Portrait de Gonzalo… Le Bibliophile qui aime les « pseudos »

Amis Bibliophiles Bonsoir,
L’une des choses qui me frappent régulièrement en lisant vos commentaires sur le blog, c’est leur pertinence et la qualité des intervenants.
Voici le portrait d’un nouveau venu, qui intervient régulièrement sur le blog, Gonzalo…
Bonjour Gonzalo, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?
Gonzalo, vingt-deux ans, étudiant en histoire. Je rédige actuellement, dans un cadre universitaire, un mémoire sur un imprimeur français du XVIe siècle.
Ma bibliothèque s’est constituée récemment. Après mon baccalauréat, il y a quelques années (j’étais alors en khâgne), j’ai commencé à acquérir des livres chez des bouquinistes ou chez Emmaüs, sans même trop savoir ce que j’achetais. J’allais au moins deux fois par semaine chez un bouquiniste, parfois tous les jours, et j’y raflais systématiquement ce qui venait d’arriver. J’ai énormément lu à cette époque. Un peu de tout, des classiques français que l’on me faisait étudier en cours, mais aussi des auteurs moins connus. Ma bibliothèque a donc grandi très vite. Depuis trois ou quatre ans, je me débarrasse progressivement des livres qui m’encombrent (voilà ce qu’il en coûte d’acheter n’importe quoi !). Le nombre de volumes de ma bibliothèque progresse de manière beaucoup plus raisonnable, mais elle gagne en qualité. Je n’ai pas une bibliothèque très importante (j’imagine que vos lecteurs en ont de bien plus belles et de bien plus complètes). Je pense posséder environs 800 volumes, je n’ai jamais pris la peine de les compter. Environs un quart constitue une « bibliothèque de travail », ouvrages de sciences humaines, d’histoire et d’histoire du livre. J’essaie actuellement, compte tenu de mes études et de mon goût pour le livre ancien, de me constituer un petit fond d’usuels d’histoire du livre. Le tout est entreposé dans des meubles de pin que j’ai fait moi-même. Une partie vitrée accueil les livres un peu rares ou anciens, ou qui me sont chers. Je suis toujours à la recherche du mode de classement idéal, qui mériterait une discussion sur le blog ! Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?
Depuis peu, depuis toujours… Je suis issu d’une famille très attachée à la littérature, au texte, mais la dimension matérielle lui échappe dans une certaine mesure (non qu’elle l’ignore complètement, mais elle ne s’y intéresse que peu). Il y a cependant toujours eu une bibliothèque intéressante à la maison (bibliothèque parentale dans laquelle je puise allègrement). J’ai commencé à éprouver le besoin de posséder un livre lorsque j’ai véritablement commencé à aimer lire (c’est-à-dire ne pas aimer tout lire), le jour où j’ai su dire que Sartre m’ennuyait et que San Antonio m’enthousiasmait (j’assume!). Mais je ne m’autorise de réelles dépenses que depuis un an environ, lorsque j’ai commencé à lire des études bibliographiques et bibliophiliques, lorsque je me suis formé à l’histoire du livre (par curiosité et besoin estudiantin, car j’ai la chance de pouvoir mélanger mes études et mes passions !). Je n’ai commencé à acheter des ouvrages « un peu cher » (selon mes moyens…) que lorsque j’ai su (ou cru savoir) ce que j’achetais. Je me sentais incapable de juger de la qualité d’un exemplaire auparavant. Je me sens un tout petit peu plus capable désormais, même si je fais encore des erreurs et de mauvais choix… Je continue à apprendre. J’ai également eu la chance de pouvoir entrer en contact avec des gens d’une rare compétence notamment grâce à mes études. J’ai comme professeur l’un des meilleurs spécialistes français des incunables. J’ai pu, au cours de mes recherches, discuter avec de nombreux conservateurs de bibliothèques. Je bénéficie également des conseils avisés d’un libraire avec qui je suis en contact. Il me semble important, lorsqu’on est amateur débutant, de bien s’entourer, d’avoir des gens à qui l’on peut demander conseil, et qui peuvent également nous orienter, ou nous ouvrir à de nouveaux horizons. Votre blog joue aussi, dans une dimension moins « personnelle », ce rôle.

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de coeur?
Je le répète, je débute. Je n’ai pas de domaine de prédilection, mais j’ai déjà eu bien des coups de coeur. Je possède assez peu d’ouvrages rares de toutes façons. Mon objectif pour l’instant n’est pas de constituer « un fond » : je veux juste pouvoir feuilleter des livres agréables de temps en temps. Mon approche changera certainement à l’avenir, mon goût va peut-être s’affirmer, ou s’orienter vers des domaines particuliers ; mes connaissances se complèteront sans doute, et je chercherai alors des choses beaucoup plus précises. J’imagine que les bibliophiles chevronnés qui vous lisent sont passés par là (dites moi si je me trompe!). Je me soucie assez peu, pour le moment, de la « cohérence » de ma bibliothèque: je pars du principe qu’une bibliothèque est forcément cohérente si une seule personne l’a composée. Et puis, la variété ne m’a jamais dérangé!
J’ai quand même une curiosité très prononcée pour tout ce qui touche à l’histoire de la typographie et aux caractères de formes particulières (expérimentations et novations diverses et variées). C’est sur ce genre d’ouvrages que mes yeux se posent lorsque je feuillette des catalogues de libraires… Les grecs du Roi me font rêver bien sûr, mais aussi les caractères gravés par Pierre Moreau au XVIIe siècle, ou les italiques aldines, par exemple. Je suis par exemple ravi d’avoir pu dénicher un modeste petit opuscule assez tardif (1785), imprimé en caractères de civilité, vraisemblablement un livre de colportage si j’en juge à la simple couvrure de parchemin qui fait office de reliure. Un ouvrage qui, sans être une acquisition phénoménale, n’a pas cessé de me réjouir par sa typographie. Je revendique cette approche plus matérielle que littéraire des livres rares ou anciens (en tous cas pour certains d’entre eux).

Où achetez vous vos livres? Internet, salons, libraires?
Pour la (toute petite) partie bibliophilique de ma bibliothèque, internet vient en tête: ebay bien sûr (mais prudemment), sites de libraires, site du SLAM. Internet est une véritable révolution pour les amateurs. J’ai tendance à penser que les critiques virulentes auxquelles s’adonnent un certain nombre de libraires et de bibliophiles sont vaines. Ma génération étudie, travaille, consomme et se détend avec internet. Les gens de mon âge savent pour la plupart se méfier des pièges du web. L’internet est un outil qui permet de consulter les catalogues de libraires ou de vente partout dans le monde. Plus besoin d’aller consulter l’énorme catalogue imprimé de la BnF, ni même le NUC! Le Catalogue collectif de France est également un outil d’une redoutable efficacité. Sans compter la grande quantité d’usuels qui ont été numérisés et sont désormais disponibles gratuitement (Brunet, Vicaire, Barbier, et la « biographie universelle » de Michaud sont désormais dans mon disque dur). C’est fabuleux! Je suis, vous l’aurez compris, un partisan résolu de l’utilisation du net (sans être aussi enthousiaste en ce qui concerne ebay).
J’achète aussi bien sûr chez des libraires. Parfois également en salle des ventes : ce sont des endroits où il est assez facile de faire des affaires.
Je n’ai jamais rien acheté sur un salon ; je n’ai à vrai dire pas tellement fréquenté de salons, même si un libraire que je connais bien a accepté de m’accueillir sur son stand pendant le salon du livre ancien au Grand Palais en 2007. Les tarifs pratiqués sur les salons sont souvent plus élevés qu’en catalogue, mais ces événements offrent l’avantage de rassembler un grand nombre de libraires, qui rassemblent eux-mêmes le meilleur de leur fonds. Cela présente un intérêt évident, me semble-t-il, pour l’amateur. Un salon comme celui de Paris doit aussi être envisagé comme un grand espace d’exposition (ha ! le stand de la librairie Tenschert…!). Pas obligé d’être acheteur pour y trouver de l’intérêt!

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?
Beaucoup de livres me font rêver. Entre autres, les incunables, les très belles impressions du XVIème siècle (allez, une au hasard qui m’a marqué lorsque j’ai commencé à m’intéresser au livre: la bible polyglotte plantinienne), les « Étrennes de poésie françoise en vers mesurés » de Jean-Antoine de Baif (1574), le »De Re diplomatica » de Mabillon (1681), l’E.O. de Tristram Shandy (1759), et toutes autres très belles, très importantes ou très étonnantes choses… Je l’ai déjà dit dans un commentaire sur le blog, je préfère réfléchir en terme d’exemplaire plus qu’en terme de titre. Un texte de peu d’intérêt peut devenir désirable s’il est bien relié. Je n’achèterai pas (ou alors à vraiment très bas prix) un livre s’il est incomplet, dérelié, sans marge, ou trop sale. Je rêve parfois à des textes dont je ne connais rien en voyant une belle typographie ou une belle reliure. Je rêve aussi parfois de posséder des beaux exemplaires de grands textes que je n’ai lus qu’en poche… L’amateur de livres rêve beaucoup! L’un des livres qui m’est le plus cher est mon premier achat « bibliophilique ». Un ouvrage qui ne vaut à peu près rien d’un point de vue économique (un tome seul [sur six!], auquel il manque la plupart des gravures), mais qui m’est toujours cher. Il s’agit du deuxième tome du Traité de Diplomatique de Toustain et Tassin (1755). Toustain et Tassin, deux bénédictins de la Congrégation de Sainte-Maure, prennent la relève de Mabillon et rédigent un énorme traité de diplomatique (« l’art de déchiffrer les chartes et les diplômes »). Avec Mabillon, Toustain et Tassin inventent la paléographie et la critique scientifique des sources historiques. Témoignage émouvant pour un étudiant en histoire que celui de sa discipline en train de naître! Un volume in-quarto, relié plein veau, avec de très belles planches reproduisant divers type de documents (monnaies, inscriptions lapidaires, chartes, etc.). Les formes de lettres anciennes sont souvent reproduits en plein texte (ont-ils gravés des poinçons et fondus des caractères pour cette unique impression? j’en rêve!). J’ai acquis très récemment une impression didonne de 1783 très bien conservée, sous une reliure à plaque romantique (Restauration, pour être précis) que je me plais à attribuer à Bibolet (sans autre preuve que le style et une roulette… un peu léger, je sais!). C’est la seule belle reliure que je possède. Rien de trop fastueux, mais je l’aime beaucoup.
Je me suis également offert il y a plusieurs mois l’un des 55 exemplaires du tirage de tête (sur vergé d’Arches) de « Pseudo » d’Emile Ajar/Romain Gary. Gary est certainement l’auteur français auquel je suis le plus attaché, et Pseudo est l’un de ses livres les plus fort. Je tenais à en posséder un bel exemplaire. J’attends d’avoir un peu plus de moyens pour donner à cet ouvrage la reliure qu’il mérite. Il patiente en attendant dans son aquarium de papier cristal…

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?
Une simple anecdote. Au cours de mes recherches sur un imprimeur du XVIe siècle, en visite dans une bibliothèque municipale, j’ai eu la chance de tomber sur un exemplaire sorti de ses presses et entièrement constitué d’épreuves d’imprimerie, corrigées à la main, qui n’était pas référencé comme tel dans le catalogue. J’en ai été stupéfait! C’est pour moi une source importante, d’autant que l’on connaît assez peu d’exemplaires d’épreuves pour l’imprimerie du XVIe siècle. Ce sont des deuxièmes épreuves, avec assez peu de corrections, mais avec des particularités typographiques intéressantes: grandes capitales utilisées « en vrac » (sans dessus/dessous) pour caler le texte dans la galée, italiques capitales manquantes et complétées par de simples traits (ce qui me renseigne sur l’état des casses d’italique dans l’atelier de mon imprimeur). C’est pour moi une trouvaille passionnante sur laquelle je travaille encore. Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous?
Qu’il me cultive, qu’il m’informe, qu’il me détende aussi, et qu’il crée des rapports entre les amateurs. L’amour du livre est une belle chose, autant le cultiver. Autant le partager, en partageant des connaissances, comme vous le faites et comme le font vos lecteurs dans leurs commentaires. J’apprends beaucoup à vous lire, et vous encourage vivement à continuer. Merci pour l’honneur que vous m’avez fait en me posant ces questions, j’espère n’avoir été ni trop long, ni trop ennuyeux… Il est toujours délicat de trop parler à la première personne!
Merci!H
Légende des images : 01 – Deux pages du traité de « La Civilité qui se pratique en France », Orléans, Rouzeau-Montaut, 1785.02 – Détail du même ouvrage.03 – E.O. de « Pseudo » d’Emile Ajar: tirage courant (droite) et grand papier (gauche), PAris, Mercure de France, 1976.04 – Confrontation des deux pages 38 du même ouvrage. Grand papier (et grande marge!) à gauche, tirage courant à droite).08 – Isocrate, Orationes et Epistolae (grec et latin), Paris, Jean Libert, 1621. Détail.10 – Toustain et Tassin, » Nouveau traité de Diplomatique », t. II, Paris, Guillaume Desprez, 1755. Titre.11 – Ibid. Incipit. 12 – Ibid. Incipit (2).13 – Ibid. Une planche.14 – Ibid. Une plance.

La lettre du bibliophile

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Portrait de relieure contemporaine: l’atelier Véronique Sala-Vidal

Portrait de relieure contemporaine: l'atelier Véronique Sala-Vidal

Amis Bibliophiles bonjour,
Je vous propose aujourd’hui de reprendre la série de portraits sur les professionnels du livre, après de nombreux libraires, voici le portrait de Véronique Sala-Vidal, relieure. C’est la première fois que le blog s’aventure ainsi sur les chemins de la reliure contemporaine mais j’ai trouvé cette conception et cette démarche artistiques très intéressantes et c’est déjà une raison suffisante pour vous faire découvrir cet univers en général méconnu des amateurs de livres anciens.Bonjour Véronique, pourriez-vous nous parler de vous et de votre atelier?
Mon atelier a été crée le 1er avril (répertoire des métiers). D’abord situé à Meudon et Sèvres, il est désormais situé près du parc de la Vallée aux loups à Châtenay-Malabry (Voltaire y est né, Chateaubriand y a résidé…). Une ville à découvrir. En plus de mes activités de relieure, je propose également des formations à mon atelier depuis 1996.
Quelle est votre formation? 
Mes 1er pas en reliure datent de 1980 pendant mes études artistiques (Villa Arson de Nice). Elles avaient débutées en cours du soir aux « Arts A. » (Arts Appliqués) de Paris pendant mon cursus secondaire, j’avais choisi ma voie « artistique ». J’ai décidé de suivre mes études à l’Ecole d’art de Nice. C‘est André Malraux qui en reprenant le concept de formation du Bauhaus a souhaité ce projet de formation artistique à un niveau national et régional.
L’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Nice fait partie des sept Ecoles nationales installées en région qui dépendent directement du Ministère de la Culture. Elle propose un cursus de cinq ans. Les étudiants y reçoivent une formation artistique, technique et théorique de haut niveau dont les orientations sont élaborées par les artistes et les intellectuels qui y enseignent.
Cette formation généraliste et à large vue répondait à mes attentes du moment, c’est à dire les nouvelles technologies et le multimédia naissant. Pendant cette période, je suivais l’atelier de reliure de l’école , sans avoir l’intention de pratiquer le métier de relieur dont j’ignorais, à ce moment, le potentiel artistique.
Depuis quand êtes vous passionnée par la reliure?
Cela c’est fait un peu à mon insu en suivant le fil, d’où entre autres, le motif de mon logo « la spirale ». C’est à l’atelier de Daniel Mercher et Henri Beggia (rue Visconti) que j’ai découvert la reliure dite à juste titre «d’art» et de haut niveau, qui ne s’apprend pas en école.Par la suite, sur son conseil, j’ai suivi le module de formation technique de l’école Estienne en reliure et dorure. C’est ainsi que j’ai connu l’un des derniers spécialistes de la dorure, Alain Coutret.
Dans le même temps, étant très curieuse sur cette pratique artistique que je découvrais, j’ai pris connaissance « de tout ou presque » sur la reliure, sur le travail de quelques relieurs qui m’ont incités à poursuivre. Puis, j’ai souhaité travailler chez J. de Gonet, ce que j’ai fait, et j’ai suivi une année de cours avec S. Évrard.
La rencontre avec Carole Laporte doreur main, de ma génération, a été importante. Sa compréhension du projet du relieur et la qualité de son travail étant indispensable.
La reliure est-elle un art ?
La reliure dite « d’art », « de création », « à décor » couvre trop de choses disparates et inégales. Pour ma part je défends que la reliure l’est, pourtant le dire est suivi de peu d’effet. Le marché du livre est en partie entre les mains des libraires, mais quelle place accordent-ils aux acteurs principaux de la reliure contemporaine, c’est à dire ceux qui la font?Des commandes de reliure de création par des bibliothèques publiques en région et en Ile-de-France, des collectionneurs, des artistes, m’incitent à le croire, voici un aperçu des commandes auxquelle j’ai pu répondre:
Les bibliothèques publiques :- Lille, capitale européenne de la culture en 2004 pour un recueil de poème de Pierre Dhainaut avec des burins Nathalie Grall.- Paris, la bibliothèque des Arts Décoratifs, à 7 relieurs en 2002.- Versailles, pour un travail sur un ensemble de documents et d’autographes d’André Gide et Claude Aveline.- Le Havre, pour des créations sur des manuscrits et tapuscrits de Raymond Queneau (Les ziaux et Bucolique).- Dijon, pour une édition de la Treille muscate.- Le concours national « Métier d’art en bibliothèque ». Ce projet menée sur six mois (initiative du Ministère de la Culture en partenariat avec la Fondation des banques CIC pour le livre), consistait en une équipe entre un conservateur, un relieur ou un restaurateur et a former un stagiaire. J’avais constitué l’équipe (la Bibliothèque du Havre, Cécile Huguet, stagiaire, actuellement en charge de l’atelier de restauration de la bibliothèque des Arts Décoratifs). Une valeureuse expérience de prise en compte du métier au niveau national, menée sur 6 mois et restée sans aucun équivalent à ce jour.
Des commandes de collectionneurs :- Pour des dessins originaux de Mœbius, des bandes dessinées de collection. – Des éditions à tirages limités ; de Alfred Jarry avec gravure de Reinhoud, de Charles Juliet avec Dorny, par exemples.- Des autographes de J-Louis Curtis, Jean-Paul Sartre (Carnet de 1924) etc.- Des éditions originales ; de « Ubu roi », de « l’Album primo avrilesque » de Alphonse Allais, etc.
Des artistes qui me confient leurs tirages de têtes, leurs hors commerce :Jacques Clauzel, Michel Sicard pour des livres pensés et faits en binôme avec Andrée Chedid, Michel Butor, Salah Stétié, Fernando Arrabal, Eugène Guillevic, Anne Salager, Irina Liebmann, Pierre Toreille, Pierre Alechinsky, entre autres.
Des collections publiques ou privées qui trouvent pertinent de confronter le livre d’artiste avec la reliure de création, si les éditeurs ne prennent pas en charge le coût de la reliure de création, eux le font par des acquisitions :- Riom, reliure monumentale pour un livre d’artiste unique sur papier de Chine en rouleau de 7 mètres, calligraphié par Pierre Lafoucrière, etc.
Que ressentez-vous quand vous vous occupez d’un livre ? Comment travaillez-vous ?
Une responsabilité et un enjeu. Comment faire corps avec l’œuvre préexistante et autonome? Mais aussi faire plaisir tout simplement au client.
Dans mon travail de relieur je dois être en phase avec le contenu, quel que soit sa nature (littéraire, poétique, historique, scientifique, musical, visuel, graphique, etc.) d’où son importance. Que dit-il et comment, c’est le sens qui prime, pas de message ici, la personnalité de l’auteur est aussi importante, son approche de son époque, mais aussi la personnalité et les critères du collectionneur sont également intéressants. J’utilise l’ordinateur comme un outil indispensable à mon métier. Ma démarche est l’épure, voir le minimalisme, non le jansénisme trop spécifique à une époque. La technique apporte sa part de la réponse, elle est là pour se faire oublier, non une fin en soi. D’où ma différentiation d’avec des styles « déjà vu », ce qui a été fait est-il encore à faire ?
La reliure et son contenu est une affaire de vases communicants. Je conçois la reliure comme une mise en scène du contenu qui doit mériter sa reliure. Chacun de mes décors est différent.
Au départ d’un projet de décor il y des idées écrites autant que dessinées. J’ai constitué un journal de bord sur papier et tout support faits d’écrits, d’anecdotes, de dessins, de collages, par nécessité et pour garder mes propres repères.
Faites vous uniquement de la reliure, ou également de la dorure et de la restauration? Avez-vous une période de prédilection? Restaurez vous les livres anciens?
Le relieur est restaurateur. Je remets en état, si nécessaire, les documents endommagés, avant de faire un décor. S’il le faut, j’ai recours à un sous-traitant pour les traitements de surfaces qui respectent des critères de pérennité et l’intégrité du document. Faire du décor représente un temps incompressible et nécessite un espace.
En revanche, je ne restaure pas les reliures.
Que vous préférez dans la reliure?
Trouver parmi mes idées « la bonne », la mettre en forme par le dessin ou l’ordinateur. Lire l’ouvrage sur lequel je travaille. L’usage de la couleur, essentielle et récurrente dans mon travail. La réaction des matériaux façonnés et ce que l’on peut en faire. Lorsque le décor est engagé définitivement et commence à prendre tournure.
Quelle serait la reliure de vos rêves, et vos matériaux favoris?
Je suis compréhensive avec ce qui est fait dans le talent, sans restriction de genre, et je ne sais ce que serait cette reliure. Quelques exemples néanmoins :
Des écrits autographes de personnalités qui ont en commun d’avoir dérangés et fait faire des avancées dans leur(s) spécialité(s), je ne peux en citer un plus qu’un autre – une édition contemporaine en tirage limité de « Through the looking glass» de L. Carroll, vu chez un libraire de Saint-Germain – des écrits ou éditions d’artistes des avant-gardes du XXe siècle – des originaux dessins ou textes de Henri Michaux – des autographes de Marguerite Duras, Jean-Marie Le Clézio de scientifiques (des astronomes en particuliers, comme Jean-Pierre Luminet parce qu’il aime le livre) – des coffrages pour des documents rarissimes comme des écrits tibetains de la religion Bon (d’avant le bouddhisme), plus proches de nous des manuscrits anciens – des incunables (.)
Avez-vous des matériaux favoris ?
La peau certes, celles qui ont des couleurs, les matériaux moins nobles, ordinaires détournés et retravaillés et tous ceux que je n’ai pas encore travaillés. Tout dépend en fait du contenu, du collectionneur qui fera confiance au relieur pour valoriser le bien en fonction de critères de sa collection.Il y a au moins deux points de vue divergents sur le bien fondé d’associer le contemporain à l’ancien. La pertinence est justement dans la rencontre entre les époques comme c’est le cas en architecture.
Etes vous également bibliophile? Si oui, quels sont les livres qui vous intéressent et où achetez vous vos livres? Internet, salons, libraires?
J’ai toujours acheté des livres selon mes rencontres avec eux sans considération pour leur valeur marchande. C’est en pratiquant la reliure et en contact de libraires que j’ai pris en compte cet aspect du livre dit ancien. J’achète maintenant plutôt des livres d’artistes, lorsque je le peux. J’aimerais faire une collection sur le thème de la couleur.
Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter concernant la reliure, ou autre chose qui touche à la bibliophilie?
Alors que j’étais étudiante, j’ai trouvé chez un revendeur de St Michel mon premier livre de bibliophilie, sans le savoir, «Peintures, gravures et dessins d’Alfred Jarry » une édition originale du Collège de pataphysique.
Evoquons pour finir les aspects pratiques… au cas où l’un des lecteurs du blog souhaitait vous confier un livre…C’est assez simple, on peut venir me rendre visite à mon atelier sur rendez-vous et je me déplace en Ile-de-France dans un rayon de 10 à 15 klm autour de Paris. Il est indispensable que je vois le document, de préférence de visu ou par envoi de photographies (avec toutes mentions utiles, les mesures, le nombre, etc.). Pour chaque demande je fais un devis et j’indique un délai.
Vous êtes à Paris, ce qui n’est pas le cas de tous les lecteurs du blog, comment procédez-vous avec un client en général?
Le 1er contact se fait par téléphone ou par email, si la personne me connaît elle me fait remettre son bien (transporteur, colis postal, autre). Les personnes viennent me voir lorsqu’elles passent sur Paris
…Projets ?
Ils sont indispensables, ma priorité est mon travail de relieur. J’ai plusieurs projets dont la création d’un site. On trouve sur le web quelques liens sur mon travail et des évènements antérieurs.
Merci Véronique,
H
Atelier Sala-VidalCréateur – Relieur01 82 00 69 08

11 Commentaires

  1. « le plus grand libraire en activité dans le monde » je n’en sais rien… mais très certainement l’un de ceux qui ont les plus belles pièces. à faire baver des musées!

    Il présente dans ses nouvelles acquisitions l’un des livres qui étaient exposés au Salon du livre ancien cette année (en tous cas il me semble): La bible à 48 lignes de Fust et Schöffer, achevée d’imprimer le 14 aout 1462 (premier livre à porter un colophon)… C’est absolument fou!
    Evidemment, le prix n’est pas indiqué…

    http://www.antiquariat-bibermuehle.ch/franzoesisch/home.html

  2. Bonsoir à tous,

    Rapide message car il est tard.
    Merci pour les commentaires, cela fait toujours plaisir.

    Pour Jean-Paul: navré de décevoir votre intérêt pour les impressions provinciales, mais mon imprimeur est parisien!

    Pour Patrick: sauf erreur, Brunet, Vicaire, Barbier, et la biographie universelle de Michaud sont sur Gallica (sauf erreur). N’hésitez pas à chercher par mots-clefs, on trouve quantité de choses intéressantes en histoire du livre (desp ériodiques du XIXe par exemple). Comme souvent, la numérisation n’est pas ce que l’on fait de mieux, mais c’est déjà pas mal.
    Certains de ces livres doivent également être sur Googlebooks.

    Bonne nuit à tous.

  3. Bonjour

    Très interessant article,
    Je serais intéressé pour ma doc perso où puis trouver sur l’internet les ouvrages de references dont GONZALO nous parle
    (Brunet, Vicaire, Barbier, et la « biographie universelle » de Michaud)
    j’aimerais bien également les avoir sur mon disque dur

    remerciementset bibliophilemment votre
    Patrick

  4. Quand je pense qu’au marché de St Sulpice, j’ai acheté un petit Cazin en très bon état pour 35€…(pas forcément le plus rare, mais au moins, la reliure n’avait pas de défauts)

  5. Bonsoir,

    vraiment un beau portrait de bibliophile qui n’est pas si « en herbe » que cela.

    Merci pour la qualité du texte.

    Qui a dit que les générations futures seraient sans bibliophiles ??

    Allez messieurs les Nostradamus en goguettes qui prédisez la mort du livre, la fin des bibliophiles, la fin des temps heureux où les livres véritables existaient encore, rentrez chez vous et sortez-nous d’autres chiffres que vos sondages pompeux de personnes qui n’y voient goutte ! (ça c’est pour celui qui a pondu l’étude sur les bibliophiles sur futur éructée lors du Salon de la bibliophilie au Grand Palais).

    Gonzalo, merci de rester parmi nous longtemps afin de permettre à tous de profiter de vos connaissances présentes et à venir.

    Amitiés, Bertrand

  6. Quel beau et très intéressant portrait ! Bienvenue au club des « rigolos » Gonzalo ! Très heureux d’avoir fait votre connaissance. Vingt-deux ans et déjà un grand amateur et connaisseur de livres! Je ne peux qu’être admiratif puisque nous avons en commun l’intérêt premier pour l’histoire de l’Imprimerie. J’ai beaucoup écrit sur l’Imprimerie provinciale et fait quelques découvertes, certes mineures, mais passionnantes.J’ai eu la chance de faire la connaissance de Madame Veyrin-Forrer quand elle travaillait sur la fabrication d’un livre au XVIe siècle : je ne m’en suis jamais remis, collectionnant exclusivement des éditions du XVIe dans les années qui suivirent (Colines, Estienne, de Tournes…et les imprimeurs rémois de la même époque!). Pouvez-vous nous dire, sans révéler bien sûr son nom (le fichier central des thèses pourrait peut-être nous le dire), si l’imprimeur sur lequel vous travaillez est parisien ou provincial ?

    Avec mon admiration et mes félicitations

    Jean-Paul

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