

    TE

  7. Je sais que je vais passer pour un rustre et que je risque l’exclusion définitive en posant cette question : Que pensez vous des rééditions Jean de Bonnot ?
    J’ai eu l’occasion d’en acquérir quelques exemplaires pour entre autre avoir accès au texte sans casser le dos de l’édition ancienne, et j’ai été agréablement surpris ; bien sur on ne peut que regretter le procède d’impression moderne.

  8. « lorsqu’il s’agit de restauration ou d’un livre ancien non-relié, il paraît intéressant de maintenir une certaine « tradition ». « 

    Sur un exemple concret, comme le Raynal de Philippe dont il a fourni des photos plus haut, quelle reliure imagineriez-vous ?

    R.

  9. .

    Le livre a tellement évolué depuis l’époque des reliures plein veau qu’il me semble pathétique, voire ridicule, de relier à l’ancienne une oeuvre moderne. Cela n’a aucun sens, ni historique ni artistique.

    En revanche, lorsqu’il s’agit de restauration ou d’un livre ancien non-relié, il paraît intéressant de maintenir une certaine « tradition ». A condition d’assumer la différence plutôt qu’essayer de la gommer. Le comble du ringard ? Les reliures dites pastiches.

    TE

  10. Oui, je crois que c’est une affaire de subtils réglages avec le texte. La reliure doit le protéger et le mettre en valeur sans aboutir à un contre-sens. Pas de reliure en carton déchiré, journeaux collés, plumes et clous rouillés sur un Henry Bordeaux où une certaine rectitude de formes et un jeu sur la couleur du même nom paraitraient mieux adaptés.

    En réfléchissant avec le relieur (Montecot, Paris)sur les « 19 poémes élastiques de Cendrars » d’un exemplaire devenu trop fragile, nous en sommes arrivés à une demi-reliure simple avec un papier à dessins géométriques de rubans étirés et de stries évoquant l’élasticité et un dos en chagrin caramel asymétrique, plus large sur le 1er plat, sur lequel figure le titre en vertical sur deux colonnes. L’espace entre les lettres en caractère script allant en augmentant vers le bas pour exprimer cette idée d’étirement inspirée par le titre.

    C’est vrai qu’on a l’impression de marcher sur un fil dans ce genre d’entreprise mais c’est là aussi où l’on apprécie d’avoir affaire à un relieur cultivé.

    Raphael

    Ps : Wall, vous connaissez sûrement le portrait d’Edouard Rod dans sa bibliothèque avec son chat sur les genoux (Wikipedia)? Je le trouve extra.

  11. Je ne suis pas d’accord avec Hugues: une reliure contemporaine sur un livre ancien ne dénature pas pour moi le livre, si la reliure est faite dans l’esprit du livre ou qu’il y a une certaine harmonie.
    J’ai presque envie de comparer cela à une visite chateau XVIe avec des tableaux XVIIIe qui pour moi est comme un chateau XVIIIe avec des tableaux XXe. Cela ne me choque nullement si l’ensemble est bien assorti

  12. J’ai un avis sur la reliure moderne, mais il m’est trop difficile d’intervenir de façon pertinente dans votre debat depuis mon lieu de vacances (sans connexion internet, je dois écrire mes messages sur l’ecran de mon blackberry, soit 5×5 cm).
    Pour résumer en quelques mots… Je suis gêné par la reliure contemporaine lorsqu’elle recouvre des textes autres que contemporains, c’est trop anachronique pour moi.
    Devoirs de vacances : en parcourant vos échanges, qui sont d’une grande qualité, je me suis dit « ils ne sont pas en vacances, et si tu les faisais travailler? »… Pour résumer, si vous avez des idées de contenu pour le blog, n’hésitez pas à en parler sur le blog. Ainsi quand je vois vos echanges, je me dis que proposer regulierement des debats serait peut être pertinent, de même qu’une section « citations », à laquelle je travaille déjà.
    Merci a vous de faire le blog en tout cas! je rentre très bientot!
    Hugues

  13. J’ai un avis sur la reliure moderne, mais il m’est trop difficile d’intervenir de façon pertinente dans votre debat depuis mon lieu de vacances (sans connexion internet, je dois écrire mes messages sur l’ecran de mon blackberry, soit 5×5 cm).
    Pour résumer en quelques mots… Je suis gêné par la reliure contemporaine lorsqu’elle recouvre des textes autres que contemporains, c’est trop anachronique pour moi.
    Devoirs de vacances : en parcourant vos échanges, qui sont d’une grande qualité, je me suis dit « ils ne sont pas en vacances, et si tu les faisais travailler? »… Pour résumer, si vous avez des idées de contenu pour le blog, n’hésitez pas à en parler sur le blog. Ainsi quand je vois vos echanges, je me dis que proposer regulierement des debats serait peut être pertinent, de même qu’une section « citations », à laquelle je travaille déjà.
    Merci a vous de faire le blog en tout cas! je rentre très bientot!
    Hugues

  14. @Raphael

    Que lire d’Henry Bordeaux??
    Je crois que les oeuvres de jeunesse sont, chez beaucoup d’auteurs, même les plus prolixes comme Bordeaux, souvent parmi les meilleures.
    Je vous conseillerais dans ce cadre ses critiques de jeunesse et ses premières poésies (le tout repris dans oeuvres de jeunesse (1938) parmi lesquels La vie et l’art, 2 volumes parus avant 1900).

    Il est vrai que nombre de ses romans sont moralistes plutôt, mais certains peignent la Savoie et sont très intéressants. Il y a aussi Murder Party qui n’est pas si mal.

    Ses nouvelles, parues dans divers recueils tels que Les Amours inconnues sont aussi pas mal: il peint très bien un sentiment en peu de pages.

    Et ses biographies et études, surtout quand ça touche le romantisme ou qu’il y met du romantisme, cela devient aussi assez bon. Les amants de Genève m’ont beaucoup plu (sur Helène de Doenigen et Ferdinand Lasalle)

    Ce n’est certes pas un des plus grands écrivains, mais un bon écrivain qui a écrit de très bonnes choses, et des moins bonnes, et surtout à qui je dois énormément.
    C’est par lui par exemple que j’ai lu Edouard Rod, que j’aime beaucoup.

    Wall

    PS: je fais énormément de fautes sur informatique… j’espère que je n’en ai pas laissé trop

  15. totalement d’accord avec Raphael,
    malgré tout je ne veux pas passer pour un vieux rétrograde sans vision de l’avenir (36 ans… c’est pas si vieux…),
    c’est seulement que je n’arrive pas à concevoir le livre autrement que comme un objet magique qui renferme à la fois, le savoir et l’élégance.
    Tout le débat que l’on peut mener autour des « livres objets » dont nous inonde tous les deux mois la belle reliure progressiste A & M du livre (on ne peut le nier) peut à mon sens se résumer en une phrase, un constat ou une interrogration sévère :

    Doit-on tout sacrifier pour la liberté de l’art contemporain ?

    J’ai été sonné dernièrement lorsque j’ai appris que Paul Bonet n’avait jamais su relier un livre de sa vie… Bonet, génie créatif (quoique un peu répétitif… mais c’est sa marque de fabrique… d’où reconnaissance… d’où notoriété…) n’était qu’un dessinateur, un concepteur de maquettes de reliures « virtuelles » exécutées par d’habiles techniciens de la reliure. Idem pour Monique Mathieu (que je connais personnellement), idem pour beaucoup d’autres…

    Mon idée est que Bonet a crée des décors pour les reliures, mais qu’il aurait tout aussi bien pu le faire pour des meubles, des automobiles, des mongolfières…

    Je n’aime pas cette idée qu’un créateur de décors pour reliures ne sache pas techniquement l’exécuter… Mais ce doit être mon côté dogmatique et intransigeant, de la même façon je n’apprécie guère les chanteurs qui ne sont qu’interprètes, et qui toute leur vie chantent les chansons des autres… Pour moi un artiste doit être complet, auteur, compositeur et interprète. Evidemment c’est une utopie, une chimère… que je caresse doucement sans trop y croire…

    Amicalement, Bertrand

  16. Je partage votre sentiment, Bertrand. Lors d’une récente virée, je suis tombé dans la vitrine d’une librairie ancienne sur une concrétion plâtreuse adornée de pinces de crabes tout autour , qui s’est révélé être après examen un livre ancien ouvert dont seul subsistait de visible quelques reflets de son ancien vélin. Ce qui m’a le plus surpris est que l’auteur de ce concept artistique est une libraire de livres anciens, dame d’expérience qui détourne les livres  » pour les recréer en sculptures fantastiques en, nous introduisant dans la magie d’un nouveau rapport entre le sens du livre et le sens de l’objet…  » dit la plaquette qui accompagne l’expo.

    De là, je suis allé voir ailleurs quelques livres-objets, dont une paire de banderilles entourées et reliées entre elles par un galon d’ameublement sur lequel le texte était manuscrit. Bon…

    Le site dont j’indiquais l’adresse a des formats plus bourgeois mais les textes ne sont pas …grands… encore, vous avez raison.

    Je trouvais que vous faisiez mouche avec l‘expression  » rareté programmée  » à opposer à rareté de l’âge, mais à tout considérer cette confiture pour bibliophile existe déjà depuis longtemps.

    Tout cela participant à la réflexion amorcée plus haut sur le contenu des collections futures de bibliophiles illustrant fin du 20e et début du 21e siècle.

    En tout cas, je ne veux pas que mon vieux Pétrone de 1585 de chez Linocier, dans son vélin poli par l’usage et si savamment annoté, finisse dans les bandes plâtrées incrustées de crustacées, ah ! ça non !

    Raphael
    Taking off coming soon.

    Wall : Quoi lire de H. Bordeaux ? son parcours est un peu… cahotique.

  17. @Raphael

    Il s’agit totalement d’un coup de coeur, car j’ai une certaine dette intellectuelle envers Henry Bordeaux qui m’a permis d’accéder à la littérature et de découvrir énormément de choses, indirectement.

    Je vous disais que je faisais tout pour éviter les coups de coeur, que ça m’arrivait assez peu. En tout cas, cela m’arrive essentiellement avec Henry Bordeaux (qui, outre le coté moraliste, a un coté critique intéressant)

  18. Pour revenir aux éditions d’art, ou d’artistes, ou de bibliophiles, ou de bibliophilie, on ne sait plus trop bien…

    Il y a tout de même quelque chose qui me dérange là dedans… ça fait un peu trop « Arts & Métiers du livre » à mon goût, trop de tapage pour un flan comme dirait un de mes anciens amis…

    le flan, c’est inconsistant, c’est sans texture propre, ça suite les contours, ça dégouline, c’est bon soit, ça peut être beau et appétissant, mais ça n’a pas de classe !

    Pour tout dire j’aime les livres rares parce qu’ils sont rares d’eux mêmes, pas une rareté programmée, inventée, crée de toute pièce, la mariée peut être belle, on lui achète une belle robe, un beau collier de perles, de beaux souliers, et hop !

    Non, décidément, la bibliophilie contemporaine je n’accroche pas, je suis un indécrotable rétrograde…

    Tanpis pour moi, je ne saurai sans doute jamais détecté les futurs best sellers de demain, l’auteur qui bouleversera Hugo sur son trône poétique (il n’est pas né…), qui renversera Balzac et Zola de leur siège romanesque…

    Je ne contenterai donc de sortir de l’oubli les penseurs d’hier et les faiseurs d’histoires de nos ayeux ! Du temps ou le papier était chiffon parce qu’on ne savait pas faire autrement…

    Amicalement, Bertrand
    Bientôt off line

  19. J’aime bien l’envoi à Guitry, cette résonnance du théâtre au théâtre; c’est homogène, plein de rondeur, comme on dirait d’un vin.

    Sans dévoiler vos gisements, c’est un achat dans une librairie habituelle, le net, racontez-nous un peu… ?

    …Mais dites voir, à bien y regarder, cela a l’air de furieusement ressembler au coup de coeur que nous évoquions l’autre jour et dont vous semblez cependant vous méfier…

    Raphael

  20. Je suis complètement tenté par l’aventure du livre unique avec un artiste. C’est tout ce à quoi j’aimerai tendre. Mon premier livre a été fait en collaboration avec la relieuse, mais aussi avec l’artiste, très curieux de voir le résultat.

    La brochure est un tirage à part d’une pièce en un acte parue en même temps dans la revue des deux mondes, la dernière flamme, en 1922, rééditée en 1930 avec d’autres. L’envoi est à Lucien Guitry.
    J’affectionne l’auteur d’où l’achat (qui d’ailleurs n’aurait pas intéressé grand monde à part moi!)

  21. Ok avec vous Wall sur les prix, mais au-dela de ça, ce qui m’intéresse est de connaître le sentiment des amateurs sur l’esprit des livres-objets, livres d’artistes ou livres détournés et savoir si vous êtes tentés par l’aventure du livre unique, rêvé, créé en collaboration avec un artiste (cela va au-dela de l’échange avec un relieur).

    En ce qui concerne votre achat, vous en avez trop dit ou pas assez, quelle brochure et quel envoi ?

    Raphael

  22. J’en pense que c’est trop cher à mon gout…
    Je préfère faire travailler ma relieuse en reliure mosaiquée d’après des oeuvres d’artistes connus avec qui je suis ami. J’en ai fait un seul pour l’instant, mais j’espère que d’autres suivront rapidement (si mes finances le permettent)

    Sinon, mon dernier achat:
    une rare brochure de Henry Bordeaux, auteur que j’affectionne car il m’a amené à la littérature, avec un bel envoi

  23. Je caresse le rêve de réaliser un jour une édition de bibliophile en tirage trés limité d’un de mes textes préférés, l’Epopée de Gilgamesh, la toute première révolte impuissante contre notre humaine et fragile condition.

    Au cours de flâneries rêveuses, je suis tombé sur le site suivant de livres d’artiste:

    http://netoos.org/pele-mele/

    Que pensent les bloggers pas encore partis en vacances de ces livres?

    Raphael

  24. Soit !

    Que notre appendice soit notre supplice !

    Et sans aucun artifice,
    qu’il nous aide à notre vice !

    Ensemble et sans artifice,
    je le redis aux novices !

    Respirer les vieux livres,
    c’est mon vice !

    A vous,

    Bertrand

  25. Merci beaucoup pour le lien BNF, quant à Pecia j’y passe en curieux trop ignorant du sujet je l’avoue.

    Que ne pouvons-nous posséder ces livres précieux ne serait-ce qu’une seconde !

    A Raphaël : Merci. Je me sens moins seul et ma pathologie trouvera peut-être un jour un remède… mais les maladies orphelines… pas facile !

    Bonne soirée,

    Amicalement, Bertrand

  26. C’est vraiment une trés belle exposition.
    Si vous aimez les manuscrits, rendez-vous sur le blog PECIA de Jean-Luc Deuffic (http://blog.pecia.fr/) qui est une source documentaire et iconographique de trés grande qualité.

    Quant à la personnalité aromatique des livres qui les rend uniques et reconnaissables les yeux fermés, je partage votre idolâtrie, Bertrand.

    Raphael

  27. Désolée : j’ai l’impression que l’adresse que j’ai donnée ne fonctionne pas. Le plus simple est d’aller à l’adresse suivante :
    http://expositions.bnf.fr/carolingiens/
    Sur cette page d’accueil,cliquez sur le titre « livres à feuilleter » et vous vous retrouverez où je voulais vous emmener.
    Malheureusement, je ne sais pas comment créer un lien direct…

    Isabelle

  28. Bonsoir,
    Si vous voulez avoir « l’impression » de feuilleter un livre très ancien (mais sans l’odeur et sans le plaisir tactile), vous pouvez vous rendre à l’adresse suivante : http://expositions.bnf.fr/carolingiens/livres_web/index.htm
    Vous pourrez virtuellement feuilleter quelques pages de manuscrits carolingiens sortis de leurs réserves.
    Qui connaitrait d’autres adresses de sites qui présentent de façon originale (ou fidèle) de beaux livres qui nous feraient rêver, faute de mieux ?

    Isabelle

  29. ces américains ! on aura tout vu…

    Peut-être utile mais pour moi, hormis la mauvaise odeur persistante des livres ayant subi la moisissure (je ne dis pas mouillure – mais bien moisissure – c’est à dire que la fibre même du papier est partiellement ou totalement cassée (le papier se délite et se réduit en poudre au toucher)…
    sinon je laisse à mes livre leur odeur qui leur est propre (c’est le cas de le dire), même plus, j’ai rentré récemment un livre que j’ai humé avec délice… vraisemblablement ce livre avait été plus d’un siècle auprès d’une cheminée ou d’un gros fumeur de pipe… odeur étonnante et suave avec le temps… délicieux !

    Je laisse aux autres ce genre de désodorisant qui me rappelle méchamment le paliatif pour les odeurs de caisses à chats…

    A vous,

    Amicalement, Bertrand

  30. En tout cas, le « curiosa » du 17e au 19e semble être à toutes les sauces (physica, miscellanea, mathematica et j’en passe…)au temps où l’on s’émerveillait de tout – sauf à celle qui nous intéresse.

    Pure hypothèse : le père littéraire de l’Hospodar Mony Vibescu (je suis désolé, c’est son nom…)n’aurait-il pas un peu contribué à lui donner sa nouvelle acception ?

    Raphael

  31. Et c’est là qu’intervient la prof de latin !
    L’adjectif latin « curiosus » a de nombreux sens : « soigneux », « minutieux », »avide de savoir » d’où « curieux » avec parfois le sens péjoratif d' »indiscret ». La forme en -a est un neutre pluriel qui se traduit par « choses ». A mon avis, »curiosa » est utilisé pour « choses curieuses » ou « choses indiscrètes ».
    Je vous livre cette explication sans aucune autre garantie que le sens latin du terme. Il y a peut-être d’autres explications.
    Isabelle, « semper fidelis »

  32. « introduire le terme » est déjà quelque part une expression très curiosa, non ?

    J’avoue ne pas connaître le point de départ de cette locution.

    Je suis preneur de l’info également.

    Amicalement, Bertrand

  33. La délicieuse ambiguité de vos questions et cet appel aux dames à ôter leurs voiles ont un parfum de second rayon dont vous ne nous ferez pas croire, cher Xavier, qu’il est totalement involontaire…

    Y’a t-il d’ailleurs des collectionneurs (-nneuses) de ces livres qui ne se lisent que d’une seule main ?

    Philippe

  34. Nn petit rendez-vous Brassens autour d’une table dans un bistro à la rentrée me paraîtrait de fort bonne augure.

    Que ceux qui sont ok se signalent auprès du chef (quand il sera revenu de son île aux pirates…)

    Bonne soirée à tous,

    Amicalement, Bertrand

  35. J’ai craqué. Je pouvais lire vos commentaires, mais je ne suis pas parvenu à me « logger », j’ai donc du me resoudre a participer via les commentaires.
    Sensation étrange de lire des discussions sur le blog sans avoir posté de message. C’est même assez émouvant, je craignais qu’il ne s’éteigne doucement en mon absence et je le retrouve en pleine forme.
    Merci à Bertrand d’avoir transmis mes 1ers remerciements. Je les renouvelle. Merci à tous, votre activité justifie tous mes efforts! Reliure, livres truffés, reliures anglaises… Etc. Les débats sont passionnants.
    Je suis allé à saint-sulpice, avec Bertrand d’ailleurs (très sympathique « blogrencontre », c’est clair, pour les bibliophiles, le blog, c’est mieux que meetic!).
    J’aime beaucoup ce marché. Peut-etre pourrions-nous à l’occasion y dejeuner ensemble, ou à Brassens… Mais je n’ose plus proposer, m’étant fait un peu envoyer sur les roses quand j’avais proposé un diner! Sourire. Bref, merci, vraiment.
    H
    (tombé du hamac, pour cause de vent force 7 sur mon île!)

  36. Je voudrais lancer un autre débat,
    je suis en train de lire une fiche d’un libraire anglais qui décrit une reliure mosaïquée du XVIIIè siècle, voici comment :

    « It may be provincial as it lacks the refinement of the top Parisian products of the period. »

    Etant provincial (comme dirait Pascal…), j’en suis resté sur le c…

    Peut-on vraiment dire que les relieurs provinciaux étaient moins doués que les relieurs parisiens ?? Pour ma part j’ai de nombreux exemples de relieurs de province (Reims, Dijon, etc) qui sont de très fins relieurs.

    Et vous ?

    Avez-vous des reliures signées, très belles et fines, qui sortent du fin fond de la France ???

    Si oui je serai heureux de vos commentaires et éventuellement de vos photos en lien (pour tout le monde dans le blog),

    merci d’avance,

    amicalement, Bertrand.

  37. je n’y crois pas !

    il a fallu qu’il sorte de son hamac pour intervenir.

    Hugues, mon bon Hugues,
    je te rappelle…

    QUE TU ES EN VACANCES !

    Enfin, c’est sympa quand même.
    Alors, bonne la mer ??

    Amicalement, Bertrand

  38. Puisque vous parlez de livres « truffés », je possède un exemplaire du 17eme du fameux livre de Liceti, « de monstrorum natura caussis », auquel un precedent proprietaire a ajouté ses propres notes manuscrites in-fine. Ce précédent propriétaire était probablement médecin et ses annotations correspondent à ses propres expériences de praticien face aux « monstres humains ». Les notes sont extrêmement circonstanciées (et datent principalement du tout début 19ème), et il a également ajouté des croquis de sa main, coloriés. Pour ne rien gâcher, le tout a été relié dans une reliure de luxe, par Vermorel à la fin du 19ème. Je suis très attaché à ce livre, pour moi un rassemble toutes les qualités dont peut rêver un bibliophile!
    Je crois avoir trouvé un moyen de participer a votre débat via mon téléphone… Espérons que cela fonctionne!
    Hugues

  39. S’il faut croire Nicolas Barnaud son ami de Boodt qui fut le médecin de Rodolphe II et à qui nous devons « Le parfaict Joailler ou histoire de pierreries » découvrit dans la reliure d’un livre « cymbalum aureum » en sus d’une feuille manuscrite expliquant la manière d’opérer, une petite quantité de poudre rouge qui se révéla être une parcelle de la fameuse pierre philosophale.
    J’ai me semble t’il une protubérance qui déforme le vélin d’un certain livre, je vais de ce pas chercher un cutter…

  40. Personellement, je n’ai jamais rien trouvé de particulièrement intéressant ou « interpellant ». Par contre, petits dessins, esquisses,parfois malhabiles, dans les marges ou sur les gardes sont fréquents. J’aime tout particulièrement des esquisses à la sanguine et à la pierre noire sur un « livre de perspective » de Jean Cousin.
    Vos ouvrages sont ils aussi ainsi enrichis?
    PhilippeM

  41. J’ai déjà parlé d’un ticket d’omnibus trouvé dans un petit livre. J’ai aussi quelques notes sur un ouvrage dans un livre du XVIIIème. Mais bon, rien de transcendant!

  42. Je suis déjà tombé sur une lettre de Louis Blanc parlant de Victor Hugo, une copie ancienne d’un poème de Lamartine et je crois bien que c’est tout.

    Wall

  43. Isa faisait allusion dans son portrait aux objets laissés par de précédents lecteurs qu’elle aimait trouver dans ses livres, en citant des fleurs séchées.

    Dans « les chansons de Bilitis », j’ai trouvé un feuillet bleu qui restituait, avec forces ratures, un laborieux effort de composition de chansons relevant plus du corps de garde que de la poésie alexandrine.

    La moisson sur Google indexée sur l’expression « objets trouvés dans les livres  » est trés chiche alors que la version « things found in books » montre apparemment que cet inventaire intéresse plus outre-Atlantique.

    Et vous-mêmes, sur quoi êtes-vous tombés ?

    Raphael

  44. Bonjour raphaël,

    Effectivement,…je crois,…que j’aime la bibliographie, qui m’aide à afiner mes recherches; et me permet de vérifier certains points de ma collection.

    Promis, si je « tombe » un jour sur Dézé, j’en reparlerai ici ou sur le « forum livres anciens »

    Cordialement
    xavier

  45. Bonsoir Xavier,

    Merci beaucoup d’avoir eu la gentillesse de regarder. Il s’agit bien du Dézé admirateur et bibliographe de Doré, actif dans la région parisienne.

    Il correspond au premier de la liste, celui dont la notice sonne comme une vague épitaphe…Vous me faites découvrir qu’il en existait d’autres.

    Si vous le rencontrez ailleurs…

    Bien cordialement

    Raphael

    PS : Vous avez cette doc. par goût de la bibliographie ou pour documenter vos propres collections (ou les deux)?

  46. Bonsoir Raphaël
    A Propos de REZE, voici ce que dit Fléty dans son dictionnaire des relieurs : (il y à plusieurs relieurs de ce nom)

    DEZE : relieur, exerçait à Paris vers 1900

    DEZE : relieur, 1 rue St-Jean à Saumur. Exerçait durant le
    dernier quart du XIXe siècle et le début du XXe siècle

    DEZE : Eugène (dit Deze fils, lui succéda et exerça
    jusqu’en 1940. Entre 1941 et 1944 l’atelier fut exploité par Mlles G. et S.Deze. Elles eurent Roche pour succésseur qui transféra
    l’atelier au 52 rue d’Orléans.

    Une mise à jour de ce dictionnaire sera disponible à la vente en mars 2008, 2 volumes édités par FATON (vu dans une pub dans Arts et Métiers du livre de juin/juillet 2007)

    Vu sur internet : Auteur : VALMY-BAYSSE J.
    Livre : GUSTAVE DORE. BIBLIOGRAPHIE ET CATALOGUE COMPLET DE L’OEUVRE, PAR LOUIS DEZE
    Edité par La vie – Paru en 1930
    Cordialement
    xavier

  47. AVIS DU CHEF – HUGUES LE VENERABLE

    Hugues, isolé sur son île au milieu de nulle part me demande de vous remercier tous un par un de cette activité débordante du blog en son absence…

    Bien que secrètement il redoute un coup d’état sans violence… il est très heureux de nous voir tous ripaillés verbalement autour du livre.

    Donc je transmets (en agrémentant un peu le style du maître – il ne m’en voudra pas je pense ??),

    Continuez à discuter en amenant d’un sujet à un autre chacun à dévoiler ses petites trouvailles, ses grandes idées théoriques sur le monde du livre et vos intimes convictions.

    A vos claviers !

    Transmis pour Hugues depuis nulle part. Amicalement, Bertrand

  48. Dede, on voit bien l’athanor rougeoyer dans un coin de votre bibliothèque.

    Il faudra suggèrer à Hugues d’ouvrir une page où l’on pourra venir ranger sur les rayonnages les ouvrages des bloggers alchimistes.

    Xavier : Dans votre documentation, auriez-vous quelque chose sur le relieur Louis Dézé (1857-1930)?

    Merci.

    Raphael

  49. Bonsoir à tous!
    J’ai une petite question à ceux qui sont allés à St Sulpice. J’ai trouvé un livre de 1911 sur New York, présentant l’architecture de la ville au tout début du XXème siècle. La couverture présente une vision futuriste de la ville, couverte d’immeubles géants, au milieu desquels passent des tramways suspendus, etc. Est-ce que quelqu’un connait le titre de cet ouvrage illustré? Bon, je sais que c’est une question un peu bête, m’enfin, je compte sur vous!

  50. Les plus anciens je pense : LULLIUS (R.). Codicillve sev vade me¬cvm Raymvndi Lvlli philosophi doctissimi 1572.

    LIBAVIUS ANDREAS : D. O. M. A. Medicinae Hermeticae artificibus catholicae ad hominis sanitatem tuendam …; et hydrargyrum, imperfectaque metalla in aurum vel argentum transmutanda, expositio fidelis … Raymundi Lullii, et Arnoldi Villonovani; cum scholiis & interpretationibus 1599.

    Hélas pas de poudre de projection en vue ; ma bibliothèque serait bien plus fournie 😉

    Pour la première GM effectivement en plus des récits, documents : photos cartes, cartes postales, revues : l’Illustration, le miroir etc.

    Cordialement

  51. Dede, quels sont vos plus vieux ouvrages alchimiques ou celui qui vous est le plus précieux (celui qui donne la bonne recette, j’imagine…)?

    J’ai comme vous une attirance pour la 1ere guerre mondiale : vous faites littérature et documents ?

    Raphael

  52. Le thème de ma collection est avant tout basé sur l’ésotérisme en suivant Caillet, Dorbon, Guaita, Ouvaroff .
    La première Guerre mondiale est aussi assez bien représentée (Imaginez deux secondes la tête de mon épouse quand elle a vu débarquer les « Armées Françaises dans la Grande Guerre » qui doivent représenter 8 mètres linéaires) mais ces ouvrages ne représentent pas le sacrifice financier nécessaire à l’acquisition d’un ouvrage d’alchimie par exemple.

    Ps : Si une Atlante fugitive voulait bien me rendre visite elle y trouverait un havre de paix 😉

  53. Oui, mais je commence à avoir beaucoup de documentation; je cherche des manuels de reliure, de restauration de livres/papier, d’ex-libris, quelques catalogues de ventes anciennes, bibliographie, etc.

  54. Aller, je me lance aussi…
    Derniers achats :
    Librairie JC.Vrain-Reliures de Femmes de 1900 à Nos Jours, in-4, Catalogue de 103 ouvrages reliés par des femmes, 83 sont publiés entre 1900 et 1950, et 20 de 1960 à la publication de ce catalogue.

    et surtout à la foire St-Sulpice :
    -Les reliures d’art à la Bibliothèque Nationale
    Paris, Rouveyre, 1888. in-4, 51pp. + 80 ill. 1000 ex. numérotés
    le mien est un demi veau blond, pièce de titre en mar. rouge), d’accord quelques épidermures…mais bon, je vais effectuer quelques réparations dessus car j’ai fait quelques années de reliure en cours du soir; donc c’est facile pour moi.

    -Anatole Claudin-Les origines de l’imprimerie à Paris, la première presse de la sorbonne
    Paris. lib. A.Claudin, 1899, br., 59pp.
    Extrait du bulletin du bibliophile tiré à 100 exemplaires

    xavier

  55. Pour ma part, ce serait plutôt des briques que j’enlève à ma maison. Mes achats relèvent tous de ce que vous définissez comme coups de coeur. Si un jour mes livres repartent sur le marché, je ne sais pas du tout ce qu’ils vaudront. Les phénomènes de mode fluctuent, pour les livres aussi ; et la valeur que l’on attribue à un ouvrage en fonction de critères tellement personnels reste quelque chose d’éminemment subjectif. Je crois n’avoir aucun livre « de placement » et si tel était le cas, je m’en déferais au profit d’un ouvrage qui me toucherait plus.
    D’accord, je ne suis pas un bibliophile classique : les livres fragmentaires ne me gênent pas : nombreux sont ceux chez moi à qui il manque quelques feuillets. Cela fait aussi partie de leur parcours et cela me permet d’avoir quelques titres sinon inabordables.
    Philippe M

  56. Vous me faites envie avec votre visite à Montolieu…

    mais normalement je devrais y passer courant juillet, ce lieu n’étant pas si éloigné de mon lieu de vacances (Sète).

    Amicalement, Bertrand

  57. Je me lance : Les derniers achats de la quinzaine.

    MILTON Le Paradis Perdu une édition de 1781
    Un lot de Mysteria une des revues fondée par Papus (1913,1914)
    Schwaller de Lubicz : L’appel du feu Imprimé le 8/9/1929 Officina Montalia St Moritz avec son prière d’insérer (assez rare)
    Albert Poisson : Nicolas Flamel : sa vie, sa fondation, ses œuvres (E O) Chacornac 1893.
    Pas de quoi fouetter un chat.
    Demain direction Montolieu le village du livre dans l’Aude.
    La dernière fois j’y avais trouvé un tome de Berbiguier pour quelques euros, j’aime pas trop les dépareillés mais une fois n’est pas coutume.

    Et vous ?
    Je pense que les libraires sont excusés d’office sur ce post mais après tout…

  58. Mais ma passion est aussi cette époque! J’aime beaucoup l’époque 1880-1950 par tous ses côtés artistiques et littéraires. Seulement, je maîtrise ma passion sinon, je n’aurais jamais eu une bibliothèque aussi importante, avec des livres comme j’ai, et aussi une collection d’autographes.

    J’ai bien, au début, été « soumis » à ma passion, mais maintenant, je vois la différence: ma bibliothèque se développe de manière beaucoup plus intéressante.
    Je laisse juste ma passion me diriger pour quelques écrivains.

    Par ailleurs, je ne pense pas que ce soit une chimère: mon père a vendu une partie de sa bibliothèque pour acheter la maison, et ça n’a pas du tout été un mauvais investissement.
    De plus, le marché du livre n’est pas si volatile justement. Je suis assez initié aux marchés de l’art et de l’antiquité pour voir que c’est la moins volatile.

    Wall

  59. Je me demande si ce n’est pas une chimère de penser en terme de placement.

    C’est certainement juste lorsqu’on peut accéder au marché de l’exception – mais an niveau où, sans porter atteinte à quiconque, je crois que nous évoluons plutôt, le pari me semble risqué dans un marché trés volatil.

    Les livres qu’on capitalise aujourd’hui, qui peut nous assurer de la valeur qu’ils auront demain ? (d’accord avec René : quelle valeur leur assigner, d’ailleurs).

    Ne vaut-il pas mieux se laisser guider par sa passion et laisser son envie dicter la cote ?

    Raphael

  60. @Bertrand

    Je n’ai pas dit que je ne dépensais pas plus de 20€ pour un livre, mais pour les coup de coeur, j’évite de dépenser plus.
    Par ailleurs, étant étudiant, il m’est impossible d’acheter des livres de grande valeur, et mon livre acheté le plus cher a été 130€ (et ce fut un coup de coeur d’ailleurs, unique).

    Je crois qu’on peut être raisonnable et bibliophile, mais cela vient peut être aussi de l’éducation. Ma famille a toujours été dans les affaires, donc, je dois avoir une prédisposition.

    Mais être libraire n’est pas être raisonnable aussi??

    Par ailleurs, si j’avais les moyens, je crois que je dépenserais facilement beaucoup d’argent pour de très beaux livres, mais ce n’eest pas le cas.
    En plus, je lis beaucoup, et j’aime pouvoir avoir les livres que j’ai lu, ou plutôt, j’achète le livre que j’ai envie de lire et il entre dans ma bibliothèque. Vu mes finances, je dois donc limiter certaines choses.

    @René:
    J’avais déjà répondu à cette question sur une autre série de commentaires: je me fais une idée des prix par une documentation papier et informatique importante, que je développe: catalogues et résultats de SVV et catalogues de librairies. Par ailleurs, je connais personnellement plusieurs libraires, ce qui m’aide beaucoup.

  61. J’aimerais que l’on m’explique comment concilier bibliophilie et raison ??

    Pour ma part je n’y parviens pas, et me dire que je ne dépenserai jamais plus de 20 euros pour un livre… impossible !

    Au secours, je me sens seul et malade des livres ?

    Y-a-t-il un docteur es bibliophilie sur le blog ?

    Pour moi la bibliophilie est une addiction.

    Amicalement, Bertrand

  62. A Raphael: super affaire et coup de coeur:

    Il m’arrive assez peu d’avoir des coups de coeur, car je fais tout pour les éviter, et quand ça m’arrive, je limite ces achats à 20€ maximum.

    Quand je dis super affaire, ou même affaire, c’est que ma bibliothèque devient « raisonnée », qu’elle constitue un tout sur une époque, la plus abordable (1880-1950), et que j’achète les livres peu cher, par rapport aux valeurs réelles (sures, grâce à diverses sources d’information). Il y a bien mes préférences pour quelques auteurs (peu recherchés) qui me font acheter des livres plus chers mais ça reste très limité.

    Je crois que je l’ai déjà dis: je considère ma bibliothèque comme l’assouvissement de ma passion et comme un investissement sur l’avenir. Je suis jeune, je préfère capitaliser en livres, car ça me fait plaisir, plutôt que de laisser en banque. Les seuls livres que j’achète chers sont aussi les derniers que je vendrais en cas de besoin, je m’y suis attaché plus qu’à d’autres

    Wall

  63. Je suis aussi allé à St-Sulpice mais le vendredi AM.

    Comme les meilleurs choses avaient été prises par H., B. et P., je me suis rabattu sur un recueil de Poèmes du sulfureux Maurice Rostand de 1911, alors âgé de 20 ans, (1 des 50 sur Japon) avec un envoi à Paul Hervieu (un des deux parrains de son père Edmond au momment de sa réception à l’Académie française en 1903, accompagné de la mention « Arnaga », l’étonnante villa Rostand à Cambo-les-Bains.
    En fait, l’oeil avait été attiré initialement par la reliure moderne en vélin blanc décoré d’aplats non figuratifs de peinture dans différents tons pastels (70 euros).
    Exemple de coup-de-coeur.

    Raphael

  64. J’ai un peu les mêmes critères que Raphaël. J’aime beaucoup les petits livres qui ne paient pas de mine, ceux qu’on ne voit pas vraiment lorsque l’on est chez un libraire. J’aime particulièrement les livres de tout petit format, ceux avec des couvertures en vélin, etc.
    Et de toute façon, mon budget ne me permet pas d’acheter des livres de gravures en in-folio. 500€, pour moi, c’est le budget bibliophilie annuel! Là, je n’avais que 40€, avec lesquels j’ai pu m’acheter un petit Cazin, qui était perdu au milieu des grands livres.
    C’est tout de même un univers particulier et intimidant pour quelqu’un qui n’est jamais allé sur un salon (comme moi, quoi!). Mais je suis tombé sur deux trois libraires vraiment très gentils. Malheureusement, je n’ai pas pu en visiter beaucoup plus, étant donné que je n’y suis resté que 45 minutes…

  65. Bertrand : Quel est ce fou littéraire ou assimilé ?

    Wall : Vous évoquez la « super-affaire » . peut-on l’opposer au coup de coeur ?

    Personnellement, ma définition du coup de coeur est assez extrémiste : elle concerne le livre qui n’est pas vraiment rare et recherché mais à qui j’attribue par un jeu d’évocations et de résonnances trés personnel(dédicace évocatrice d’un lieu particulier, reliure dérangeante, notes intercalées, mutilations…) une valeur spéciale qui ne sera peut-être pas partagée par d’autres, ..et faiblement commerciale.

    Raphael

  66. Un achat d’envergure moyenne (140 euros)

    Effectivement, les budgets sont très différents: le livre que j’ai acheté le plus cher m’a couté 130€ et ensuite, quelques-uns à 60€, mais il est vrai aussi que je suis étudiant.

    En revanche, ma seule limite est ce que j’ai de disponible sur mon compte, donc je suis pret à depenser tous mes sous, si c’est pour une super affaire.

    Wall

  67. Je suis allé à St-Sulpice jeudi avec notre Sire (notre bien amé Hugues). Il a fait plutôt beau, ce qui était plutôt agréable, l’entrecôte était bonne et la bière blanche savoureuse (comme quoi on ne mange pas si mal à Paris, même sur un salon)…

    Ceci étant dit, c’était également la première fois pour moi (eh oui ! il y a des libraires qui ne s’y étaient jamais rendus… à moins que je fus le seul ??)

    Mon impression a été globalement très bonne. Il y a avait bon nombre de livres à tous les prix, des livres de qualité et des livres plus abordables qui restaient intéressants.

    Mon sentiment est qu’avec 500 euros en poche on pouvait déjà s’offrir une belle pièce de bibliophilie (EO en reliure signée, édition ancienne sympa, etc). Evidemment je comprends que 500 euros soit déjà un budget.

    Pour ma part je n’ai acheté qu’un seul livre. Il fait partie de la catégorie des fous littéraires ou assimilés. Un achat d’envergure moyenne (140 euros), acheté à un libraire du quartier St-Sulpice même. On ne pouvait faire plus local.

    On a tourné dans les allées (merci à Hugues pour son sens de l’orientation qui me fait défaut…) de 11h à 17h environ. C’était le temps nécessaire ce me semble pour bien faire le tour de la question.

    Voilà,
    je suis heureux d’y être allé, l’ambiance y était bonne.

    Amicalement, Bertrand.

  68. En parlant de libraires, êtes-vous allé au Marché de Saint-Sulpice ce week-end? C’était la première fois que j’y allais. Si je n’avais pas travaillé dans la journée, j’y serais bien resté plus d’une heure… Je n’avais jamais vu autant de livres anciens de toute ma vie! Et dire que je n’avais que 40€ sur moi… Juste histoire de m’acheter un ptit bouquin!

  69. cela ne veut effectivement pas dire que je n’ai pas quelques rayonnages secrets un peu à part…

    Mais honnêtement tous les livres de la librairie sont Ma bibliothèque, une heure, une journée, un mois, un an… ils passent sur les rayonnages mais non sans avoir été étudiés et admirés par le conservateur en chef des lieux (rires…)

    Cela me suffit comme cela. Il faut dire que j’ai fais le choix rester maître du nombre…

    1.000 livres suffisent à mon bonheur et comme cela je maitrise le tout sans problème…

    Au delà je ne deviendrais qu’un épicier du livre…

    Bonne soirée,

    Bertrand

  70. Tout à fait d’accord avec Philippem sur la curiosité à aiguiser des futurs possesseurs. Poussons plus loin: doit-on glisser quelques notes (peu épaisses et sur un papier adéquat) sur les recherches que nous avons faites sur l’ouvrage ou faut-il mieux s’en abstenir pour laisser le plaisir d’une nouvelle recherche à celui qui suivra ?

    ————

    « d’amateur, je suis devenu libraire » dixit Bertrand ; est-ce à dire que vous ne conservez plus rien en amateur dans le secret de votre bibliothèque ?

    Raphael

  71. Quand un nouveau livre entre chez moi, le plaisir est aussi (surtout ?) d’essayer de retracer son histoire, son parcours. Pour ce faire, les ex-libris manuscrits ou gravés sont précieux. Continuer cet usage, c’est aussi permettre aux bibliophiles futurs de savoir d’où viennent leurs livres.
    Certes, je n’écris pas mon nom sur les feuillets de titre ni ne fait apposer mes armes sur les plats, mais un ex-libris gravé, j’y pense … Quelque chose de pas trop voyant, juste des initiales qui éveilleront la curiosité d’amateurs futurs.
    Philippe M

  72. Pour ma part,
    j’avais fais dessiné un ex libris par un membre de ma famille plutôt doué (enfin plus que moi…) il y a de cela bientôt 10 ans…

    D’amateur je suis devenu libraire…

    Ma bibliothèque étant en quelque sorte devenue celle des autres… je n’ai jamais donné suite et jamais apposé cet ex libris sur aucun livre.

    Par contre, je me passionne toujours pour rechercher et savoir le parcours d’un livre qui me tombe entre les mains… et là les historiettes sont légions…

    A bientôt,

    Bertrand

  73. A un moment donné de sa vie, on croit qu’il est très important de laisser une trace de son passage et on se demande ce qu’on pourrait bien faire. Quand on a pas la chance de pouvoir construire de grandes bibliothèques (ou stades ou musées) dans des capitales, on se dit « Tiens, pourquoi pas un ex-libris ? » et on caresse béatement l’évocation d’avoir un jour son nom dans le catalogue G…d- B…n ou Pierre B…s, avec la mention « Exemplaire (si possible précieux ou rare et recherché, tant qu’à faire) de la bibliothèque de Monsieur R…R… (dont la collection était très réputée…etc. etc.- tant qu’à rêver…)».

    Donc, j’ai fait faire un ex-libris. Je me suis amusé à le dessiner moi-même et l’ai porté à un graveur qui l’a imprimé sur du papier vergé ivoire non acide (important détail).

    Je suis revenu chez moi avec mes 500 ex-libris sous le bras et la petite matrice métallique qui avait servi à l’impression. Premier problème : quelle colle utilisée ? un relieur/restaurateur par moi sollicité m’a répondu « De la colle de peau ! » , « Oui, bien sûr, certainement… » répondis-je d’un ton assuré en maudissant le bougre, alors que je venais d’acheter un joli tube jaune de colle en bâton. Il m’apprit qu’il ne lui était pas rare d’avoir à décoller des ex-libris de possesseurs qui souhaitaient en changer et que la colle était un véritable problème, quand elle n’abîmait pas le contre-plat et la garde !

    J’ai donc choisi de ne pas coller l’ex-libris et de simplement le glisser dans l’ouvrage… ce qui fait que l’ex-libris tombe à chaque fois que le livre est manipulé.

    Au mieux, il servira de signet, au pire, il finira dans un album de collectionneur d’ex-libris qui n’aura pas à se donner la peine, lui, de le décoller…

    A présent que la phase narcissique s’est tout de même un peu évaporée (l’âge et quelques « rameaux » calmant ce type d’ardeur), c’est une amusante perspective d’imaginer dans quelques décennies le propriétaire curieux qui dans l’excitation de l’achat, voudra à son tour, comme nous avons beaucoup de plaisir à le faire quand nous découvrons un ex-libris, tout connaître du voyage de « son » livre.

    Comme une sorte de petite colle, en quelque sorte…

    Raphael

  74. « Papa, comment on fait les ex-libris? »
    Est-ce que c’est un tampon ou un papier imprimé à partir d’une gravure? Quelle colle utiliser? Plein de questions techniques auxquelles j’espère vous aurez des réponse! 🙂

    Sinon, pourquoi pas, effectivement, faire un ex-libris pour personnaliser mes livres.

  75. Une autre question:

    -Avez vous un ex-libris?

    -Si oui, quel type de dessin (armes de familles, dessin en rapport avec les livres, etc) et quel type d’ex-libris (gravure, etc)

    -Si non, y avez-vous pensé, pourquoi, quel type d’ex-libris?

    Dans mon cas, je n’en ai pas, mais je souhaite m’en faire graver un, dès que j’ai les sous, d’après un dessin d’un ami artiste, qu’il me reserve pour l’ex-libris, sans aucun rapport avec les livres. J’aurais pu utiliser des armes familiales, mais je ne trouve pas ça assez personnel.
    Pourquoi voudrais un ex-libris? Pour personnaliser mes livres en quelque sorte, comme marque d’appartenance. Je ne vois pas ça vraiment comme une volonté de laisser une trace, d’autant que j’ai peu de livres de très grande valeur.

    Wall

  76. Je ne connaissais pas cet Henri Polles.

    Je crois que sa méthode n’est pas mauvaise, et c’est ce que je me disais pour mes livres, comme les Vorys dont je parlais plus haut. J’ai bien des idées, mais pas du tout les sous pour l’instant 🙂

    Wall

  77. Raphael a dit :

    >Bertrand : dites-nous ce qu’il faut >regarder plus particulièrement quand >on examine une reliure moderne et >qu’on la trouve comme ça, >globalement plaisante. Quels sont >les lièvres à soulever ?

    Pour ma part, il y deux choses essentielles.

    La qualité d’exécution technique et la réussite artistique. Ces deux éléments sont indispensables à mon sens pour obtenir un bel ouvrage de bibliophilie.

    Si vous n’avez que le premier, vous avez certes un livre très finement relié mais sans grand charme ni originalité.

    Si vous n’avez que le deuxième. L’attrait qu’aurait pu avoir la création artistique est complètement ecclipsé par la mauvaise exécution technique.

    Comme la perfection n’existe guère en ce bas monde, il faut bien que l’un ou l’autre de ces deux éléments pêchent un peu, parfois, mais toujours alors je privilégierai la très bonne exécution tecnhique sur l’originalité et la créativité du relieur.

    Combien de fois ai-je vu des créations de reliures avec force mosaïque où les morceaux de cuir étaient très approximativement placés, insérés. Où la dorure n’était pas nette, etc.

    Un bon indice d’un grand maître relieur se traduit par l’élégance globale que peut avoir une reliure. Finesse des cartons employés, coins parfaitement faits, cuir très bien paré, pas de surépaisseurs disgracieuses sous la doublure des plats qui trahit un cuir pas assez aminci par endroit. Une dorure agréable à l’oeil, parfaitement nette, un or de qualité, brillant et qui ne fait en même temps pas « toc » (ce qui est le cas pour ceux des relieurs qui utilisent du faux or ou des films or un peu bizarroïdes…),

    en un mot le volume doit être « gracile » et « svelte » sans être « pataud » et « boursoufflé »…

    Je ne sais pas si d’autres partagent mon sentiment,
    mais c’est intéressant d’apprendre à apprécier les grands relieurs.

    Et pour en manipuler tous les jours un bon nombre signées de grands maîtres incontestés du XVIIè au XXè siècle, je peux dire que même parmi les grands maîtres (ateliers de grands maîtres – Marius Michel n’a pas exécuté de ses propres mains toutes les reliures signées de son nom…), et bien même entre eux je peux établir un hiérarchie dans les notes techniques.

    Par exemplaire, j’ai en main deux belles reliures signées de FRANZ et bien je peux dire que ce relieur est nettement moins bon qu’un MARIUS MICHEL ou un CHAMBOLLE DURU, bien que les reliures de FRANZ soient de très belle qualité.

    Voilà ce que je peux dire,

    Amicalement, Bertrand

  78. Voici des liens vers des images de la pauvre reliure en papier de mon livre.

    http://i210.photobucket.com/albums/bb201/Philippe-Duc-de-Bourgogne/Raynal/DSC03876.jpg
    http://i210.photobucket.com/albums/bb201/Philippe-Duc-de-Bourgogne/Raynal/DSC03875.jpg
    http://i210.photobucket.com/albums/bb201/Philippe-Duc-de-Bourgogne/Raynal/DSC03873.jpg
    http://i210.photobucket.com/albums/bb201/Philippe-Duc-de-Bourgogne/Raynal/DSC03874.jpg

    La reliure est en piteux état, mais étrangement, l’intérieur est « frais », sans tâche, et sans trop d’humidité. Seuls les bords ont souffert, ainsi que la première (dommage, c’est la page de faux-titre) et les deux dernières pages, qui restent bloquées contre la reliure. Enfin, ça doit pouvoir s’arranger!
    Vous comprenez bien que je ne puisse pas le laisser comme ça. Surtout qu’il m’a servi dans mon boulot… J’aurais l’impression de l’abandonner en ne lui étant pas reconnaissant de tout ce qu’il m’a fourni comme renseignements, en le laissant « pourrir » dans son coin. Ce n’est pas que je veuille le faire avec tous les ouvrages que je possède, mais celui-ci mérite amplement que je dépense mon argent! Et pas simplement dans une reliure cartonnée de faible qualité comme c’est souvent le cas. Enfin, après, il faut voir si la chose est réalisable ou non! De toute façon, tout sera forcément mieux que ce qui est actuellement.

  79. A Raphael:

    En l’occurence, pour cet ouvrage, il s’agit de tableaux d’un ami peintre connu que j’ai montré en photo à la relieuse. J’ai ensuite discuté sur l’interprétation des tableau, en lui donnant quelques contraintes et en lui laissant le champ libre pour beaucoup de choses.
    C’était certes le quitte ou double, car je ne l’avais jamais fait travailler, mais le côté artiste m’a séduit énormément, et « non, rien de rien, je ne regrette rien… »

    Ca me donne un livre avec une belle reliure, bien faite, d’après des oeuvres d’un bon artiste, et agrémenté d’une aquarelle dans le livre de cet artiste.

  80. Wall : comment se fait le processus de création avec votre relieuse ? Vous dessinez une maquette ou vous la laissez faire ?

    Philippe : envoyez photos à Bertrand pour avis (?)

    Bertrand : dites-nous ce qu’il faut regarder plus particulièrement quand on examine une reliure moderne et qu’on la trouve comme ça, globalement plaisante. Quels sont les lièvres à soulever ?

    Raphael

  81. Je ne nie évidemment pas qu’il existe encore d’excellent relieurs, loin de moi cette idée.

    Combien d’artistes ?

    Combien de charlatans ?

    La proportion est assez aisée à trouver je pense.

    Amicalement, Bertrand

  82. Pour répondre à Raphael d’abord:
    Je crois qu’il y a plusieurs départ:
    -l’amour des belles reliures que j’ai vues, anciennes ou modernes.
    -des livres rares que j’apprécie beaucoup

    La rencontre avec la relieuse a été simple: la plus proche (ou presque de mon lieu d’étude).
    Je vois souvent depuis que j’ai 3 ou 4 ans des artistes, des vrais, et j’ai reconnu chez cette relieuse ce côté artiste qui a convenu parfaitement pour la réalisation de la reliure.

    Pour répondre à René:
    Mon livre avec une reliure mosaïquée moderne rentre ne dénature pas l’ouvrage car:
    -la reliure est en rapport profond avec l’ouvrage
    -Huymans aimait l’art contemporain et le défendait, et peu de personnes savent défendre l’art de leur temps (cf aujourd’hui), et à ce sujet, son livre l’art moderne est très instructif.

    Wall

  83. Pas de mauvaises surprises, Bertrand, plutôt trés agréablement surpris du résultat qui avait été confié à un professionel recommandé. Il s’agissait de deux brochés en péril (un exemplaire de service de presse d’un recueil de poemes de Carco avec envoi et son portrait à la plume comme il le faisait fréquemment et les 19 poèmes élastiques de Cendrars avec envoi également). j’avais du mal à accepter de les laisser se fragiliser encore plus au fil du temps. Pour rebondir sur ce qu’écrivait René, j’ai pensé (à tort?) que des reliures sobres mêmes postérieures de 70-80 ans protégeraient tout de même plus ces livres tout en les mettant en valeur.

    Par contre si le broché est impeccable, je pense qu’il doit être laissé en l’état et abrité dans une bonne boite de protection bien réalisée par un professionel (de plus, l’avantage économique est certain).

    Raphael

  84. Je souhaite surtout faire relier mon livre parce que la reliure papier part et est mangée par les sales bêtes, même s’il est vrai que j’aimerais aussi beaucoup voir ce livre dans une vraie reliure.
    Pour l’instant, je me contenterai de l’ex-libris! 🙂

  85. Bonsoir à tous,

    je suis heureux que ce thème soit abordé,
    pour ma part je ferai une remarque concernant les relieurs-massacreurs des temps présents (et des temps passés également, et des temps futurs pour lesquels il est sans doute encore temps d’arrêter le couteau…),

    je dis halte aux « relieurs-massacreurs » et dans ce cas, je rejoins raphaël en disant :

    Digne bibliophile, on se souviendra te toi, bien plus parce que tu as su laisser son modeste habit de naissance (la couverture du broché) à ton livre, plutôt que si tu le recouvres d’une méchante reliure faite par un relieur-boucher-charcutier (encore que je n’aie rien contre cette profession, cela va de soi),

    Lorsque vous voyez de nos jours des personnes se dire « relieur d’art » en ayant fait une vilaine formation en MJC ou en associations diverses et variées…

    Lorsque vous voyez le résultat : Au secours ! je suis effrayé !

    Des livres défigurés, mal brochés, rognés à la serpe, dans de méchantes reliures mal équilibrées de cuir médiocre ou de faux-cuir, aux dorures baveuses et sans charme, aux pièces de titre mal placées et disproportionnées,

    bref, un désastre total pour le cher livre que vous auriez eu le malheur de confier à un tel ouvrier sans art ni lettres…

    Je ne mâche pas mes mots car lorsque je vois ce genre de personnes sévir j’en ai les frissons et suis vraiment dépité du résultat.

    Evidemment ce qui est pire encore est de voir que quelques personnes, non initiées au « vrai » art de la reliure s’en contentent, faute de connaître de plus belles.

    Comme dirait Hugues, pourquoi se contenter de la médiocrité. Il s’avère que pourtant, dans bien des cas, on es soit arrivé là. Faute de goûts sûrs et affirmés, sans doute aussi (il ne faut pas le cacher), faute de moyens financiers.

    Une belle reliure, fine, racée, de grande classe, coûte cher. On ne peut guère changer ce fait.

    Alors je le dis,
    plutôt pas de reliure qu’une reliure médiocre.

    Si vous avez ou avez eu de méchantes expériences dans ce domaine, n’hésitez pas à nourrir ce blog de vos commentaires.

    PS : je précise que je ne suis pas relieur d’art. Simplement un admirateur du travail bien fait.

    Amicalement, Bertrand

  86. La question que je me pose est de savoir s’il est nécessaire (bien, licite, convenable…je ne sais pas quelle est la meilleure expression) de relier un livre broché un siècle plus tard. N’y a t-il pas un risque soit de pastiche soit de décalage esthétique ?
    (si je pose cette question ici, c’est parce que je suis moi-même en plein dilemme à ce sujet!).

    rené

  87. Merci Wall,

    Ce qui est intéressant dans votre expérience est que vos reliures sont le résultat de projets trés construits et trés personnels. Comment les avez-vous élaboré et comment s’est fait l’échange avec votre relieuse ?

    Raphael

  88. Pour ma part, j’ai fait relier deux livres que je voulais faire relier depuis longtemps, 2 Huysmans en EO, dont un grand papier. Celui en grand papier, vous le verrez certainement en photo dans la suite de l’exposition, et ce fut une folie: réunion de plusieurs détails importants:
    -j’avais l’argent nécessaire (je suis étudiant et donc pas de gros moyens, mais je ne me plains pas!)
    -un ami peintre nous a offert 2 tableaux qui rentraient dans le cadre du livre
    -j’ai rencontré une relieuse qui travaille très bien.

    L’autre est l’art moderne en EO (pas de grands papiers), titre assez rare, et je ne l’avais toujours pas lu car il se débrochait (et je déteste lire un livre cassé).Une demi-reliure, travail parfait de ma relieuse.

    Ces livres sont des livres que j’apprécie et qui valent le coût car il ne sert à rien, pour moi, de faire relier un livre courant ou sans valeur.

    Les autres livres que je voudrais faire relier, en reliure mosaïquée si possible, sont des ouvrages de Jules de Vorys, auteur berrichon, à petits tirages, et bon écrivain (malgré des idées que je n’apprécie pas).
    Comme je connais de grands artistes contemporains, j’aimerais faire intégrer des oeuvres dans les reliures, toujours par ma relieuse.

    Mes critères sont donc:
    -le livre me plait
    -le livre vaut le coût

  89. Dans ce cas là, Philippe, si vous le permettez, pas si sûr que ça du tout qu’il faille le sortir de sa reliure, même papier, si elle est d’origine…

    Glissez un ex-libris dedans et on parlera longtemps de ce bibliophile de goût…

    Raphael

  90. Il n’y a pour l’instant qu’un seul livre que je voudrais faire relier. Il s’agit d’un Raynal relié, en assez mauvais état, mais d’une édition très rare, et qui vaudrait le coup de sortit de son enveloppe papier pour offrir une magnifique reliure. Peut-être que si j’ai le temps, et l’argent bien sûr, je lui donnerai un maroquin rouge aux armes de ma famille! Quitte à avoir des rêves mégalo! Et un jour lointain, sur un blog bibliophile, dans l’hypernet intersidéral, on parlera de ma bibliothèque et de mes exemplaires uniques de livres alors disparus, en se souvenant de ces hommes qui se soucièrent de la sauvegarde du patrimoine culturel de l’humanité au XXIème siècle! 🙂

  91. Bonjour à tous,

    Puisque nous avons carte blanche et les clés…

    Nous sommes tous attirés par les reliures anciennes ou plus récentes et sommes heureux de pouvoir profiter du goût de nos prédécesseurs, mais que laisserons-nous nous-mêmes aux bibliophiles des temps futurs ? (il en existera encore, j’en suis sûr…).

    De là ces questions : faites-vous relier certains de vos livres ? lesquels ? sur quel critères ? de quelle façon ? Faut-il le faire ? etc…

    Raphael

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