Sacrilège?

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Gaultier Garguille, approuvé par Turlupin et Gros Guillaume

Gaultier Garguille, approuvé par Turlupin et Gros Guillaume

Amis Bibliophiles Bonsoir,
Il me semble bien rare qu’un livre de bibliophilie n’ait qu’une vertu… On l’appréciera pour son texte (avant tout), sa reliure, l’édition, la typographie, son originalité et en le découvrant, à chaque fois ou presque, on pourra lui découvrir un autre charme.
Dans ce cas précis, celui des Chansons de Gaultier Garguille, une fois passés les charmes de l’originalité de l’ouvrage, le texte léger et amusant, la coquille sur la page de titre, une reliure bien exécutée… c’est en tournant la dernière page que j’ai découvert un autre charme à cet ouvrage: son approbation.L’ouvrage, signé Hugues Guéru, est paru à Londres (?) en 1658, suivant la copie imprimée à Paris en 1631 (et non 1731 comme on peut le lire sur la page de titre). C’est un petit volume in-12, avec un frontispice gravé, dans reliure de maroquin vert signée Petit (succ. de Simier). Il porte l’ex-libris de Jules Lemaitre.
Voici ce que nous propose Wikipedia sur Guéru:
Hugues Guéru, surnommé Fléchelles ou Gaultier-Garguille, comédien et poète, né à Sées vers 1581 et mort à Paris le 10 décembre 1633. Dans les farces qu’il représentait, il introduisait souvent des couplets grivois de sa composition. « […] à lui les rôles de vieillards ou de cocus. Sa calotte noire, son masque chevelu avec la barbe pointue et l’habit noir soulignaient un corps maigre, aux longues jambes, dont les contemporains admiraient la souplesse de marionnette. » (Mazouer, 2006, p. 36)
Les foires à l’époque étaient, par la difficulté de communication, des lieux privilégiés d’échanges et de rencontres. Les ouvertures de foire correspondaient en général à quelque grande fête de l’Église et se faisaient avec des cérémonies spectaculaires. L’ouverture de la foire du Pré à Rouen est le « théâtre » choisi par notre auteur pour sa facétie qui contient des détails de mœurs, des descriptions de coutumes et de personnages connus.
Le 5 septembre 1620, il épouse Aléonor Salomon, belle-fille de l’acteur Tabarin. L’acte de mariage précise que Hugues Guéru est « aagé de trente-huict ans ou environ », ce qui le fait naître vers 1581 ou 1582, et non en 1573 ni en 1593, comme le répètent ses biographes.
Il se spécialisa dans les rôles de vieillards d’abord au Théâtre du Marais, puis à l’Hôtel de Bourgogne. Il était maigre, avec de longues jambes fines et un gros visage, aussi ne jouait-il jamais sans son masque à grande barbe pointue ; il portait une calotte noire et plate, des escarpins noirs et des manches de frise rouge, un pourpoint et des chausses de frise noire. Surtout réputé sous le nom de Gaultier-Garguille dans un répertoire de farces, il jouait quelques fois aussi les rois dans des pièces sérieuses sous le pseudonyme de Fléchelles.
Il a également écrit un recueil de chansons et quelques prologues imprimés en 1631. »Ce recueil en voici une réimpression. Sur la gravure en frontispice, on découvre Guéru, puis à la suite 64 chansons légères. Un exemple?
« Elle m’a prefté fa cagePour mettre mon perroquetLa cage eftoit trop petite;Il n’entra que le bec ».
Le blog n’étant pas destiné à diffuser des messages érotiques (il y a d’autres endroits pour cela, même sous des prétextes bibliophiliques ou artistiques quelconques d’ailleurs… 🙂 ), le blog étant ouvert à tous, et sans contrôle d’accès parental, je m’arrête ici.
Et je reprends mon propos: texte amusant et qui se lit avec le sourire, beau témoignage d’un certain art de l’époque, coquille sur la page de titre, joli frontispice, belle reliure… et puis, quand on tourne la dernière page, on arrive à l’approbation et on découvre que la farce a été poussée jusqu’au bout puisque cesont Turlupin et Gros Guillaume qui la signent.« Nous soussignez maîtes ès Arts comiques recreatifs, certifions avoir lu curieusement le recueil des Chansons plaisantes du facétieux Gaultier Garguille, auquel nous n’avons rien trouvé qui ne soit capable non-seulement de désopiler la rate, mais de purger entierement l’humeur mélancolique. En foi de quoi nous avons figné la présente approbation. A Paris, en l’Hôtel où l’on se fournit de Ris pour le Caresme, le dernier de Décembre mil six cent trente-un ». Turlupin. Gros-Guillaume.
Sur ce dernier sourire, on referme l’ouvrage et on se dit que décidément, c’était un beau moment. Vive la bibliophilie qui chaque jour nous ouvre des horizons nouveaux, nous rends curieux, nous oblige doucement à apprendre, nous accompagne.
H
Pour compléter, Gros-Guillaume ou Robert Guérin, dit La Fleur, et plus connu sous le nom de Gros-Guillaume, est l’un des acteurs français les plus célèbres du xviie siècle. Il serait né vers 1554 et est mort à Paris en 1634.
Entré à l’Hôtel de Bourgogne en 1598, il y prend la direction d’une troupe deux ans plus tard et y constitue la sienne en 1612. À partir de 1622, il est le chef incontesté des « comédiens du Roi » et le restera jusqu’à sa mort.
Selon Maupoint (Bibliothèque des théâtres, 1733), il aurait été boulanger avant de devenir «farceur». C’était, dit-il « un franc yvrogne, gros, gras & ventru, qui ne paroissoit sur le Théatre que garotté de deux ceintures, l’une au-dessous du nombril, & l’autre près des tétons, qui le mettoient en tel état qu’on l’eût pris pour un tonneau. Il ne portoit point de masque ; mais se couvroit le visage de farine, ensorte qu’en remuant un peu les lèvres, il blanchissoit tout d’un coup ceux qui lui parloient ».
Atteint de gravelle, ses grimaces de douleur feront partie de son jeu et ne l’empêcheront pas de vivre 80 ans. Il sera enterré à la paroisse Saint-Sauveur. Gros-Guillaume, tu me fais tout l’effet d’être un mec sympa. (Hugues)

31 Commentaires

  1. He oui tous un peu fêlés…, j'en profite pour citer Brassens à propos de fêlure :"Mais j'appris, par la suite, et j'en fus bien content,
    Que cet état de chos's durait depuis longtemps :
    Menteuse ! la fêlure était congénitale."

  2. Ceci dit je suis toujours preneur de vos estropiés, dépareillés et autres rognures de bibliothèque. Dommage que je ne sois jamais tombé sur une annonce de don de Leo Mabmacien!
    IL y a des livres que j'aime pour leur texte, d'autres pour leur reliure mais tous parce qu'ils sont des petits morceaux d'histoire qui nous parviennent au delà des siècles. Bref je serai heureux de payer le port pour vos mochetés destinés à l'autodafé 🙂
    Cependant le scientifique que je suis ne peux arrêter de se demander combien de temps mettrai à bruler une reliure cuir du XVIII°…

  3. Intéressant toutes ces désirs refoulés de bibliophiles, bruler les livres, les enfouir sous la neige, … L'autre jour j'imaginais tourner une vidéo avec pour scénario une fête décadente où nous jouerions à nous jeter à la figure des reliures précieuses en maroquin, telle une bataille de polochons pour bibliomane !
    T

  4. Belle photo et métaphore sur la vanité, bibliophile nous nous extasions sur 5 siècles, pour nous un incunable vaut une étoile. Les astronomes eu parlent en milliards d'années et nos livres sont poussières d'anecdotes…Dans ma bibliothèque, j'ai un tout petit livre rongé par les vers "préparation à la mort" sur lequel est posé un petit crane. Ces deux objets valent à eu seul nombre de livres de philo et cette photo du livre dans la neige se rapproche de cette composition . Bravo, la neige a un grand pouvoir de réflexion!

  5. Cela me fait penser à des "erreurs de jeunesse" quand j'achetais un livre dépareillé,incomplet ou autre… Je suis bien embêté maintenant pour m'en débarrasser…Les bibliothèques et les libraires n'en veulent pas, j'ai trouvé la solution : les proposer gratuitement sur un site comme le bon coin. Et cela marche. Mais jeter un livre ancien je ne peux pas. Par contre j'en enlève des tonnes dans le cadre de mon travail (des ouvrages plus récents bien sûr, plus à jour, abîmés…).
    Hugues a voulu nous montrer qu'un livre n'est pas éternel, nous faire réfléchir et réagir sur le sacro-saint "livre objet". Je suis toujours étonné par la découverte de couvertures avec de belles pages de parchemin… 😉

    Léo

  6. à donner à un relieur, ou à garder pour des petits travaux de restauration, peut-être ?
    (ou à vendre aux enchères avec des centaines d'autres, en tant que "bibliothèque garnie", pour décorateurs).

  7. OK pour le feu!
    C'est sans doute plus efficace.

    Je réclame, comme Léo, une vidéo : hugues en pompier, avec une lance à (faire des) incendies (à coup de pétrole).

    Farenheit-combien-déjà? J'ai brulé le livre, et je ne m'en souviens plus…

  8. Je peux vous fournir mon adresse postale pour vous débarrasser gracieusement des livres encombrants. Par retour de courrier je vous ferai parvenir des cales de bois pour vos meubles bancales.

    Sébastien

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