Amis Bibliophiles Bonsoir,
Je commence à peine à reprendre un rythme normal, et le blog m’aide à retrouver mes marques, et mes livres. J’ai passé une semaine loin de mes livres, tout en essayant de conserver un lien avec eux et j’ai découvert qu’en fait chaque jour de la vie d’un bibliophile est marqué par la bibliophilie (à moins que cela ne soit la vie d’un bibliomane?).
Lundi, j’ai reçu le charmant catalogue de la librairie Anne Lamort, espérant – en vain – qu’apparaisse au fil des pages La Danse Macabre reliée en peau humaine que cette libraire avait arrachée lors d’une vente à Drouot.
Pour autant, j’ai beaucoup aimé ce délicat catalogue, et notamment deux courts textes qu’il contient. Le premier est une citation de Jean Bernard Clément, dans le petit dictionnaire de la Cour et de la Ville: « Une grande bibliothèque est comme une ville extrêmement peuplée: il serait ennuyeux d’y faire connaissance avec tout le monde; chacun y choisit la société qui lui convient. Le plus grand nombre se contente de la mauvaise compagnie ». On peut discuter la dernière partie, un peu extrême, mais je trouve la citation assez juste.
Le deuxième texte est une explication de la méthode utilisée pour rédiger les notices du catalogue. Il me semble que c’est la première fois que je le croisais, et je le trouve très clair:
« Ami Lecteur,
Par tradition, les notices de catalogue sont rédigées selon les règles bibliographiques éditées au XIXème siècle.
Le premier pavé de texte en corps 10 reprend les indications de la page de titre et donne une description neutre du livre. Les titres sont reproduits dans les notices tels qu’ils sont imprimés, avec l’orthographe fantaisiste ou simplement ancienne de l’auteur ou du typographe. On n’a pas jugé utile d’ajouter des sic à tous les mots empreints des négligences si charmantes du passé.
Les paragraphes inférieurs en corps 9 livrent les commentaires du rédacteur en progressant du général au particulier, ce qui permet au lecteur d’accéder rapidement à l’information recherchée:
– en premier lieu des renseignements sur l’auteur, le texte, l’édition, l’illustration.
– à la fin la description des particularités de l’exemplaire: papier, provenances, reliure, défauts éventuels, etc. ».
L’exemple ci-dessous, tiré du catalogue, illustre parfaitement le propos.
Mardi, un email de Jean-Paul m’apprend que les souscriptions à La Nouvelle Revue des Livres Anciens continuent d’affluer et qu’il est nécessaire de repousser la date limite pour souscrire. Par ailleurs, les textes du premier numéro sont tous définis et constituent un ensemble très intéressant et certains libraires sont prêts à soutenir le projet. Nous sommes par ailleurs à la recherche d’un bon imprimeur. Bref, tout va bien du côté de ce grand projet.
Mercredi, je me replonge dans un vieux catalogue, celui de la Librairie Mouvements, proposant « Des livres de la bibliothèque de Julien Gracq ». En bas du premier contreplat un encadré m’interpelle: « Les livres dispersés sans envoi, provenant tous de la bibliothèque de Julien Gracq dispersée le 12 novembre 2008, sont marqués d’un tampon rouge au nom de l’étude des commissaires-priseurs de Nantes et de la date de cette dispersion ».
Je vous avoue que ceci me laisse extrêmement perplexe: est-ce une pratique courante (je la croise pour la première fois), vous surprend elle autant que moi? Sans aller jusqu’à remettre en cause l’authenticité de la provenance (encore que, une « erreur involontaire » est vite arrivée),cela a-t-il vraiment un sens, n’est-ce pas même placer la provenance plus haut que le livre lui-même? Et que dire du tampon… qui est rouge (subitement, je trouve un charme certain à tous les ex-libris)? Qu’en pensez-vous?
Jeudi… J’intègre deux ouvrages à ma bibliothèque, deux ouvrages plutôt curieux et sur lesquels j’ai peu d’information, mais j’avoue n’avoir pu résister à leur charme (et à leur faible prix). Pouvez-vous m’aider? Il s’agît de deux plaquettes in-12. La première est parue en 1730, il s’agît de L’Eloge de Rien, dédié à Personne, à Paris, chez Antoine Heuqueville, la seconde, parue également en 1730, mais peu de temps après est l’Eloge de Quelque Chose, dédié à Quelqu’un, à Paris, chez Heuqueville. Une annotation manuscrite précise que les ouvrages sont de Coquelet. L’un de vous en saurait-il plus?

Vendredi, autre arrivée, achetée sans photo, sur la foi d’une description assez réduite mais qui semblait prometteuse. Bref un achat qui eut été déraisonnable si le prix là encore n’avait pas été faible. Je le précise ici comme pour les deux livres cités plus haut, parce que ces achats m’ont fait du bien en me confortant que l’on pouvait encore faire de forts jolis achats avec quelques dizaines d’euros. Même si cela n’arrive pas tous les jours, et puis cela compense tous mes achats idiots, qui sont innombrables, malgré tout! Sourire. Il s’agît de l’ouvrage Les Bains de Diane par Desfontaines, à Paris, chez Costard, 1770. 
Un volume in-8 en maroquin vert de l’ami Marius Michel et portant l’ex-libris d’un bibliophile qui semble être connu « Charles Cousin », mais su lequel j’ai peu d’information. Les ouvrages qui lui ont appartenu sont passés dans les mains d’autres illustres bibliophiles, mais de lui, je ne sais rien. Et vous? Dans tous les cas, son ex-libris est assez amusant, il associe sa devise de bibliophile « c’est ma toquade », et l’épitaphe de La Fontaine: » Jean s’en alla comme il était venu ».
Samedi. Mais nous sommes samedi! Je vous retrouve, c’est un vrai plaisir. Je repars demain pour mon exil temporaire, mais cette fois-ci avec de quoi nourrir le blog au cours de la semaine, et un peu plus de temps.
H
P.S.: j’ai du courrier en retard, évidemment, je m’y consacre demain.
Le livre quand il est beau est souvent associé au luxe et au confort.
Une célèbre librairie ancienne de Marseille a détourné une partie de ses locaux pour y installer un restaurant fort sympathique, en y laissant les rayonnages de la boutique. La propriétaire ne se cache pour dire que la librairie attenante est bien moins rentable que le restaurant…
L'avantage est qu'on y retrouve les mêmes clients aux tempes grisonnantes. La surprise est de constater que certains déjeunent avec de charmantes jeunes femmes qui pourraient être leurs filles. Tout les membres du personnel arrivent, avec beaucoup d'élégance, à faire croire à ces derniers qu'ils le croient ;-)) Pierre
Je connais un (très correct) restaurant où la tapisserie a été remplacée par des pages de livres. Les bouquinistes vendent aussi souvent à des décorateurs (2 euros le volume de Bourdaloue, cela doit mettre le mètre à 60 euros ce qui n'est objectivement pas cher).
L'avantage de la bibliophilie c'est que c'est (aussi) décoratif, joli, présentable. Et je ne parle pas du côté socialement accepté de ce genre de passion. Cela simplifie les choses auprès des compagnes/compagnons dont "c'est (aussi) la maison/l'appartement…";-)
J'imagine qu'il est des collections plus difficiles à intégrer dans un intérieur (les boites de camembert? les capsules de champagne?).
Olivier
Quand on a des enfants, on connaît "Sergent major", mais il est vrai que ce ne sont pas des livres très attirants pour l'oeil du bibliophile, plus pour l'amateur d'art décoratif.
j'avais remarqué ce genre de décoration… mais ce n'est pas trop efficace sur un biblio-quelque chose : comme pour vos photos, je remarque les livres, mais rien du tout du magasin. Je ne sais même pas s'il s'agit d'une chaîne de vêtements ou d'une épicerie.