Le livre d’heures de Claude de France

Amis Bibliophiles bonjour,

Je vous propose aujourd’hui de découvrir un article écrit par Sandra, la rédactrice du site https://www.chroniques-histoire.com/. Sandra écrit régulièrement des articles autour des livres anciens et m’a autorisé à vous partager celui-ci

Claude est née au château de Romorantin le 13 octobre 1499. Fille du Roi de France Louis XII et d’Anne de Bretagne, elle fut fiancée très jeune à François d’Angoulême, futur François Ier. Sa mère, avait eu quatorze grossesses, et seulement deux enfants vivants : Claude et sa sœur Renée de France. Lorsqu’elle épousa François d’Angoulême, le 14 mai 1514, commence alors une vie effacée, au cours de laquelle Claude, passa son temps entre grossesses et relevailles. Elle mit au monde son premier enfant à l’âge de quinze ans, et eut sept enfants en dix ans de mariage. Cela eut raison de sa santé…. Ayant eu plusieurs filles et trois fils, dont François le dauphin qui décéda en 1536, Henri, futur Henri II de France, et Charles qui décéda lui aussi en 1545, Claude avait rempli la tâche que l’on attendait d’une Reine : enfanter et donner des héritiers au royaume.

Claude de France par Corneille de Lyon

Toute sa vie très pieuse, je vous présente ici l’un de ses livres de prières, que l’on appelle un « livre d’Heures », un livre liturgique destiné aux fidèles laïques, pour suivre la liturgique quotidienne chrétienne. Il y a trois à sept offices par jour dans l’office séculier, huit dans l’office monastique. Il s’agit de prier tout au long de la journée, « prier sans cesse« , comme le dit la Bible.

Ce livre est un trésor, un véritable bijou historique. C’est un petit manuscrit de 5 x 7 cm qui aurait été réalisé à Tours en 1517 – année du couronnement de Claude de France – par le « Maître de Claude de France« (probablement le peintre Eloy Tassart), un maître enlumineur anonyme actif en France entre 1508 et 1523. Son nom est lié au fait qu’il ait travaillé pour Claude de France à la conception de plusieurs manuscrits enluminés.

L’ouvrage est richement illustré de 132 enluminures, scènes de la vie du Christ, de la Vierge Marie et de nombreux Saints. Les feuillets de vélin sont peints, au recto et au verso. Les couleurs de la palette de l’artiste étaient délicates et appliquées à l’aide de pinceaux minuscules.

Il est aujourd’hui la propriété du « Morgan Library and Museum » de New-York aux Etats Unis, don fait par Madame Rosenberg en mémoire de son époux Alexander Paul Rosenberg en 2008. Tous les folios sont numérisés sur le site du Musée, c’est un régal pour les yeux .

Je vous en propose un détail :

https://www.themorgan.org/collection/Prayer-Book-of-Claude-de-France

52 folios sont disponible à la visualisation

Les armes de Claude de France sont aussi représentées, avec celles de son époux, François Ier et celles de son père, Louis XII et de sa mère, Anne de Bretagne, avec les hermines de Bretagne.

Armoiries de Claude de France

Nous terminons avec une petite vidéo de ce superbe livre de prières dont voici le lien ci-dessous. Belle découverte !

https://www.themorgan.org/videos/prayer-book-claude-de-france

Sandra.

La Passion de l’Histoire

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Une escroquerie bibliophile élaborée, les faux de Harry Buxton Forman et Thomas Wise… Des originales avant les originales

Une escroquerie bibliophile élaborée, les faux de Harry Buxton Forman et Thomas Wise… Des originales avant les originales

Amis Bibliophiles bonjour,
Cette escroquerie montée par le libraire anglais Harry Buxton Forman et le bibliophile Thomas James Wise nous conduit à Londres à la fin du XIXe siècle.Thomas James WiseHarry Buxton FormanHarry Buxton Forman était un érudit respecté, spécialiste de Shelley et Keats, et libraire. Thomas James Wise, lui, était bibliophile, connu pour sa bibliothèque d’éditions originales et faisait également un peu de courtage.
Profitant de l’engouement des bibliophiles de l’époque pour les éditions originales, les deux associés proposèrent pendant près de 15 ans des faux qui devinrent rapidement très recherchés. L’astuce était elle-même relativement élaborée: bibliophile et libraire, Wise et Buxton Forman ne pouvaient ignorer combien il est difficile de produire un faux en bibliophilie (encore que, nous l’avons déjà vu…), en particulier pour des éditions originales qui venaient de paraître. Leur idée fût donc de proposer, d’inventer des pré-originales ou des tirages inconnus, ou privés des mêmes textes, le plus souvent sous forme de plaquettes.
De fait ces textes, antérieurs aux éditions originales, devenaient encore plus rares et étaient destinées à connaître un grand succès auprès des amateurs. Ils bénéficiaient en outre de la double caution d’un grand bibliophile de l’époque, Wise, et d’un libraire et érudit réputé, Buxton Forman, connu pour ses bibliographies sur Shelley et Keats. Aussi, c’est en toute logique qu’ils débutèrent leur carrière de faussaire avec Shelley.
En novembre 1886, Edward Dowden publia une biographie de Shelley, qui contenait un nombre importants de poèmes inédits. Ce fût le déclic pour Buxton Forman et Wise qui décidèrent alors de créer une une société écran, la Philadelphia Historical Society et de publier séparément les poèmes sous le titre Poems and Sonnets, avec une date antérieure à 1886.
Les ouvrages étaient imprimés à l’aide d’un complice imprimeur, Richard Clay & Sons, et réunissaient toutes les conditions pour être crédibles, se permettant même le luxe de proposer des éditions privées, antérieures aux éditions originales, d’auteurs encore vivants.
Buxton Forman et Wise créèrent ainsi des faux d’ouvarges d’Elizabeth Barrett Browning, George Elliot, John Ruskin, Matthew Arnold, Alfred Tennyson, George Meredith, William Thackeray et de beaucoup d’autres. Les deux escrocs les commercialisaient ensuite et ceci durant plusieurs décennies, à une échelle relativement vaste, puisqu’à la vente Brayton Ives à New-York en 1915, 24 faux étaient proposés aux amateurs.

Buxton Forman décéda en 1917 sans avoir été découvert, mais Wise était encore vivant lorsque deux experts et libraires, Pollard et Carter, démontrèrent en 1934 dans leur ouvrage (An Enquiry into the Nature of Certain Nineteenth Century Pamphlets) que de nombreux ouvrages étaient faux, en utilisant notamment des analyses scientifiques mettant en évidence que les matériaux utilisés, notamment de la pulpe de bois, étaient postérieurs aux dates affichées sur les ouvrages… avant de découvrir l’imprimeur complice et de le confondre.

Naturellement, les bibliophiles étant ce qu’ils sont, les faux de Buxton Forman et Wise sont aujourd’hui très recherchés, parfois plus que les éditions originales qu’ils étaient supposés supplanter. Mission accomplie donc!
Pour l’anecdote et plus près de nous, la librairie américain Oak Knoll proposait dans son catalogue 273 quelques ouvrages autour de cette fraude à grande échelle: un pamphlet (lot 718) daté de 1875 dans lequel un propriétaire précédent, John Spoor avait ajouté que « moins de 6  copies étaient connues », que l’édition avait ensuite été détruites et qu’aucune copie n’avait été connue avant 1897. Et pour cause Buxton Forman et Wise publièrent le pamphlet daté de 1875 en… 1896. Spoor acheta en tout 50 contrefaçons des faussaires.
Autre curiosité, dans le même catalogue (lot 887), une annotation du libraire Rosenbach, qui affirme qu’il savait que Wise était un faussaire 15 ans avait que cela ne soit démontré, mais qu’il n’avait rien fait pour ne pas entacher la réputation d’un ami…
H

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